Claude PERRIN, dit VICTOR

(Lamarche 1764-1807-1841 Paris)

maréchal de l'Empire
duc de Bellune

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Victor en Lieutenant-Colonel du 5e Bataillon des Bouches du Rhône en 1972, par Rouget.

   

I. - L'HOMME ET SON CARACTÈRE1

Victor était grand et bien fait; son visage, qui n'était ni sans finesse ni sans charme, s'empâta de bonne heure et prit, avec l'embonpoint général du corps, une sorte de nonchalance et de lassitude.

D'ailleurs, l'esprit lui-même, à ce point de vue, engraissa vite. Bien que toujours brave et dédaignant le danger, Victor, l'ancien révolutionnaire, l'ancien républicain exalté, l'ancien soldat agile et audacieux du siège de Toulon, devint moins actif, moins empressé à courir la campagne. Plus que tout autre, il appréciait les honneurs et les revenus dont il avait été comblé. Il aspirait à en jouir enfin dans le repos, et cette fatigue morale le conduisit à la fameuse mésaventure de Montereau, dont Napoléon lui garda toujours une amère rancune.

Cela explique encore l'empressement qu'il mit à se ranger sous le pacifique drapeau des Bourbons, les preuves de fidélité et de soumission qu'au mépris de ses convictions premières il affecta de leur donner.

Il eut, du moins, le bonheur de recevoir le prix de son adroite évolution. Accablé de croix, de titres, de charges, de dignités, il coula une vieillesse sans nuage, et il vit venir la mort très tard avec cette sérénité de l'homme qui a tiré de la vie tout ce qu'elle peut humainement donner.

Victor, devenu général, n'eut pas la chevaleresque fidélité de Lefebvre, et comme Lannes il ne balança pas à divorcer d'avec la compagne des temps difficiles pour épouser une femme plus en harmonie avec sa nouvelle fortune. On lui reconnaît, du reste, des lents militaires, de la modestie et de la probité.

 

II. - SON ORIGINE ET SA JEUNESSE

Claude Perrin, plus connu sous le nom de Victor, naquit le 7 décembre 1764, à Lamarche, dans les Vosges, dans la maison qui est maintenant le 12 de la rue de Bellune. Charles Perrin, son père, y était huissier.

ICI EST NÉ LE 7 XBRE 1764
CLAUDE-VICTOR
PERRIN
DUC DE BELlUNE
PAIR
ET
MARÉCHAL DE FRANCE

Voici son acte de naissance (A.D. 88) (merci à D. Contant) :


Baptême                    Claude fils légitime de Charles Perrin huissier Royal au baillage
                                   du Bassigny séant à lamarche et marié à Anne Floriot, est né et
                                  a été baptisé le septième décembre mil sept cent soixante quatre.
                                Il a eu pour parrain Claude Thomas aussy huissier Royal audit
                        baillage et pour marraine Françoise Michel qui a déclaré ne
                            scavoir signé. Le parrain a signé avec moy l'an et jour susdits.
                    .........................               C. Thomas                                 

 

VICTOR PERRIN
1764 - 1841
DIT VICTOR
NÉ À LAMARCHE
LE 7 DÉCEMBRE 1764
MARÉCHAL D’EMPIRE
DUC DE BELLUNE


Sur la place Bellune de son village natal, on a érigé son buste, inauguré le 27 septembre 1846.

Le jeune Claude, poussé par une irrésistible vocation militaire, entra comme simple soldat en 1781, au 4e régiment d'artillerie, où il demeura dix ans. Congédié, il se fixa à Valence et fit partie de la garde nationale jusqu'en 1792.  Il devint alors adjudant sous-officier au 3e bataillon des volontaires de la Drôme, puis adjudant-major capitaine dans le 3e bataillon des Bouches-du-Rhône, enfin, le 16 septembre de la même année, chef de ce même bataillon.

Envoyé en Italie avec ses six cents hommes, Victor se rendit à Coaraza, près de Nice, et y mit en déroute un corps de trois mille Piémontais. Ce brillant début lui valut d'être mis à l'ordre du jour de l'armée.

Vers la fin de 1793, Victor était au siège de Toulon, et c'est là qu'il rencontra pour la première fois le futur empereur, alors commandant de l'artillerie, dont il eut bientôt conquis l'estime et la sympathie par son entrain et son intrépidité.


La petite rade de Toulon, avec, à gauche, le fort de l'Eguillette.

SUR CE RIVAGE EN DÉCEMBRE 1793,
VINRENT ABOUTIR VICTORIEUSEMENT LES
OPÉRATIONS DE GUERRE ENTREPRISES PAR
L’ARMÉE DE LA CONVENTION POUR LA
LIBÉRATION DE TOULON
LE FORT DU "PETIT GIBRALTAR" AYANT SUCCOMBÉ SOUS
LE FEU DES BATTERIES FRANÇAISES ET
LES ASSAUTS DE L’INFANTERIE.
"ARMÉE CONDUITE PAR DUGOMMIER
ET LE COMMANDANT D’ARTILLERIE / NAPOLÉON BONAPARTE."

Le fort du "Petit Gibraltar" était le fort Mulgrave

La prise des retranchements et redoutes de Faron lui fit donner le grade d'adjudant général chef de brigade.


Le Fort (du) Faron existait déjà en 1793, mais son apparence actuelle est principalement due à sa reconstruction en 1845.

Peu après, mis à la tête de la division de droite de l'armée de siège, il enleva le fort de l’Aiguillette, surnommé te petit Gibraltar, dans l'attaque duquel il reçut deux coups de feu. Les représentants du peuple, en récompense d'un tel exploit, nommèrent Victor général de brigade, et le gouvernement confirma la nomination le 13 juin 1794.

Un peu plus tard, il passa sous l'autorité de Schérer dans la première campagne d'Italie, où il eut le commandement de l'avant-garde.

Il y manifesta des talents et de la bravoure, et le poste lui fut conservé quand Bonaparte vint remplacer Schérer.

A Borghetto, il enleva à la baïonnette une position formidable, contribua à la victoire de Loano sur les Sardes; à la déroute du général Provera retranché dans le château de Cossaria, à la dispersion du corps de Wukassowitz. Carnot, 'président du Directoire, lui écrivit : « Vous vous êtes bien conduit ; le Directoire vous en témoigne sa satisfaction. »

Chargé par Masséna d'enlever le camp retranché de Peschiera, il en chassa les généraux Bayalitsch et Liptay et leur prit douze canons.

Il se signala encore sur l'Adige, à Roveredo, à Porto-Legnano, à la Favorite, à Cezea et à Saint-Georges sous Mantoue, où il fut blessé.

Au second combat de la Favorite, avec ses deux demi-brigades, il repoussa les attaques de Wurmser et fit mettre bas les armes aux cinq mille Autrichiens de Provera. Cette action d'éclat valut à la 57e demi-brigade d'être appelée « la Terrible », et son chef, à la requête de Bonaparte lui-même, fut nommé général de division (1797).

Une fois Mantoue prise, Victor, avec sept mille cinq cents hommes, fut détaché dans la Romagne contre les troupes papales. Il les battit sur le Senio, puis s'empara d'Ancône, où était le seul arsenal du pape, ce qui obligea celui-ci à 'souscrire au traité de Tolentino.

Victor intervint encore en Vénétie lors de l'insurrection de cette province, puis se replia sur Vicence, Trévise et Padoue.

Après le traité de Campo-Formio, on l'envoya commander la 12e division militaire et parfaire la pacification de la Vendée, si heureusement entreprise par Hoche. Victor, s'inspirant du même esprit que son illustre prédécesseur, acheva de rétablir l'ordre dans cette province.

On le retrouve bientôt en Italie. Il s'y distingua dans les combats de Sainte-Lucie, de Villafranca, d'Alexandrie, de la Trebbia et de la Nara, où il commandait l'arrière-garde contre Souvaroff.

A Fossano, près de battre l'ennemi, il reçut une blessure, et il n'évacua Valdigi, où il avait fait une victorieuse résistance, que sur l'injonction du général en chef Championnet.

Lorsqu'en 1800 le premier consul vint commander en personne cette armée d'Italie, assez malmenée durant les deux années précédentes; il mit Victor, son ancien camarade de Toulon, à la tête d'un corps d'armée. Celui-ci justifia brillamment un tel choix. Le 9 juin, n'ayant que six bataillons sous la main, il changea en succès éclatant la bataille de Montebello, d'abord très disputée ; ce qui lui attira ce mot de Lannes « Mon ami, je vous dois ma gloire! »

A Marengo, Victor, en première ligne, soutint seul avec sa division, de 4 heures du matin à 1 heure de l'après-midi, le feu de l'artillerie et les attaques répétées de tous les corps ennemis. Un des premiers il entra dans le village de Marengo, à l'heure du glorieux dénouement de la journée. Pour reconnaître sa conduite en cette occasion, les consuls, par arrêté du 5 juillet 1800, lui conférèrent unn sabre d'honneur portant ces mots : Bataille de Marengo, commandée en chef par le premier consul. — Donné par le gouvernement de la République au général Victor.

De l'armée d'Italie, Victor passa au commandement de l'armée gallo-batave, qu'il conserva jusqu'au traité d'Amiens (1802). Il fut ensuite envoyé à Copenhague comme ministre plénipotentiaire, et il n'est pas contesté que son attitude ait été aussi digne qu'avisée en cette circonstance.

En 1804, Victor acquiert le château de Ménars, construit aux XVIIe siècle et XVIIIe siècles, à 8 km au nord-est de Blois.


Le château de Ménars, acheté par Victor.
dePhoto Chatmouettes sur Wikimedia commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Chateau_de_Menars_loire.jpg

III.— SA CARRIÈRE SOUS L'EMPIRE

Sa fonction lointaine empêcha Victor de prendre aucune part à la campagne d'Austerlitz en 1805 ; mais Napoléon, devenu empereur, ne l'avait point oublié, car il le nomma Grand-Officier de la Légion d'honneur en 1804 et Grand-Croix en 1805.

Revenu en Hollande en qualité de gouverneur, il y resta deux ans, au bout desquels il fut nommé capitaine général de la Louisiane. Ce titre toutefois demeura inutile, l'expédition d'Amérique ayant été ajournée par la rupture du traité d'Amiens.

La guerre imminente ramena Victor à la Grande Armée. Chef d'état-major de Lannes, il présida aux dispositions prises par son corps d'armée sur le plateau d'Iéna. Au cours de la bataille, il fut violemment contusionné par un biscaïen, mais n'en continua pas moins à se battre comme un brave, durant toute l'action.

1807

En janvier 1807, on lui donna mission de prendre Colberg et Dantzig. Comme il se trouvait aux environs de Stettin, seul dans sa voiture avec un aide de camp et un domestique, il fut entouré par un peloton de chasseurs prussiens et fait prisonnier. Napoléon se hâta de le faire échanger contre Blücher et le rappela à l'armée pour commander le 10e corps au siège de Graudentz.

A Friedland, Victor, remplaçant Bernadotte, commandait le 1er corps. Lancé avec fureur contre le centre des Russes, il l'enfonça, décida la victoire et permit aux Français de coucher sur le champ de bataille.

Le 11 juillet 1807, Napoléon envoya à Victor, qui avait pris position à Taplacken, sa nomination de maréchal de l'Empire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le maréchal Victor par Gros, en 1812.

Après le traité de Tilsitt, le nouveau maréchal fut investi du gouvernement de Berlin. La situation n'allait pas sans difficultés, ni même sans périls, car les Prussiens, humiliés, vaincus, écrasés de charges et de contributions multiples, pouvaient à chaque instant s'abandonner au désespoir et tenter quelque meurtrier soulèvement. Victor se contenta d'être gouverneur sans se montrer conquérant. Il apporta même tant de douceur et tant de réserve dans son administration, que, lorsqu'il quitta son poste, quinze mois après y être entré, la ville de Berlin voulut lui offrir une grande somme en reconnaissance de ses bons procédés.
Victor la refusa, mais il dut accepter au moins huit chevaux magnifiques, pour ne pas blesser la touchante gratitude de ses anciens administrés. « Je préférerai toujours, dit-il à quelqu'un qui s'étonnait d'un si rare désintéressement, une belle réputation à une grande fortune. »

Sur la maison au 5 de cette même place de Bellune à Lamarche, une plaque à été apposé en souvenir de la remise à Lamarche d'une contribution de guerre de 300.000 Fr. et de la libération des otages en 1870, grâce à l'administration intègre et équitable de Victor comme gouverneur de Berlin en 1807 et 1808.

le souvenir de son administration
intègre et équitable
comme gouverneur de Berlin
en 1807 et 1808
a obtenu d'outre-tombe
de la loyauté de l'ennemi en 1870
la remise à sa ville natale
d'une contribution de guerre de 300.000 Francs
et la libération des otages pris à Lamarche

La ville de Lamarche reconnaissante
M. Marchal étant Maire
A voulu que ce fait
fut constaté par cette inscription.

 

 

1808

En 1808, il fut fait duc de Bellune et reçut une dotation de deux cent mille francs de revenu annuel.

Au mois de septembre de cette même année, quand, après le désastre de Baylen, Napoléon résolut de s'emparer définitivement de la couronne d'Espagne, il appela Victor au commandement du 1er corps de l'armée d'invasion.

Le 7 octobre, le duc de Bellune contribua à battre Blake à Guenès, le rejoignit le 10 novembre à Espinosa-de-los-Monteros et lui mit vingt-deux mille hommes hors de combat. Le 30, il remporta le beau succès de Somosierra contre treize mille Espagnols, et, le 2 décembre, il arriva à temps pour coopérer à la prise de Madrid.

1809-1811

Le 18 janvier 1809, il défit complètement le duc de l'Infantado à Celés, lui prit dix-huit pièces de canon et dix mille hommes, de ceux-là même qui étaient les vainqueurs de Dupont à Baylen.

Arrivé aux frontières de l'Estrémadure, il rencontra le général Cuesta non loin de Medellin, lui prit dix-neuf canons et plusieurs drapeaux et lui mit seize mille hommes hors de combat.

L'avant-garde de Victor, surprise, le 22 juillet, devant Talavera de la Reyna, fut pourtant contrainte à se retirer et à gagner Tolède pour y joindre  l'armée du roi Joseph.

A la Guadarrama, par contre, Victor battit de nouveau Cuesta et rejeta au delà de l'Alberche un corps anglais venu au secours des Espagnols.

De là, il gagna l'Andalousie et se dirigea vers Cadix, qu'il investit et tint bloquée pendant trente mois, en dépit des plus hardies tentatives des Espagnols pour débloquer la ville. Le 23 mars 1810, il prit le fort de Matagorda, ce qui lui permit de délivrer quinze cents prisonniers français entassés sur des pontons.

Après d'autres succès à Chiclana et à Barossa, le maréchal fut rappelé le 14 juin 1811 et mis à la tête du 9e corps d'armée entre l'Elbe et l'Oder.

1812

Ce fut surtout après les revers de la campagne de Russie et pendant la retraite que sa constance et sa bravoure rendirent d'éclatants services. Avec les restes importants de son corps d’armée, qui comprenait naguère encore quarante-neuf mille hommes, il résista vaillamment à la violente attaque de Wittgenstein lors du passage de la Bérésina, et, grâce à lui, la catastrophe eut de moins horribles résultats qu'on ne le redoutait.


Monument dit "Aux Suisses", en fait à tous les combattants qui n’eurent pas de linceul, c'est pourquoi le guerrier est représenté nu.
Il a été inauguré le 17 novembre 2002 et est l'œuvre des artistes Artimocich, Morozov et Novik.

"ICI L’ARMÉE DE NAPOLÉON
A FRANCHI LA BÉRÉZINA
26-29 NOVEMBRE 1812
HOMMAGE AUX SOLDATS QUI
DISPARURENT ALORS
                      
FERNAND BEAUCOUR
                              DIRECTEUR DU CENTRE
                     D’ÉTUDES NAPOLÉONIENNES
                                                               PARIS"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 16 novembre 1997 a été inauguré, à l’initiative du Centre d’études napoléoniennes, présidé par Fernand Beaucour, un monument commémoratif aux soldats de la Grande Armée, œuvre du sculpteur biélorusse Ivan Misko.
Il a été réalisé grâce à une souscription privée et se trouve au lieu dit « Brilevskoie Pole », en 54°18'50.06"N  28°21'5.67"E.

 

 

 

 

 

 

Passage de la Bérésina. — Les troupes de Gouvion-Saint-Cyr, réunies à celles de Victor, sauvèrent l'empereur et le reste de l'armée.
Illustration extraite de Les Maréchaux de Napoléon, par Gérard de Beauregard,  Mame, Tours, s.d. (1900)

 

 

 

En arrivant au gué de Studianka. A droite sur la photo, on discerne à droite le monument à Koutousov.
C'est ici que le génie construisit, sous le commandement du général Éblé, le premier pont, parfois appelé « pont d’aval », à l’artillerie, au train et à la cavalerie.

 

1813

En 1813, le duc de Bellune était à la tête du 2e corps. A Dresde, il rompit si complètement l'aile gauche de l'ennemi, que Murat, accourant sur l'entrefaite avec sa cavalerie, fit prisonniers vingt mille Autrichiens. A Leipzig, il tint bon pendant deux jours sur la hauteur de Probstheida et sauva en partie son corps d'un horrible carnage. A Hanau enfin, il s'opposa vigoureusement au général de Wrede, qui cherchait à couper la retraite de l'armée.

 

Apelstein 01 Victor (Wachau, Bornaische Strasse)

 L'Apelstein numéro 1 indique l'emplacement du IIe Corps de Victor le 16 octobre.  Il avait pour mission de défendre le front sud de Leipzig (Wachau) contre les assauts autrichiens (Apelstein 47). 

 

 

 

 

 

N

 

VICTOR

HERZ. V.

BELUNO

II. Corps

20000 M.

 

 

1

 

La stèle 31 est également consacrée à Victor.

N - Schlacht bei Wachau am 16. October 1813  Dr. Theodor Apel 1863


Panorama du champ de bataille à l'est de l'Apelstein 1.
Cliquez pour agrandir.

 
Vue vers le nord à partir de la route de Markkleeberg à Liebertwolkwitz. On distingue à gauche l'Apelstein 1, plus à droite, à l'horizon, le Völkerschlachtdenkmal, à droite Lieberwolkwitz et le Galgenberg.

Apelstein 31 Victor-Lauriston (Leipzig Thonberg, Prager Strasse / Döserner Strasse)

L'Apelstein 31 indique la position de IIème Corps de Victor et du Ve Corps de Lauriston, qui réussirent, le 18, à tenir tête à Probstheida aux assauts alliés des troupes russes de Barclay de Tolly (Armée russe de l'Armée de Bohême, Apelstein 32). Pour Victor, cf. aussi l'Apelstein 1. Lauriston est également mentionné sur l'Apelstein 5.

N

 

Victor

Lauriston

II. und V. Corps

30000 Mann

 

 

31

 

 

 

 

 

 

 

 

V

 

Schlacht

bei

LEIPZIG
am
18. October
1813

 

 

31.
Dr. Theodor Apel 1861

1814

Napoléon ayant improvisé une nouvelle levée, Victor eut à commander un corps de six- mille fantassins et trois mille cavaliers, avec charge de défendre la frontière entre Bâle et Strasbourg.

Mais ces forces dérisoires, devant le déluge de la coalition, ne purent tenir leurs positions, et le duc de Bellune se replia méthodiquement sur la Moselle, sur la Meuse, puis sur la Marne et l'Ornain.

Après avoir livré le sanglant combat de Brienne aux Russes de Blücher, et celui de la Rothière, Victor se dirigea sur Montereau, et c'est là que se place son altercation célèbre avec Napoléon.

Voici comment la raconte un biographe du maréchal :

Dans les manœuvres qui avaient précédé la bataille, Napoléon avait eu à se plaindre de ses plus braves généraux. Chez eux, la prudence semblait avoir grandi avec la fortune et, pendant que les soldats portaient le dévouement jusqu'à l'exaltation, l'espérance n'avait, pu pénétrer encore dans le cœur de la plupart des chefs. Napoléon, à ce sujet, avait à reprocher au duc de Bellune de n'avoir pas marché assez vite pour surprendre le pont de Montereau la veille de la bataille. Victor avait eu le malheur d'alléguer la fatigue pour excuse. Napoléon lui avait alors envoyé la permission de se retirer chez lui et avait donné son commandement au général Gérard. Le duc de Bellune voulut, réclamer contre cette décision : Napoléon l'accabla de reproches. Le malheureux maréchal cependant parvint à élever la voix pour protester de sa fidélité, lui rappela qu'il était un de ses plus anciens compagnons, qu'à ce titre il ne pouvait quitter l'armée sans déshonneur. Il insista pour rester, essaya même d'entamer sa justification sur les lenteurs de la veille et s'écria en versant des larmes

« Si j'ai fait une faute militaire, je la paye bien cher par le coup qui a frappé mon malheureux gendre, le général Chataux... »

Au nom du général Chataux, blessé à mort à Montereau, Napoléon l'interrompit, vivement ému; il s'informa si l'on conservait quelque espoir, de le sauver, et, semblant ressentir tout entière la douleur du maréchal, il ne lui parla plus que du repos que nécessitaient ses nombreuses blessures :

« Non, reprit avec feu le duc de Bellune, je ne quitterai.pas l'armée ; je vais prendre un fusil. Je n'ai pas oublié mon ancien métier; Victor se placera dans les rangs de la garde. »

 Ces derniers mots achevèrent de vaincre Napoléon.

« Restez, Victor, lui dit-il en lui tendant la main; je ne puis vous rendre votre corps d'armée, puisque je l'ai donné à Gérard; mais je vous donne deux divisions de la garde. Allez en prendre le commandement, et qu'il ne soit plus question de rien entre nous. »

18 février 1814 : Bataille de MONTEREAU-FAULT-YONNE


Panorama de Montereau : à gauche, la ville ; à droite, les hauteurs de Surville.
Cliquez sur l'image pour agrandir.


Une très belle vue du champ de bataille sur cette carte postale ancienne.
Nous sommes ici à l'arrière des positions alliées : en face et dans le fond à gauche, les hauteurs de Surville, à l'avant-plan et sur la gauche, la Seine, dans le fond à droite, l'Yonne.

 

La superbe statue de l'Empereur sur le pont de Montereau, par le général Charles-Pierre-Victor Pajol (fils de Claude Pierre).
A gauche, deux photos du printemps 1996, à droite, une de septembre 2003. On notera qu'entre-temps, les dégâts de la guerre ont été quelque peu réparés.
 

 

Panorama de la ville de Montereau, à partir de l'emplacement d'où l'Empereur mania le canon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le château de Surville, endommagé pendant la 2GM et détruit après 1959, a laissé sa place à une école. L'ouvrage du Commandant Lachouque (1959) mentionne "en partie détruit", l'Empereur y logea au soir de la bataille. Il y reçut monsieur de Rumigny, secrétaire de son cabinet venant de Châtillon.

 

La façade arrière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Victor obéit ; toutefois, frappé d'une balle à Craonne, il ne put rester à son poste et il ne vit pas la fin de la campagne.

Il se rallia chaudement aux Bourbons ; Louis XVIII le fit chevalier de Saint-Louis et gouverneur de la 2° division militaire.

On doit du moins reconnaître que le duc de Bellune demeura fidèle à son nouveau maître, car il l'accompagna en exil durant les Cent-Jours et ne revint qu'avec lui, après l'effondrement de Waterloo.

 

IV.— SA CARRIÈRE APRès L'EMPIRE ET SA MORT

Un tel attachement ne demeura pas sans récompense. Nommé major général de la Garde royale et pair de France en 1815, Victor devint encore président d'une commission chargée d'examiner la conduite des officiers de tous grades qui avaient servi pendant l'usurpation. Il est un des 5 maréchaux à avoir voté la mort de Ney. Tout le restant de sa vie, il le regrettera, et il ne voudra plus recevoir personne le jour de son anniversaire, le 7 décembre…

 Il est nommé gouverneur de la 16e division militaire; commandeur de Saint-Louis en 1816 ; grand cordon en 1820; commandeur du Saint-Esprit la même année ; commissaire extraordinaire des 6e, 7e, 19e divisions militaires, et ministre de la Guerre en 1821; membre du conseil privé et major général de l'armée d'Espagne en 1823; commandant du camp de Reims au sacre de Charles X en 1825.

La révolution de 1830 le priva d'une partie de ces titres, et même, compromis dans une intrigue ayant pour but le rétablissement de la branche aînée, il dut s'enfuir de France, où il ne rentra que quelque temps après.

Il vécut dès lors dans la retraite, entre son château de Ménars, entre Blois et St-Dyé-sur-Loire, et Paris.

Il est mort au 7 de la rue du Regard1, Paris 6ème, "après une courte maladie", le 1er mars 1841, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Il repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la 17e division, sous un monument surmonté de sa couronne ducale.

 

 

 

V. — JUGEMENT DE NAPOLÉON

Lettre de Bonaparte partant pour l'Égypte

« Mon cher général, lorsque vous recevrez ma lettre, je serai à l'extrémité de la Méditerranée. Vous deviez venir avec nous, mais le gouvernement a cru vos services utiles ailleurs. Quelque part que je sois, comptez sur mon amitié. »

Mot de Napoléon, à la bataille de la Bérézina :

« Voilà une des plus belles journées de Victor. »

A Sainte-Hélène :

« Victor n'était qu'une bête, sans talent et sans tête. »

 

ÉTATS DE SERVICE DE VICTOR-CLAUDE PERRIN
DUC DE BELLUNE, NÉ LE 7 DÉCEMBRE 1764, A LAMARCHE (VOSGES)

GRADES, CORPS ET DESTINATIONS

Soldat au 4e régiment d'artillerie, 16 octobre 1781; congédié, 1er mars 1791 ; volontaire au 3e bataillon de la Drôme, 12 octobre 1791; adjudant sous-officier, 15 février 1792 ; adjudant-major au 5e bataillon des Bouches-du-Rhône, 4 août -1792 ; chef de bataillon, 14 septembre 1792 ; chef de brigade, adjudant général, nommé par les représentants près l'armée d'Italie, 2 octobre 1793; général de brigade, nommé par les représentants près l'armée de l'Italie, 20 décembre 1793; confirmé dans ce grade, 13 juin '1795 ; général de division, 10 mars 1797; employé à l'armée d'Angleterre, 12 janvier 1797 ; commandant la 12e division militaire, 17 mars 1798 ; employé à l'armée d'Italie, 3 mai 1798; employé à l'armée de réserve, 18 mars '1800; lieutenant du général en chef de l'armée de Batavie, 25 juillet 1800; disponible, 23 avril 1804; ministre plénipotentiaire en Danemark, '19 février 1805 ; commandant en chef le 10e corps de la Grande Armée, en janvier 1807; commandant en chef le 1er corps de la Grande Armée, en juin 1.807 ; maréchal de l'Empire, 13 juillet 1807 ; commandant en chef le 1er corps de l'armée d'Espagne, en août 1808 ; appelé à la Grande Armée, 3 avril 1812; commandant en chef le 9e corps d'armée, en août '1812 ; commandant en chef le 2e corps d'armée, 12 mars '1813 ; gouverneur de la 2e division militaire, 6 décembre 1814; major général de la garde royale, 8 septembre 1815; président de la commission chargée d'examiner les services des officiers pendant les Cent-Jours, 12 octobre '18'15 ; gouverneur de la 16e division militaire, du 10 janvier 1816 au 15 novembre '1830 ; nommé au commandement supérieur des 6e, 7e, 18e et '19e divisions militaires par ordonnance du 27 mars 1821 ; nommé ministre secrétaire d'État au département de la guerre, par ordonnance du '14 décembre 1821 ; a quitté ce portefeuille et repris ses fonctions de major général, 19 octobre 1823; commandant en chef le camp de Reims, 6 niai 1825; membre du conseil supérieur de la guerre, du 7 février 1828 au 1er août 1830. Mort le 1er mars 1841.

CAMPAGNES

Aux armées des Pyrénées, d'Italie, d'Angleterre et de réserve ; en Batavie, à la Grande Armée ; prisonnier de guerre et échangé ; en Espagne, à la Grande Armée ; à Gand.

BLESSURES ET ACTIONS D'ÉCLAT

A reçu à la bataille d'Iéna un biscaïen qui lui a fait une contusion ; a obtenu un sabre d'honneur pour sa conduite à Marengo.

DÉCORATIONS

ORDRE DE LA LÉGION D'HONNEUR

Chevalier, 24 septembre 1803; grand-officier, 14 juin 1804; grand-croix, 6 mars 1805.

ADDITION AUX SERVICES ET DÉCORATIONS

Duc de Bellune, 1808; chevalier de Saint-Louis, 1814; pair de France, 1815; grand-croix de Saint-Louis, 1820 ; chevalier du Saint-Esprit, 1820


1. Et non en son château de Ménars, comme on lit parfois.


Texte : d'après De  Beauregard, Gérard, Les Maréchaux de Napoléon, Mame, Tours, s.d. (1900).

 

Je ne peux que vous recommander la lecture de l'excellent livre sur le Maréchal Victor par Jacques Le Coustumier, paru aux Editions du Nouveau Monde/La Fondation Napoléon.

Un livre passionnant et très bien documenté qui se dévore !


Collection Hachette : Maréchaux d'Empire, Généraux et figures historiques (Collection de l'auteur)

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© D. Timmermans