CAMPAGNE D'ITALIE 1796-1797

1e phase : 24 mars - 31 mai 1796 : Offensive de Bonaparte

A. Élimination du Piémont (24 mars-28 avril)
1. Le 9 avril 1796. Combat de Voltri
2. Les 11-12 avril 1796. Bataille de Montenotte
3. Les 13-14 avril 1796. Bataille de Millesimo / Cosseria
4. Le 15 avril 1796. Combat de Dego
5. Le 17 avril 1796. Combat de La Pedaggera : attaque de la gauche du camp retranché de Ceva
6. Le 20 avril 1796. Combat de Sant Michele di Mondovi
7. Le 22 avril 1796. Bataille de Mondovi
8. Le 24 avril 1796. Prise de Bène.
9.Le 25 avril 1796. Combat et prise de Cherasco.
10. Le 25 avril 1796. Prise de Fassano
11.Le 25 avril 1796. Prise d'Alba
12. Le 26 avril 1796. Proclamation de Bonaparte à son armée et aux peuples de l'Italie.
13. Le 28 avril 1796. Armistice de Cherasco conclu entre la République française et le Roi de Sardaigne.

 


1e phase : 24 mars - 31 mai 1796 : Offensive de Bonaparte

26 mars - 2 avril 1796

Il réside à Nice, au 2, rue Saint-François-de-Paule, dans le Palais Hongran. Une plaque mentionne qu'il logea au dernier étage.

 

 

EN CETTE MAISON
NAPOLéON BONAPARTE
COMMANDANT EN CHEF
DE L'ARMéE D'Italie
SéJOURNA
DU 26 MARS AU 2 AVRIL 1796

 

A. Élimination du Piémont

1. Combat de Voltri

9 avril 1796


2. Bataille de Montenotte

11-12 avril 1796 (22-23 germinal an IV) : Bataille de Montenotte


Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von 1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.

 
Montenotte Superiore : la route va d'ouest (extrême droite de l'image, vers Altare) en est ,Montenotte Superiore, centre gauche de l'image (voiture).
 

Après la bataille de Loano, au mois de novembre 1795, les armées françaises et austro-sardes avaient pris leurs .quartiers d'hiver. Aucune affaire importante n'eut lieu dans les Alpes pendant cette saison. L'approche du printemps annonçant l'ouverture 'd'une nouvelle campagne, les deux armées se préparèrent à de nouveaux combats. 

L'Autriche, décidée à porter de grands coups en Italie, augmenta son armée dans les Alpes de toutes les troupes dont elle put disposer, et la porta à quarante-cinq mille hommes, organisant de plus une réserve de trente-cinq mille hommes, qui devait appuyer cette première armée. 

Le général Beaulieu, quoique âgé de soixante- seize ans, fut nommé pour commander ces troupes, dont le général Devins quitta le commandement. Ce nouveau général avait une grande réputation militaire, que quelques actions d'éclat avaient su lui mériter 

A ses propres forces, l'Autriche joignit celles des princes d'Italie. Tous (excepté le grand-duc de Toscane, qui resta neutre) se liguèrent avec elle contre la France, et durent fournir leur contingent à l'armée alliée. Le roi de Sardaigne, dont le pays était le théâtre de la guerre, s’obligea à fournir cinquante mille hommes à la coalition. Toutes ces forces cependant n'étaient pas encore rassemblées, et Beaulieu, en prenant le commandement de son armée, put seulement disposer de soixante mille hommes. Fier de sa réputation et de son expérience, ayant sous ses ordres des troupes aguerries, bien équipées, ne manquant ni d'argent, ni de vivres-, ni de munitions, il lui sembla que chasser les Français des Alpes, et pénétrer en conquérant dans la Provence, était l'entreprise la plus facile à exécuter. 

Plein de cette douce illusion, il berça de ses espérances et son souverain et les princes d'Italie. Trente-quatre mille Français, manquant de vivres, d'argent, d'habits, presque de munitions, commandés par un jeune homme de vingt-six ans, allaient détruire la gloire et les projets de ce vieux général, dissoudre la coalition italienne, et porter un coup funeste à l'Autriche.

Au commencement de 1796, l'armée d'Italie, oubliée par le directoire, forte à peine de trente-quatre mille hommes, était dans le de-j nuement le plus absolu des choses de première nécessité.

La discipline la plus sévère ne pouvait plus suffire à réprimer les excès auxquels se portaient les soldats, poussés par la plus extrême misère; et cette armée, appelée à de si glorieuses destinées, qui devait faire tant de conquêtes, semblait alors insuffisante pour défendre le sol de la patrie.

Le directoire crut qu'en envoyant un nouveau chef à cette armée, il serait dispensé d'y envoyer de nouvelles troupes, des vivres et de l'argent. Là fortune le servit au-delà même de ses souhaits. Le siège de Toulon et la journée du 13 vendémiaire avaient mis en évidence le général de brigade Napoléon Bonaparte. Le directeur Barras, qui avait été à même d'apprécier les talents de ce jeune officier, le proposa à ses collègues pour remplacer le général Schérer dans le commandement de l'armée d'Italie. Quoique Bonaparte n'eut encore commandé qu'en qualité d'officier d'artillerie, la proposition de Barras fut accueillie et, à vingt-six ans, son protégé fut nommé général en chef:

Arrivé au quartier-général à Nice, le 20 mars 1796, il remédia d'abord, autant qu'il lui fut possible, aux désordres existant dans l'armée; il n'apportait ni vivres, ni argent, mis beaucoup de promesses. Il en fut prodigue, et parvint, par ses dehors simples et la popularité d'un général républicain, à gagner le cœur et la confiance de ses soldats. Le nouveau général parlait sans cesse de gloire et de patrie; ces mots, qui n'ont jamais manqué leur effet sur les Français, électrisaient son armée, malgré sa profonde misère. 

Certain de ses talents, plein de son génie, mais cherchant à ménager l'amour-propre blessé des généraux auxquels il allait commander, il parvint à s'attirer leur bienveillance, leur montrant la plus grande confiance: « Votre vieille expérience, leur disait-il, éclairera les conceptions de ma jeunesse, nourries depuis longtemps par l'étude. Je ne prétends qu'à être votre égal en patriotisme. Nous nous devons tous à la patrie. Nous devons tous, s'il le faut, mourir pour elle. » 

C'est en employant de semblables moyens que le jeune général remplit d'enthousiasme et de confiance en son chef l'armée qu'il allait commander.

Après s'être assuré des dispositions de son armée, il jeta les yeux devant lui.

Soixante mille hommes de bonnes troupes, commandés par un général célèbre, occupant tous les débouchés des Alpes ; tous les princes d'Italie levant un contingent de cent cinquante mille hommes pour joindre à l'armée autrichienne, et les peuples de cette même Italie, excités par les prêtres et les moines ; au moment de se lever en masse contre les Français, que le fanatisme et la superstition leur présentaient comme des sacrilèges et des brigands. Tel est le tableau qui se présenta à ses regards; un homme ordinaire en eût été effrayé, se fût estimé trop heureux de pouvoir tenir la défensive, et déjà eut songé à la retraite: Bonaparte s'élança à la conquête de l'Italie.

Les obstacles disparaissent, son ardente imagination s'exalte; il foule en conquérant le sol de l'Italie, de l'Autriche, et, poursuivant ses exploits, il touche déjà aux bornes du monde, qui depuis ne put le contenir. Le feu de son âme passe dans celle de ses soldats; électrisés par les paroles et les promesses de ce chef audacieux, ils partagent son enthousiasme, et, certains de la victoire, ils ne demandent plus que le combat. 

Bonaparte, habile à profiter de l'ardeur dont il vient d'enflammer son armée, reconnaît la position de son ennemi, et se dispose à l'attaquer. 

Le général Beaulieu, au même moment, disposait son armée pour commencer l'exécution de ses brillants projets. L'armée austro-sarde occupait par ses positions une ligne à peu près parallèle à la rivière de Gènes, et d'une immense étendue, débordant l'armée française par ses deux ailes. Sa gauche, appuyée au passage de la Bocchetta, se prolongeait vers Adorno, sur l'Orba. Le centre, commandé par les généraux Argenteau et Provera, occupait Sassello, Dego, Cosseria et Millesimo. Le général piémontais Colli, occupant le camp retranché de Ceva, poussant des postes jusqu'à Bagnasco et Muriatto, commandait l'aile droite. 

Le général autrichien avait aussi commis la faute de porter à ses deux ailes des forces trop considérables; par-là, il affaiblissait son centre, qui, en cas d'attaque par des forces supérieures, ne pouvait être promptement secouru dans un pays coupé par des montagnes fréquentes et difficiles. 

Le général Bonaparte s'aperçut bientôt de la position vicieuse de son ennemi, et, pour ne lui pas donner le  temps de s'en apercevoir, il porta la plus grande partie de ses forces vers le mont San Giocomo, entre Altare et Montenotte, et fit marcher la division Laharpe sur Voltri. 

Le général Beaulieu, qui voulait empêcher les Français d'arriver sur Gênes, s'imagine que toute leur armée se porte sur cette ville ; et, en conséquence, le 9 avril, il fait marcher sur Voltri dix mille hommes de sa gauche, commandés par les généraux Sebottendorf et Pittony. 

Le général Cervoni, avec trois mille hommes de la division Laharpe, défendait les positions de Voltri. Quoique attaqué par des forces triples, il se maintint- jusque bien avant dans la nuit, et ce ne fut qu'après avoir été tourné par sa gauche, qu'il se retira sur la Madona di Savone, où il rejoignit le général Laharpe. 

Beaulieu se repentit bientôt d'un succès qui n'était qu'un piège tendu par son jeune adversaire. 

Le 10 avril, pendant qu'il était de sa personne à Voltri, le canon se fait vivement entendre sur le centre de son armée; il vit alors clairement que, sa marche sur Voltri ayant isolé son centre, le général français en avait profité pour l'attaquer avec toutes ses forces. Il fait aussitôt porter des troupes sur le point d'attaque, y court de sa personne; mais il est trop tard, son ennemi l'a prévenu. 

 
Vue vers le sud à partir des positions du chef de brigade Rampon et de la 21e Demi-Brigade, qui deviendrait bientôt la lors de l'amalgame avec la 118e et 129e Demi-Brigade de Bataille en mai, la 32ème Demi-Brigade. Par temps clair, au SE, on peut voir la mer, comme sur le célèbre tableau de René Théodore Berthon.


Le chef de brigade Rampon défend la redoute de Monte-Legino contre les austro-sardes, près de Montenotte le 10 avril 1796, par René Théodore Berthon..

 

 
Vue vers le sud à partir des positions du colonel Rampon et de la 21e Demi-Brigade/32ème Demi-Brigade. On voit ici mieux d'où venaient les attaques autrichiennes. Le monument à Rampon et ses braves est plus bas dans la vallée.

D'après les ordres du général Beaulieu, le général Argenteau, avec dix mille hommes, s'était porté le 10 au malin sur les hauteurs qu'occupait la gauche de la division Laharpe. Il eut d'abord quelques succès, et enleva tous les avant-postes de l'armée française. Mais arrivé devant la redoute de Monte Legino, dernier retranchement de cette ligne, il fut reçu si vigoureusement, que son mouvement offensif s'arrêta tout-à-coup. Le colonel Rampon, commandant douze cents hommes, la défendait; il fit un feu si bien nourri sur les colonnes autrichiennes qui s'avançaient en masse, qu'il les obligea d'abord à reculer. Les généraux Argenteau et Rocavina se mettent à la tête de leurs troupes et les reportent sur la redoute. De longues files d'ennemis tombent sans cesse; mais les masses s'avancent toujours; elles arrivent au pied des retranchements. Attaqué par dix mille hommes, Rampon voit tout le danger qui le menace; mais électrisé par le danger même, il se tourne vers ses intrépides soldats, et s'écrie: « Mourons tous dans cette redoute. » Tous répètent d'une voix unanime et solennelle: « Mourons tous dans cette redoute. » 

Leurs munitions sont épuisées; ils ne peuvent plus répondre au feu des Autrichiens; mais leurs baïonnettes leur restent. Ils se pressent près des parapets et présentent un mur de fer à l'ennemi étonné. En vain les généraux autrichiens encouragent-ils leurs soldats de leur exemple; le mur de fer est impénétrable, et les brèches faites par le canon et la mousqueterie sont aussitôt fermées par un nouveau brave. Le combat se prolonge avec le même acharnement jusque bien avant dans la nuit; mais, enfin, fatigué de tant de résistance, l'ennemi se retire et prend position à quelque distance. 

Pendant que le colonel Rampon s'illustrait avec ses braves soldats, Bonaparte prend ses dispositions pour enlever le centre de l'armée austro-sarde. Le général Laharpe, qui s'était porté sur la redoute de Monte Legino pendant la nuit, eut ordre d'attaquer de front la position de l'ennemi, le lendemain Il avril, de concert avec les défenseurs de la redoute, de manière à masquer le mouvement du centre et de la gauche de l'armée française. 

Le 12, à la pointe du jour, la division Laharpe attaqua vivement le général Argenteau, qui, ayant une revanche à prendre, se défendit avec opiniâtreté. Pendant ce  temps, le général Augereau, à notre gauche, se porta sur Cairo par Montefredo, et le général Massena, d'Altare se porta sur Bric-de-Menau et sur Castellazo, culbutant au pas de charge tous les corps autrichiens qu'il rencontra; il prit ainsi en flanc et à dos tout le corps d'Argenteau, et arriva à Montenotte-Inferiore. Ce général, informé du mouvement de Massena, voulut secourir ses postes laissés au Bric-de- Menau et dans la vallée de Feraria. Dans ce dessein, il se porta vers ces deux points, laissant un corps de troupes pour contenir le général Laharpe; mais il n'était plus  temps, Massena avait tout enlevé et tout dispersé. Argenteau ne croyant pas son ennemi si près, va se heurter contre lui. Le combat fut de courte durée. Assaillis avec impétuosité, les Autrichiens plient, les généraux Argenteau et Rocavina sont blessés; dès-lors la déroute est complète, et Massena les poursuit l'épée aux reins jusqu'à Olego. Pendant ce  temps, le général Laharpe battait et dispersait le corps que le général Argenteau avait laissé devant lui. Ainsi l'armée austro-sarde, coupée par son centre, est obligée d'agir désormais isolément. Quinze cents ennemis laissés sur le champ de bataille, deux mille cinq cents prisonniers et plusieurs drapeaux furent les résultats de cette journée, qui ouvrit brillamment une campagne si féconde en victoires.

3. Bataille de Millesimo / Cosseria

13 avril 1796 : bataille de Millesimo

 
Vue sur Millesimo vers le nord, avec une Bormida particulièrement basse.


 Vue sur le vieux pont, à partir des positions sardes, les Français venant vers l'objectif.

 
Vue accompagnant le mouvement des Français.

Le 13 avril, vers 3 heures, les Français opèrent l'encerclement des positions de Provera par un mouvement fulgurant : Banel, de Biestro, attaque les avant-postes piémontais.
Il fait descendre sur Millesimo le 3e bataillon de la 39e demi-brigade qui franchit la rivière Bormida par le pont de Millesimo, coupant du même coup les communications entre les Piémontais.

 

Le général Beaulieu, malgré toute son activité, n'avait pu encore réunir en masse toute son aile gauche, dispersée dans les journées du 11 et du 13 avril. Obligé de morceler ses attaques, il ne pouvait espérer d'obtenir de succès décisif contre les Français, qui l'attaquaient avec toutes leurs forces.

Pour diminuer le danger qui le menaçait, le général Autrichien avait porté son quartier-général à Acqui, sur la Bormida, et faisait marcher sur Dego et les positions environnantes, toutes les troupes dont il pouvait disposer.

Le général Argenteau, avec un corps considérable, occupait la forte position de Dego, et devait y tenir jusqu'à la dernière extrémité. Les Autrichiens  occupaient encore Mioglio et Sasselo, ayant leur réserve entre Dego et Acqui. Enfin, le général Vukassowitch reçut aussi l'ordre de se porter sur Dego par Montefaïale et Sasselo.

Le général Colli, commandant les troupes sardes, qui formaient l'aile droite de l'armée alliée, tenu en échec par le général Serrurier, commandant notre gauche n'avait pris aucune part aux combats qui s'étaient livrés les jours précédons, et occupait toujours le camp retranché de Ceva, ayant ses avant-postes à Monte-Zemolo et à Cencio.

Connaissant la position du général Provera à Cosseria, il résolut de le dégager. En conséquence, le corps piémontais, placé à Cencio, se porta le 14 au matin sur le centre de l'armée française; mais, repoussé vigoureusement par le général Ménard, il renonça à son projet, et reprit sa première position.

Après s'être encore défendu jusqu'à une heure après midi, le général Provera n'espérant plus être secouru, et manquant de vivres, se rendit prisonnier au général Augereau, avec ses quinze cents grenadiers.

Nous avons vu quelle était au 13 la position de l'armée française; le général Laharpe ayant passé sur la rive gauche de la Bormida, à Cencio, descendit le cours de cette rivière jusqu'à Cagna; et, débordant ainsi les positions de Dego par leur droite, il poussa des reconnaissances jusque près de Spigno. Divisant alors en trois colonnes ses troupes, qui .avaient été augmentées de celles du général Ménard, il passa la Bormida sous le feu de l'ennemi, ayant de l'eau jusqu'au milieu du corps. Les deux colonnes, commandées par les généraux Causse et Cervoni, attaquent de front les Autrichiens, tandis que l'adjudant-général Boyer (1), manœuvrant sur les derrières de la ligne ennemie, et tournant ses positions, cherche à lui couper la retraite.

Cette belle manœuvre du général Laharpe eut tout le succès qu'en attendait le général en chef.

Attaqué vivement dans sa position de Dego, le général Argenteau se défend courageusement, et appelle ses réserves à son secours; mais déjà il ne se bat plus pour la victoire; il sent que la retraite est nécessaire, et qu'elle sera périlleuse. Ses troupes, ébranlées parle choc impétueux des Français, commençaient à plier, lorsque le général Massena, ayant percé la gauche des Autrichiens, tombe sur leurs positions de Dego. Pris de front, à revers et par son flanc gauche, l'ennemi cherche son salut dans la fuite. En vain le général Argenteau veut rallier les fuyards sur ses réserves, qui arrivent; elles sont elles-mêmes enfoncées, et leur complète déroute assure la victoire aux Français. Quatre mille Autrichiens mettent bas les armes; on leur enlève vingt pièces de canon, et le général Laharpe, se mettant lui-même à la tête de quelques escadrons de cavalerie, poursuit et sabre, jusqu'à trois lieues de là, les débris de cette armée, qui se retirent à Acqui.

(1) Plus tard lieutenant-général.

Vue du nord vers le sud, sur le vieux pont.

 

 

 

 

13 avril 1796

 Le général Bonaparte établit ses quartiers dans l’actuel hôtel de ville.

On y trouve cette plaque
NELLA SALA CONSILIARE, OLTRE A PREGEVOLI ARMATURE, SI TROVA L’ALTARE SU CUI CELEBRO’MESSA PAPA PIO PIE VII, PRIGIONIERO DI NAPOLEONE IL 17 AGOSTO 1809. IN UNA SALA, AL PIANO SUPERIORE, PERNOTTO’NAPOLEONE BONAPARTE AL TERMINE DELLA BATTAGLIA DI MILLESIMO DEL 13-14 APRILE 1796.

 « Dans la salle du conseil, outre les armures de valeur, se trouve l’autel sur lequel le pape Pie VII, prisonnier de Napoléon célébra la messe le 17 août 1809. Dans une salle, à l’étage supérieur, Napoléon Bonaparte passa la nuit du 13 au 14 avril 1796 au terme de la bataille de Millesimo. »

Selon le Tulard-Garros, Bonaparte logea à Carcare du 12 au soir au 17 au matin. Ce n'est que le 17 qu'il porte son QG à Millesimo. Il y est encore le 18, mais le soir de ce jour, il couche déjà à Salicete.

 

 

La chambre occupée par Bonaparte à Millesimo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


13 - 14 avril 1796 : combats au château de Cosseria

Pour que le succès de la bataille de Montenotte fût décisif, il fallait empêcher que le général Beaulieu pût rétablir ses communications avec l'aile droite de son armée. Le général Bonaparte, qui alors savait profiter de l’occasion, ne perdit pas un instant, et, manœuvrant toujours entre les deux ailes isolées de l'armée ennemie, il porta sa gauche sur Millesimo, son centre sur Cairo, lançant en pointe le général Massena sur Dego. Il ordonna au général Laharpe de se porter sur Bassello, d'y faire une fausse attaque, et de revenir rapidement, pendant la nuit, vers Cairo.

Le général autrichien, sentant de quelle Piémont importance il était pour lui de réparer sa faute, portait tout l'effort de son aile gauche sur le village de Dego; il voulait d'ailleurs, par ce mouvement, dégager le général Provera qui, n'ayant pris aucune part à la bataille de Montenotte, était resté en position près de Cosseria, et se trouvait compromis par le voisinage des Français. L'impétuosité de son jeune rival devait encore faire avorter ses projets.

Le 13 avril, à la pointe du jour, chaque corps de l'armée française exécute les manœuvres ordonnées par son chef; le général Augereau force les gorges de Millesimo, et tourne la droite du général Provera, commandant quinze cents grenadiers autrichiens; les généraux Joubert et Ménard tournent par la gauche la position occupée par ce général, et l'enveloppent. Sommé de se rendre, il fond à la baïonnette sur les Français, s'ouvre un passage, et se retire sur le sommet de la montagne de Cosseria, où se trouvent les ruines d'un vieux château.

Retranché dans ce nouveau fort, c'est en vain que le général Augereau le fait canonner vivement, c'est en vain qu'il lui fait proposer une capitulation; Provera reste toujours maître de sa position, et s'y défend courageusement.

La nuit s'avançait: le général Augereau, craignant que Provera ne lui échappât à la faveur de la nuit, résolut de le forcer en prenant d'assaut le château de Cosseria. Il forme quatre colonnes d'attaque, en donne le commandement aux généraux Joubert et Bunel, à l'adjudant-général Guénin, et les fait marcher par quatre points différends.

Le général Joubert arrive le premier, suivi de sept hommes, sur les ruines du château; mais, atteint d'une balle à la tête, il tombe; ses soldats le croient mort, et rétrogradent. Le général Bunel s'avançait à la tête de sa colonne, et atteignait les retranchements, lorsqu'il est tué. L'adjudant-général Guénin a le même sort. Les troupes hésitent; et le général Augereau, ne voulant pas continuer l'attaque pendant la nuit, fait retirer ses troupes. Cependant il prit toutes les précautions possibles pour empêcher le général Provera de s'échapper, remettant au lendemain des attaques plus décisives.


Vue à partir de  la vallée vers le mont. Au centre droit de l'image, on distingue les ruines.

Les 13 (jour de la bataille de Millesimo) et 14 avril (jour de la bataille de Dego) eurent lieu des combats au château de Cosseria.  Le général Joubert tenta de s'emparer des ruines du château de Cosseria, défendues par le général Provera et, plus particulièrement par le colonel Del Carretto commandant les régiments Montferrato, Marina et Susa. On trouve plusieurs plaques sur les ruines du château.

 
Vue à partir du château, vers la vallée.


Vue à partir du château.

 
Vue sur la plateforme et les ruines du château.

4. Bataille de Dego

15 avril 1796 : combat de Dego

 
Vue sur le village martyr de Dego au sommet de la colline. L'église est à gauche, la tour du château à droite (invisible sur la photo).

Nous venons de voir le général Laharpe, emporté par son ardeur, s'éloigner du gros de l'armée, et poursuivre au loin l'ennemi vaincu; cet excès de valeur devait lui devenir funeste, en compromettant les troupes confiées à son commandement.

Dans la nuit qui suivit cette journée, le général Vukassowitch arriva en vue de Dego; retarde dans sa marche sur Sasselo par les difficultés des chemins, il n'avait pu secourir à tems le général Argenteau.

Le 15, à la pointe du jour, ayant fait reconnaître la division Laharpe, il s'aperçut que, confiante en ses succès de la veille, elle était par trop disséminée, et se gardait mal. Mettant aussitôt cette imprudence à profit, il tombe sur elle à l'improviste, et la met d'abord dans le plus grand désordre. Les Français, oubliant qu'ils sont vainqueurs, s'épouvantent de cette attaque inopinée, et fuient vers Dego. Vukassovitch profite de ce premier succès; il les poursuit vivement, et, après une courte résistance, il s'empare du village et des positions occupées par son ennemi ; les fuyards s'arrêtent enfin, et se rallient au général Massena, qui arrivait pour les secourir.

Trois fois attaqués par les Français, les Autrichiens les repoussent trois fois. Le brave général Causse, qui ramenait au combat la 99e demi-brigade, tombe blessé à mort. Au même instant, Bonaparte arrivait. Causse l'aperçoit: Dego est-il pris ?Les positions sont à nous, répond le général en chef. En ce cas, ajoute Causse, je meurs content ; vive la République!

Il s'en fallait, cependant, que le combat fût à notre avantage; on se battait depuis le commencement du jour; il était une heure après midi, et partout nous étions repoussés. Bonaparte se met lui-même à la tête de la 99e demi-brigade, et de la 89e, commandée par le général Victor, et se porte sur le centre de l'ennemi. L'adjudant-général Lanusse, avec la 8e légère, marche sur les positions de gauche et les enlève. L'heureuse réussite de ces deux attaques force Vukassovitch à se retirer, et les Français s'emparent encore une fois de Dego. Dès ce moment, la retraite de ce corps ennemi n'est plus qu'une déroute semblable à celle qu'avait essuyée, la veille, le général Argenteau. L'adjudant-général Vignolles (1), à la tête d'un escadron du 25e de chasseurs à cheval, le poursuit à outrance, et, par un trait d'audace extraordinaire, il traverse toute la colonne autrichienne, arrive jusqu'à sa tête, et délivre six cents Français que Vukassovitch avait pris le matin de l'action. Cinq mille Autrichiens mettent bas les armes, et le reste dispersé fuit, s'échappe dans les montagnes, et se sauve vers Acqui.              

Pendant que notre droite écrasait les Autrichiens , le général Augereau, après la reddition du général Provera, s'était porté sur Monte-Zemolo, afin d'obliger les Piémontais à se retirer à Ceva, sur le Tanaro, et par là de les isoler tout à fait des Autrichiens , qui étaient en retraite, par Acqui, sur l'Orba. Le général Rusca, appuyant son mouvement, avait emporté la position de San Giovanni, et dominant ainsi les vallées du Tanaro et de la Bormida, établissait nos communications avec notre gauche, qui, souples ordres du général Serrurier, s'était portée sur Ceva, et occupait les hauteurs de Batifolo et de Noceto, sur les deux rives du Tanaro.

La reprise de Dego et la fuite de l'armée autrichienne terminèrent cette série de combats livrés, pendant six jours, sur dix points différents, et qui, par leur résultat, leur ensemble, pourraient être considérés comme une seule et même bataille. L'armée alliée perdit, dans ces diverses actions, trente pièces de canon et vingt mille hommes tués ou prisonniers, parmi lesquels un grand nombre d'officiers. Les succès obtenus par l'armée française ne lui firent pas éprouver de perte considérable. Les généraux Bunel et Causse et les chefs de brigade Guénin, Dupuis et Rondeau, furent les seuls officiers de marque que nous eûmes à regretter.

Le général Beaulieu, totalement séparé des Piémontais, qu'il abandonnait sur le Tanaro, se retira vers Tortone, par Acqui et. Gavi, allant au-devant des «secours que lui envoyaient le pape et le roi de Naples. Par ce mouvement rétrograde, il laissait tout le pays de Gênes au pouvoir des Français, qui, n'ayant plus d'inquiétude pour leur droite, allaient tomber avec toutes leurs forces sur le général Colli ; dès-lors la défaite de ce général n'était plus douteuse, et l'armée française, maîtresse du Piémont, n'éprouvant plus d'obstacles, allait se précipiter sur l'Italie.

(1) Plus tard lieutenant-général.

 
5. Combat de Pedaggera : attaque de la gauche du camp retranché de Ceva
17 avril 1796 : bataille de Ceva

PRISE DU CAMP RETRANCHÉ ET DE LA VILLE DE CEVA.

Bonaparte, vainqueur des Autrichiens, fit un mouvement sur sa gauche et marcha aux Piémontais, qui occupaient le camp retranché sous Ceva, et les positions qui en défendaient les approches. Toute la journée du 16, on se battit avec vigueur autour des lignes ennemies ; mais, enfin, le général Colli, tourné déjà par sa gauche vers Castellino, et prêt à être forcé sur son front, passa le Tanaro à la chute du jour, et fit sa retraite sur Mondovi, en abandonnant la ville de Ceva. Une garnison de huit cents Piémontais se retira dans la citadelle, qui, quelques jours après, fut remise aux Français.

 


6. Combats de Saint-Michel di Mondovi
20 avril 1796 : combat de San Michele di Mondovi

 
Après la prise du camp retranché de Ceva, les Piémontais, se retirant sur Mondovi, résistèrent toute la journée du 19 au général Serrurier, qui les attaquait dans leur position de Saint-Michel, sur la Corsaglia. A l'époque, le pont était un peu sur la droite.


7. Bataille de Mondovi
22 avril 1796 : bataille de Mondovi

 
Une vue sur la ville, à partir des positions françaises.


On voit également la ville, plus ou moins sous le même angle, sur ce tableau.

 

 

Rassuré sur sa droite, et poursuivant ses succès, Bonaparte avait le projet de forcer le général Colli, commandant l'armée piémontaise , à un engagement général; mais celui-ci, craignant le sort de Beaulieu , se retirait sans cesse devant nos troupes, se défendant vivement contre notre avant-garde, lorsque le terrain le favorisait, et ne cédait que lorsqu'il était menacé par toutes nos forces; ayant déjà abandonné son camp et ses positions de Ceva, il se retira sur Mondovi, et voulut tenir; mais tourné par le général Guyeux par sa gauche, et attaqué de front par le général Serrurier, il fuit en désordre sur la Stura et Fossano, abandonnant la ville et la citadelle de Mondovi ; treize cents prisonniers, parmi lesquels trois généraux et quatre colonels, vingt-un drapeaux et huit pièces de canon, restèrent en notre pouvoir.

 
Le général Bonaparte s'est tenu un temps ici (Brichetto), pendant la bataille.

 
Vue sur une partie du champ de bataille, à partir de la ville haute.

 


8. Le 24 avril 1796. Prise de Bène.

Le général Serrurier, poursuivant les Piémontais sur Cherasco, s'en empare.


9. Le 25 avril 1796. Combat et prise de Cherasco.

Bonaparte, poursuivant les Piémontais, charge Massena d'attaquer Cherasco. Massena s'en empare, prend vingt-huit pièces de canon et des magasins considérables.


10. Le 25 avril 1796. Prise de Fassano
par le général Serrurier.  


11. Le 25 avril 1796. Prise d'Alba
par le général Augereau.


La cathédrale d'Alba.

12. Le 26 avril 1796. Proclamation de Bonaparte à son armée et aux peuples de l'Italie.

Bonaparte, après quinze jours de campagne, se voyait maître du Piémont et libre de pénétrer en Italie, objet de tous ses vœux et but de tous ses travaux.

Dès le 23, des propositions de paix lui avaient été faites par la cour de Turin, dont il n'était plus qu'à neuf lieues, et tout annonçait que le roi de Sardaigne allait l'acheter à quelque prix que ce fût. Beaulieu fuyait vers le Pd, et paraissait ne vouloir s'arrêter que derrière ce fleuve; l'armée française était ivre de gloire, et, dans son aventureuse audace, faisait un délassement de ses combats,

Cependant Bonaparte, qui, dans la suite, relâcha imprudemment les liens de la discipline, sentit ici qu'il avait besoin de toute la sévérité de ses lois pour que les succès de sa victorieuse armée ne lui devinssent pas funestes à elle-même. Cette armée, réduite, après les divers combats qu'elle venait de livrer, à trente mille hommes, allait se trouver dans un pays immense, et sans cesse entourée de nations toujours prêtes à devenir ennemies Il fallait donc que, par une discipline sévère elle devînt plus redoutable encore, et parvînt à se concilier l'estime et la confiance des peuples d'Italie.

Déjà, par son caractère et ses manières, il avait mis plus de régularité, plus de subordination dans son armée. Des jugements sévères, en faisant connaître son inflexibilité 7 avaient produit un effet salutaire sur des soldats qui croyaient tout excuser par la victoire (1). Inexorable lorsque son armée supportait toutes les privations, il le devint davantage encore lorsqu'elle se trouva dans l'abondance.


La proclamation de Bonaparte à ses troupes vue par JOB.

Au milieu du pays le plus beau et le plus riche de la terre, Bonaparte ayant passé le Tanaro et réuni son armée en avant de la ville à soutenir son enthousiasme, à lui dicter ses devoirs, et à rassurer les peuples d'Italie.

Soldats (2),
Vous avez, en quinze jours, remporté six victoires, pris vingt-un drapeaux, cinquante-cinq pièces de canon, plusieurs places fortes, conquis la partie la plus riche du Piémont; vous avez fait quinze cents prisonniers.
Vous vous êtes battus, Jusqu'ici, dans des rochers stériles, illustrés par votre courage, mais inutiles à la patrie. Vous avez égalé aujourd'hui, par vos services, l'armée conquérante de Hollande et du Rhin. Dénués de tout, vous avez suppléé à tout; vous avez gagné des batailles sans canons, passé des rivières sans ponts, fait  des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans pain. Les phalanges républicaines, Les soldats de la liberté étaient seuls capables de supporter de pareilles fatigues, grâces vous soient rendues, soldats.
Les deux armées qui naguère vous attaquaient, fuient épouvantées devant vous. Les hommes pervers qui riaient de votre misère, se réjouissaient dans leur pensées du triomphe de vos ennemis, sont confondus et tremblants.
Mais, soldats, il ne faut pas vous le dissimuler, vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste encore à faire. Ni Turin, ni Milan ne sont à vous. Les cendres des vainqueurs des Tarquin sont encore foulées par les assassins de Basseville. (3)
Dénués de tout en commençant la campagne, aujourd'hui vous êtes dans l'abondance. Les magasins pris à vos ennemis sont nombreux. L'artillerie Se siège et de campagne est arrivée. Soldats, la patrie attend de vous de grandes choses, vous justifierez son attente. Les plus grands obstacles sont franchis, sans doute, mais vous avez encore des combats à livrer, des villes à prendre, des rivières à passer. En est-il d'entre vous dont le courage s'amollisse? Non, il n'en est pas parmi les vainqueurs de Montenotte, de Millesimo, de Dego et de Mondovi; tous brûlent de porter au loin la gloire du peuple Français, tous veulent humilier ces rois orgueilleux qui osent méditer de nous donner des fers, tous veulent dicter une paix glorieuse, et, rentrant dans leurs villages, pouvoir dire avec fierté: « 
J'étais de l'armée conquérante de l'Italie. »
Amis! Je vous la promets cette conquête; mais il est une condition qu'il faut jurer de remplir; c'est de respecter les peuples que vous délivrez, c'est de réprimer les pillages horribles auxquels se portent des scélérats suscités par vos ennemis; sans cela, vous ne seriez point les libérateurs des peuples, vous en seriez les fléaux, et le peuple Français vous désavouerait. Vos victoires, votre courage, vos succès, le sang de vos frères morts aux combats, tout serait perdu, même l'honneur et la gloire. Quant à moi et aux généraux qui ont votre confiance, nous rougirions de commander à une armée sans discipline, sans frein, qui ne connaîtrait de loi que la force. Mais investi de l'autorité de la nation, fort de la justice et par la loi, je saurai faire respecter à ce petit nombre d'hommes sans courage et sans cœur, les lois de l'humanité et de l'honneur qu'ils foulent aux pieds. Je ne souffrirai pas que des brigands souillent vos lauriers.
Peuples de l'Italie, l'armée française vient pour rompre vos chaînes! Le peuple Français est l'ami de tous les peuples. Venez avec confiance au-devant d'elle. Vos propriétés, votre religion et vos usages seront respectés. Nous ferons la guerre en ennemis généreux, et nous n'en voulons qu'aux tyrans qui vous asservissent.


(1) Le nommé Latouche, sapeur au 5e bataillon, fut condamné à être fusillé et exécuté pour crime de maraude. Avant de mourir, il écrivit la lettre ci-après à ses camarades. Nous la rapportons pour faire voir quel était l'esprit de cette armée. « Vous voyez, mes camarades, à quel sort je suis réduit ! Et toi, commandant du détachement, si tu m'eusses déjà défendu d'aller à la maraude, je ne serais pas exposé à la mort que je vais subir. Adieu, mes camarades, adieu, Latouche, les larmes aux yeux, ne regrette, en quittant la vie, que de ne pas mourir en défendant sa patrie, et ne se console que dans l'espoir que sa mort servira d'exemple à ses défenseurs. »


(2) Chacun sait que Bonaparte fut le premier général républicain qui se servit de cette dénomination; jusqu'alors, les autres généraux ne s'étaient servi que de celle de citoyens ou de camarades. 

(3) Ambassadeur de France à la cour de Rome, assassiné dans cette ville lors d'une insurrection. 


13. Le 28 avril 1796. Armistice de Cherasco conclu entre la République française et le Roi de Sardaigne.

Cherasco, l'ancien palais Salmatoris. Ici a été signé, le 28 avril 1796 l’armistice de Cherasco entre la France et la Sardaigne. Cet armistice fut suivi du traité signé à Paris le 3 juin 1796 et qui donnait notamment à la FranceNice et la Savoie.
 Bonaparte y séjourna du 26 au 29 avril 1796. (Via Vittorio Emanuele II, 29)

DANS CE PALAIS
DU COMTE SALMATORIS
LE 28 AVRIL 1796
LE GENERAL
NAPOLEON BONAPARTE
SIGNA
AVEC LES PLENIPOTENTIAIRES
DE VICTOR AMEDEE III
L’ARMISTICE DE CHERASCO
CE FUT LE COMMENCEMENT
D’UNE NOUVELLE ITALIE
ET D’UNE NOUVELLE EUROPE
LE SOUVENIR NAPOLEONIEN
CHERASCO, 30 APRILE 2011

Les ouvertures d'accommodement faites par le général Colli, commandant l'armée piémontaise, au général français, après la bataille de Mondovi, avait été accueillies favorablement par les vainqueurs. Il importait à Bonaparte, pour ses projets sur l'Italie, que le roi de Sardaigne fût plutôt l'allié que l'ennemi de la France. En conséquence il demanda, pour condition préliminaire, que deux des trois forteresses de Coni, Tortone et Alexandrie, lui fussent remises dans l'état où elles se trouvaient, promettant d'arrêter ses conquêtes en Piémont jusqu'à la conclusion des négociations qui allaient s'ouvrir.

Le roi de Sardaigne, effrayé de l'esprit révolutionnaire qui s'était manifesté dans ses États et jusque dans sa capitale; plus effrayé encore du voisinage de l'armée française, qui le glaçait de terreur, consentit avec empressement aux conditions proposées, et, le 28 avril, l'armistice fut signé. La forteresse de Coni fut livrée aux Français le 29, ainsi que l'ordre pour prendre possession de celle de Tortone, qui cependant ne fut occupée que le 9 mai suivant. La citadelle de Ceva se rendit également le 29 aux troupes qui la bloquaient depuis la prise du camp retranché devant cette place. Alexandrie, en attendant que Tortone pût être remise, fut aussi livrée aux Français, et enfin des plénipotentiaires par tirent aussitôt pour Paris, afin d'y traiter dé la paix avec le Directoire.

Toutes les places remises aux Français furent trouvées par eux abondamment approvisionnées de munitions de guerre et de bouche, et garnies d'une nombreuse artillerie; ainsi la guerre nourrissait la guerre, et les succès fournissaient les moyens de s'en procurer de nouveaux. Dès le lendemain de la conclusion de l'armistice, l'armée française se porta sur le Pô, et se prépara à passer ce fleuve.

Suite : B. Manœuvre de Lodi (29 avril - 10 mai)

Textes extraits de Éphémérides militaires depuis 1792 jusqu'en 1815, ou Anniversaires de la valeur française. Avril. par une société de militaires et de gens de lettres, 1818 Pillet aîné (Paris) 1818-1820. (par Albenas, Louis-Eugène d')
Nous avons modernisé l'orthographe et les noms des lieux, ainsi que quelques autres éléments trop datés de l'époque. Nous avons également fait quelques ajouts.

 

Autres cartes : An, Campagnes de 1796 et 1797 en Italie et en Allemagne, Librairie Militaire C. Muquardt, Bruxelles, 1889.

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