GUERRE DE LA PÉNINSULE 1807-1814
CAMPAGNE DE FRANCE de 1814 dans le SUD-EST

 

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1814

Début 1814, les armées alliées étaient divisées en trois corps principaux, sous le commandement du prince de Schwartzenberg, généralissime. L'armée du Nord, forte de quarante mille hommes, commandée par le prince royal de Suède, envahit sans résistance la Hollande, dépourvue de troupes françaises, et où l'insurrection des habitants favorisa ses progrès ; elle s'avança alors du Waal vers la Belgique.  Le feld-maréchal Blücher, commandant l'armée de Silésie, composée de Russes et de Prussiens, et forte de cent trente mille hommes, marchait sur Paris par la grande route de Mayence. Le corps austro-russe dit la grande armée alliée, fort de cent cinquante mille hommes, sous les ordres immédiats du prince de Schwartzenberg, après avoir détaché vers Genève et Lyon un corps de troupes sous le comte de Bubna, ayant passé le Rhin à Baie, s'avançait par la Bourgogne et la Champagne. Ces trois corps principaux recevaient chaque jour de nombreux renforts de l'Allemagne, et vers le milieu de janvier, ils formaient un total de près de cinq cent mille hommes. A la même époque, une armée de cent mille Espagnols, Anglais et Portugais sous les ordres du duc de Wellington, laissant derrière elle les Pyrénées, poussait le maréchal Soult, duc de Dalmatie, dont l'infériorité numérique nécessitait la retraite. Cinquante mille anglo-espagnols étaient opposés au maréchal Suchet, qui se maintenait avec peine aux frontières de la Catalogne. Quatre-vingt mille Autrichiens s'avançaient sur l'Adige, malgré les efforts du prince Eugène, vice-roi d'Italie, obligé de lutter en même temps contre eux et contre l'armée napolitaine , qui venait de s'unir à la coalition. Dans le même temps, une flotte anglaise débarquait des troupes en Hollande, et coopérait aux opérations des alliés sur Anvers.

16/01/1814 Molins de Rey
23-26/02/1814 siège de Bayonne
27/02/1814 Pau - Orthez
12/03/1814 Viella
19/03/1814 Maubourguet - Vic-Bigorre
20/03/1814 Tarbes
10/04/1814 Toulouse, Montferrand.
14/04/1814 Sortie de Bayonne

JAnvier

16/01/1814 Molins de Rey

Février

23-26/02/1814 siège de Bayonne

Lien vers le site de la commémoration du siège de Bayonne : http://www.bayonne1814.fr/historique.html

 
27/02/1814 Pau - Orthez

Au commencement de 1814, la France était envahie, par l'Europe coalisée, sur trois de ses frontières. Pendant que l'empereur Napoléon défendait les approches de sa capitale vers l'est; que le général comte Maison occupait la Belgique, le maréchal Soult, duc de Dalmatie, vers les Pyrénées, disputait le terrain pied à pied devant l'armée anglo-espagnole, qui ayant franchi la Bidassoa faisait tous les jours des progrès sensibles.

Après s'être maintenu une partie de l'hiver sur la Nive, le maréchal Soult sentit qu'il ne pouvait plus longtemps, sans danger, conserver sa position devant un ennemi qui ayant reçu de nombreux renforts ne tarderait pas à l'attaquer sérieusement avec des forces triples des siennes. En conséquence il livra Bayonne à ses propres ressources et effectua son mouvement rétrograde sur Orthez, où son armée fut réunie le 26 février, et prit position.

La droite, composée des divisions Maransin et Taupin, sous les ordres du général Reille, occupait le village de Saint-Boès et le contrefort à gauche du village; le centre, sous le général Drouet, comte d'Erlon, avait les divisions Foy et Darmagnac sur les hauteurs entre Saint-Boès et Orthez, la division Vilatte en réserve; la gauche aux ordres du général Clausel, composée des divisions Darreau, Harispe et Pâris, occupait les hauteurs en arrière d'Orthez et la ville; la cavalerie, sous le général Soult, frère du maréchal, était en avant d'Orthez ; le général Berton avec deux régiments de cavalerie, un d'infanterie et deux pièces de canon, fut détaché à Lacq, sur la route de Pau, pour garder le gave jusqu'au pont de Lescar.

L'armée anglo-espagnole, sous les ordres de lord Wellington, suivit l'armée française dans sa retraite, et, se dirigeant sur Orthez, passa les gaves d'Oléron et de Pau le 26 février, sur trois colonnes.

En prenant la position d'Orthez, le maréchal Soult avait eu l'intention de tomber avec toutes ses forces réunies sur la première colonne qui serait engagée dans le passage des gaves; le succès paraissait d'autant plus certain que la nature du terrain et leur marche vicieuse ne permettait pas à ces trois colonnes de se soutenir avec promptitude; mais le colonel du 15e de chasseurs, qui observait le gave de Pau, s'étant absenté de son régiment, le maréchal fut prévenu trop tard du passage de l'ennemi, seulement lorsque celui-ci était déjà formé sur le plateau de Baigts et en mesure d'être appuyé. Ne pouvant plus dès-lors suivre son premier projet, le maréchal se décida à recevoir le choc, et pendant la nuit, il fit ses dispositions de défense.

Le 27, à 9 heures du matin, lord Wellington parut à portée de canon avec sa gauche et son centre, tandis que sa droite, encore sur la rive droite du gave, se concentrait devant Orthez. Son intention parut être d'attaquer l'armée française sur toute son étendue; en se déployant assez pour déborder ses ailes. Son immense supériorité -numérique lui permettait cette manœuvre sans aucun risque.

Le général Beresford se porta sur notre droite, et après de grands efforts, il parvint à s'emparer de Saint-Boès; mais il lui fut impossible d'en déboucher. Dans le même temps le centre était aussi vigoureusement abordé par quatre divisions anglo-espagnoles.

Ce double choc fut rude. Le général Béchaud perdit la vie à Saint-Boès, que l'ennemi conserva. Au centre, le général Foy ayant été grièvement blessé, sa division commença à regarder derrière elle; bientôt son mouvement rétrograde détermina celui des divisions placées sur les flancs. Toutefois elles ne tardèrent pas à se reformer sous la protection de la brigade Paris, qui se plia en carré et arrêta quelque temps l'ennemi.

Sur ces entrefaites, le général anglais Hill, commandant l'armée alliée, força le gué de Biron, défendu par deux faibles bataillons de la brigade Beurot; menaçant ainsi de tourner la gauche de l'armée française et de lui couper sa retraite. Le général Villatte n'ayant point retardé la marche de cette colonne pendant que le général Berton réunissait ses détachements pour tomber sur son flanc, le maréchal, accouru de la droite, où il venait de rétablir le combat, vit qu'il était trop tard pour s'opposer avec efficacité à ses progrès, et n'hésita pas à ordonner la retraite. Les généraux Reille et Drouet se replièrent de colline en colline vers Sault-de-Navailles, et le général Harispe, qui tenait tête aune division portugaise sur la rive droite du gave, quittant Orthez se dirigea sur Rontun. Le général Berton marcha parallèlement sur le flanc de l'armée.

L'armée passa ainsi un long défilé sans encombrement, et sa retraite ne fut troublée que par deux charges de cavalerie ennemie, qui lui firent perdre trois cents hommes. Dans cette journée, les pertes des deux partis furent à peu près balancées :  les Français eurent deux mille cinq cents hommes tués, blessés ou prisonniers; et les alliés deux mille trois cents; mais ils nous prirent cinq bouches à feu.

Ce fut après la bataille d'Orthez que le général Beresford se détacha de l'armée principale et marcha vers Bordeaux. Le maréchal Soult, en remontant l'Adour, se dirigea sur Tarbes et, de là, sur Toulouse, où il devait donner un nouvel éclat à sa haute réputation militaire.

Le monument dédié au général Foy,  érigé à l'endroit où il fut blessé pendant la bataille d'Orthez.  Il se situe à la bifurcation de la D947 et de la D46, à environ 4 km d'Orthez et 9 km de Tilh.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos aimablement communiquées par M. Gérard GASTON. Un grand merci.

 

Au
Général FOY

 

C’est ici que
le 27 février 1814
ce héros-citoyen
reçut sa 14e blessure

MARS

Le 12 mars 1814 :  COMBAT DE VIELLA

Après la bataille d'Orthez (27 février), le maréchal Soult, duc de Dalmatie, s'était retiré par la route de Vic-Bigorre. Instruit que lord Wellington avait envoyé sur Bordeaux deux divisions de son armée, sous le général Beresford, il voulut tenter, comme dernier moyen, un 'retour offensif simulé dans le dessein de porter le général anglais à rappeler ce détachement.

Le 12 mars, l'armée s'ébranla, laissant le corps du comte d'Erlon dans la vallée de Bigorre, pour conserver les communications dé Tarbes.  Le général Berton, commandant l'avant-garde, culbuta les avant-postes ennemis, chargea sur le plateau de Viella avec le 10e de chasseurs un régiment de cavalerie portugaise, le poursuivit jusque sur la route d'Aire et lui fit bon nombre de prisonniers.

Le surlendemain, le duc de Dalmatie allait continuer son mouvement, lorsqu'il apprit que lord Wellington venait de se renforcer de deux divisions.  Supposant que c'étaient les troupes destinées à l'expédition sur Bordeaux, le maréchal crut son but rempli et reprit son mouvement rétrograde pour ne point se compromettre devant un ennemi quatre fois plus nombreux.

Cependant les deux divisions ennemies qui étaient entrées en ligne le 14 mars, n'étaient point celles de Beresford.  Ce général avait continué sa marche sur Bordeaux, appelé par le parti royaliste, y était entré le 12, et avait fait éclater l'insurrection fomentée en secret par le maire, le comte de Lynch, en faveur de la famille des Bourbons.  

Le 19 mars 1814 : COMBATS DE MAUBOURGUET ET DE VIC-BIGORRE

Après la bataille d'Orthez (27 février), le maréchal Soult, duc de Dalmatie, s'était replie sur la route de Tarbes. Le général Berton, commandant l'arrière-garde de l'armée des Pyrénées, venait de prendre position en arrière de Maubourguet avec deux régiments de chasseurs à cheval, lorsque la brigade de cavalerie hanovrienne du général Fane déboucha sans défiance par la route de Madiran.  Chargée par la compagnie d'élite du 21e de chasseurs à la tête de laquelle se mit le colonel Duchastel, cette cavalerie est culbutée et sabrée jusque dans Maubourguet, où elle trouve à peine un refuge sous la protection de son infanterie qui arrivait. Dans cette charge, le colonel Duchastel tua de sa propre main le chef d'un des régiments ennemis.

Le général Fane, ayant quitté la poursuite du général Berton, se jeta sur les troupes du comte d'Erlon, qui se retiraient sur Vic-Bigorre.  Après un engagement très chaud où il fut soutenu par la division anglaise Picton, il repoussa les Français jusque près de cette ville. 


Le 20 mars 1814 :  COMBAT DE TARBES

L'armée des Pyrénées, sous les ordres du maréchal Soult, duc de Dalmatie, se retirait après la bataille d'Orthez (27 février) sur Toulouse, suivie par l'armée anglo-espagnole, commandée par lord Wellington.  Le 20 mars, au moment où elle évacuait la ville de Tarbes, son arrière-garde fut attaquée par la division du général Hill. Après une courte canonnade, elle se replia en bon ordre, tenant en respect l'avant-garde ennemie, qui n'osa l'approcher.  

 

 

AVRIL


Le 10 avril 1814 : BATAILLE DE TOULOUSE - Montferrand

L'Europe coalisée était enfin parvenue, après vingt ans d'efforts, sans cesse renaissants, à rejeter dans le sein de la France le fléau dévastateur de la guerre.

Au nord et à l'est, neuf cent mille alliés pesaient de tout leur poids sur notre malheureuse patrie :

Autriche :                            200.000 hommes
Russie :                                                250.000 hommes
Prusse :                                               200.000 hommes
États allemands:              200.000 hommes
Suède :                                               30.000 hommes
Hollande :                           20.000 hommes
Danemark :                        10.000 hommes

Au midi, une armée de cent trente mille Anglais, Espagnols  et Portugais,  s'avançait victorieuse au cœur de nos provinces :

Angleterre :                       40.000 hommes
Espagne & Portugal        90.000 hommes

Ces détails sont extraits des journaux allemands, qui portent même les forces des alliés à 200,000 hommes de plus que nous ne le faisons ici.  D'après les notions que nous avons à cet égard, leur calcul nous a paru trop exagéré.

Telle était au commencement de 1814, la France naguère si puissante.  Qu'avait-elle à opposer à ce débordement d'ennemis ?  Le courage désespéré de cent vingt-cinq mille soldats débris glorieux de ses vaillantes armées.

En Champagne, avec Napoléon                                               60.000 hommes  
En Picardie, avec le général Maison                        10.000 hommes
En Dauphiné et Provence, avec Augereau          15.000 hommes
Dans les Pyrénées occidentales, avec Soult        95,000 hommes
Dans les Pyrénées orientales  avec Suchet         15.000 hommes

Le maréchal Soult commandait un corps de vingt-cinq mille hommes dans les Pyrénées occidentales, mais trop faible pour tenir la campagne devant lord Wellington, qui commandait cent mille Anglais, Espagnols ou Portugais , il avait été obligé de se replier successivement de la Bidassoa sur la Nive, de la Nive sur l'Adour, et enfin forcé encore dans ses positions de Saint-Sever, laissant Bordeaux à découvert, il s'était porté rapidement sur Toulouse par la route de Tarbes.  Lord Wellington sachant qu'aucune troupe ne défendait les approches de Bordeaux, détacha de son armée le général Beresford avec dix mille hommes et le chargea de s'emparer de cette ville.  Pour lui, fidèle à son plan de prudence, il se contenta de suivre le mouvement du maréchal Soult sur Toulouse.  Deux routes y conduisaient, celle par Saint-Gaudens, qui fait un quart de cercle, et celle par Auch, qui est directe.  Le maréchal Soult, qui ne voulait pas trop s'éloigner du maréchal Suchet, qu'il supposait auprès de Perpignan, prêt à se joindre à lui, suivit la route par Saint-Gaudens.  En prenant ce parti, le duc de Dalmatie s'exposait ce que son ennemi, maître de suivre la route par Auch, totalement libre, n'y portât un corps de troupes qui, arrivé sous Toulouse avant l'armée française, ne la forçât à se jeter dans les montagnes de l'Ariège, pour éviter l'être prise en tête et à dos.  Mais le maréchal connaissait son adversaire; il suivit donc son plan avec sécurité, et arriva sous les murs de Toulouse, avec une armée que les combats, livrés depuis les frontières d'Espagne, avaient réduite à vingt mille hommes.  C'était avec cette poignée de braves, que le maréchal allait livrer une sanglante et glorieuse bataille contre un ennemi cinq fois plus nombreux.

Toulouse, situé sur la rive droite de la Garonne, à l'embouchure du canal du Languedoc dans ce fleuve, n'avait aucune des fortifications nécessaires à l'exécution des plans de Soult.  Mais le maréchal profitant de la lenteur avec laquelle son ennemi le suivait, eut bientôt élevé un camp retranché autour de la ville.  Les soldats, tenant leurs armes d'une main, travaillèrent de l'autre.  Une partie de la garde nationale de Toulouse, les étudiants endroit et en médecine, émus des dangers de la patrie, quittèrent leurs paisibles occupations pour élever des remparts qui devaient foudroyer l'ennemi.  A l'aspect de l'étranger, ils se souvinrent tous qu'ils étaient Français, et tous volèrent à la défense de leurs foyers.  Le maréchal Soult, plaça d'abord sa petite armée sur la rive gauche de la Garonne dans la forme d'un fer à cheval, entre les routes de Saint-Gaudens et d'Auch ; sa gauche au chemin de Muret, et sa droite à une lieue en avant de Toulouse, défendant les approches du faubourg Saint-Cyprien.

Ce faubourg fut fermé en entier par des ouvrages de campagne, appuyés sur deux fortes redoutes, dont l'une fut élevée à la tête du beau pont qui joint ce faubourg à la ville, et L'autre sur, la route d'Auch.  Présumant bien que l'ennemi, passant la Garonne au-dessous de Toulouse, l'attaquerait sur la rive droite de ce fleuve, le maréchal fit construire trois redoutes, aux trois ponts situés sur le canal de Languedoc, qui, faisant un demi-cercle autour de Toulouse et se jetant au-dessous de cette ville dans la Garonne, la défend au nord et à l'est.  Profitant de tous les avantages que lui présentait le terrain, le maréchal fit construire sur un coteau qui domine le canal au nord et à l'est, cinq redoutes liées entre elles par des lignes retranchées, et battant sur la rive droite de la Garonne et du canal.  Tous les ponts sur la rivière d'Ers, qui coule parallèlement au canal et à la Garonne, et par où l'ennemi aurait pu déboucher, furent minés et détruits.  La Garonne, l'Ariège, et un terrain marécageux, défendant naturellement Toulouse vers le midi, le maréchal jugea inutile d'élever aucun ouvrage autour du faubourg Saint-Michel.  Concentrant alors son armée, il en fit passer une partie sur la rive droite pour occuper les retranchements qui y étaient établis; appuya la gauche du corps qui restait, sur l'autre rive au cimetière Saint-Cyprien, la droite à l'embouchure du canal de Languedoc, et attendit l'armée ennemie.

Si l'on considère que des retranchements aussi nombreux, des lignes aussi formidables furent établies en trois jours, on sera étonné de ce que peuvent le patriotisme des citoyens et l'ardeur des soldats français dirigé par un habile général.

Rien n'avait troublé l'armée française dans ses travaux depuis son arrivée devant Toulouse, et tout était terminé lorsque l'ennemi parut enfin le 6 avril.

Lord Wellington dut éprouver quelques regrets du peu d'activité qu'il avait mis à profiter de ses avantages, lorsqu'il aperçut les Français derrière leurs retranchements.  Cependant il fallait les attaquer, mais l'entreprise ne paraissait pas facile.  Le général anglais voyant que le faubourg Saint-Michel n'était pas fortifié, pensa que les Français n'en avaient pas eu le temps; le regardant dès-lors comme le point faible, il voulut en essayer les approches.  En conséquence, il détacha quinze mille hommes sur la route de Foix dans le dessein de s'emparer de celle de Carcassonne, et tournant Toulouse par sa droite, d'attaquer le faubourg Saint-Michel.  Un pont volant jeté au village de Pinsoguel, transporta ce corps sur la rive droite; mais le mauvais état des chemins, le débordement de l'Ariège et les marécages, ne permirent ni à l'artillerie, ni à la cavalerie anglaise d'avancer.  Convaincu alors que son projet était impraticable, Wellington rappela ses quinze mille hommes, et se décida à attaquer l'armée française par la rive droite, au nord et à l'est, dans ses positions sur le canal, comme le point qui lui paraissait le moins redoutable.  Le général Beresford ayant rejoint l'armée alliée, elle jeta, dans la nuit du 7 au 8 avril, un pont de bateaux sur la Garonne, au-dessous de Toulouse, près du château de Blagnac; et dans la nuit même, le général Freyre, avec un corps espagnol de quinze mille hommes, passa sur la rive droite.  Dans la journée du 8, ce corps s'empara de la route de Montauban, et s'approcha de la rivière d'Ers.  Le 9, toute l'armée alliée passa sur la rive droite, à l'exception du corps commandé par les généraux Hill et Picton, qui resta sur la rive gauche, chargé d'attaquer le faubourg Saint-Cyprien.  Le maréchal Soult voyant que les plus grands coups allaient se porter sur la rive droite, ne laissa dans les retranchements de Saint-Cyprien, que les deux divisions commandées par le général Reille, et porta dans les retranchements sur l'autre rive, toutes les troupes dont il put disposer.

Dans la journée du 9, les divisions françaises furent placées dans les positions qu'elles devaient occuper pendant la bataille, en avant des retranchements sur la rivière d'Ers:  les généraux Darricau et Maransin, s'appuyant à l'embouchure du canal, commandaient la gauche de l'armée.  Le comte d'Erlon, ayant sous ses ordres les généraux d'Armagnac et Villatte, commandait le centre; l'aile gauche était confiée au général Clausel, ayant sous ses ordres la division du général Taupin, et la cavalerie de l'armée, dont on ne put tirer de parti avantageux, les localités ne le permettant pas.  Le maréchal Soult se plaça de sa personne au centre, sur la redoute la plus élevée, afin d'embrasser d'un seul coup d'œil toute la ligne, et d'en diriger les mouvements.

Le 10 avril, à sept heures du matin, le combats 'engagea sur toute la ligne.  L'extrême gauche française, attaquée près de l'embranchement du canal, fit bonne contenance et ne put être débusquée de ses positions à la tête du premier pont sur le canal.

Le général Beresford ayant passé l'Ers remonta cette rivière, et, cherchant à arriver sur notre droite afin de la tourner, attaqua vive-, ment la division Villatte; ce général défendit le terrain pied-à-pied, et se retira, après une belle défense, dans la ligne des redoutes.

Le général espagnol Freyre, dont le mouvement était combiné avec celui du général Beresford, le voyant aux prises avec le général Villatte, se porta sur la division du général Darmagnac, et l'attaqua par un grand feu d'artillerie sur son centre et vers sa gauche.  Les Français, étonnés un instant, se remettent bientôt; ils s'élancent hors des redoutes, se précipitent sur les masses espagnoles et portugaises, qu'ils ont vaincues tant de fois; et, comme aux jours de leurs conquêtes, ils les pressent, les forcent à reculer, les mettent en fuite, et en font un horrible carnage.  Le général espagnol, dont la voix est méconnue, obligé lui-même de fuir avec ses soldats, ne peut les rallier que sur les bords de l'Ers.

Pendant que le général Beresford tentait de -se porter sur notre droite, et que le général Freyre attaquait notre centre, une colonne anglaise se portait sur les retranchements de notre extrême gauche.  Elle avançait avec sécurité, lorsque, arrivée à peu de distance de la redoute établie au premier pont sur le canal, elle est tout-à-coup écrasée par une grêle de mousqueterie et de mitraille.  La terreur et la mort planent sur cette colonne ; la terre, couverte de cadavres, est rouge de sang.  Les Anglais fuient; mais leur fuite, aussi désastreuse que leur mouvement offensif, ne les soustrait pas à la mort qu'ils veulent éviter:  ils tombent par centaine; la mitraille dévorante les atteint encore au loin, et de cette nombreuse phalange il ne reste plus que quelques soldats.

Sur la rive gauche, on se battait avec autant de valeur:  les généraux anglais Hill et Picton n'avaient pu débusquer le général Reille de ses positions dans le faubourg Saint- Cyprien, et, toute la journée, les deux partis furent aux prises sur le même terrain.

Le maréchal Soult, qui s'était aperçu du projet du général Beresford, avait fait renforcer sa droite.  Le général anglais, qui depuis le matin n'avait rien entrepris de décisif sur ce point, ayant reçu de l'artillerie, fit attaquer vers midi la première redoute, appelée la Pujade; d'abord repoussé avec de grandes pertes, il reçoit des renforts, et marche de nouveau vers la redoute.  Les Français, prêts à être cernés par leurs trop nombreux ennemis, l'évacuent ; mais, soutenus par des troupes fraîches, ils l'attaquent à leur touret, malgré les efforts des Anglais, ils les chassent et s'en emparent.  Wellington, qui voit ce qu'il en coûte pour vaincre les Français, hésite Un moment, et donne quelque repos à ses troupes ; mais, sentant l'importance de la redoute dont il n'a pu s'emparer, il y parte toutes ses forces.  Les deux partis se heurtent avec violence; dans les fossés, sur la redoute, on se bat presque corps-à-corps.  Les combattants ne portent pins sur la terré, ils foulent de tous côtés les cadavres de leurs ennemis et de leurs compagnons ; enfin, après une affreuse boucherie, le nombre l'emporte, et les Français presque tournés sont obligés d'abandonner la redoute.

Ce succès, acheté au prix de tant de sang, donnait enfin au général Beresford la possibilité de tourner notre aile droite. Lord Wellington, pour lui en faciliter les moyens, fit attaquer à-la-fois, par toute son armée, les quatre redoutes dont nous étions encore en possession.

Les Français résistèrent courageusement à cette attaque générale- et leur mitraille, éclaircissant les rangs ennemis, les empêcha de se porter sur les retranchements.  Cependant le maréchal Soult, qui avait deviné les projets du général Beresford, prit ses dispositions pour l'en faire repentir.

Il était trois heures, et sur toute la ligne on se battait avec acharnement.  Le maréchal ordonna à la division Taupin de sortir de ses retranchements, de se porter en avant, et de s'embusquer derrière des haies.  Ce mouvement avait pour but de laisser le général Beresford s'engager entre nos redoutes et l'Ers, et, le plaçant ainsi entre deux feux, de couper sur ce point la ligne ennemie.  Trop de valeur fit échouer un projet qui devait nous assurer la victoire.

Le général Taupin ne put résister au désir de fondre sur les Anglais qu'il voyait si près de lui; il sortit trop tôt du lieu où il était embusqué, et tombant avec fureur sur l'ennemi, qui n'était pas encore engagé, il l'empêcha de commettre une faute qui allait lui devenir funeste.

Le général Beresford, d'abord étonné, attaqua à son tour la division Taupin, qui, trop faible pour résister à des forces si disproportionnées, se retira en désordre sur ses retranchements.  Le général Taupin fut tué dans la mêlée, et Beresford, que la fortune venait de protéger, continua son* mouvement pour tourner notre aile droite.  Le maréchal Soult fit soutenir la division du général Taupin, mais il n'était plus temps.  L'armée alliée, trop supérieure en nombre, avait l'avantage, et l'imprudence du général Taupin assurait à nos ennemis le succès de la journée.

La nuit arriva, et sur toute la ligne fit cesser une bataille opiniâtre qui, pendant douze heures, avait fait couler des flots de sang.

Dire que dans cette journée mémorable, généraux, officiers et soldats firent tous des prodiges de valeur, serait inutile, lorsque déjà, nous avons fait connaître la force numérique de chacune des deux armées.

Cependant la position de l'armée française était critique; elle occupait encore, à la vérité, quatre des cinq redoutes qui bordaient le front de la ligne; mais sa droite ayant été tournée, elle pouvait le lendemain être attaquée sur son flanc droit par la route de Castelnaudary, sur laquelle l'ennemi devait s'être porté le soir même de la bataille.  Pressé ainsi de tous côtés, n'ayant derrière lui que le pays de l'Ariège, impraticable' dans cette saison, le maréchal Soult sentit qu'il fallait vaincre ou mourir sous les murs de Toulouse.  Sans s'étonner du nombre de ses ennemis il se prépara de nouveau au combat, fit abandonner les redoutes qui, dans sa nouvelle position, lui étaient plus dangereuses qu'utiles, et concentra son armée sous les remparts de la ville.  Le canal le séparait des alliés.  Le jour paraît, mais rien n'annonce aucun mouvement hostile de leur part; on les voit, paisibles dan^ leur camp, s'occuper de faire enterrer leurs morts et de détruire nos ouvrages.  Les reconnaissances envoyées sur la route de Castelnaudary rentrent et annoncent que l'ennemi n'y a point paru.  Étonné d'une pareille faute, le maréchal en profite- fait ses dispositions de retraite; dans la nuit dit 11 au 12, il l'effectue sans obstacle, et arrive à Castelnaudary sans avoir été inquiété.

Ainsi se termina cette sanglante journée pendant laquelle vingt mille Français résistèrent glorieusement à cent mille ennemis.  La perte de ces derniers fut énorme; de leur propre aveu, elle s'éleva à dix-huit mille hommes; notre armée n'en eut que deux mille cinq cents hors de combat.  On a dit et on a écrit (M. Alphonse de Beauchamps, dans son Histoire de la Campagne de 1814) que lord Wellington n'avait laissé libre la route de Castelnaudary, dont il pouvait s'emparer, que pour faciliter la retraite du maréchal Soult, et qu'il ne l'avait point attaqué dans cette retraite, pour ne pas verser le sang français.  Ces contes, dignes de figurer dans ceux de Perrault, peuvent être écoutés par les bonnes et les enfants, mais tout individu qui a atteint l'âge de raison rit de ces niaiseries et de la maladresse des soi-disant historiens qui, naïvement, les racontent.  Si Wellington ne voulait pas verser le sang français, pourquoi attaquait- il Soult sous Toulouse?  ou, si cette horreur du sang lui était subitement venue le jour de la bataille, pourquoi, deux jours après, lorsque le maréchal, en sûreté, lui fit demander une suspension d'armes afin de pouvoir vérifier les événements arrivés à Paris, lui refusa-t-il cette suspension, et le fit-il suivre par deux divisions de son armée?

On eût peut-être mieux fait de dire, qu'effrayé de la résistance opiniâtre d'une poignée de soldats, lord Wellington avait craint de les réduire au désespoir; on eût du moins coloré de quelque vraisemblance la faute que commit ici le général anglais.

Du haut des remparts de Toulouse, les habitants consternés avaient vu tous les mouvements des deux armées.

Les étudiants en droit et en médecine, qui avaient travaillé à la construction des retranchements, partagèrent encore les périls de la journée.  Plusieurs périrent sur le champ de bataille, où ils allaient relever les blessés.  Les femmes même, animées  du plus noble patriotisme , couraient de rang en rang porter des rafraîchissements et des secours aux soldats, et déchiraient leurs propres habits pour couvrir leurs blessures.  La garde nationale s'acquitta de tous ses devoirs dans cette grande journée, en maintenant l'ordre dans l'intérieur de la ville.

Parmi les traits glorieux qui dans ce jour mémorable illustrèrent le nom français, il en est un qui, sortant de la nature ordinaire des traits de valeur sur le champ de bataille, mérite une mention particulière.

Le général Berton se retirant sur la rive gauche de l'Ers, avec la cavalerie légère sous ses ordres, pour arrêter la poursuite de l'ennemi, devait faire sauter le pont déjà miné sur cette rivière. Il fait mettre le feu à la mèche, et se porte rapidement hors d'atteinte de l'explosion.  Quelques minutes se passent, et le pont est encore intact.  Ce retard, qui pouvait être funeste à l'armée, excitait la plus grande inquiétude.  Le nommé Vincent, maréchal-des-logis au 22e régiment de chasseurs, témoin de l'anxiété de son général, de son propre mouvement se précipite vers le pont, suivi d'un seul chasseur, qu'il appelle pour tenir son cheval; met pied à terre près de la foudre, qui pouvait éclater, examine la mèche de la fougasse, qu'il trouve éteinte, bat le briquet, le rallume avec de l'amadou, saute à cheval et s'éloigne.  Il n'était pas à dix pas, que l'explosion eut lieu.  Heureusement Vincent ni son courageux compagnon n'en furent atteints. Touché de tant de courage, le général Berton embrasse Vincent, qui reçut ainsi la plus douce récompense qui puisse flatter un cœur généreux.  En 1820, Vincent est  à Marseille, retiré dans ses foyers. 

L'obélisque de la bataille de Toulouse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14/04/1814 Sortie de Bayonne

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- Éphémérides militaires depuis 1792 jusqu'en 1815, ou Anniversaires de la valeur française. par une société de militaires et de gens de lettres, 1820 Pillet aîné (Paris), (1818-1820).
-Cartes : Johnston, Alex. Keith, Atlas to Alison's History of Europe, William Blackwood and Sons, Edinburgh and London,  1848 et 1850.

 

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