CAMPAGNE D'ITALIE 1796-1797

Nous remercions M. Alexandre Baury pour son l'aimable collaboration. Qu'il en soit grandement remercié.

1e phase : 24 mars - 31 mai 1796 : Offensive de Bonaparte

A. Élimination du Piémont
1. Le 9 avril 1796. Combat de Voltri
2. Les 11-12 avril 1796. Bataille de Montenotte
3. Les 13-14 avril 1796. Bataille de Millesimo / Cosseria
4. Le 15 avril 1796. Combat de Dego
5. Le 17 avril 1796. Combat de La Pedaggera : attaque de la gauche du camp retranché de Ceva
6. Le 20 avril 1796. Combat de Sant Michele di Mondovi
7. Le 22 avril 1796. Batailles de Mondovi
8. Le 24 avril 1796. Prise de Bène.
9.Le 25 avril 1796. Combat et prise de Cherasco.
10. Le 25 avril 1796. Prise de Fassano
11.Le 25 avril 1796. Prise d'Alba
12. Le 26 avril 1796. Proclamation de Bonaparte à son armée et aux peuples de l'Italie.
13. Le 28 avril 1796. Armistice de Cherasco conclu entre la République française et le Roi de Sardaigne

B. Manœuvre de Lodi (29 avril - 10 mai)
1. Combats de Guardamiglio
2. Combats de Fombio
3. Combats de Codogno
4. Bataille du pont de Lodi

C. Manœuvre de Castelnovo

2e phase :31 mai 1796 - 2 février 1797 : Attente stratégique sur l'Adige

1. Première offensive de Wurmser - Bataille de Castiglione
2. Deuxième offensive de Wurmser - Bataille de Bassano
3. Première offensive d'Alvinczi - Bataille d'Arcole
4. Deuxième offensive d'Alvinczi - Bataille de Rivoli
 

 

3. Première offensive d'Alvinczi - Bataille d'Arcole

 

12 novembre 1796 : bataille de Caldiero


Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von 1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.

14-18 novembre 1796 (24 - 28 Brumaire) : Ronco all'Adige

Le général Bonaparte séjourna dans cette ville du 14 au 18 novembre 1796, pendant la bataille d’Arcole, dans une grosse ferme, via Napoleone, située à proximité du clocher de la vieille église, d'où dirigea la bataille. Une PC sur la façade de la mairie, situé à proximité, piazza Roma 1, est apposée en souvenir de son séjour.

 

 

 

XV – XVI – XVII
NOVEMBRE
1796
NAPOLEONE

 

15-17 novembre 1796 (25 - 27 Brumaire an V) : Bataille d'Arcole


Bataille d'Arcole : premier jour - 15 novembre 1796


Bataille d'Arcole : troisième jour - 17 novembre 1796

 

Depuis l'ouverture de la campagne (11 avril), l'armée républicaine d'Italie, par une série de succès non interrompue, maîtresse de toute la Lombardie, après avoir détruit ou dispersé deux armées ennemies, occupait les débouchés du Tyrol, couvrant ainsi le siège de Mantoue, où se trouvaient les débris de l'armée autrichienne et le feld-maréchal Wurmser, son général en chef.

Plus heureuse en Allemagne, l'Autriche avait contraint les deux armées de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle à se replier derrière le Rhin. Tranquille sur ce point, elle se hâta de porter en Italie toutes les forces dont elle pouvait disposer, et vers la fin d'octobre, quarante-cinq mille hommes réunis sous les ordres du feld-maréchal Alvinzi, sortirent du Tyrol, et marchèrent contre l'heureux et habile vainqueur de Beaulieu et de Wurmser.

Quelque confiance que le jeune général Bonaparte eût dans sa fortune et la valeur de ses troupes, la nouvelle de l'approche d'une troisième armée autrichienne lui donna les plus vives inquiétudes. Malgré ses demandes réitérées, le directoire de la république française, tout occupé de ses armées d'Allemagne , ne lui avait envoyé aucun des renforts qu'il sollicitait pour réparer les pertes de son armée, qui, bien que victorieuse, n'en était pas moins considérablement affaiblie par les fatigues de tant de combats livrés, de batailles gagnées, démarchés exécutées avec une si merveilleuse rapidité, et par les maladies contagieuses , ce fléau ordinaire des armées après , une campagne pénible. Pouvant seulement disposer de trente-huit mille hommes (1), il craignait que s'il s’éloignait de Mantoue pour aller vers le Tyrol, Wurmser, qui avait avec lui quinze mille hommes, ne sortît de cette place pour seconder les mouvements d'Alvinzi et se joindre à lui. La population de l'Italie, agitée par les partisans de l'Autriche, ajoutait encore à sa perplexité, car il pouvait redouter qu'essuyant un échec sa retraite ne devînt impossible, ou du moins des plus périlleuses. Placé ainsi dans la situation la plus critique après les événements les plus favorables, il prit la résolution de resserrer le blocus de Mantoue, et d'attendre le général Alvinzi dans les positions fortifiées qu'il occupait aux débouchés du Tyrol, sur la Brenta et l'Adige.

Le général en chef Alvinzi ayant divisé son armée en deux colonnes, donna le commandement de celle de droite au général Davidovitch, et à la tête de celle de gauche il sortit du Frioul, se portant sur la Brenta.

Dès que le général Bonaparte eut connaissance de la première attaque, il laissa devant Mantoue le général Kilmaine avec huit mille trois cent quarante hommes, donna l'ordre au général Vaubois, qui commandait dix mille hommes dans la vallée de l'Adige, de tenir  Davidovitch en échec vers Trente, et de sa personne marcha avec les divisions Massena et Augereau, fortes de dix-sept mille hommes, sur le corps d'Alvinzi : son but était de battre le feld-maréchal, et de se jeter ensuite avec toutes ses forces sur son lieutenant.

Nous avons vu, aux 2 et 12 novembre, que le commencement des hostilités ne fut point favorable aux armes françaises; et si après le combat de Caldiero (12 novembre) le général autrichien eût mis plus d'activité dans sa marche, qu'il se fût porté sur l'Adige, dont il n'était qu'à une petite distance, Mantoue était débloqué , et l'armée française contrainte à une retraite désastreuse. Mais par suite de cette temporisation si familière aux généraux de cette nation, Alvinzi perdit la journée du 13 en délibérations, et ne commença que vers le soir du 14 sa marche sur Vérone, qu'il se flattait d'enlever par escalade. Le général Bonaparte profita de la lenteur de son ennemi. Il tira du blocus de Mantoue trois mille hommes, qu'il fit entrer dans Vérone, et rassuré sur le sort de cette place, il fit repasser l'Adige dans la nuit du 13 au 14 aux divisions Massena et Augereau, qu'il dirigea plus bas sur Ronco. Il comptait par cette manœuvre venir tomber par Villanova ou San-Bonifacio sur les derrières d'Alvinzi, occupé devant Vérone, de lui enlever ses parcs, ses magasins et sa seule communication.

Le 15 au matin, dès que la tète de la division Augereau parut dans Ronco, un pont fut jeté sur l'Adige, elle passa; son avant-garde se porta de suite sur Arcole, et la division Massena, filant à son tour, prit à gauche vers Porcil.

Le village d'Arcole est situé au milieu d'un marais d'une profondeur et d'une étendue considérable. Coupé dans tous les sens par des canaux et des ruisseaux, ce vaste terrain est d'un parcours difficile et dangereux. L’Alpone espèce de torrent rapide, sur la rive gauche duquel est Arcole, le traverse et va se jeter dans l'Adige au-dessous d'Albarédo, Deux digues sont les seules routes qui servent de communication. Celle de droite, qui part de Ronco et longe en partie l'Alpone jusque vis-à- vis d’Arcole, mène à San-Bonifacio; celle de gauche, partant aussi de Ronco, va à Porcil et Caldiero, où elle joint la route de Vérone à Vicence. Un pont de bois étroit et élevé sur l'Alpone unit Arcole à la rive droite, par laquelle arrivaient les Français.

Le général Alvinzi, instruit que les Français passaient à Ronco, au lieu d'attaquer Vérone, comme il le projetait, changea à la hâte ses dispositions, fit marcher des renforts sur Arcole, envoya le général Provera avec six bataillons sur Porcil, fit rétrograder ses parcs sur Montebello, exécuter à son armée un changement de front en arrière, et s'avança vers le point attaqué.

Au moment où l'infanterie légère d'Augereau se présenta devant Arcole, elle engagea une vive fusillade avec quelques bataillons de Croates et de Hongrois commandés par le colonel Brigido, qui bordaient la rive gauche de l'Alpone. Du canon était au pont qui, - en outre, était barricadé. La tête de la colonne française s'étant avancée jusque sur le pont, éprouva une vigoureuse résistance et ne put déboucher. L'ennemi, qui défendait le village, se battait avec la plus grande opiniâtreté. Il était cependant urgent pour nos troupes de forcer le passage avant l'arrivée des renforts qu'Alvinzi ne pouvait manquer d'envoyer de Vérone aussitôt qu'il serait instruit du danger qu'il courait. Nos généraux sentent que le succès dépend de l'un de ces élans d'enthousiasme qui déjà avaient plus d'une fois assuré la victoire à l'armée d'Italie., et donnant l'exemple du dévouement, ils se précipitent à la tête de la colonne pour essayer de franchir le pont à travers la mitraille la plus épaisse. Le général Lannes, encore souffrant d'une blessure reçue à Governalo, est atteint de deux coups de feu; les généraux Verdier, Bon et Verne sont mis hors de combat. Les soldats, intimidés, hésitent; Augereau prend un drapeau, arrive seul jusqu'à la moitié du pont, appelle à lui les grenadiers, et reste quelques minutes exposé à un épouvantable feu. Mais tant d'efforts, tant d'intrépidité sont impuissants; les décharges étaient si bien nourries qu'à peine un peloton paraissait que déjà il était écrasé.

Le célèbre tableau d'Horace Vernet et le pont actuel, sous le même angle.

Le général Bonaparte, apprenant la vive résistance de l'ennemi, envoie le général Guyeux avec sa brigade vers Albaredo pour y passer l'Adige au-dessous du confluent de l'Alpone et lui donne l'ordre de tourner Arcole, si lui ne parvient à l'emporter de front. Il accourt alors où l'on se battait avec tant d'acharnement, et paraissant tout-à-coup à la tête de la colonne, entouré de son état-major : « N'êtes-vous plus les soldats de Lodi (10  mai) ? -s'écrie-t-il; qu'est devenue cette intrépidité dont vous avez donné tant de preuves ? » Le souvenir des succès de Lodi ranime le courage des soldats; les grenadiers demandent à renouveler la tentative du passage. Mettant à profit là nouvelle ardeur des troupes, Bonaparte descend de cheval, se met à leur tête, et à l'exemple d'Augereau, saisissant un drapeau il s'élance sur le pont, suivi par tous ceux que l'espace étroit peut contenir. Le général Lannes, qui vient d'apprendre que le général en chef marche le premier à l'ennemi, malgré ses deux nouvelles blessures, vient se mettre à la tête des combattants, à cheval, ne pouvant se soutenir à pied; il tombe aussitôt, blessé une troisième fois. Tous les coups portaient dans cette masse serrée; la mitraille et la fusillade y faisaient, un horrible carnage. Le général Vignolle est  blessé, et l'aide-de-camp du général en chef, Muiron, est tué à ses côtés. La colonne hésite de nouveau, rétrograde, abandonne le pont, et Bonaparte, entraîné, remonte à cheval. Dans cet instant, une décharge à mitraille renverse tous ceux qui l'entouraient. Son cheval, effrayé, se jette dans les marais. Les Autrichiens, débouchant du pont, poursuivent nos troupes sur la digue, et dépassent de plus de cinquante pas le général Bonaparte. Ils l'eussent sans doute bientôt reconnu et s'en fussent rendus maîtres, si l'adjudant-général Belliard (2), s’apercevant du danger qu'il courait, n'eût rallié les grenadiers qui étaient en queue de la colonne, et les ramenant au combat, n'eût repoussé l'ennemi et dégagé son général du marais où il était tombé.

Pendant que la droite de l'armée française échouait dans ses projets, la division Massena, plus heureuse, avait attaqué le général Provera, l'avait culbuté sur Porcil, dont elle s'était emparée, et fait quelques centaines de prisonniers.

Le général Guyeux, passant l'Adige à Albaredo, s'était avancé sur Arcole par la gauche de l’Alpone, et s'était emparé de ce village quelques instants après la retraite de la division Augereau. Mais la nuit approchant, et le gros de l'armée autrichienne, .qui arrivait, s'apprêtant à reprendre Arcole, le général Bonaparte jugea qu'il serait dangereux de garder la position hasardeuse qu'il occupait. Sachant combien les forces de l'ennemi étaient supérieures aux siennes, il ne voulut point s'exposer à être culbuté dans les marais de l'Alpone, et ordonna, à la nuit, la retraite de l'armée sur la rive droite de l'Adige, gardant le passage de Ronco.

Persistant dans son dessein de livrer bataille au général autrichien, le 16 novembre, à la pointe du jour, Bonaparte fit passer l'Adige à ses deux divisions dans le même ordre que la veille. Massena rejeta encore une fois le général Provera sur Porcil, et lui lit sept à huit cents prisonniers.- Le général Guyeux, contenu par un corps considérable, ne put passer l'Adige vers Albaredo. Le général Augereau repoussa l'ennemi jusqu'au pont d'Arcole ; mais là, les sanglantes scènes de la veille se renouvelèrent; sept généraux ou officiers supérieurs furent blessés, et l'aide-de-camp du général en chef Elliot fut tué. Enfin, après avoir inutilement tenté de jeter un pont sur fascines et chevalets, la nuit s'approchant, l'armée française reprit sa même position derrière l'Adige.

Cependant, persuadé enfin que le succès de son attaque dépendait de l'établissement d'un pont au confluent de l'Alpone, le général Bonaparte y fit travailler toute la nuit, et le 17, dès que le jour parut, commença le troisième acte de cette terrible lutte.

Les Autrichiens, comme la veille, furent repoussés sur Arcole et Porcil. Mais le général Massena ne prit avec lui, cette fois, que la 18e demi-brigade de ligne; le reste de sa division resta intermédiaire pour seconder l'effort principal, qui allait se faire à droite, au confluent de l'Alpone. Le général Augereau, qui devait passer sur ce point, dut attendre l'arrivée de deux bataillons de la garnison de Legnano, qui avaient reçu l'ordre de remonter en longeant l'Adige, afin d'inquiéter la gauche des Autrichiens, et de la prendre à revers. Seize cents chevaux soutenaient cette division.

Le général Robert, à la tête de la 75e, avait refoulé l'ennemi jusqu'au désastreux pont d'Arcole; mais poussé à son tour par des troupes fraîches et nombreuses, il fut ramené en désordre, et ne put se rallier que derrière la division Augereau. Les Autrichiens, encouragés par ce premier succès, crurent que toute l'armée française allait imiter ce mouvement rétrograde (ce n'était pas sans raison, car déjà quelques pelotons lâchaient le pied et se retiraient vers Ronco), et s'avancèrent imprudemment vers l'Adige. Le général en chef, qui avait préparé et prévu ce mouvement, fait avancer alors la 18e légère, qui les attaque de front sur la digue: dans le même moment le général Gardanne, avec la 32e de ligne, sort d'un bois à droite, où il était masqué, et les prend en flanc. Bientôt le général Massena, revenant à la course de Porcil, tombe sur la queue de la colonne ennemie. Cette dernière attaque est décisive; pressés de trois côtés à-la-fois, les Autrichiens sont culbutés en grande partie dans les marais à gauche. Ils y restent enfoncés, et la fusillade en fait périr un grand nombre. Plus de trois mille restèrent prisonniers.

Cette brillante action de Massena assurait la gauche de l'armée française et le pont sur l'Adige. Augereau ayant enfin passé l'Alpone, engagea aussitôt le combat sur la rive gauche. Le flanc gauche des Autrichiens s'appuyait à un marais. Le général Bonaparte, instruit par l'expérience que l'arrivée inattendue d'un corps, quelle que soit d'ailleurs sa force, sur le flanc d'une troupe, l'étonné toujours et ébranle la fermeté des soldats, déjà occupés par l'ennemi qu'ils ont devant eux, ordonne au lieutenant Hercule, de la compagnie des guides, de descendre l'Adige avec vingt-cinq chevaux, de tourner rapidement le marais, et de tomber impétueusement sur l'ennemi. Cet officier exécuta sa mission avec une bravoure et une célérité qui lui valurent les éloges de son général. Sa subite présence met de l'hésitation dans les mouvements de l'infanterie ; Augereau en profite pour faire de front une attaque vigoureuse. La ligne autrichienne est enfoncée, et se retire précipitamment, lorsque les deux bataillons de Legnano, débouchant tout-à-coup de San Gregorio, augmentent le désordre et accélèrent la retraite de l'ennemi, qui laissa quelques centaines de prisonniers en notre pouvoir.

Assuré de la victoire, Bonaparte envoya une brigade vers Porcil, pour pousser les Autrichiens de ce côté, et avec les deux autres brigades de Massena il marcha sur le pont d'Arcole. Ce passage n'était plus un effroyable volcan; nos troupes débouchèrent sur la rive gauche de l'Alpone, et poursuivirent l'ennemi dans la direction de San-Bonifacio. La journée était avancée; l'armée républicaine s'arrêta et s'établit en avant d'Arcole. Le général Alvinzi, n’espérant plus de pouvoir forcer les Français, et inquiet du général Davidovitch, dont il n'avait pas reçu de nouvelles, se détermina à une retraite décidée, et le 18 au matin il fit prendre à ses troupes la direction de Montebello, dans le dessein de se lier avec son lieutenant par les gorges de la Brenta.

Dans cette mémorable action, les deux partis combattirent avec une gloire presque égale. La perte des Autrichiens fut estimée de huit à dix mille hommes, tués, blessés ou prisonniers. Celle des Français, qui ne fut jamais bien connue, a été beaucoup exagérée par ceux qui, la calculant d'après le nombre des généraux blessés, n'ont pas réfléchi que ces chefs avaient presque tous été victimes de leur héroïque dévouement sur le pont d'Arcole, lorsqu'il s'agissait de payer d'exemple pour faire affronter aux soldats une mort à peu près certaine. Outre les généraux blessés déjà nommés, le général Robert le fut dangereusement le dernier jour, lorsqu'il marchait sur Arcole avec la 75e; le général Gardanne le fut aussi dans la même journée, et l'adjudant-général Verdelin fut tué.

D'après les détails que nous venons de donner, le lecteur sera peut-être étonné de voir le général Bonaparte persister avec tant d'opiniâtreté à forcer le passage d'Arcole, lors qu'il eut connu la facilité avec laquelle le général Guyeux était parvenu à ce village en passant l'Adige à Albaredo. Un homme aussi habile que ce général dut sans doute avoir de puissants motifs pour en agir ainsi ; ne connaissant pas toutes les circonstances dans lesquelles il pouvait se trouver, nous ne porterons pas un jugement qui pourrait paraître hasardé, et nous imiterons la réserve de quelques gens habiles et du métier, qui n'ont point prononcé sur cette question délicate, même lorsqu'il n'y avait plus d'inconvénient pour eux à dire toutes leurs pensées.

Ce fut dans la nuit qui suivit la dernière journée d'Arcole qu'eut lieu le trait suivant, presque aussi célèbre que la bataille. Le général Bonaparte, infatigable encore après les plus grandes fatigues, parcourait les avants postes de son armée, s'assurant par lui-même de la vigilance de ses soldats sur les mouvements de l'ennemi. Il trouve une sentinelle que l'excès de la lassitude avait endormie ; il lui enlève son fusil avec précaution, et fait faction à sa place. A quelque temps de là le soldat s'éveille, et reconnaissant son général dans celui qui l'a ainsi désarmé, il s'écrie:« Je suis perdu! »  « Rassure-toi, » lui dit Bonaparte avec douceur, « après tant de fatigues, il peut-être permis à un brave tel que toi de succomber au sommeil; mais une autre fois, choisis mieux ton temps (3) »

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(1) Le colonel anglais Graham, envoyé comme observateur auprès des généraux autrichiens, dans deux volumes de rapsodies qu'il a qualifiées d'Histoire des campagnes d'Italie et d'Allemagne, affirme que l'armée française d'Italie était forte de soixante mille hommes. L'assertion de cet écrivain, aussi fastidieux que de mauvaise foi, est formellement contredite par tous les documents authentiques que nous avons sous les yeux.


(2) Le même qui depuis a parcouru une carrière si glorieuse en Égypte, en Allemagne, en Espagne, en Russie et en France; aujourd'hui lieutenant-général, comte et pair de France.


(3) Si nous eussions suivi la forme d'éphémérides dans la relation de la bataille d'Arcole, il nous eût fallu morceler cette action, qui, par cela même, eût perdu de son intérêt. Nous avons préféré la placer au jour qui décida la victoire, et à l'avenir nous suivrons la même marche.

Extrait de Éphémérides militaires depuis 1792 jusqu'en 1815, ou Anniversaires de la valeur française. Mai. par une société de militaires et de gens de lettres, 1818 Pillet aîné (Paris) 1818-1820. (par Albenas, Louis-Eugène d')
Nous avons modernisé l'orthographe et les noms des lieux, ainsi que quelques autres éléments trop datés de l'époque. Nous avons également fait quelques ajouts.

 


Arcole : rive droite de l'Alpone.

 

Face au pont, sur la rive droite de l’Alpone, obélisque érigé en 1810 qui commémore la victoire française sur l’armée autrichienne. Restauré par le Souvenir français en 1992.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le nouveau pont d'Arcole.

 

 

Via Nuova, à proximité de l’église, le musée consacré à la bataille d’Arcole a été installé dans une petite chapelle désaffectée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MUSEO
CHE ASSICURA E CUSTODICE
IN ARCOLE
LE MEMORIE DELL’EPOPEA NAPOLEONICA
RACCOLTE DALL’ARCH. GUSTAVO ALBERTO ANTONELLI
IN OPEROSI ANNI DI APPASSIONATA RICERCA
ET DA LUI DONATE
IL COMMUNE DI ARCOLE ISTITUI
NELL’ANNO MCMLXXXIV

Traduction : « Ce musée assure et conserve à Arcole la mémoire de l’épopée napoléonienne, recueillie par l’architecte Gustavo Alberto Antonelli pendant des laborieuses années de recherches passionnées. La commune d’Arcole le fonda en 1984. »

 


Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von 1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.

Suite 4. Deuxième offensive d'Alvinczi - Bataille de Rivoli

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