CAMPAGNE DE FRANCE 1814 (1)
Novembre - décembre 1813 - janvier 1814


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Campagne de France (1) : novembre 1813- janvier 1814
Campagne de France (2 a) : 1er- 14 février 1814
Campagne de France (2 b) : 15-28 février 1814
Campagne de France (3 a) : 1er - 15 mars 1814
Campagne de France (3 b) : 16-31 mars 1814
Campagne de France (4) : avril 1814
Campagne de France dans le Sud-Est
Campagne de France dans le Sud-Ouest


Novembre-décembre 1813
21/12/1813 Huningue
24+31/12/1813 Ste-Croix-en-Plaine

 

Janvier 1814

Novembre 1813
16 novembre 1813 : proposition de Francfort


Négociations sur base  des frontières "naturelles" de 1799.

Napoléon accepte le 30 novembre.

Les Alliés refusent et exigent les frontières de 1792 !

Carte générale de la Campagne de 1814

24-31/12/1813 Ste-Croix-en-Plaine janv.1814 St-Marcel 11/01 Epinal 18/01 Choignes 01/02 La Rothière 29/01 Brienne-le-Château 20-21/03 Arcis-sur-Aube 10/02 Champaubert 25/03 Fère-Champenoise 11/02 Montmirail 30/03 Paris 26/03 St-Dizier 14/02 Vauchamps 12/02 Château-Thierry 18/02 Montereau 9-10/03 Laon 7/03 Craonne 13/03 Reims 5/03 Berry-au-Bac 24-28/02 Lusigny-sur-Barse 24/02 Bar-sur-Aube 27/02 Meaux 3/03 Laubressel 8/03 Chaumont 08-09/03 Chavignon

Décembre 1813
24-31 décembre
1813 : Combats de Ste-Croix-en-Plaine

Nous commencerons cette campagne de 1814... en 1813.  En effet, le premier combat de cette campagne eut lieu la veille de la Noël à Sainte-Croix-en-Plaine, dans le Haut-Rhin, à quelques kilomètres au sud de Colmar.

Après l'investissement d'Huningue et de Neuf-Brisach et la capture de Colmar par un corps d'armée de l'Armée de Bohème, le Maréchal Victor envoie le 5ème Corps de Cavalerie de Milhaud pour les contrer. Il réussit à reprendre Colmar le 23 décembre. Le lendemain, les 2ème, 6ème et 11ème Dragons (Division Briche) rencontrent l'ennemi, composé des hussards autrichiens du colonel Scheibler, des cosaques d'Elmorsin et de chevau-légers bavarois. Les dragons tuent ou blessent 400 hommes et font 150 prisonniers. Ils repoussent l'ennemi au-delà de Sainte-Croix-en-Plaine.

Le 31 décembre 1813, les Alliés attaquent à nouveau le village, mais il est victorieusement défendu, cette fois par les 19ème, 20ème et 22ème et 25ème Régiments de Dragons (Division Lhéritier).

Pour le centenaire de ces combats, en 1913, un régiment bavarois -alors caserné à Colmar- érigea une stèle à la mémoire des combattants bavarois, autrichiens et russes. On choisit le "Kosakenloch" - trou des cosaques, emplacement présumé d'une fosse commune de 300 victimes des combats, au nord de l’agglomération de Sainte-Croix-en-Plaine, à  l'ouest de la N 422 et du chemin de fer. Les Français érigèrent à côté un monument aux dragons, apparemment également en 1913. Ces monuments furent restaurés en 1985 par l'A.A.C.M.N..

On notera, sur base des données ci-dessus, qu'il semble y avoir eu une confusion entre la date du 24 décembre (1er combat) et la mention des unités qui ont combattu lors du 2ème combat, le 31 décembre.

 

 

 

 

 

 

Sur le monument de gauche, on reconnaît le profil d'un chevau-léger bavarois, avec le casque à chenille typique.

Le monument bavarois ne porte aucune inscription, ce qui s'explique par le fait qu'elles furent martelées en 1945.

En-dessous, l'écusson bavarois aux losanges bleus et blancs.

À LA MÉMOIRE  DES

 DRAGONS VICTORIEUX

 DU GÉNÉRAL

 MILHAUD

STE CROIX 24.12.1813

 19e - 20e - 22e - 25e

REGTS DE DRAGONS

AACMN - 21.9.1985."

 

M. Michel Schaffner, président de l'Union nationale des Combattants de Sainte-Croix-en-Plaine, a eu l'amabilité de nous communiquer quelques précisions intéressantes au sujet de ce monument.

En se basant sur une source de M. Léon Rohn , documentaliste des Archives départementales du Haut-Rhin aujourd'hui décédé, il peut nous donner les éléments suivants.

Le monument a été érigé en décembre 1915 par des soldats bavarois.  Il portait à l'origine l'inscription suivante :

" Hier liegen, gefallen im Reitergefecht bei Heiligkreuz am 24. Dezember 1813, neben Oesterreichern und Kosaken, 21 tapfere Bayern vom 7. Chev. Regiment."

Traduction : "Ici reposent, tombés au combat de cavalerie dans la localité de Sainte Croix en Plaine, le 24 décembre 1813, aux côtés d'Autrichiens et de Cosaques, 21 vaillants Bavarois du 7ème Régiment de Chevau-légers."

Les auteurs de la mise en place du monument en 1915 n'oublièrent pas de signer leur œuvre du souvenir.  Ils firent tailler au dos de la pierre l'inscription suivante :

" In ihrem Gedenken errichteten diesen Gedenkstein im Dezember 1915 die Kameraden der Bayr. Res. Art. Mun. Kolonne Nr 8 der König Bayr. 8 Res. Div."

Traduction : "  Les camarades de la colonne n°8 de la Réserve bavaroise des munitions d'artillerie appartenant à la 8ème Division de Réserve ont érigé ce monument en leur souvenir en décembre 1915."

Pour être complet, une deuxième précision s'impose : signe du temps, dans l'euphorie de la libération, le 5 février 1945, la stèle fut renversée. Elle gisait quelques années dans les broussailles du bosquet, alors en cuvette. Elle fut ensuite relevée mais les inscriptions précitée ont été martelées après la Libération.

UN grand merci à M. Schaffner pour ces précisions intéressantes.


Janvier 1814
01/1814 St-Marcel
05/01/1814 Sélestat
06/01/1814 Rothau
09/01/1814 Rambervillers
11/01/1814 Epinal - Saint-Dié
11/01/1814 Hoogstraten
13/01/1814 Merksem - Wijnegem
18/01/1814 Choignes
19/01/1814 Auxonne
20/01/1814 Toul
22/01/1814 Thionville
23/01/1814 Tournus
24/01/1814 Bar-sur-Aube
24/01/1814 Saint-Trond
27/01/1814 Saint-Dizier
27/01/1814 Droyes
27/01/1814 Montier-en-Der
29/01/1814 
Brienne-le-Château

Janvier 1814 : St-Marcel

Au nord-est du village de St-Marcel, en Meurthe-et-Moselle, plus précisément au nord-est du hameau de Caulre (à un coup de fusil du champ de bataille de Mars-la-Tour), on trouvera, à l'orée d'un bois, ce qui est marqué sur les cartes IGN comme la "croix des Soldats".

Ici

sont tombés

3 soldats français

victimes de la retraite

de 1814

Je n'ai aucune précision quant à la date, aux faits ou à l'identité des soldats concernés, mais le lieu géographique laisse à penser qu'il doit s'agir de victimes d'une escarmouche en janvier 1814. Toute information serait la bienvenue.

5 janvier 1814 : Sélestat
(Comme en atteste la plaque ci-dessous, même encore en 1919,on écrivait encore Schlestadt en français) (-> 16 avril 1814)
Le 19 septembre 1813, chef de bataillon François-Charles Schweisguth est nommé commandant de la place d'armes de Sélestat.
La ville de Sélestat est investie par les Bavarois du général von Pappenheim le 5 janvier 1814. Elle subit plusieurs bombardements, dont celui de la nuit du 29 au 30 janvier. Pas moins de 60 bombes, 240 obus et 120 boulets tombent sur la ville. Près de 22 maisons flambent. Le commandant Schweisguth rend la place le 16 avril, après l’abdication de Napoléon

Porte de Strasbourg à Sélestat; plaque apposée en 1919 à la mémoire du commandant François-Charles Schweisguth et des défenseurs de la ville en 1814.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 À LA MÉMOIRE
DU COMMANDANT SCHWEISGUTH,
DES DÉFENSEURS DE LA PLACE
ET DES HABITANTS DE LA VILLE
DE SCHLESTADT
DONT L’HÉROÏQUE RÉSISTANCE
OBLIGEA L’ENNEMI À SE RETIRER
APRÈS UN SIÈGE DE TROIS MOIS
- JANVIER À AVRIL 1814 -
-----------------
JE NE LIVRERAI JAMAIS AUX ENNEMIS
DE MA PATRIE LA PLACE QUI M’A ÉTÉ CONFIÉE
TANT QU’IL Y RESTERA PIERRE SUR PIERRE
CDT SCHWEISGUTH 14 AVRIL 1814.

6 janvier 1814 : Rothau

Le 5 Janvier 1814, après le passage des dragons de Milhaud à Rothau, l'ancien maire Nicolas Wolff organise la défense dans la vallée de la Bruche. Retranchés dans la foret avec une centaine de braves, il retarde l'ennemi par des embuscades. Le colonel badois Trenberg, humilié par cette poignée d'hommes, se suicidera. Traqué, Wolff réussit a passer par Strasbourg et rejoindra l'Empereur à Corbeny, le 6 mars 1814, où il recevra la Croix.  "Le Marechal Victor" par J. Le Coustumier.
Les autres source ne mentionnent que des Autrichiens et des Russes.

HOMMAGE
AUX PARTISANS
N. WOLFF (ROTHAU)
1814
AUX VOLONTAIRES
DES COMPAGNIES SCHMIDT ET
DE KLOPSTEIN (MUTZIG)
1870
-----
SOUVENIR FRANÇAIS
-----

Le Guide Napoléon nous apprend que ce monument avait été installé à Provenchères-sur-Fave (Vosges) en 1897, lors de l’occupation allemande de l’Alsace-Moselle. Installé à Rothau depuis 1925, il fut démonté au cours de la Seconde Guerre mondiale,  et à nouveau en place ici depuis 1954. C'est donc bien l'endroit idéal pour ce monument, car le cimetière du village fut bien le lieu des combats du 6 janvier 1814.

"Venant de Sélestat, le lieutenant Narcisse prit 32 suspects à Saales le 5, se heurta le 6 à Rothau à Wolff et fit demi-tour.

Parti de Molsheim le 6, le capitaine de Bodmann attaqua le lendemain 300 à 400 partisans de Wolf dans le cimetière de Rothau ; après un combat indécis, l'assaillant recula sur Urmatt, où Widemann, représentant les notables de la Bruche, vint lui proposer un armistice accepté par Wolff si aucune sanction n'était prise ; ce fut réalisé, mais la maison de Wolf sera pillée et détruite." Plus d'informations ici : http://badonpierre.free.fr/salmpierre/tome3r.html


La défense du cimetière de Rothau par Nicolas Wolff et ses partisans, le 6 janvier 1814. (par E. Gridel)
Les combats du cimetière se livreront contre des Autrichiens, alors que le tableau semble représenter des Bavarois, ou, plutôt, des Badois, avec à l'arrière-plan, des cosaques.

09 janvier 1814 : Rambervillers

L'armée  coalisée venait de passer le Rhin et de pénétrer en France par la Suisse, dont elle avait violé la neutralité.  Une division de cavalerie légère ennemie qui suivait le maréchal Victor dans sa retraite, prit position à Rambervillers.  Le général Briche voulant l'en déposter, envoya sur ce point une de ses brigades de cavalerie.  Pendant que le colonel Hoffmayer, du 2e de dragons, tournait la ville et se portait sur la route d'Epienne, le général Montélégier marchait droit sur Rambervillers, et y pénétrait.  La division ennemie fut enfoncée.  Elle chercha à se rallier à quelque distance, mais culbutée une seconde fois, elle fut poursuivie l'espace de deux lieues, et laissa sur le champ de bataille trois cents hommes tués, blessés ou prisonniers. 

11 janvier 1814 : bataille de Hoogstraten

Lorsqu'à la fin de 1813, les coalisés passèrent le Rhin et pénétrèrent en France, une armée anglo-prussienne envahit la Hollande.  La défection subite des soldats étrangers à la solde de la France, qui, sous le général Molitor, étaient chargés de la défense de ce pays, l'ayant laissé sans défense, plusieurs places importantes, entre autres Willemstadt et Breda, tombèrent au pouvoir de l'ennemi.  Le général Roguet ayant reçu l'ordre de reprendre cette dernière place, y marcha, culbuta tous les postes qu'il rencontra et jeta des obus dans-la ville; mais apprenant qu'un corps anglais débarquait à Holey, sur ses communications avec Anvers, il se rapprocha de cette place, et vint prendre position à Hoogstraten.  Le 11 janvier, le général prussien Bülow, déboucha par Breda, et porta la colonne du général Borstell sur la division Roguet.  Les Français soutinrent vigoureusement le combat une partie de la journée; mais menacés d'être enveloppés par une autre colonne ennemie qui longeait leur flanc, ils se mirent en retraite vers le soir.

Une (modeste) plaque existe, le tout est de savoir où et quand elle sera placée !

11-12 janvier 1814 : Epinal et Saint-Dié

L'armée coalisée avait passé le Rhin, et s'avançait au cœur de la France.  Le maréchal Victor, qui depuis Strasbourg était en retraite, voulant ralentir l'offensive de l'ennemi, ordonne à la division Duhesme, soutenue par les dragons du général l'Héritier, de s'emparer de Saint-Dié, tandis que le général Briche chasserait de Rambervillers un parti ennemi, et que le général Cassagne, avec une colonne d'infanterie et trois cents chevaux, se porterait sur Épinal, qu'on ne croyait occupé que par des troupes légères. 

Le général Cassagne, trompé, comme le maréchal, sur la force de l'ennemi qu'il avait en tête, donna sur l'armée wurtembergeoise.  Son infanterie, accablée par le nombre, se retira avec peine, et la presque totalité de sa cavalerie fut enlevée. 

La division Briche, plus heureuse, tomba à l'improviste, dans le vallon entre Saint-Dié et Rambervillers, sur un parti de Cosaques, que le général Montélégier culbuta à la tête du 6e de dragons, et poursuivit au-delà du bourg, où la division s'établit.

L'expédition du général Duhesme rencontra de plus redoutables ennemis.  Le corps du général bavarois de Wrede s'avançait sur Saint-Dié, qui jusque là n'avait été occupé que par des partis.  A peine ses avant-postes étaient-ils établis de l'autre côté de la ville, qu'ils furent attaqués vers onze heures par les dragons du général l'Héritier, qui les repoussèrent jusqu'à Sainte-Marguerite, dont ils s'emparèrent.  Bientôt le général Duhesme déboucha de ce village, à la tête de son infanterie, et trouva la brigade bavaroise du général Deroy en bataille, et prête à le recevoir.  Le choc fut rude, et tourna à l'avantage de l'ennemi, dont le général fut grièvement blessé.  Le colonel Tieuberg, qui le remplaça, poursuivit ses avantages, et continua à pousser les Français jusqu'au pont de la Meurtre, derrière lequel ils se reformèrent, entre Sainte-Marguerite et Saint-Dié.  L'infanterie bavaroise les ayant bientôt atteints, le combat recommença.  Les nombreuses coupures du terrain rendaient nulle l'action de la cavalerie ; l'infanterie même ne pouvait se mouvoir qu'avec lenteur; mais l'artillerie jouant avec avantage, obligea le général Duhesme à continuer son mouvement rétrograde sur Saint-Dié.  La ville ayant été enlevée de vive force, le général Duhesme se retira avec sa poignée d'hommes, par Saint-Michel, sur Rambervillers.

Le maréchal Victor, sentent l'impossibilité de se maintenir plus longtemps dans les Vosges, et craignant d'être coupé à chaque instant par les colonnes ennemies qui s'avançaient dans toutes les directions, se retira sur Nancy, où il fit sa jonction avec le maréchal Ney.


                                                                                                                                                                                        Carte de Kaussler.

Le 13 janvier 1814 :  combats de Merksem et de Wijnegem

Pendant que les principales forces des coalisés pénétraient en France par la Lorraine et la Bourgogne, une armée anglo-prussienne envahissait la Hollande, et s'avançait jusqu'aux environs d'Anvers.  Le général comte Maison, commandant les troupes françaises dans la Belgique, contenait avec peine l'ennemi, n'ayant avec lui que de faibles corps, presque tous de nouvelle levée.  Le 13 janvier, le général Bülow voulant favoriser le bombardement de l'escadre française d'Anvers, que méditait le général anglais Graham, marcha sur cette place, et attaqua les généraux Ambert et Roguet, postés aux villages de Merksem de Wijnegem.  Après un vif combat, le général prussien fit plier nos troupes, et poussa assez près d'Anvers pour pouvoir bombarder la ville.  Déjà même il établissait des batteries à cet effet, lorsque le général Maison, accourant au secours de la place, força l'ennemi à une retraite précipitée, dans la crainte où il était de voir ses communications interceptées.   

 

18 janvier 1814 : Choignes

Choignes ?  Un combat oublié, en fait, si peu connu que beaucoup de sources ne mentionnent même pas (il n'y a rien chez Lachouque, ni chez Tranié), et que celles qui le font, ne mentionne pas de date ou une date erronée ! Ainsi Victoires, défaites, etc....  (tome 23), ne mentionne pas de date, mais Pigeard (dans son Dictionnaire des batailles), qui a manifestement repris les termes de cet ouvrage, a fait une déduction (erronée) sur base de la dernière date mentionnée et donne le 20 ! Vaudoncourt en parle, également sans date.  Par contre, Koch, lui donne.. le 19.  Nous devons cette connaissance à l'érudition de M.  L. Fontaine, et à son amabilité, l'autorisation de reproduire ces deux photos.
(Je ne peux que recommander de visiter son site très intéressant, 
La Haute-Marne sous l'Aigle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pont sur la Marne à Choignes (près de Chaumont), théâtre d'un combat, le 18 janvier 1814, entre les grenadiers à pied de la Garde du  maréchal Mortier et les troupes wurtembergeoises. Aucun monument ni aucune plaque pour perpétuer le souvenir de ce succès.

Photo aimablement communiquée par M. L. Fontaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre vue du pont de Choignes. C'est par ce versant boisé que les Wurtembergeois, venant de la  route Bourbonne-les-Bains - Montigny-le-Roi - Chaumont, sont arrivés pour s'emparer du pont, avant d'en être chassés.

Photo aimablement communiquée par M. L. Fontaine.

19 janvier 1814 : début du blocus d'Auxonne (-> 23 avril)

-Sur le monument aux morts de la ville, une plaque en bronze montre un poilu de la 1 GM félicité par 3 personnages historiques, dont Jeanne d'Arc, peut-être Vauban, et ce qui semble un général de l'Empire. Cela doit évoquer le siège de la ville en 1814 ou en 1815.

Selon ce site, il s’agirait de Napoléon.  http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/3/98/20/55/PDF/Cahiers-AXP--14-18.pdf

Je suis sûr que c’est faux. Raison de plus d'en douter : on y qualifie Jeanne d'Arc de "personnage du 17e siècle" !!!

J'ai clairement l'impression qu'il s'agit d'un général de l'Empire.

Relations des sièges d’Auxonne 1814 et 1815.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6550498w/f7.image

 Les commandants

En 1814 : (siège de 4 mois)
Commandant supérieur Major Rublin
Commandant génie général Andréossy (Victor Antoine, pas Antoine François)
Directeur de l'Artillerie : Col Bontems

En 1815 :
Commandant de l'Artillerie Général Pellegrin
Commandant du Génie Lt-Col Bergère
Commandant d'armes : cdt Gantherel

Puis (nommés par la Restauration
Commandant de place  : Colonel Braun
Commandant du Génie Col Michel
Commandant de l'Artillerie: Maj Fantin
Commandant d'armes : Colonel Braun

Toute suggestion serait la bienvenue.

 

Le 23 avril, un armistice est conclu, le blocus se termine et les communications avec l'extérieur sont rétablies.

20 janvier 1814 : Bülow entre dans Liège

Le 20 janvier 1814 :  reddition de Toul

L'armée coalisée venait de franchir le Rhin et s'avançait vers la Champagne.  La division russe du général Lieven arrive devant Toul le 20 janvier; elle établit ses batteries sur la côte de Saint-Michel, et se forme en deux colonnes Sur les routes de Void et de Nancy, pour enlever la ville de vive force.  Le commandant, qui n'avait qu'une poignée d'hommes pour garnison, intimidé par ces apprêts, ouvrit ses portes et se rendit prisonnier de guerre. 

Le 22 janvier 1814 :  sortie de la garnison de Thionville

Les coalisés avaient passé le Rhin, et marchant sur la capitale repliaient devant eux les corps trop faibles que nous avions à leur opposer.  Une colonne ennemie s'étant approchée de Thionville et dévastant tous les environs, le général Hugo, qui commandait dans la place, fait une sortie.  Après un combat de sept heures, les  coalisés sont repoussés et Thionville dégagé.  

 


23 janvier
1814 : Tournus - Mâcon

 

250.000 hommes de première ligne, sous les ordres de Schwarzenberg et de Blücher, envahirent la France après avoir franchi le Rhin en quinze colonnes, depuis Bâle jusqu’à Coblentz, du 21 décembre 1813 au 1er janvier 1814.
A la gauche de cette formidable armée, opérait une division, légère commandée par le général autrichien Bubna.
C’est cette division qui, après avoir violé la neutralité de la Suisse, vint envahir la vallée de la Saône, afin de s’opposer aux mouvements que le maréchal Augereau, alors à Lyon, aurait pu tenter sur le flanc gauche des armées coalisées et de conserver une ligne de communication des plus utiles.
La France n’avait, au début, que 46.000 combattants à opposer aux envahisseurs.
Quelle fut l’impression produite en France par l’invasion ?
C’est à Henry Houssaye que nous en empruntons le récit :
« L’entrée précipitée des Alliés sur l’ancien territoire dans les premiers jours de janvier, surprit la France en pleine organisation de défense. L’invasion terrifia la population, mais la France abattue n’eût pas un frémissement de révolte.
L’idée métaphysique de la Patrie violée qui, en 1792, avait eu tant d’action sur un peuple jeune ou rajeuni par la Liberté, cette idée ne souleva pas un peuple vieilli dans la guerre, las de sacrifices et avide de repos.
Pour réveiller les colères et les haines, il fallut le fait brutal et matériel de l’occupation étrangère avec son cortège de maux : les réquisitions, le pillage, le viol, le meurtre et l’incendie.
Loin que l’invasion dans les premiers temps élevât les cœurs, l’esprit public s’affaissa plus encore.
Dans quelques villes : à Dôle, à Chalon-sur-Saône, à Bourg-en-Bresse, les gardes nationales urbaines reçurent les Autrichiens à coups de fusil.
Mais presque partout, il suffit aux Alliés d’apparaitre.
Épinal se rendit à 50 cosaques, Mâcon à 50 hussards, Reims à un peloton, Nancy aux coureurs de Blücher, Chaumont à un seul cavalier wurtembergeois ».
Au milieu de l’effondrement général, Tournus fut une des rares villes qui se disposa à la résistance et qui montra à l’ennemi que tout courage et tout patriotisme n’étaient pas morts en France, qu’il restait des hommes disposés à défendre leurs foyers et le sol sacré de la Patrie.
Au commencement de l’année 1814, le département de Saône-et-Loire était administré par le baron de Roujoux, préfet depuis 1802.
La ville de Tournus avait pour maire depuis le 12 janvier 1801, le docteur Jacques Dunand.
Le commandant militaire du département était le général Legrand, baron de Mercey, un des plus braves soldats des guerres de la République et de l’Empire, que ses blessures avaient empêché de rejoindre l’armée d’opérations.
Sa résidence était à Mâcon, mais, dans les premiers jours de janvier, il avait reçu l’ordre de se rendre à Chalon-sur-Saône pour y organiser la défense.
Aux premières nouvelles de l’invasion, le préfet organisa la défense du département.
L’ennemi, venant de Genève par la Bresse, il prit, le 9 janvier 1814, l’arrêté suivant :
- Article 1er : Aussitôt que l’avis de l’invasion de la ville de Louhans parviendra à Cuisery, le maire fera couper le pont et celui appartenant au sieur Garnier.
- Article 2 : A l’approche de l’ennemi, les maires des communes voisines feront sonner le tocsin et prendre les armes à toute la population.
- Article 3 : Les gardes nationales de Tournus, Jouvence (Saint-Gengoux), St-Albain, Sennecey et de toutes les communes environnantes sont requises.
- Article 4 : Monsieur le général commandant le département est invité à faire les dispositions convenables pour repousser l’invasion si elle avait lieu.
Tournus n’avait pas attendu les avertissements de l’autorité supérieure.
Ses habitants, excités par leur patriotisme et ne prenant conseil que de leur courage, s’étaient armés pour la défense du pays, aussitôt qu’ils avaient été instruits de l’invasion du Jura par les autrichiens de Bubna.
L’ex-général Debrun avait été désigné comme commandant de place.
Pour assurer l’exécution de l’arrêté préfectoral cité plus haut, la garde d’élite de Tournus envoya un fort détachement à Cuisery, commandé par le frère du général Debrun.
Ce détachement fut accueilli froidement par le Maire.
Les officiers de la garde nationale allèrent plus loin, ils offrirent leurs services au sous-préfet de Louhans.
Cette offre fut agréée et, déjà une partie de la garde était en route avec armes et bagages lorsque, chemin faisant, elle reçut l’ordre de rétrograder. Elle rentra à Tournus.
 

Aussitôt après, on vit arriver au principal café de Tournus où étaient alors réunis un certain nombre de patriotes, le sous-préfet de Louhans qui, oubliant sa qualité de fonctionnaire de l’empire, crut, sans doute, qu’il suffirait pour faire renoncer aux premières dispositions guerrières, de lire à haute voix une proclamation des Autrichiens (probablement celle du prince de Schwarzenberg).
Il ajouta que l’ennemi venait chaque jour en plus grande force, qu’il ne faisait aucun mal et qu’ainsi, il était inutile d’opposer de la résistance.
Loin de semer le découragement, il ne provoqua que le mépris, on lui tourna le dos et il se retira bien convaincu qu’il avait fait une fausse démarche.
Ce fait montre bien la défection qui se produisit alors chez la plupart des administrateurs, leur peu de zèle et surtout leur complet oubli de leurs devoirs envers la Patrie.
Car, s’ils étaient las de servir Napoléon, il y avait toujours le sol de la France à préserver de la souillure de l’invasion.
Il indique aussi combien était resté grand le patriotisme du peuple en général et des Tournusiens en particulier, lesquels, loin de céder au découragement, maintinrent leurs résolutions énergiques, ce dont il faut leur faire honneur.
L’ennemi venait d’être repoussé à Chalon, il pensa qu’il lui serait plus facile d’entrer à Tournus où le nombre des défenseurs était moins considérable, mais informé de l’attitude des habitants et de leur résolution de se défendre à outrance, il descendit sur Mâcon.
Le 11 janvier 1814, un détachement de dix-sept hussards de Blankenstein, commandé par un officier et formant la pointe d’un détachement de la colonne du général Bubna, se présenta sur le pont de Mâcon.
L’officier, après un entretien avec M. Bonne, maire de cette ville, ordonna au détachement de faire son entrée dans Mâcon, ce qui s’exécuta pacifiquement et sans résistance.
Deux jours après, le 13, Mâcon reçut une garnison autrichienne commandée par le major comte de St-Quentin.
Cependant, de fausses nouvelles circulaient.
On présentait Tournus au général Legrand, comme étant dans le plus grand désarroi par suite de l’occupation de Mâcon par les Autrichiens.
On disait que les habitants renonçaient à se défendre, qu’ils craignaient d’être écrasés par le nombre, bombardés et pillés, qu’ils avaient même déposé leurs armes.
De plus, ce qui était vrai, le commandant de la place, le brave général Debrun était malade.
Le général Legrand écrivit aux Tournusiens : « Citoyens de Tournus !…
Une poignée d’hommes se dirige sur votre ville, opposez la plus vive résistance. Barrez, encombrez votre pont.
Nous sommes à vous ! ».
Le Maire répondit : « Brave et digne général, notre pont est encombré et nous sommes déterminés à nous défendre jusqu’à ce qu’une force supérieure nous réduise.

C’est elle seule qui peut nous décider ».
M. Chaussier, officier retraité à Chalon, fut nommé provisoirement commandant de place, en remplacement du général Debrun, alité.
Comme on le voit, la consternation n’avait pas duré longtemps, on reprit bien vite courage et on résolut de défendre énergiquement la ville.
On fit des retranchements et des barricades, on coupa la levée de Lacrost et, jour et nuit, le pont et les portes de la ville furent gardés.
Plusieurs détachements des gardes nationales voisines arrivèrent pour prêter leur concours, tous étaient animés d’une grande ardeur : celui de Jouvence (Saint-Gengoux), commandé par M. Bourdon et accompagné de son maire, M. Piquet, se fit remarquer par sa bonne tenue et son civisme. M. Jacob, maire de Laives, était également venu se joindre aux défenseurs de Tournus.
On venait d’organiser trois compagnies de la garde nationale pour renforcer la compagnie d’élite qui, seule, était habillée.
Le 17 janvier, on reconnaissait les officiers sur la place de l’Hôtel-de-Ville, lorsqu’un cri se fit entendre : « Les voilà ! Ils arrivent ! ».
Les habitants, en masse, se précipitent vers leurs barricades et vont occuper leurs emplacements de combat.
Jamais mouvement ne fut plus spontané, on vit jusqu’à des femmes et des vieillards, armés de broches à rôtir et de fourches, voler à la rencontre de l’ennemi.
Ce ne fut qu’une fausse alerte, causée par cinq gendarmes survenus un peu trop précipitamment pour annoncer une simple reconnaissance de quelques cavaliers autrichiens.
Pendant ce temps, les ennemis de l’intérieur ne négligeaient rien pour corrompre l’opinion publique et ce fut, à n’en pas douter, pour ménager des intelligences secrètes avec l’ennemi du dehors, qu’ils envoyèrent à Tournus un ancien émigré, le sieur de Vinzel.
Les uns commençaient à dire hautement que les puissances alliées allaient mettre un Bourbon sur le trône, d’autres que Lyon s’était rendue.
Plusieurs semblaient déjà rendre responsables des maux de la guerre, ceux qui osaient s’armer pour la défense de leur pays.
De Vinzel fut arrêté et, le 19 janvier, le commandant de place Chaussier, adressait aux habitants de Tournus la proclamation suivante :
« Habitants, l’on vient d’arrêter un espion que l’ennemi avait envoyé parmi nous ; il en enverra d’autres encore, n’en doutez pas.
Son intention est de nous désorganiser et surtout d’arrêter cet élan de tous les braves qui marchent pour le détruire.
C’est pourquoi il s’efforce de répandre partout les bruits les plus mensongers.
Vous êtes donc prévenus que tous ceux qui les propagent sont autant d’ennemis que votre devoir ainsi que votre salut exigent que vous les arrêtiez tous sur le champ et les amener (sic) ensuite par devant moi pour les faire traduire à une commission militaire.
Soutenez votre attitude, braves habitants de la ville et des campagnes, elle suffira seule et sans le concours des deux bataillons de la Garde impériale qui sont en route pour vous débarrasser de la présence de l’ennemi.
Déjà, nos troupes nombreuses qui filent sur le Rhin forcent l’ennemi à se replier ou l’empêchent de s’étendre. Encore quelques instants et vous aurez la gloire d’avoir sauvé votre pays des horreurs de la dévastation.
Fait à la place de Tournus, le 19 janvier 1814. Chaussier ».
Disons de suite que les deux bataillons annoncés ne parurent jamais.
Quant au sieur de Vinzel, il fut transféré à Dijon et relâché quelque temps après.
Le commandant de place et le maire Dunand continuaient sans relâche à mettre la ville en état de défense.
Les ouvriers, manœuvres et vignerons étaient requis de se rendre avec leurs pelles, pioches et brouettes sur la route de Mâcon pour y faire différents travaux sous la direction de M. Jaugeon, commis de M. Constantin. Un poste avancé fut placé sur cette route, à St-Clair.
L’occupation de Mâcon par les Autrichiens avait surpris le préfet et s’était produite à son insu : la lettre suivante, qu’il écrivait le 20 janvier 1814, au général Thiard, en témoigne :
« Autun, 20 janvier 1814. Le 12, l’ennemi entre à Mâcon au nombre de 17 hussards.
J’avais organisé et ordonné des moyens de résistance.
Je fus trahi par la municipalité qui avait fait ses conditions la veille et qui avait préparé les billets de logement.
J’en ai la preuve écrite. Je fus trahi par le commandant de la place qui, d’accord avec le maire, ne donna aucun ordre, n’exécuta rien de ce que j’avais ordonné.
Les hussards étaient sur le pont lorsque j’écrivais encore dans mon cabinet. Je n’eus que le temps de sauter dans une voiture.
Je me retirai à Charolles où j’avais fait filer les caisses et les administrations.
De Charolles, je me suis rendu hier à Autun.
J’ai fait l’impossible pour faire mouvoir les gardes nationales. . . . Chalon et Tournus font une belle défense à la honte de Mâcon. .. . On débite à l’instant que Dijon est pris, j’en doute encore, je doute de tout, même de mes espérances. Roujoux, préfet ».
Cependant, les choses n’allaient pas toutes seules à Tournus, la population était fiévreuse et l’on pouvait craindre que le moindre événement, en raison de l’état des esprits, fit succéder le découragement à l’enthousiasme.
 

 

 

La démarche de deux officiers de la garde d’élite qui s’étaient rendus à Dijon pour s’informer si les secours promis devaient bientôt arriver, fut mal interprétée, on allait jusqu’à parler de fuite.
Les agents secrets en profitèrent pour jeter le découragement dans la garde en disant que cette promesse de secours était illusoire, qu’il n’y avait plus rien à faire.
Le commandant de place en fut alarmé, mais grâce à sa prudence et à sa fermeté, rien ne fut compromis.
Les mesures de défense continuèrent activement, les autorités étaient vaillamment secondées par de bons citoyens.
Le 21 janvier, une partie des officiers de la garde nationale, auxquels se joignirent quelques habitants, s’assemblèrent chez le commandant de place.
On y exposa les pertes et la misère que créait l’invasion par suite de l’interception des communications avec le midi soit par la route, soit par la Saône.
Les craintes de voir le courage montré jusqu’ici par la population, s’abattre dans l’inaction, furent signalées.
Louis Bidat proposa d’en finir en allant chasser l’ennemi de la ville de Mâcon, ajoutant qu’il suffirait de l’entreprise pour donner un grand élan à toutes les villes voisines.
Cette proposition, appuyée par M. Abraham Piot, fut adoptée après une courte discussion et il fut arrêté qu’on ferait part de ce projet au général Legrand, alors à Chalon.
Qui eut l’initiative de l’idée de la marche sur Mâcon ? Le général ou les citoyens de Tournus ?
Peu importe, ce qui est certain, c’est qu’aussitôt l’idée émise, elle fut adoptée avec enthousiasme de part et d’autre.
Quant à l’hésitation montrée par le général Legrand, d’après lui, elle fut simulée, mais eût-elle été vraie qu’elle eût été non seulement excusable, mais encore honorable.
En effet, l’opération projetée était plus qu’audacieuse : il s’agissait d’aller avec des hommes mal armés, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de pères de famille et à peine aussi nombreux que ceux qu’ils avaient à combattre, enlever Mâcon à une troupe organisée et retranchée dans la ville.
Il y avait de quoi réfléchir et si la prudence agit un moment sur l’esprit du général, il est probable que le souvenir des coups d’audace heureux de sa jeunesse, sa bravoure naturelle et l’enthousiasme montré parles Tournusiens achevèrent de le décider pour l’action.
Si l’opération était audacieuse, elle n’était pas folle comme certains l’ont prétendu. Ce n’est pas sans précautions que le général Legrand s’y était décidé.
Il était parfaitement renseigné sur l’effectif et les agissements des Autrichiens occupant Mâcon.
M. Constantin, maître de la poste aux chevaux de St-Albain, se rendait chaque jour malgré pluie, neige, froid et verglas à Mâcon, d’où il rapportait des renseignements précis.
Il allait jusqu’à assister à la distribution des fourrages et des rations dans les rangs des Autrichiens (cavaliers et fantassins) sous mille prétextes, au risque de se faire coffrer ou même fusiller.
Et puis, l’effort tenté ne devait pas être isolé. Le général en retraite de Lavaux, retiré à Cormatin, devait, avec 400 hommes de la garde nationale, se diriger par Igé, Verzé et Charnay sur St-Clément (faubourg sud de Mâcon) et faire coïncider son attaque avec celle du général Legrand, de manière à prendre l’ennemi entre deux feux.
L’opération décidée, le général fit venir de Chalon une petite pièce de campagne, servie par 10 canonniers de la garde nationale, 20 grenadiers vétérans soldés, 30 pompiers sous les ordres du lieutenant Dromard et enfin 39 hommes du 144e de ligne sous les ordres du lieutenant Pinet.
Le 22 janvier, par une bise froide et violente, le général passa la revue de la colonne sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Environ 400 hommes de la garde nationale de Tournus et des communes voisines, y figuraient :
- Une compagnie de grenadiers, commandant de Bonna, capitaine Noly, lieutenant Versailleux, sous-lieutenant François Morlon.
- Une compagnie de voltigeurs : commandant Graugnard, capitaine J.-B. Dugrivel, lieutenant Vauvilliers, orfèvre, sous-lieutenant Félix Narboud, sergent L. Bidat, clerc de notaire.
- Porte-aigle : Moreau, charcutier.
- Une compagnie de pompiers : capitaine Alexandre Gauthier.
Ces trois compagnies tournusiennes étaient armées et vêtues à l’ordonnance. Il y avait en outre des groupes en bourgeois ou en blouses, dont chaque citoyen-soldat s’était armé à ses frais : fusils de munition et fusils de chasse. Quelques-uns étaient à cheval, bons cavaliers et bons tireurs.
- Cohorte de Sennecey-le-Grand : capitaine, François Carré, légionnaire ; sergent, Jean Bonnot ; fourrier, François Labry ; officier de santé, Drain.
- Éclaireurs et tirailleurs : Abraham Manière, père, le sergent Mure, Antoine Petit dit Lacroix, marchand de vins, Chapuis-Laforest, Chevillard, Bourbon, Piquet, Dumont, Dommartin, Bailly, la plupart légionnaires.
- État-Major : Commandants de Montcrot et Charles Bidat ; capitaine : Charles Debrun.
En définitive, les forces se décomposaient comme suit : 308 gardes nationaux de Tournus, 92 gardes nationaux de Chalon, Jouvence, Sennecey-le-Grand, Cuisery, Saint-Bonnet et quelques autres communes, 10 artilleurs improvisés à Chalon, commandés par le lieutenant Charles Legrand, fils du général ; 30 pompiers chalonnais conduits par le capitaine Dromard et 39 hommes du 144e de ligne, lieutenant Pinet. Total : 479 hommes.

Après le défilé, la troupe étant massée en carré sur la place, le général lui adresse la proclamation suivante : « Soldats, je suis fier de votre belle tenue ! Je lis la victoire dans vos yeux. A demain matin, au premier rappel du tambour, tous en marche pour la défense de nos foyers, nos femmes et nos enfants ! Père et propriétaire comme vous, croyez-moi, braves concitoyens, pour dicter la paix il faut soutenir la guerre, il faut vaincre ! Je vous réponds, moi, enfant du pays, que… ».
A ce moment, les cris répétés de : "Vive l’Empereur !" couvrirent la voix du général et l’empêchèrent de continuer sa harangue.
Les forces autrichiennes occupant Mâcon se montaient à 420 hommes, tant en infanterie qu’en cavalerie, il n’y avait pas d’artillerie. Cette troupe était sous les ordres du major comte de St-Quentin.
Avant de se mettre en route, le général Legrand aurait bien désiré avoir des nouvelles du général de Lavaux, mais à 10 heures du soir, il n’en avait pas encore et son émissaire Justin Nolotte, revint de Cormatin sans rapporter aucune assurance. Le général ne se découragea pas et il résolut d’opérer seul.
Le lendemain 23, la neige qui n’avait cessé toute la nuit, continuait à tomber à gros flocons et s’élevait à plus d’un pied sur la route. Rien n’arrête l’élan des Tournusiens, ils ont hâte de voir l’ennemi de près et de se mesurer avec lui.
À sept heures du matin, on battit le rappel dans toute la ville, toutes les compagnies s’assemblèrent sur la place de l’hôtel-de-Ville, où se trouvaient déjà le général et son état-major. Une heure après, la colonne précédée de la pièce de canon, se mit en marche et sortit de Tournus en chantant la Marseillaise entonnée par Louis Bidat.
A son passage devant l’église de la Magdeleine, le desservant, abbé Dubost, donna sa bénédiction à ceux qui la composaient, en disant : « Courage mes amis, je vais dire la messe à votre intention ».
On marcha jusqu’à St-Albain où on fit une halte. C’est là que l’on distribua les cartouches et que chacun vérifia l’état de ses armes. C’est également là que plusieurs citoyens notables des environs, au nombre desquels figurait le général de Lavaux, vinrent se joindre à la colonne.
On reprit la marche et la colonne continua sa route dans le meilleur ordre possible. Mais la route était longue, le ciel était sombre, de gros flocons de neige tombaient très épais, les hommes n’avaient pas le même pas, vieux et jeunes étant mêlés, la colonne s’allongeait. Pour ranimer le courage de ses soldats, le général donna l’ordre aux tambours et aux clairons de battre la charge. Les plus faibles redressèrent la tête et allongèrent le pas, personne ne s’écarta et il n’y eût pas de traînards.
A St-Jean-le-Priche, un parti de cavaliers autrichiens qui occupaient ce village, s’enfuit effrayé à l’aspect de la colonne et alla porter l’alarme à Mâcon. Enfin, on arriva en vue de cette ville, le cœur plein d’ardeur.
En raison de ses blessures, le général avait fait la route en voilure. A ce moment, il se fit mettre à cheval, ce qu’il ne pouvait faire seul par suite d’une ancienne blessure très grave à la jambe. Une fois en selle, sa taille haute et droite, son grand uniforme brodé d’or, son beau et calme visage lui donnait un aspect imposant et il se dégageait en même temps de son regard et de toute sa personne une fermeté mêlée de douceur et de bonté qui inspirait confiance aux moins résolus.
Aussi, y eût-il un frémissement quand, tirant l’épée, ce vieillard à cheveux blancs prit la tête de la colonne et cria d’une voix forte : « En avant ! ».
A ce moment, comme présage de succès, le soleil se dégageant des nuages, vint éclairer et réconforter nos braves.
La porte Nord de Mâcon était occupée par un poste autrichien. Le général prit ses dispositions de combat, il fit précéder le gros de la colonne à environ 100 mètres, par une ligne de tirailleurs déployée à gauche et à droite de la route. La pièce de canon, se tenait sur la route à hauteur de cette ligne. A moins de 150 pas du poste, les tirailleurs commencèrent un feu vif et soutenu, les Autrichiens, placés sur deux rangs, ripostèrent par des feux de salve. La colonne suivait toujours à distance.
Notre masse, notre élan, nos cris, la charge que battaient nos tambours, eurent raison en trois minutes de la porte de Paris. De notre côté, nul n’est atteint. Mais là-bas, deux fusils tombent que nos hommes ramassent au passage. L’ennemi fuit dos baissé, presqu’à quatre pattes et disparaît. Il était environ trois heures de l’après-midi.
Pendant ce temps, que faisait le major de St-Quentin, commandant des troupes autrichiennes ? Il prenait tranquillement le café avec ses officiers à l’hôtel du Sauvage. Averti par les cavaliers repoussés de St-Jean-le-Priche, que le général commandant le département approchait avec la garde nationale de Tournus, il s’écria, parait-il : « Allons ! Cinquante hommes pour ramasser le général Legrand et ses paysans ». Puis il continua à rire, ne donnant aucun ordre pour le rassemblement de sa troupe. Il ne tarda pas à déchanter.
Les Autrichiens logés dans Mâcon, surpris en entendant les premiers coups de feu et n’ayant reçu aucun ordre, s’affolèrent. Ramassant à la hâte armement et équipement, ils se dirigèrent dans le plus grand désordre sur leur ligne de retraite, le pont. C’est là que le major de St-Quentin, brusquement rappelé à la réalité des choses, songea à les rassembler. La chose ne dut pas être facile au milieu de la panique générale, et le général Legrand avançait rapidement après avoir pénétré dans Mâcon.
A partir de ce moment, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire textuellement le récit si pittoresque du fils du général, publié dans l’ouvrage de M. Ch. Rémond.
« Nous enfilons la rue de Paris, la rue de Saône et débouchons sur le quai Nord. Rien. M. de Montcrot avec 4 cavaliers et 4 gendarmes, pousse hardiment une reconnaissance jusqu’au cœur de la place.
Les 9 hommes disparaissent bientôt au galop dans l’angle rentrant du quai. Mais en avançant, nous ne tardons pas à les revoir. Ils sont aux prises. Arrivé près de l’hôtel du Sauvage, à quelques pas de la tête du pont, M. de Montcrot est accueilli par une grêle de balles. Deux chevaux tombent morts. Cet homme énergique va succomber maintenant sous le sabre d’un peloton de hussards qui surgissent du quai Sud. J’arrive avec mes canonniers, je m’élance avec Chaussier et le dégageons à coup de pistolet.
Survient le peloton du 144e. Aidé du cantonnier de marine Petit, négociant à Chalon, je pointe ma pièce et mets le feu moi-même à la première volée.
Le pont de Mâcon à St-Laurent a une inclinaison de pente excessive (elle a été abaissée depuis). L’ennemi, en raison sans cloute de cette pente, tirait trop haut : les balles sifflaient sur nos têtes et allaient invariablement s’aplatir sur le mur du Sauvage.
Mon premier coup de canon n’eut aucun résultat, si ce n’est de causer une certaine surprise à l’ennemi. Cette surprise ne dura qu’une demi-minute, mais ce temps très court permit aux choses de changer de face.
En effet, le général arrive. Il s’était engagé dans la rue de Paris, avait tourné par le haut, était parvenu sur la place de l’Hôpital, avait ramassé 23 prisonniers sur les marches du nouveau St-Vincent et avait massé sa troupe en colonne.
Précédé par 28 tambours qui faisaient autant de bruit que s’ils eussent conduit toute une division à l’assaut, épouvante de l’ennemi et des Mâconnais, le général m’apparut, l’aigle à ses côtés, dominant ses fantassins et dévalant la grand’rue, le chapeau en bataille.
Alors, rien ne tient plus. Aux cris mêlés de : "Vive la France !" et de "Vive l’Empereur !" sous les balles autrichiennes, tandis que nos tirailleurs voient tomber sous leur feu un maréchal-des-logis de hussards à l’entrée du pont et un capitaine de Blankenstein à la hauteur de la seconde arche, je m’attelai avec quelques-uns de mes hommes à la pièce et la hissai à la bricole, en plein sur la chaussée du pont.
Deux de mes servants blessés firent un pas en arrière, puis ils revinrent à leur rang avec beaucoup de sang froid.
Le feu de l’ennemi ne discontinuait pas et la cavalerie se formait pour nous enfoncer. Le moment était critique.
J’eus la perception très nette que la moindre hésitation pouvait tout compromettre. Je dis à Petit : « Chargez, je pointerai ». Petit chargea à mitraille, je pointai, tirai ; on rechargea, je repointai et tirai, avançant toujours à chaque coup. Nos décharges mirent du désordre dans les rangs autrichiens, la fusillade des nôtres qui nous suivaient de près, redoubla d’intensité. Les pelotons de cavalerie se disloquèrent et prirent la fuite.
En un instant, l’espace compris entre les parapets et les abords de la rive gauche furent dégagés.
Pendant que je déblayais le pont, les tirailleurs que le général avait envoyés sur le faubourg de la Barre dès notre entrée en ville, remportaient un succès non moins important contre un détachement d’une quarantaine d’hommes, commandé par un lieutenant. De ce côté, les Autrichiens avaient tout d’abord opposé une vive résistance. Mais, dès qu’ils entendirent la fusillade et la canonnade dans la direction de la Saône, ils se sentirent tournés, comprirent que leur retraite allait être coupée et se mirent en devoir de se replier vivement sur le pont.
Et, c’est précisément là qu’ils vinrent se heurter aux nôtres. Une quinzaine d’entre eux jetèrent leurs armes sur le pavé, les autres entourés furent désarmés assez facilement.
Le capitaine chef d’escadron, cité plus haut, fut victime de son amour fraternel. Il soutint trop longtemps le choc sur le pont, en vue de faciliter la retraite du détachement qui descendait du faubourg de la Barre et que son frère commandait.
Je dois ajouter, à la honte de ceux qui commirent un acte pareil, que ce capitaine et ce maréchal-des-logis, tombés raides mort, furent dépouillés à nu et jetés en Saône par de la canaille de St-Laurent, après que nous eûmes franchi le pont pour continuer la poursuite ».
La victoire était complète, le peu de largeur de la chaussée inondée à droite et à gauche, s’opposait à tout déploiement et les Autrichiens forcés de s’enfuir groupés, ne tardèrent pas à changer leur retraite en déroute. Ils furent poursuivis jusqu’à la Madeleine, sur la route de Bourg. La nuit étant venue, les nôtres rentrèrent à Mâcon.
En moins de dix heures, nos soldats improvisés avaient parcouru 30 kilomètres et chassé l’ennemi d’une ville qu’ils occupaient en vainqueurs.
Par un bonheur inespéré, nous n’avions aucun tué. Quelques hommes seulement furent légèrement blessés : le grenadier Bernard Jacques, de Tournus, blessé d’un coup de sabre à l’index de la main droite et M. Drain, de Sennecey, d’une balle à la cuisse. Deux chevaux avaient été tués : celui d’un gendarme et celui de M. Bailly, notaire à Saint-Bonnet.
Quant à l’ennemi, ses pertes avaient été énormes en raison de son effectif. 10 hommes tués, dont un capitaine et un maréchal-des-logis, 37 prisonniers, dont un lieutenant et deux sous-officiers, enfin 44 blessés que, d’après des renseignements certains, l’ennemi avait emportés dans sa fuite : Total, 91 hommes hors de combat.
D’autres durent disparaître, car le major de St-Quentin, dans son rapport au général Bubna, accuse une perte de 128 hommes, ce qui prouverait que 47 fuyards auraient disparu. Dans ce même rapport, pour excuser sa fuite, il prétend avoir été attaqué par des forces considérables, qu’il évalue à 4000 hommes, pourvues d’artillerie.

Tournus en 1814 et en 1815 : histoire locale (1903) / par chef de bat. Joseph Guironde:  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56137499

À LA MÉMOIRE
DES GARDES NATIONAUX ET DE TOUS LES BRAVES
QUI SUR L’INITIATIVE DES CITOYENS
L. BIDAT
CHAUSSIER, A. GAUTHIER, L.-G. DE MONTCROC
 ET A. PIOT
J.-FR. DUNAND ÉTANT MAIRE
REPRIRENT MACON AUX AUTRICHIENS
LE 23 JANVIER 1814
 SOUS LA CONDUITE DU GÉNÉRAL LEGRAND DE MERCEY
ET DU COMMANDANT D’ÉTAT-MAJOR CH. BIDAT
FAIT D’ARMES
QUI VALUT À LA VILLE DE TOURNUS
LA CROIX DE LA LÉGION D’HONNEUR
ET CETTE GLORIEUSE CITATION
DU MINISTRE DE LA GUERRE
A L’ORDRE DU JOUR DE LA NATION
EN DATE DU 3 MAI 1815


QUE L’EXEMPLE DE TOURNUS ENFLAMME L’ÉMULATION
DE TOUTES LES CITÉS QUE TOUTES SOIENT DISPOSÉES
À MÉRITER AU BESOIN LES MÊMES ÉLOGES DU SOUVERAIN,
LA MÊME RECONNAISSANCE DE LA PATRIE.

 

 

 

Le 23 janvier 1814, une colonne française part de Tournus et se dirige vers Macon, occupé par les troupes autrichiennes.  La porte nord de cette ville est occupée par un poste autrichien. Le général Legrand de Mercey, qui commande la colonne française, ordonne le feu des tirailleurs.  Les troupes françaises reconquièrent la ville et en chassent les Autrichiens, qui subissent de lourdes pertes : 10 tués, 40 blessés et 37 prisonniers. Les Français n'ont que quelques blessés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ICI REPOSE
CHARLES BIDAT
CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR
ANCIEN CHEF DE BATAILLON À L’ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL
DE LA GRANDE ARMÉE
NÉ LE 22 MARS 1770
DÉCÉDÉ LE 26 8BRE 1865

 

 

 

 

Charles Bidat, commandant d'état-major, mentionné sur le monument de la ville, repose au cimetière de Tournus, non loin de l'entrée, à droite.  Toute information biographique sur lui ou sur Louis Bidat,  capitaine de la garde nationale de Tournus, serait la bienvenue. Idem pour le Docteur Jean-François Dunand, maire de la ville en 1814.

 

Docteur Dunand

            Maire de

            Tournus

1814                    

 

11/02 Montmirail 14/02 Vauchamps 10/02 Champaubert 30/03 Paris 20-21/03 Arcis-sur-Aube 01/02 La Rothière 29/01 Brienne-le-Château 26-27/02 Bar-sur-Aube 03/03 Laubressel 25/03 Fère-Champenoise 26/03 St-Dizier 18/02 Montereau 16-17/02 Guignes-Valjouan-Mormant 20-22/02 Nogent-sur-Seine 13/03 Reims 09-10/03 Laon 07/03 Craonne 08-09/03 Chavignon 12/02 Château-Thierry 27/02 Meaux 08/03 Chaumont 02/03 Bar-sur-Seine

Carte globale pour la campagne de France de 1814. (Carte cliquable)

27 janvier 1814 : combat de Saint-Dizier

Sous un temps épouvantable,  l'Armée, commandée par l'Empereur en personne s’accrochent avec l'avant-garde de Blücher, qui est repoussée à Saint-Dizier. Napoléon veut empêcher la jonction de Blücher avec Schwarzenberg.

Le Général Milhaud surprend la Division de Cavalerie ennemie sous les ordres de Sacken. Le Maréchal Victor attaque vers 9h, le Général Duhesme porté en avant, déloge les hussards russes, les obligeant à abandonner Saint-Dizier. L’Infanterie française entre dans la ville, tambours en tête précédant de peu Napoléon qui est accueilli avec enthousiasme par les habitants. «L’Empereur est acclamé. Les habitants, maltraités par les cosaques, l’appelaient leur libérateur. Napoléon descendit de cheval et défendit à ses gardes d’éloigner cette population qui se pressaient autour de lui », raconte l’adjudant-commandant Auguste Petiet. Ce succès, sans importance sur le plan militaire, a pour effet immédiat de remonter le moral des populations et des soldats.
A partir du 28 janvier 1814, l’armée, aidée par la population, progresse vers Brienne-le-Château, par Eclaron, Montier-en-Der.

L’armée de Blücher, qui avait traversé la Lorraine presque sans coup férir, pénétrait dans le nord-est de la Haute-Marne par la route de Ligny à Saint-Dizier, traversait les territoires de Vassy et de Joinville, se dirigeant du côté de Bar-sur-Aube et de Brienne, pour opérer sa jonction avec l’armée du prince de Schwarzenberg et marcher de conserve sur Paris.

Tout le pays fut inondé de troupes ennemies du 18 au 27 janvier. Les Cosaques de Platow avaient passé, le 18, à Joinville, d’où ils étaient partis le lendemain 19 avec deux mille dragons russes, prenant la direction de Brienne par Doulevant. Tout le corps de Blücher les suivait.
Il avait occupé Joinville les 26 et 27. Blücher avait couché dans cette ville le 26.
Là, il avait reçu les plaintes des habitants au sujet de la surcharge des logements militaires dont ils étaient accablés depuis plusieurs jours, et il leur avait répondu avec assez de bienveillance, leur disant qu’ils « seraient désormais tranquilles, parce qu’il ne passerait plus de troupes alliées dans leur ville, si ce n’est quelques détachements de ceux qui suivent ordinairement les armées ».

Il avait quitté Joinville le 27, à deux heures. Son corps d’armée, estimé de trente-cinq à quarante mille hommes, avait dû prendre la route de Brienne, pour se trouver, le même jour, suivant les conjectures de Victor, à la hauteur de cette ville.
Enfin, le corps russe du général Lanskoï, resté en arrière de Blücher, avec soixante-dix canons, et estimé à quinze mille hommes (pour l’infanterie seulement), était à Saint-Dizier, les 25, 26 et 27, et s’échelonnait, dans les villages, autour de cette ville, à Prez-sur-Marne, à Eurville, suivant le feld-maréchal à une journée de marche près et se proposant de rejoindre en même temps la grande armée austro-russe du prince de Schwarzenberg.
Il est facile de voir, d’après l’état des choses à la fin de janvier, que le département ne devait plus être, comme tout le faisait supposer au commencement de ce mois, le théâtre d’une action décisive, ni même d’une action de grande importance.
L’empereur, parti de Paris le 25, avec le dessein d’empêcher la jonction des deux armées de Bohême et de Silésie, pouvait croire qu’il atteindrait ce résultat (qu’il obtint un moment), mais il ne pouvait pas espérer frapper un grand coup et s’engager avec Blücher lui-même, qui était à deux marches seulement de l’Aube, le 26, avant que ce général parvînt sur cette rivière et se rapprochât du centre d’opérations du prince de Schwarzenberg.
En effet, bien qu’il eût mis dans la conception de son plan et dans l’impulsion donnée aux moyens d’exécution la plus grande célérité, il ne put être à Saint-Dizier que le 27 au matin ; et il n’y trouva qu’un corps du général de Lanskoï, qu’il chargea le duc de Bellune de déloger de ses positions, pour s’attacher lui-même aux pas de Blücher et le saisir avant qu’il eût rejoint la grande armée d’invasion.
Le duc de Bellune avait déjà arrêté un moment l’ennemi à Ligny, le 24.
Le lendemain 25, il s’était retrouvé en face du même corps, à Saint-Dizier même.
« Notre arrière-garde a été attaquée, dit-il dans un rapport daté de Perthes le 25, à six heures du soir, ce matin à Saint-Didier par le corps ennemi venant de Ligny.
Une forte colonne d’infanterie, précédée d’artillerie, a formé cette attaque.
On s’est battu dans les rues.
Il y a eu des pertes de part et d’autre. M. le général Duhesme s’est ensuite mis en bataille à une portée de canon de la ville, en avant du village d’Hallignicourt. Il était soutenu par le 5e corps de cavalerie.
Les ennemis n’ont pas tenté une nouvelle attaque ; ils se sont établis à Saint-Dizier et entourent cette ville ».
Le maréchal s’attendait à une attaque pour le 26.
Il avait donné ses instructions en conséquence au général Duhesme, qui devait s’établir de la manière suivante: la cavalerie légère, cent dragons, un bataillon et deux pièces de canon, au village de Hallignicourt; l’infanterie dans le bois qui est à gauche du village ; l’artillerie en batterie sur la route ; une grand’garde d’infanterie à la tête du village, une de cavalerie en avant sur la route de Saint-Dizier et une sur le village d’Hoericourt.
« Cette portion de l’arrière-garde, ajoutait le maréchal, se repliera demain matin, entre six et sept heures, sur le village de Perthes.
Elle fera placer les gardes et logera le reste de ses troupes avec l’ordre de se tenir toujours prêtes à prendre les armes ».


Aussi quand le maréchal reçut l’ordre de prendre l’initiative et d’attaquer lui-même, il éprouva un vif sentiment de joie tempéré par d’autres préoccupations, que nous retrouvons dans une dépêche, remarquable à plus d’un titre :

Thieblemont, 26 janvier 1814, 2 h. du soir.
 

Le corps d’armée que je commande apprend avec joie qu’il va prendre l’offensive. Il attaquera l’ennemi avec toute la vigueur dont il est capable, du moment où il se sentira appuyé par les troupes qui sont derrière lui et que les dispositions de cette attaque seront conduites de manière à ce que tous les corps y concourent.
Votre Altesse me mande par sa lettre d’aujourd’hui, à dix heures du matin, que d’après les ordres de l’empereur, je dois réunir toutes mes troupes à Saint-Dizier. Je dois lui faire observer à ce sujet qu’il ne doit pas être seulement question d’une simple réunion dans une ville qui renferme des forces ennemies doubles des miennes, mais bien d’une attaque combinée.
Mon avant-garde est à portée de canon de Saint-Dizier ; les autres troupes de mon commandement qui en sont les plus éloignées peuvent être réunies dans une heure et demie près de cette avant-garde, et du moment que les autres corps seront arrivés à la hauteur et que je connaîtrai l’ensemble de l’attaque, je marcherai sur Saint-Dizier.
Cette attaque peut être faite sur trois colonnes ; l’une sur la grande route, qui serait la mienne ; l’autre par Vouillers, Saint-Eulien, Villiers-en-Lieu et Hauteville, qui serait celle du duc de Raguse ; la troisième par Larzicourt, qui serait celle du prince de la Moskowa.
Par ce moyen, on chasserait les ennemis de Saint-Dizier avec facilité, et le duc de Raguse, continuant sa marche par Chamouilly, direction de Joinville, les obligerait à se retirer sur ce point. Ils ne pourraient pas se défendre derrière le pont de Saint-Dizier, et je les suivrais immédiatement.
Je suis venu ici pour établir ma seconde ligne, je vais retourner à Perthes, où j’attendrai de nouveaux ordres.
Si on n’y fait pas attention, la pénurie de subsistances deviendra plus dangereuse que les ennemis. Les soldats affamés commencent à maltraiter les habitants, à piller tout ce qui tombe sous leurs mains et à se faire abhorrer de ceux qui en attendaient secours et protection. Je supplie à mains jointes Votre Altesse de faire organiser promptement un service administratif régulier, le salut de l’Empire tient à cette mesure.
Ce serait se faire illusion que d’attendre de bons services de soldats qui ne recevraient pas les subsistances qui leur sont dues. Il ne faut pas croire que les ressources locales puissent les leur fournir, surtout quand ils seront plus nombreux. Ces ressources n’existent pas. J’en suis convaincu par les soins constants et inutiles que nous ne cessons de prendre pour nous les procurer.

Duc de Bellune

Ces patriotiques sollicitudes du brave maréchal n’ôtèrent rien, on peut le croire, à la vigueur de son attaque du lendemain.
L’infanterie du général Duhesme et la cavalerie du général Milhaud s’ébranlent à dix heures du matin.
L’ennemi est culbuté.
On lui tue du monde, on le pousse avec un tel élan qu’il n’a pas le temps de couper le pont.
Il se retire en désordre par les routes de Joinville et de Ligny.
Le brave général Miller, à la tête du 26e chasseurs à cheval, se jette sur un bataillon russe qui se repliait sur la route de Joinville, le sabre, le met en fuite. Mais, frappé d’une balle, il y périt.
Le général Piré fut chargé par l’empereur de marcher sur Vassy et de lui donner des nouvelles.
L’ennemi avait laissé dans nos mains, bon nombre de prisonniers.
Les habitants de Saint-Dizier, qui avaient assisté à ce combat avec une émotion facile à comprendre, accueillirent nos troupes avec le plus vif enthousiasme.
« Le 27, nous arrivâmes à Saint-Dizier, dit le colonel Fabvier.
La joie des habitants offrait le spectacle le plus touchant du monde : les uns portent du vin aux soldats en marche, d’autres montrent aux plus jeunes comment ils doivent se servir de leurs armes, et les prient de combattre vaillamment pour délivrer la patrie du joug insupportable de l’étranger.
Les plus contents se joignent à nous. L’Empereur était sur la place, entouré de tout le peuple, qui l’accablait des marques d’un dévouement trop peu senti.
L’enthousiasme gagne les troupes : fantassins, cavaliers, artilleurs se précipitent sur toutes les routes, enflammés de colère, oubliant les fatigues et ne connaissant plus qu’un besoin, celui de combattre.
Les prisonniers arrivaient par centaines, conduits par quelques paysans sans armes ».

Le tableau n’est pas chargé.
La ville de Saint-Dizier, qui avait toujours été très attachée à l’empereur, l’accueillit avec transport et conçut, de sa présence et du coup qu’il venait de frapper sous ses yeux, un commencement d’espérance.

L’invasion de 1814 dans la Haute-Marne, François Frédéric Steenackers, 1868

Le 24 janvier 1814 :  COMBAT DE BAR-SUR-AUBE

L'armée coalisée, qui, par ses succès à Leipzig, venait de repousser l'armée française derrière le Rhin, violant la neutralité de la Suisse, passa ce fleuve le 21 décembre sous les ordres du prince de Schwartzenberg , Un corps commandé par le comte de Bubna marcha sur Genève et Lyon, tandis que l'armée principale se dirigea vers la Champagne par Langres, afin de faire sa jonction sur l'Aube avec l'armée dite de Silésie, qui, sous les ordres du général Blücher, avait passé le Rhin le 1" janvier, de Mannheim à Cobenzl.

Le 24 janvier, le prince de Schwartzenberg, venant de Langres, arriva devant Bar-sur- Aube.  Le maréchal Mortier, duc de Trévise, y était en position, couvert par l'Aube, avec huit mille hommes d'infanterie et deux mille chevaux de la garde impériale.  Deux mille fantassins et quatre cents cavaliers, sous les ordres du général Letort, couvraient à Colombey la route de Chaumont, la division Michel occupait Fontaines. La division Friant était en bataille sur les hauteurs à droite et à gauche de Bar. 

Notre artillerie, qui avait commencé l'attaque en ripostant à celle de l'ennemi, plongeant par sa bonne position dans les colonnes autrichiennes, leur fit éprouver une grande perte et y causa du désordre.  Le général Michel, les voyant ébranlées, fit passer l'Aube à sa première brigade, qui les chargea, et les forçait à reculer, lorsque des renforts leur étant arrivés, les Français furent contraints de repasser la rivière.  Deux fois l'ennemi pénétra dans le village, deux fois il en fut chassé par les fusiliers et les vélites de la Garde. 

Pendant que les principaux efforts des Autrichiens se dirigeaient sur Fontaines, le prince royal de Wurtemberg cherchait à attirer l'attention du duc de Trévise par une fausse attaque sur Colombey.  Le général Letort se retira en bon ordre sur le plateau de Rouvré, où se trouvaient la division Friant et l'artillerie, dont le feu força le prince à la retraite. 

La perte des Français ne s'éleva pas à cinq cents hommes; l'ennemi en avoua quinze cents hors de combat.  Quoique le duc de Trévise eût déjoué ce jour-là les tentatives des  coalisés, dans la crainte qu'après avoir réuni toutes leurs forces ils ne le forçassent le lendemain, il profita de la nuit pour se retirer sur Vandeuvre, et de là sur Troyes, où il fut joint par le reste de l'armée après la bataille de la Rothière (1er février). 

Le 24 janvier 1814 :  COMBAT DE SAINT-TROND

Pendant que l'empereur Napoléon avec ses principales forces s'opposait aux progrès des armées  coalisées sur la Marne, le général  Maison, commandant les troupes françaises en Belgique, tenait en échec les corps ennemis, dont le principal but était de s'emparer d'Anvers.  Le 24 janvier, ce général envoie le général Castex avec deux mille hommes et deux pièces d'artillerie en reconnaissance sur Saint- Tron, pour observer les débouchés de Namur et de Liège.  Ce général, ne rencontrant d'abord aucun ennemi, crut pouvoir s'aventurer au-delà de Saint-Tron, où il trouva deux régiments de Cosaques qui se retirèrent aussitôt jusque dans le faubourg de Liège, poursuivis par les Français.  Mais ayant été secourus par la cavalerie du général Czernichew, ils tombèrent à leur tour sur les troupes du général Castex, et les ramenèrent vigoureusement jusqu'à Orey, au-delà de Saint-Tron. Le général Castex fut blessé, et perdit une centaine d'hommes. 

Le 27 janvier 1814 :  COMBAT DE SAINT-DIZIER.

Les armées coalisées avaient passé le Rhin le 31 décembre et le 1er janvier, et s'avançaient sur Paris par la Bourgogne et la Lorraine afin de se réunir sur l'Aube et la Seine.  L'empereur Napoléon, voulant prévenir cette jonction, part de Paris et va se mettre lui-même à la tête de son armée.  Arrivé le 26 janvier à Châlons-sur-Marne, il réunit ses troupes vers Vitry, et le lendemain il marche sur Saint-Dizier, où se trouvait la division russe du général Landskoy. Son dessein était de percer l'armée ennemie dite de Silésie par son centre, de rappeler par cette attaque, la tête de cette armée, qui déjà était à Brienne, prête à se réunira Troyes avec l'armée austro-russe, et de se placer ensuite entre ces deux armées.

Le 27, au point du jour, le général Milhaud avec sa cavalerie se porte sur Saint-Dizier, et surprend dans ses bivouacs la cavalerie ennemie.  La division Duhesme, qui la suivait de très près, atteignit l'infanterie russe, et lui enleva quelques centaines de prisonniers.  Napoléon entra dans la ville à neuf heures aux acclamations des habitants, qui dans l'effusion de leur joie l'appelaient leur libérateur, leur ange tutélaire.  Il fit poursuivre l'ennemi dans les directions de Joinville et d'Éclaron; le lendemain, il se dirigea sur Montier-en-Der, et le 29 marcha sur Brienne, où il attaqua le général Blücher, commandant l'armée de Silésie. 


28 janvier
1814 : Droyes

Pas un monument, mais certainement un lieu napoléonien !  En effet, ici, la terre porte encore les traces du passage de l'Empereur.

Sur le territoire de la commune de Droyes (52), au bord de la D12/D13, on trouve le "Carré de l'Empereur". C'est l'endroit qui avait été choisi, le 28 janvier, pour établir la tente de l'Empereur. Les troupes, en marche pour Brienne-le-Château, y passèrent. L'endroit est émouvant, car on distingue encore nettement les traces des tranchées creusées autour de la tente (visibles sur la photo au pied de la plaque).

 

CARRÉ DE L’EMPEREUR
Au cours de la campagne de France
le 28 janvier 1814, l’Empereur Napoléon 1er
se dirigeant sur Brienne-le-Château a
fait dresser ICI sa tente.

 

Vers 2010-2011, le panneau a été retiré pour être remplacé par celui-ci.

28 janvier 1814 : Montier-en-Der

Finalement, l'Empereur n'y resta pas et passa la nuit à Montier-en-Der, chez le général Rémy Vincent, maire de la ville.

Ci-dessous, une vue sous le même angle que la carte postale, dont la photo date d'avant la destruction de la maison le 15 juin 1940. Le panneau, qui commençait à rouiller et qui était semblable à celui de Droyes, a également été remplacé.

Seuls subsistent de nos jours les jardins de la maison qui accueillit l'Empereur.

28 janvier 1814 :

Ce même 28 janvier, une expédition de cosaques a lieu sur la ferme de Beauvoir, à Chaumesnil, (qui sera le théâtre d'un épisode de la bataille de La Rothière).
Cet événement est le sujet de la stèle n° 7 du circuit Napoléon 1814.
(Au croisement D960 - D2, près du banc)

 

 

 

 

29 janvier 1814 : Bataille de Brienne-le-Château

Napoléon veut encore empêcher la jonction de Blücher avec Schwarzenberg qui arrive par le sud-est en lui coupant la route de Troyes, et se dirige, par des chemins réputés impraticables, sur Brienne qu'il attaque le 29. La ville et le château de Brienne sont occupés par les corps russes de Osten-Sacken et d'Olsoufiev, avec lesquels se trouve Blücher, qui manque d'être pris avec son état-major. Napoléon engage 16.000 hommes contre les 26.000 alliés. Malgré leur supériorité numérique, les alliés sont expulsés de la ville, c'est une victoire pour Napoléon. Les pertes sont de 3 à 4.000 hommes côté français, de 3 à 6.000 hommes côté allié.

Bas-relief représentant la bataille de Brienne-le-Château sur le socle de la colonne au roi Guillaume de Wurtemberg, sur la grand-place de Stuttgart. Il commandait les troupes wurtembergeoises en 1814, alors qu'il était Prince héritier.
La plaque indiquant qu'il s'agit de la bataille de Brienne, en-dessous du bas-relief, a malheureusement disparu.
Etant donné que la bataille de Brienne fut une défaite pour les Coalisés, il y a fort à parier que ce qui est appelé bataille de Brienne est en fait celle de La Rothière.
(Cliquez pour agrandir.)
 

 
https://youtu.be/L2u0rv4hZwA

 

 
https://youtu.be/jtjR7FqyL_E
Panorama du champ de bataille de Brienne-le-Château, le 29 janvier 1814.
Vue à partir des positions alliées (château de Brienne, QG de Blücher),
vue de l'endroit de la fuite de Blücher et de l'endroit où l'Empereur a failli être capturé par des cosaques.
Maison où il logea à Maizières-lès-Brienne.

29 janvier 1814 : Bataille de Brienne-le-Château

La bataille de Leipzig (18 octobre), si funeste à l'armée française l'avait contrainte à évacuer l'Allemagne.  Arrivée sur le Rhin le 2 novembre, elle passa ce fleuve et fut répartie sur la rive gauche, de Strasbourg à Nimègue.  Ses débris furent alors r coalisés et réorganisés sur divers points de la frontière.

Le maréchal Macdonald s'établit à Cologne ; le maréchal Marmont à Mayence, le maréchal Victor à Strasbourg ; l'empereur Napoléon partit pour Paris afin de diriger de ce point central l'impulsion qu'il voulait donner, à l'empire dans la grande crise qui se préparait.

La France, depuis longtemps conquérante, avait laissé tomber en ruine les places fortes qui, naguère, indiquaient et défendaient ses frontières, et depuis vingt ans on ne songeait plus à d'anciens boulevards.  Nos limites étaient aux bornes de l'Europe; nos forteresses dans nos camps.  Forcés maintenant de rentrer dans nos limites naturelles, de disputer pied à pied le sol sacré de la patrie ; d'opposer l'adresse à la force; de suppléer au nombre en multipliant les obstacles; nous sentions, mais trop tard, combien étaient devenus dangereux pour nous nos nombreux et brillants succès.  Cependant, attaqués sur tous les points par où la France tient au continent, et voulant tout conserver, nous devions nous défendre depuis la Hollande jusqu'à la Méditerranée, des Alpes aux Pyrénées.

L'armée était également dans un état déplorable.  Les troupes échappées aux désastres de Leipzig étaient peu nombreuses, presque sans armes, découragées.  Pour comble de malheur, une maladie épidémique vint encore éclaircir leurs rangs.  Ce fut en vain que Napoléon ordonna la levée, l'armement et l'équipement de trois cent mille hommes; qu'il organisa tout ce que la France possédait d'anciens militaires encore valides :  le temps lui manquait pour consolider de pareils efforts et les rendre profitables.  De sorte que, lorsque le danger l'atteignit, il ne put longtemps parer ses coups.

Napoléon ne pouvant se faire illusion sur l'insuffisance de ses moyens de résistance à l'invasion qui se préparait, chercha un auxiliaire dans la politique.  M. de Caulaincourt, duc de Vicence, se rendit à Mannheim près des souverains  coalisés, et ne négligea rien pour gagner du temps mais ils connaissaient trop bien l'avantage que leur donnaient leurs nombreuses armées et notre critique position, pour se laisser tromper ou consentir à tout autre arrangement que celui qu'ils proposaient. Le souverain des Français ne voulut point sacrifier son amour-propre ; il laissa échapper l'occasion de réparer ses pertes en acquiesçant à la nécessité du moment, et peut-être plus tard de prendre sa revanche; en un mot, il ne voulut rien céder, et bientôt il perdit tout.

De toute l'Europe, la Suisse était la seule puissance qui n'eût point encore pris rang parmi nos ennemies.  Sa neutralité, qu'elle paraissait vouloir maintenir, nous laissait en sécurité de ce côté de nos frontières.  Mais comme dans la terrible lutte qui se préparait les apparences du succès étaient pour les coalisés, cette neutralité ne fut qu'éphémère, et le pont de Bâle servit au premier passage du Rhin par l'ennemi.

L'armée  coalisée qui campait sur le Rhin et menaçait la France d'une invasion était divisée en trois corps principaux.  L'armée austro-russe, sous les ordres immédiats du prince de Schwartzenberg, généralissime de la coalition, occupait vers la Suisse le Haut-Rhin sur la rive droite; l'armée, dite de Silésie, composée de Russes et de Prussiens, et commandée par le général Blücher, était répartie depuis Strasbourg jusqu'à Cobenzl.  Une troisième armée, sous le commandement du prince royal de Suède, était aussi sur le Rhin entre Düsseldorf et Cologne, destinée à l'invasion de la Hollande et de la Belgique.  Le total des forces réunies sur le Rhin par les coalisés s'élevait à trois cent cinquante mille hommes.

Au commencement de décembre, la Hollande s'étant insurgée contre les Français, le prince royal de Suède eut bientôt pris possession de ce pays, et marcha vers la Belgique.  Le 21 du même mois, le prince de Schwartzenberg passa le Rhin à Bâle, dirigea un corps de troupes sous les ordres du comte de Bubna vers Genève et Lyon et marcha avec le gros de l'armée austro-russe, pour effectuer sa jonction sur la Seine et l'Aube, dans les plaines de la Champagne, avec l'armée de Silésie.  Celle-ci effectua le pas- N sage du Rhin aux environs de Mannheim, le 1er janvier, et ses opérations tendirent à la coopération du plan de réunion, pour ensuite marcher en masse sur Paris.

Ce fut sans doute alors que Napoléon dut vivement regretter les bonnes et nombreuses garnisons qu'il avait laissées dans les places fortes de l'Allemagne. Ces forteresses lointaines ne lui furent jamais utiles, tandis que les quatre-vingt mille hommes qu'elles renfermaient, l'élite de l'armée, auraient suffi pour consolider son trône, déjà chancelant.

Pour faire face à tant d'ennemis, il n'avait pu encore réunir au- delà de quatre - vingt mille' hommes lorsque les armées  coalisées eurent franchi le Rhin.  Les maréchaux Macdonald, Ney, Marmont, Victor Mortier, retardant de tous leurs efforts l'offensive de l'ennemi, se replièrent sur la Marne afin de couvrir la capitale.  Le général Maison, commandant les troupes en Belgique, resta aux environs d'Anvers, pour conserver cette place si importante par ses établissements maritimes.  Le maréchal Augereau s'établit à Lyon, afin de s'opposer à l'invasion du comte de Bubna, qui menaçait déjà cette ville.  Dans la déplorable situation où la France était réduite, si l'armée  coalisée, au lieu de s'étendre sur un aussi grand front, eût fait sa principale affaire d'arriver à Paris, v et, par conséquent, eût marché plus concentrée, un mois lui eût suffi; mais il aurait fallu pour cela une résolution prompte et énergique qui manquait à la coalition, comme à toutes celles qui se nouèrent pendant vingt ans contre la France; La divergence d'intérêts , les jalousies, et surtout les longues délibérations des  coalisés, enfantèrent leurs manœuvres lentes et compassées , qui donnèrent à Napoléon le temps de réunir le petit nombre d'hommes avec lequel il exécuta cette merveilleuse campagne, la plus savante peut-être de sa carrière militaire, et qui plus d'une fois remit en question le sort de l'empire français et de l'Europe.

S'il faut en croire les Mémoires sur la campagne de 1814, de M. Koch, dont les assertions paraissent dignes de foi, et dont nous empruntons les expressions, la coalition, inquiète de la facilité avec laquelle elle était parvenue au cœur de la France, fut au moment d'arrêter son mouvement d'invasion.  Les souverains étrangers, arrivés à Langres, s'épouvantèrent de la rapidité de leurs succès.  Leur ferveur s'était éteinte, l'enthousiasme avait fait place aux calculs de la prudence, et l'invasion, résolue à Francfort, allait dégénérer en guerre méthodique.  L'empereur de Russie commençait à sentir qu'en coopérant à l'abaissement de la France, il travaillait à accroître la puissance de l'Angleterre et de l'Autriche.  François II, de son côté, ne pouvait consentir, par égards pour sa fille, au détrônement de son gendre.  A ces considérations politiques venaient s'en joindre d'autres d'un intérêt non moins puissant.  Les conseils des souverains  coalisés, que la timidité avait aussi gagnés, mettaient sans cesse sous leurs yeux les efforts faits par la nation française en 1793 :  ces quatorze armées, ce million d'hommes levés spontanément et qui surent conserver l'intégrité du territoire; l'insurrection des paysans de quelques départements, l'accueil sombre et farouche des autres, dénotaient, selon eux, que les armées de la coalition marchaient sur un volcan.  A les en croire, si jusque là on n'avait rencontré que peu de troupes, c'est que Napoléon, sans disputer ses frontières, réunissait toutes ses forces au centre de l'empire, pour écraser plus sûrement ses ennemis.  Ils mesuraient alors avec inquiétude la profondeur de leur ligne d'opérations, l'éloignement des magasins, la difficulté de renouveler les approvisionnements et les munitions au cas où deux cent mille Français, résolus de s'enterrer sous les ruines de Paris, y combattissent seulement trois jours, comme à Leipzig.  Ébranlés par ces considérations puissantes, les deux empereurs étaient au moment d'arrêter leurs armées au revers des chaînes du Morvan et des Vosges, pour y attendre l'issue des conférences qui allaient s'ouvrir à Châtillon, lorsqu'un incident releva tout-à-coup leur courage et les détermina à continuer leur mouvement sur Paris.

L'ex-directeur helvétique Laharpe, instituteur de l'empereur Alexandre, se rendant de Paris en Suisse, fut arrêté près de Bar-sur- Ornain aux avant-postes autrichiens.  Il se réclama de son ancien élève, auprès duquel on le conduisit.  Leur entretien fut secret, mais M. Laharpe, quelques heures après, dit hautement dans les salons de l'empereur de Russie :  Que la chute de Napoléon n'était pas éloignée, puisque la majorité du sénat et du corps législatif n'attendait qu'une occasion pour se déclarer contre lui.  Ce propos, et vingt autres particularités de cette espèce, la nature des liaisons qu'on lui connaissait dans la capitale, l'époque de son départ, firent conjecturer que son voyage en Suisse n'était qu'un prétexte pour faire, à l'insu de la police, d'importantes communications de la part d'un grand personnage (Si l'on se rappelle les intrigues du prince de Talleyrand au 31 mars, pour provoquer la déchéance de  Napoléon, chacun devinera facilement quel est ce grand personnage dont parle M. Koch.  Cette anecdote prouve, du reste, que la conspiration qui précipita Napoléon du trône fut ourdie longtemps avant la prise de la capitale, et non à l'aspect des baïonnettes étrangères qui seulement déterminèrent l'explosion.) aux souverains  coalisés.  Que ce soit, du reste, par accident ou par mission secrète que cette circonstance ait été connue, toujours est-il vrai qu'elle raffermit les deux empereurs, et donna une nouvelle activité à leurs opérations.  Les ordres furent sur-le-champ expédiés pour concentrer l'armée austro-russe sur l'Aube, d'où elle devait se porter simultanément sur Troyes avec celle de Silésie.  Le prince de Schwartzenberg, ayant sous ses ordres cent cinquante mille hommes, et le général Blücher cent trente mille, une masse de deux cent quatre-vingt mille hommes allait donc se trouver réunie, et son arrivée sous les murs de Paris ne pouvait plus dès-lors être douteuse.

Cependant Napoléon, voyant les progrès sensibles que faisaient les  coalisés malgré leur lenteur, se disposa à quitter Paris après avoir pris les mesures nécessaires à la défense et à la tranquillité de cette ville.  L'ennemi n'était plus qu'à quarante-cinq lieues de la capitale ; il devenait donc urgent de s'opposer plus vigoureusement à sa marche, surtout d'empêcher la jonction des armées austro-russe et de Silésie.  De ce point important paraissait dépendre l'issue de la campagne; car si les deux armées se réunissaient, les Français, trop faibles, ne pouvaient plus résister avantageusement, au lieu que si elles restaient désunies, elles pouvaient tour-à-tour être attaquées avec quelque espoir de succès.  Cette nécessité de circonstance devint la base du plan de campagne de Napoléon, qui, persuadé qu'il rétablirait ses affaires par quelque prochaine bataille, ne changea rien à ses premières dispositions tendantes à conserver une plus grande étendue de territoire que ses forces ne le comportaient.

Le 25 janvier, Napoléon partit de Paris et arriva le lendemain à Châlons-sur-Marne, où se trouvaient aux environs les corps des maréchaux Macdonald, Ney, Marmont, Victor, et la cavalerie; le maréchal Mortier était vers la droite à Vandeuvre ; le général Alix à l'extrême droite, à Auxerre.  La réunion de ces divers corps portait les forces disponibles sous les ordres immédiats de Napoléon à soixante-dix mille hommes.  Ayant pris connaissance de la position des  coalisés, il apprit que la tête de l'armée de Silésie marchait sur l'Aube et venait d'arriver à Brienne, que son centre occupait Saint-Dizier, attendant pour quitter cette position que la gauche eût passé la Meuse à Saint-Mihiel, et fût venue le remplacer. L'armée austro - russe approchait de Troyes, et déjà son avant-garde était à Bar-sur-Aube, ayant contraint le maréchal Mortier à se retirer sur Troyes.  Encore deux jours, et les deux armées  coalisées opéraient leur jonction.  N'ayant pas un instant à perdre, Napoléon résolut de percer l'armée de Silésie par son centre en débouchant par Saint-Dizier, de se rabattre par Joinville et Chaumont sur Langres où il comptait encore trouver la tête de l'armée austro-russe.  Mais, comme nous venons de le dire, celle-ci s'était avancée sur Troyes et allait soutenir l'armée de Silésie, de sorte que Napoléon allait se heurter contre des masses énormes, croyant n'avoir affaire qu'à des têtes de colonnes.

Le 27 janvier, il marcha donc sur Saint-Dizier et en déposta la division russe de Lanskoy, qui se retira sur Brienne par Joinville.  Le lendemain, laissant le maréchal Marmont, duc de Raguse, et le premier corps de cavalerie à Saint-Dizier, il porta le reste de ses troupes sur Montier-en-Der, où il prit son quartier-générai la nuit du 28 au 29.  De là, l'empereur envoya des reconnaissances dans toutes les directions, qui rentrèrent toutes sans avoir rien découvert.  Les habitants affirmant, de leur côté, qu'une armée ennemie avait passé la veille par Joinville marchant sur Troyes; Napoléon en conclut qu'elle avait passé l'Aube à Lesmont.  Espérant tomber sur son arrière-garde à l'improviste, il quitta la direction de Langres par Chaumont, et le 29, à la pointe du jour, il prit la route de Brienne en une seule colonne, la cavalerie en tète, l'infanterie de la Garde en queue.  Pendant la nuit, ignorant que le maréchal Mortier avait déjà été obligé de se retirer sur Troyes, il lui avait expédié l'ordre de se rapprocher de l'armée.  Mais l'officier chargé des dépêches (Le chef d'escadron, adjoint à état-major du prince de Neufchâtel (Berthier).) étant tombé dans les postes ennemis, fut pris.  Le général Blücher, qui se trouvait alors à Brienne avec les corps de Sacken et d'Olsufiev, apprenant que l'empereur marchait à lui avec ses principales forces, ne se croyant pas assez fort pour aller à sa rencontre, et encore moins pour continuer son mouvement sur Arcis-sur-Aube en le laissant sur ses derrières, résolut de s'arrêter à Brienne, pour y recueillir la division Lanskoy, et agir ultérieurement selon la marche des Français.  Il donna avis à la hâte à l'armée austro-russe, dont la tête arrivait à Bar-sur-Aube, de la situation, critique où il allait se trouver, et comptant bien être soutenu par elle, il se disposa à tenir dans Brienne, où il se fortifia.  Dans la journée du 29, il fut effectivement renforcé par le corps de Wittgenstein.

L'armée française se dirigea donc le 29 janvier sur Brienne.  La division de cavalerie du général Piré, qui formait l'avant-garde, découvrit, à huit heures du matin, des partis -ennemis entre Maizières et Brienne, qui se replièrent.  A deux heures après midi, deux régiments d'infanterie et six escadrons de cavalerie barrant la route à hauteur de Perthes, on commença de part et d'autre à se canonner.  L'armée ennemie se montra alors en bataille à droite et à gauche de Brienne, et occupant celte ville.  Notre cavalerie, sous les ordres du général Grouchy, se déploya dans la plaine.  Le cinquième corps, qui tenait la gauche, se porta, protégé par trois batteries, contre la cavalerie du comte de Pahlen, qui évita tout engagement et se replia sur Brienne.  Trois carrés d'infanterie russe couvrirent sa retraite, par une vive fusillade, sur les divisions Briche et Lhéritier.  

Jusque là notre cavalerie seule avait été engagée ; les mauvais chemins retardant la marche de notre infanterie, l'ennemi ne pouvait être encore poussé sérieusement, embusqué qu'il était dans de larges fossés et des jardins v qui coupent le terrain dans tous les sens.  A trois heures, le corps du maréchal Victor parut, et quoique harassé de fatigue, il entra aussitôt en ligne, et la division Duhesme commença le feu.  Pendant une heure la fusillade et la canonnade ne discontinuèrent pas, mais sans avantage marqué d'un côté ni d'autre.  A la nuit tombante, arriva le maréchal Ney; Napoléon le dirigea avec la division Decouz sur Brienne, par le chemin de Maizières.  Le général Duhesme renouvela son attaque au centre, et le général Chateau, chef d'état-major du maréchal Victor, marchant vers la droite à la tête d'une colonne d'infanterie, se porta, en tournant la ville, vers le château :  position importante, escarpée et d'un difficile accès.


La disposition des troupes indiquée ci-dessus est celle de la bataille de Brienne.

Brienne-le-Château Stèle n°2 du Circuit Napoléon 1814 :
29 janvier 1814, La bataille de Brienne
Avenue de Bauffremont - 102 rue de l’École Militaire  (en coordonnées : N48.39404°- E4.52594° ou 48°23'38.43"N   4°31'33.00"E )

La division Duhesme pénétra jusque dans Brienne, et s'empara de deux pièces de canon ; mais le général Blücher s'étant aperçu qu'elle n'était soutenue que par de l'artillerie, lança sur elle quarante escadrons de cavalerie, qui la ramenèrent et lui prirent quelques pièces de canon.

La colonne de droite, ayant pénétré dans le parc sans être aperçue, gravit vers le château sans rencontrer beaucoup d'obstacles.  L'ennemi le croyant inexpugnable de ce côté, avait négligé de le faire occuper par des forces suffisantes; de sorte qu'après un vif, mais court combat, le château nous resta, et cette hardie et habile manœuvre décida de la journée.  Le général Blücher, qui sans doute savait concilier les affaires importantes et son appétit, se mettait à table avec quelques officiers, lorsque la malencontreuse apparition du général Chateau vint le distraire désagréablement; il manqua être pris par quelques grenadiers qui entrèrent par la fenêtre dans la salle à manger, et ne dut son salut qu'à l'obscurité de la nuit.  Profitant d'un premier succès, le général Chateau y laissa pour garder cette position quatre cents hommes des 37e et 56e régiments, sous les ordres du chef de bataillon Henders, et culbutant tout ce qui s'opposait à son passage, il descendit dans la ville.  Dans ce moment, l'ennemi venait de repousser la division Duhesme.  Blücher, moins pressé alors sur son centre, voulut se venger de la mystification qu'il venait d'essuyer.  Il réunit les corps de Sacken et d'Olsufiev pour une attaque combinée, et fit assaillir le château de tous les côtés.  Trois fois les colonnes russes l'escaladèrent, trois  fois elles.  Échouèrent:  partout la terrible baïonnette les culbuta.  Les cours, les escaliers, le parc surtout, étaient jonchés de cadavres.  Le général Olsufiev ne pouvant tenir plus longtemps contre une si vigoureuse résistance, abandonna son attaque et rentra dans la ville.

Brienne-le-Château


L'entrée et les grilles du château.


Le château de Brienne-le-Château, QG de Blücher pendant la bataille.

 Le Feld-Maréchal y avait pris ses aises... tout comme ses troupes. Le château fut à ce point saccagé que lorsque, après la bataille, on voulut y faire loger l'Empereur,... on n'y trouva plus une seule pièces ayant encore des vitres intactes !

Ce beau dessin de Liliane et Fred Funcken représente en fait Blücher au château de Saint-Cloud, mais nous avons trouvé amusant de le placer ici pour illustrer l'événement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les troupes du général Chateau, conduites par Royer, font irruption par l'escalier de la cave, alors que Blücher est en train de dîner. Il échappe d'extrême justesse à la capture en s'enfuyant par l'escalier de droite. Il put se sauver grâce à un Saxon nommé Dietschin qui habitait déjà 20 ans à Brienne, ce qui scandalisa la population de la ville. Il semblerait que Dietschin ait été discrètement "liquidé" par la suite.

 

Etape n°3  du circuit :
29 janvier 1814, Blücher prend la fuite.

La Halle de Brienne (en coordonnées : N48.39183°- E4.52440° ou 48°23'30.76"N   4°31'27.63"E)

 

Le général Sacken n'avait pas été plus heureux.  Pendant qu'il attaquait le château par l'intérieur de la ville, la brigade Baste, soutenue de la division Meunier, avait pénétré dans la grande rue et en avait chassé l'ennemi, Olsufiev trouvant sa retraite coupée, jeta ses troupes dans les maisons voisines, et longtemps entretint un violent feu de mousqueterie.  Il était dix heures, et l'obscurité de la nuit ne permettant aucune manœuvre aux deux partis, tous les corps étant pêle-mêle, se battaient à outrance.  C'était véritablement moins une bataille qu'une horrible boucherie, qu'éclairait l'incendie de la ville, où l'ennemi, pour protéger sa retraite venait de mettre le feu.  Vers onze heures du soir, le général Grouchy, à la lueur des flammes, fit exécuter une charge par les dragons du général Lhéritier; mais elle fut sans succès :  l'ennemi ne put être enfoncé.

Enfin, à minuit, les deux armées, exténuées de fatigue et rassasiées de carnage, cessèrent le combat.  Les Français restèrent en possession du château et de la plus grande partie de la ville.  Les Russes laissèrent quelques troupes légères dans les dernières maisons, et profitèrent de la nuit pour effectuer leur retraite par la route de Bar-sur-Aube.  Les deux partis éprouvèrent de grandes pertes dans cette action.  Quatre mille hommes du côté des français, et six mille du côté de l'ennemi, restèrent sur le champ de bataille, tués ou blessés; de part et d'autre on perdit quelques centaines de prisonniers.  Le général Baste, qui depuis peu de temps avait quitté le service de mer pour celui de terre, fut tué ; les généraux Decouz et Forestier furent mortellement blessés, et le général Lefebvre-Desnouettes y reçut plusieurs blessures.

Le tombeau de l'amiral Baste, dans le cimetière de Brienne-le-Château.

ICI

EST MORT POUR LA DÉFENSE DE LA PATRIE

 LE 29 JANVIER 1814,

AU PREMIER COMBAT DE BRIENNE

 LE CTE PIERRE BASTE

 CONTRE-AMIRAL ET GÉNÉRAL COMMANDANT

 UNE BRIGADE DE LA JEUNE GARDE IMPÉRIALE

 

Le général Decouz sera mortellement blessé à Brienne, où il commandait la 3ème division de la Jeune Garde, et décédera à Paris le 18 février 1814.

Il repose dans la 22ème division du Père-Lachaise.

Telle fut la première bataille qui se livra pendant la campagne de 1814 au centre de l'empire.  Nous remportâmes la victoire sans doute, puisque l'ennemi perdit ses positions et fut contraint à la retraite; mais par combien de sang ne dûmes-nous pas l'acheter?  Au temps de nos prospérités, quatre mille hommes de moins dans les rangs étaient de peu d'importance, mais ici c'était une armée.

29 janvier 1814 : sur la route entre Brienne-le-Château et Maizières-lès-Brienne

L'empereur Napoléon courut risque d'être pris dans cette journée.  Vers six heures du soir, la nuit commençant à devenir obscure, comme il était sur la route près de Brienne à observer le combat, entouré de son état-major, il fut averti par le colonel Petiet (Auguste) que lui envoyait le général Pire, qu'une colonne de cavalerie ennemie, tournant notre gauche, menaçait de passer sur nos derrières et d'arriver sur la route.  Napoléon donna quatre pièces d'artillerie au colonel Petiet pour arrêter cette cavalerie à la tête du défilé par où elle pouvait déboucher; mais il était trop tard, l'ennemi avait exécuté rapidement son mouvement en chargeant notre aile gauche.  Quelques cavaliers arrivèrent sur la route au milieu du groupe où se trouvait l'empereur.  Chaque officier tira son sabre, et plusieurs ennemis y trouvèrent la mort.  Le colonel Gourgaud, officier d'ordonnance de l'empereur; qui se trouvait près de lui, tua deux cosaques au moment où ils s'élançaient sur Napoléon (Pour témoigner sa reconnaissance au colonel Gourgaud, Napoléon lui fit présent de l'épée qu'il avait constamment portée dans ses premières campagnes d'Italie).  Le prince de Neufchâtel, qui avait aussi mis l'épée à la main, eut son chapeau percé d'un coup de lance.  Ce hourra n'eut point d'autres suites.  Le cinquième corps de cavalerie ayant chargé ce parti ennemi, il fut ramené dans sa position première.

29 janvier 1814, Napoléon surpris par une bande de cosaques.
D400, 1 km après la sortie de Brienne-le-Château, en direction de Juzanvigny  (en coordonnées : N48.40481°- E4.54819° ou 48°24'17.33"N   4°32'53.45"E)

Napoléon en danger à Brienne (1891) de Robert-Alexander Hilingford (1825-1904).

Episode dont la véracité a été contestée par l'Empereur, Gourgaud sauve l'Empereur d'un parti de cosaques.

"Le 29 janvier 1814, le soir de la bataille de Brienne, Napoléon retournait à son quartier-général de Mézières. 50 Cosaques, qui s'étaient jetés sur les derrières de l'armée française, fondirent avec impétuosité sur le groupe de l'empereur, sans savoir qui ils attaquaient. Napoléon était en tête, et Gourgaud lui faisait un rapport. Dans le même moment où un Cosaque allait porter un coup de lance à l'empereur, Gourgaud eut le bonheur de tuer ce Cosaque d'un coup de pistolet a bout portant. Il fut récompensé de cette action par le don de l'épée que Napoléon avait portée dans ses premières campagnes d'Italie." Biographie nouvelle des contemporains, ou ..., Volume 8 1822 :Gourgaud

"Comme il était nuit noire, raconte le capitaine Coignet, une bande de Cosaques qui rôdait, cherchant quelque occasion de butin, entendit le pas des chevaux montés par Napoléon et son escorte. Cela les fit courir. Ils se ruèrent d'abord sur un des généraux, qui cria : « Aux Cosaques !» et se défendit. Un des Cosaques, apercevant à quelques pas de là un cavalier à redingote grise, courut sur lui. Le général Corbineau se jeta d'abord à la traverse, mais sans succès. Le colonel Gourgaud, qui causait en ce moment avec Napoléon, se mit en défense et, d'un coup de pistolet tiré à bout portant, abattit le Cosaque. Au coup de pistolet, nous arrivâmes sur ces maraudeurs.  Ce fut le dernier épisode de la journée. « Il était temps de s'arrêter, ajoute Coignet, tout le monde était sur les dents et tombait de besoin. Vingt-quatre heures sans débrider, sans manger ! Je puis dire que les soldats avaient fait plus que leurs forces et s'étaient battus comme des lions, un contre quatre. »  Napoléon Ier et son temps: Histoire militaire, gouvernement intérieur, lettres, sciences et arts, Roger Raymond Peyre, 1888.

 


Cliquez pour agrandir.
A l'avant-gauche, la stèle-pupitre N° 4.

Deux autres représentations du même événement.

"Napoleon auf dem Schlachtfelde von Brienne von Kosaken umzingelt, 1814" par C. G. Lohse (Dresden)

William Barnes Wollen, extrait de Illustration from Cassell's History of England, 1890.

La bataille de Brienne n'eut donc point le résultat satisfaisant dont s'était flatté Napoléon.  Il avait cru trouver une fraction de l'armée de Silésie engagée au passage de l'Aube, et il était tombé sur le gros de cette armée, renforcée d'un corps accouru de l'armée austro-russe, et postée dans une bonne position.  Il avait cru pouvoir empêcher la jonction des deux armées ennemies, et elles allaient se trouver réunies.  Ce début de la campagne ne pronostiquait guère les brillants succès que l'armée française remporta dans le mois qui suivit cette action.  Nous verrons, au 1er février, que la bataille de la Rothière nous fut encore plus funeste que celle de Brienne.

 

Téléchargez ici, sur le site du musée de Brienne, la carte du circuit Napoléon 1814, mentionnant les 25 stèles de la campagne de 1814 dans l'Aube :
http://musee-napoleon-brienne.fr/sites/default/files/circuit_napoleon_1814.pdf
Félicitons-les pour cette excellente initiative !

Etape n°1 du Circuit Napoléon en 1814 :
Napoléon 1
er et Brienne-le-Château
devant l'École Militaire, Musée Napoléon  (en coordonnées : N48.38876°- E4.52846° ou 48°23'19.86" N   4°31'42.28" E)

 
 

Rances

Autre témoin des combats de 1814 : l'église de Rances, à 10 km au nord de Brienne.  On peut encore clairement y voir les traces des balles et des biscaïens.


Emouvantes traces de ces combats oubliés. Il y a quelques années, on a cru intelligent de les boucher au ciment : heureusement, le ciment est tombé et les glorieuses cicatrices ont reparu !

29 janvier 1814 : Maizières-lès-Brienne

Le 29, jour de la bataille de Brienne, Napoléon rencontre  un de ses anciens professeurs à l’École militaire de Brienne, le père Henrion -et non Henriot-, alors curé de Maizières.  Le soir, il couche dans une maison située route d’Épothémont, (maintenant 3 rue aux Chênes) appartenant à l'époque à M. Bouillevaux, maire de la commune.

Selon Lachouque, il couche au presbytère (aujourd'hui détruit).

















 

 

 

 

Le tombe du père Henrion, ancien professeur du futur Empereur et curé de Maizières-lès-Brienne en 1814, (avec celles des autres prêtres), une dalle à gauche de la porte de l'église du village.

Etape n°5: Maizières-lès-Brienne
29 janvier 1814, l’élève retrouve son ancien maître.
D69 - D2, place de la Mairie, près de la fontaine – (en coordonnées : N48.43691°- E4.58701°ou 48°26'12.81"N   4°35'13.05"E)

 

















 

 

 

 

 

Pendant la nuit, Blücher se retire sur Bar-sur-Aube et, le 30, Napoléon entre à Brienne. Là, il apprend que Blücher et Schwartzenberg ont opéré leur jonction et qu'ils l'attendent au sud avec plus de 100 000 hommes.

 

Éphémérides militaires depuis 1792 jusqu'en 1815, ou Anniversaires de la valeur française. Janvier. par une société de militaires et de gens de lettres, 1820 Pillet aîné (Paris), (1818-1820).

Cartes (sauf mention contraire) : Johnston, Alex. Keith, Atlas to Alison's History of Europe, William Blackwood and Sons, Edinburgh and London,  1848 ou 1850.
 

SUITE : Campagne de France (2 a) : 1er- 14 février 1814

Campagne de France (1) : novembre 1813- janvier 1814
Campagne de France (2 a) : 1er- 14 février 1814
Campagne de France (2 b) : 15-28 février 1814
Campagne de France (3 a) : 1er - 15 mars 1814
Campagne de France (3 b) : 16-31 mars 1814
Campagne de France (4) : avril 1814

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