Charles-Pierre-François AUGEREAU

(Paris 1757-1804-1816 La Houssaye-en-Brie (Seine-et-Marne) )

Maréchal de l'Empire
duc de Castiglione

 

Charles Augereau est né à Paris en 1757. Il offre cette particularité, sans doute unique parmi les maréchaux de Napoléon, d'avoir servi dans l'armée prussienne (contre la Turquie et l'Autriche). Le reste de sa carrière prérévolutionnaire n'est pas plus facile à retracer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Augereau en Adjudant-Major de la Légion germanique en 1792,
par C. Thévenin.

I. - L'HOMME ET SON CARACTÈRE1

Voici un type remarquable d'aventurier heureux.
Augereau est de ces hommes sans scrupules, sans morale, sans probité, mais riches de moyens, imposants d'aspect, respectables par leur audace et leur force, à qui la vie n'offre que deux éventualités : le pinacle ou l'échafaud.
Après avoir côtoyé de bien près celui-ci, et non pas seulement pour ces raisons politiques qui faisaient alors de n'importe qui un condamné, ce fut à celui-là qu'il parvint.
Il était grand, bien découplé, large d'épaules et fort en muscles; il savait cambrer le torse, tendre le jarret et dresser la tête à souhait. Son visage, plus rusé que fin, plus hautain que noble, exprimait plus de cynisme que d'assurance, et pourtant les honneurs et le succès finirent par lui donner l'air de toutes les vertus, dont il ne montrait d'abord qu'une caricature adoucie.
Son caractère, par une conséquence logique, eut le même destin. Arrêté au moment où il semblait devoir descendre, par chutes successives, jusqu'aux derniers degrés de la bassesse et de l'infamie, il se reprit sans se relever tout à fait, maintenu plutôt par les apparences et l'éclat d'un rang inespéré que par la réalité d'un amendement d'ailleurs bien peu vraisemblable.
Sa dignité de maréchal lui permit du moins de n'encourir que les qualificatifs vagues et mitigés de déprédateur, de concussionnaire et d'ingrat, dans des actions dont l'auteur, placé moins haut, eût été justement qualifié de voleur et de traître.
Bien loin, d'ailleurs, de lui donner sa grandeur comme excuse, il ne fautpas hésiter à en accroître sa responsabilité et à flétrir comme elles le méritent ses rapines effrénées et ses indignes palinodies.
Car il fut d'une avidité sans égale, acceptant, demandant, exigeant de toutes mains selon l'occasion, ruinant les villes et les individus, accaparant avec effronterie tout ce qui, en honneurs ou en argent, apparaissait de quelque profit. On juge par là de ce que dut être sa reconnaissance pour l'empereur vaincu. Il l'abandonna sans même tenter de colorer sa défection. Le vieux républicain militant se mit aux pieds de Louis XVIII; puis, étonné par le retour de fortune de 1815, il se prosterna devant Napoléon, qui repoussa ses avances avec dégoût; enfin le roi lui-même, après Waterloo, dédaigna les courbettes de sa troisième trahison. Ce fut le dernier coup pour Augereau, mis ainsi dans l'obligation de vivre à l'écart, loin des bénéfices du pouvoir et des affaires fructueuses.
L'Histoire lui sera d'autant plus sévère que sa carrière de soldat, souvent heureuse, mais sans utilité et sans persévérance, est loin de contrebalancer de semblables griefs.
 

II. — SON ORIGINE ET SA JEUNESSE

La seule excuse valable aux vices d'Augereau est moins sa modeste naissance que la triste éducation qui en fut la conséquence. Il naquit à Paris, rue Mouffetard, le 21 octobre 1757, d'un père maçon (d'autres disent ouvrier tanneur) et d'une mère marchande des quatre-saisons. Le pauvre ménage habitait une masure du faubourg Saint-Marceau, et le jeune Pierre-François-Charles, dont les. parents travaillaient tout le jour, se trouva abandonné à lui-même et réduit à trouver dans la rue une règle de conduite et des principes.
Vicieux, querelleur, sans but ni occupation, il s'engagea de bonne heure au régiment de Bourgogne-cavalerie, d'où sa conduite le fit bientôt renvoyer. Mais sa belle taille et son désœuvrement le signalèrent de nouveau à l'attention des racoleurs. Le marquis de Pozanne, colonel des carabiniers, recherchait partout les beaux hommes, On le lui amena, et il recueillit sans autre information. Le marquis fut en cela mal inspiré, car un des premiers actes du carabinier Augereau fut de s'enfuir avec ses chevaux qu'il alla vendre en Suisse: comme il n'eût pas été prudent de rentrer en France après un tel exploit, il se fit maître d'armes au Locle, d'où bientôt, pris par l'ennui, il partit pour Naples et s'engagea dans les troupes napolitaines, où il devint sergent.

Il épouse en premières noces, Joséphine-Marie-Marguerite-Gabrielle Grach ou Jrach (1766-1806) à Naples en 1788.

Mais, toujours inquiet, il abandonna de nouveau le métier et rouvrit, à Naples même, une salle d'armes qui eut assez de succès grâce à la protection du baron de Talleyrand, ambassadeur de France. On doit dire, à la louange d'Augereau, qu'il n'oublia jamais les bons offices du baron et fit dans la suite tout ce qu'il put pour le lui témoigner.
Cependant la Révolution française était commencée. Augereau, qui en avait ouvertement approuvé les principes, fut contraint de quitter Naples. De retour en France, il s'enrôla parmi les volontaires. Intelligent, intrépide, jacobin exalté, il acquit aisément, dans son corps, une influence due autant à son courage qu'à ses opinions.
Ce fut en Vendée qu'il alla d'abord et d'où il rapporta le grade de chef de bataillon. Devenu peu après adjudant-général, il passa à l'armée des Pyrénées, sous Dugommier, se distingua à la prise de Bellegarde, au blocus de Figuières, et parvint, en 1794,, au grade de général de division.
De là, il passe en Italie, en 1795, avec un : corps de douze mille hommes, concourt à la victoire de Loano, emporte, en 1796, après une marche forcée, les gorges sauvages de Millésimo, enveloppe les Autrichiens commandés par Provera et les oblige à capituler.

Lors de la campagne de 1796-97 en Italie, il s'illustre à la bataille de Montenotte...

11-12 avril 1796 (22-23 germinal an IV) : Bataille de Montenotte

 
Montenotte Superiore : la route va d'ouest (extrême droite de l'image, vers Altare) en est ,Montenotte Superiore, centre gauche de l'image (voiture).

...et à la bataille de Millesimo

13 avril 1796 : bataille de Millesimo

 
Vue sur Millesimo vers le nord, avec une Bormida particulièrement basse.

 
Vue accompagnant le mouvement des Français.

Le 13 avril, vers 3 heures, les Français opèrent l'encerclement des positions de Provera par un mouvement fulgurant : Banel, de Biestro, attaque les avant-postes piémontais.
Il fait descendre sur Millesimo le 3e bataillon de la 39e demi-brigade qui franchit la rivière Bormida par le pont de Millesimo, coupant du même coup les communications entre les Piémontais.

 

puis lors de la prise du château de Cosseria le 14 avril

13 - 14 avril 1796 : combats au château de Cosseria


Vue à partir de  la vallée vers le mont. Au centre droit de l'image, on distingue les ruines du château de Cosseria.

Les 13 (jour de la bataille de Millesimo) et 14 avril (jour de la bataille de Dego) eurent lieu des combats au château de Cosseria.  Le général Joubert tenta de s'emparer des ruines du château de Cosseria, défendues par le général Provera et, plus particulièrement par le colonel Del Carretto commandant les régiments Montferrato, Marina et Susa. On trouve plusieurs plaques sur les ruines du château.


Vue à partir du château.

Puis, ayant occupé les redoutes de Monte-Zemolo, il fait sa jonction avec Sérurier et sépare définitivement les Sardes des Autrichiens. Il emporte ensuite le camp retranché de Ceva, Alba et Casal.

5 août 1796 : bataille de Castiglione


Plaque commémorative de la bataille de Castiglione du 5 août 1796 et de la bataille de Solférino du 24 juin 1859, sur le monte Medolano.

 

 Panorama du champ de bataille de Castiglione près du monte Medolano.

 
 Panorama du champ de bataille de Castiglione près du monte Medolano.

Mais c'est surtout au pont d'Arcole qu'il manifeste son courage.


Arcole : rive droite de l'Alpone.

 

Face au pont, sur la rive droite de l’Alpone, obélisque érigé en 1810 qui commémore la victoire française sur l’armée autrichienne. Restauré par le Souvenir français en 1992.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le nouveau pont d'Arcole.

On connaît ce fameux pont de bois, jeté sur la rivière d'Alpone, qu'il fallait franchir pour enfoncer les Autrichiens retranchés de l'autre côté de l'eau. Vingt pièces de canon balayent sans relâche le pont et la chaussée, tandis, que des maisons crénelées arrive une grêle de balles.
Déjà plusieurs tentatives ont échoué, les grenadiers eux-mêmes hésitent devant le passage redoutable. Alors Augereau, exaspéré, saisit un drapeau et s'élance sur le pont suivi de Bonaparte lui-même, en criant :
« A moi, enfants de la France, à moi ! »
Les troupes s'élancent; mais l'ouragan de mitraille est si meurtrier, les morts s'amoncellent en si grand nombre, qu'il faut remettre à plus tard l'entreprise : sept généraux ou officiers supérieurs avaient été tués!
On reprocha par contre à Augereau le massacre des habitants de Lugo, en Romagne. Il ne fut pas sans excuse en cette circonstance. En effet, les troupes enfermées dans la ville non seulement avaient refusé de se rendre,
ce qui n'eût été qu'honorable, mais encore avaient 'traîtreusement attiré quelques dragons français dans une embuscade et les avaient exterminés jusqu'au dernier. La fureur du ressentiment motiva de barbares représailles. Cependant la campagne était à sa fin; les Autrichiens étaient chassés d'Italie; quatre armées étaient anéanties. On signa le traité de Campo-Formio, et Augereau, en reconnaissance de sa part dans cette série de triomphes, eut mission de porter à Paris les drapeaux pris à l'ennemi.
Il devait aussi remettre au Directoire un ordre (lu jour de l'armée d'Italie, aux termes duquel cette armée se déclarait prête à soutenir le gouvernement
contre les partis extrêmes également déchaînés : les jacobins, parce qu'ils accusaient le Directoire agioteur et corrompu de méconnaître les principes de la. Révolution ; les royalistes, parce qu'ils entrevoyaient dans la faiblesse de l'autorité civile compromise et méprisée une chance de réaction et de restauration.
Le Directoire, heureux de ce secours à peine espéré, un peu redouté aussi, jugea qu'Augereau lui-même, brave, mais sans grande culture, serait un précieux instrument, parce qu'une fois le besoin passé, il serait aisé de le compromettre et de le discréditer, au cas où d'auxiliaire il tenterait de devenir un maître. On le nomma commandant de la 17e division militaire.
Au 18 fructidor, quand les royalistes accusés de complot furent traqués jusque dans la salle du Corps législatif, Augereau, bon serviteur de l'autorité, conduisit en personne l'entreprise, arracha de sa main les épaulettes au colonel Ramel et fit mettre les suspects au Temple. Cela lui valut le titre de Sauveur de la Patrie, mais non la place de directeur qu'on lui avait promise.
Son ambition et sa cupidité en furent cruellement atteintes, et il comprit seulement alors la prévoyante duplicité du Directoire, qui, afin de se débarrasser de ses plaintes, l'envoya à l'armée de Rhin-et-Moselle remplacer Hoche, qui venait de mourir.
Toutefois le général jacobin acquit aussitôt sur cette armée républicaine un tel ascendant, qu'il y parut encore trop dangereux : on l'envoya commander la 106 division militaire à Perpignan.
Député en 1799 au conseil des Cinq-Cents, il arriva au moment où Bonaparte revenait d'Égypte couvert de gloire et manifestement préoccupé d'un coup d'État.
Autant par jalousie que par conviction, il s'associa aux protestations de Jourdan et alla jusqu'à proclamer que « la tête du général de Fructidor serait jetée bas, avant qu'on osât rien entreprendre contre le gouvernement établi ».
En prononçant ces superbes paroles, Augereau croyait encore le gouvernement le plus fort. Vite détrompé, il courut à Saint-Cloud, embrassa Bonaparte et lui tint ce langage, un peu différent de l'autre
« Comment! Vous avez voulu faire quelque chose pour la patrie et vous n'avez pas appelé Augereau? »
Le premier consul, reconnaissant d'une telle platitude, l'envoya à l'armée d'Allemagne pour seconder Moreau; il s'y employa de son mieux, et le traité de Lunéville le ramena en France.

En 1801, Augereau achète le château de la Houssaye-en-Brie, qui date du XVIIe siècle, où il vécut tranquillement dans sa terre de la Houssaye, près de Melun, jusqu'en 1803.

Augereau est nommé maréchal de l'Empire, 19 mai 1804. Dix jours plus tard,  le 29 mai 1804, il reçoit Napoléon, venant de Fontainebleau, en son château.

Augereau reparaît alors sur la scène publique et y continue ses inqualifiables palinodies. Lors de la cérémonie qui eut lieu à Notre-Dame pour célébrer la conclusion du Concordat, il descendit avec ostentation de sa voiture, refusa d'entrer dans la basilique et dit le lendemain à Bonaparte qu'il ne manquait à la cérémonie de la veille qu'un million de Français morts pour la destruction de ce qu'on voulait rétablir. Quelque temps après, à Fontainebleau, il se faisait pompeusement présenter au Saint-Père lui-même !

Sa première épouse, de santé précaire, meurt ici le 21 août 1806, et est inhumée sous une stèle dans le parc du château. Celle-ci mentionne:

Á LA MÉMOIRE
DE GABRIELLE JRACH
ÉPOUSE
DE M. LE MARÉCHAL D’EMPIRE AUGEREAU
DUC DE CASTIGLIONE
DÉCÉDÉE EN SON CHÂTEAU DE LA HOUSSAYE
ET INHUMÉE SOUS CE MONUMENT
DANS LA XLe ANNÉE DE SA VIE
LE XXI AOÛT MVCCCVI

 

III. — SA CARRIÈRE SOUS L'EMPIRE ET SA MORT

Maître d'une fortune fabuleuse ramassée un peu partout, fait maréchal par Napoléon trop habile pour garder des rancunes, grand-croix de Charles III d'Espagne, le farouche républicain, décidément apprivoisé, songea au remariage.
« Cherchez-moi, dit-il à son notaire, une jeune personne de bonne noblesse, sage et pauvre ; je veux qu'elle me doive tout. On trouva la femme désirée dans la famille de Chavannes, et Augereau, à l'étonnement de tous, se montra excellent mari.

Lors de son remariage, le 23 février 1809, avec Adélaïde-Josèphe Bourlon de Chavanges (1789-1869) à La Houssaye-en-Brie, sa nouvelle épouse demande de transférer la sépulture de sa première épouse à un endroit "plus discret" au fond du parc ! Sa seconde épouse est nommée dame du palais de l'impératrice, par décret du 10 avril 1812. Elle se remariera, après la mort du maréchal, au comte Charles Camille de Sainte-Aldegonde.

En 1805, Augereau déploya, dans la campagne d'Austerlitz, des talents de stratégie et son habituelle bravoure. De même à Iéna.

A Eylau, malade, hors d'état de se soutenir, il se fait lier sur un cheval, commande, se bat, caracole au milieu d'une neige aveuglante, du feu et de la mitraille. Une balle l'atteint, et il n'y prend garde qu'après la bataille!
Comme on le rapporte, blessé, sur un brancard, il rencontre Napoléon et lui dit avec colère :
« C'est une indignité! tu nous envoies à la boucherie!
— Maréchal, riposta froidement l'empereur, vous allez retourner en France pour vous guérir de vos blessures. »


Il dut en effet repartir et put se soigner jusqu'en 1809, époque à laquelle on l'envoya commander en Catalogne.

11 décembre 1809.

La reddition de Gérone, le 11 décembre 1809. La garnison dépose les armes devant le maréchal Augereau, duc de Castiglione. Banc à Séville (Place d'Espagne)

Mais il n'y fut pas heureux, et, remplacé par Macdonald, il revint de nouveau vers sa retraite de la Houssaye, où il demeura jusqu'en 1812.
 

Il avait été, entre temps, fait duc de Castiglione.
Lors de la campagne de Russie, on lui confia le commandement d'un des corps destinés à couvrir les derrières de la Grande Armée. II établit son quartier général à Berlin et témoigna au roi de Prusse les plus grands égards. Pais la débâcle vint. Privé de ses troupes, sans renforts, il dut se replier devant les cosaques arrivés jusque dans son palais, et vint prendre le gouvernement des duchés de Francfort et Wurtzbourg. Il prit ensuite une part honorable à la campagne de Leipzig.

16-18 octobre 1813 Bataille de leipzig

Apelstein 03 Augereau (Markkleeberg, Johannishöhe, angle Eigenheimstrasse / Markkleeberger Strasse)

N - Schlacht bei Wachau 16. Oktober 1813 Dr. Theodor Apel 1863

N

 

AUGEREAU

Herzog v.

Gastilione (sic)

IX. Corps

10000 M.

 

 

3

 

L'Apelstein 3 indique les positions du IXème Corps du maréchal Augereau le 16.  Augereau est également mentionné sur l'Apelstein 33.

 

Apelstein 33 Poniatowski - Augereau - Oudinot (Dölitz, Rembrandtplatz)

Au nord-ouest de Dölitz, la stèle 33 regroupe de très nombreuses unités :  le VIIIème Corps de Poniatowski, le IXème Corps d'Augereau et les 3ème et 4ème divisions du Ier Corps de Jeune Garde d'Oudinot.  Le 18, ces troupes défendirent les environs de Connewitz et de Lössnig contre les attaques autrichiennes. (Cf. aussi les Apelsteine 3, 11 et 13.) Cette nouvelle stèle fut placée en 1997, l'ancienne fut transférée dans la cour de la Torhaus Dölitz.

On la trouvera non loin de l'Österreicherdenkmal de Lössnig.

N

 

PONIATOWSKI

AUGEREAU

VIII. u. IX. CORPS

OUDINOT

III. u. IV. DIVISION

D. JUNG. GARDE

30000 M.

 

 

33

N Schlacht bei LEIPZIG am 18. October 1813  33. (?)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La stèle 33 d'origine a été placée dans la cour de la Torhaus Dölitz.

Ensuite, Napoléon le mit à la tête de. l'armée de l'Est, formée à Lyon en 1814 Pour défendre le territoire de la France envahie. La confiance impériale, cette fois, se trouva mal placée; car Augereau, installé sur le flanc et sur les derrières des alliés, non seulement ne les inquiéta point et s'abstint de leur faire le mal qu'il aurait pu leur faire, mais encore il capitula et sortit de Lyon pour gagner Valence.
Il accueillit la chute de l'empire avec transport et couvrit son nom d'opprobre par la proclamation fameuse où il disait :
«... Soldats, vous êtes déliés de vos serments par l'abdication d'un homme qui, après avoir immolé des millions de victimes à son ambition, n'a pas su mourir en soldat !... »
Un tel langage, naturellement admissible dans la bouche d'un adversaire de Napoléon, constitue, au contraire, le plus dégradant témoignage d'impudeur et de bassesse dans celle d'Augereau, qui avait vécu de l'empire-, qui l'avait approuvé, qui en avait tout accepté, qui l'avait exploité sans la moindre retenue.
Ayant rencontré le vaincu qu'on emmenait à l'Île d'Elbe, il eut le triste courage de l'accabler de reproches, au moment où Napoléon; descendu de voiture, s'avançait pour l'embrasser.
Une telle apostasie méritait une récompense. Le duc de Castiglione, devenu courtisan assidu de Louis XVIII, fut fait par lui pair de France, chevalier de Saint-Louis, et on vit l'ancien jacobin présider dans l'église de Clermont-Ferrand un service anniversaire de la mort de Louis XVI, le 21 janvier 1815. Cela, joint à un toast retentissant en l'honneur du roi, lui valut le commandement de la 14e division militaire.

Survint un événement auquel il ne s'attendait guère et qui le troubla profondément : le retour de l'île d'Elbe.
Chose à peine croyable, l'homme qui avait signé la proclamation de 1814 poussa le cynisme jusqu'à signer l'ordre du jour suivant :
« L'empereur est dans la capitale. Ce nom, si longtemps gage de la victoire, a suffi pour disperser tous ses ennemis. Un moment, la fortune lui fut infidèle. Séduit par la plus noble illusion, le bonheur de la patrie, il crut devoir faire à la France le sacrifice de sa gloire et de sa couronne. Ses droits sont imprescriptibles; il les réclame aujourd'hui; jamais ils ne furent plus sacrés pour nous...
« Soldats, vos regards cherchaient en vain sur vos drapeaux blancs quelques souvenirs honorables. Jetez les yeux sur l'empereur. A ses côtés brillent d'un nouvel éclat ses aigles immortelles ; ralliez-vous sous leurs ailes... »

Le misérable trouvait ainsi moyen, tout à la fois, de flagorner l'homme qu'il insultait naguère et de salir le drapeau qu'il courtisait la veille.
En dépit de son indulgence, que sa diplomatie rendait sans limites, Napoléon eut le cœur levé par tant d'ignominie et refusa de recevoir Augereau.
Enfin ce fut Waterloo, suivi de la seconde Restauration. Le maréchal se hâta de revenir à Louis XVIII ; mais le roi, révolté à son tour par un tel abaissement, se contenta de lui rendre sa pairie et de l'inscrire parmi les juges de Ney, sans lui permettre de se montrer à la cour.
Cette disgrâce équivalait à un exil. Augereau se retira à la Houssaye et y mourut d'une hydropisie de poitrine, le 12 juin 1816, chargé du mépris général.
 

Le maréchal Augereau décéde le12 juin 1816 en son château de La Houssaye-en-Brie (Seine-et-Marne), d'une hydropisie de poitrine, c'est-à-dire d'un œdème pulmonaire...

 

Le 3 mai 2008, le Souvenir Napoléonien fait apposer une plaque sur le bureau de poste, l'ancienne maison du gardien du château  :

 

SOUVENIR NAPOLÉONIEN
SOCIÉTÉ FRANÇAISE D’HISTOIRE NAPOLÉONIENNE
EN MÉMOIRE DE
CHARLES PIERRE FRANÇOIS AUGEREAU
MARÉCHAL DE L’EMPIRE
DUC DE CASTIGLIONE
SOLDAT DE LA RÉVOLUTION, IL S’ILLUSTRA PENDANT LA PREMIÈRE CAMPAGNE D’ITALIE
ET SE COUVRE DE GLOIRE Á LA BATAILLE DE CASTIGLIONE LE 5 AOÛT 1796. IL EST Á LA
TÊTE DES ARMÉES D’ALLEMAGNE ET DU RHIN EN 1797-1798. MARÉCHAL DE L’EMPIRE
LE 18 MAI 1804, IL COMMANDE UN CORPS D’ARMÉE DE 1805 Á 1807,
ET IL EST BLESSÉ Á LA BATAILLE D’EYLAU. IL DIRIGE ENSUITE LES OPÉRATIONS EN
CATALOGNE EN 1810, PARTICIPE Á LA DÉFENSE DE L’ALLEMAGNE EN 1813,
PUIS DE LA FRANCE EN 1814.
NÉ À PARIS LE 21 OCTOBRE 1757,
DÉCÉDÉ EN SON CHÂTEAU DE LA HOUSSAYE LE 12 JUIN 1816

...et est enterré dans le cimetière jouxtant l'église Saint-Nicolas. 


Monument funéraire d'origine du maréchal Augereau, et de sa belle-mère (et non de son épouse, comme il est souvent dit) née Delaunay de Bourlon, marquise de Chavanges, érigée par la seconde épouse du maréchal, Adélaïde-Joséphine dite Adèle Bourlon de Chavanges, dans l'église Saint-Nicolas

  CI-GÎT
S. E. MONSEIGNEUR
CHARLES PIERRE FRANÇOIS AUGEREAU
MARÉCHAL ET PAIR DE FRANCE,
DUC DE CASTIGLIONE.
CHEVALIER DE L’ORDRE ROYAL
DE LA LÉGION D’HONNEUR,
GRAND DIGNITAIRE DE L’ORDRE
DE LA COURONNE DE FER,
GRAND CORDON DE L’ORDRE DE CHARLES III
NÉ Á PARIS LE 27 OCTOBRE 1747
DÉCÉDÉ EN SON CHÂTEAU DE LAHOUSSAYE
LE 12 JUIN 1816.
---------------------------
DE PROFUNDIS.

CI-GÎT
JEANNE FRANÇOISE
DELAUNAY DE BOURLON,
BARONNE DE CHAVANGES
NÉE Á L’ISLE DE FRANCE
LE 28 MAI 1772
DÉCÉDÉE AU CHÂTEAU DE LAHOUSSAYE,
LE 7 JUILLET 1812.
----------------------------
DE PROFUNDIS

 

ADELE DE CHAVANGES MARÉCHALE ET DUCHESSE DE CASTIGIONE
A CONSACRÉ CE MONUMENT AUX DEUX OBJETS DE SES PLUS CHERS AFFECTIONS
 

On notera l'erreur dans sa date de naissance, qui doit être1757.
Île de France, maintenant Île Maurice.

Lors de la suppression de ce cimetière, leur corps ont été transférés dans la chapelle familiale (malheureusement anonyme) du comte Charles Camille de Sainte-Aldegonde, l'époux de sa seconde épouse, au cimetière du Père-Lachaise, dans la 59e division (deuxième ligne, face à la 58e division), avenue Circulaire. C'est alors que le monument funéraire est transféré dans l'église Saint-Nicolas de La Houssaye. La chapelle ne porte pas de nom, ce qui la rend difficile à identifier, mais le maréchal ne repose absolument pas dans une tombe anonyme, comme on le lit parfois !

   

Pierre Charles François

Mal AUGEREAU, duc de CASTIGLIONE,

PAIR DE FRANCE,

décédé le 12 juin 1816.

IV. — JUGEMENT DE NAPOLÉON

D'une proclamation au retour de l'île d'Elbe :
« Un homme sorti de nos rangs a trahi nos lauriers, son pays, son prince, son bienfaiteur. La défection du duc de Castiglione livra Lyon sans défense à nos ennemis... »
A Sainte-Hélène :
« Augereau, qui comme guerrier a de belles pages dans l'histoire, manquait essentiellement de ténacité dans le succès. Il était toujours comme fatigué, comme découragé par la victoire même*; il en avait toujours assez. Sa taille, ses paroles, ses manières lui donnaient l'air d'un bravache, ce qu'il était loin d'être quand une fois il se trouva gorgé d'honneurs et de richesses, lesquels d'ailleurs il s'adjugeait de toutes mains et de toutes manières; aussi ses défections resteront inséparables de son nom. Depuis longtemps, chez lui, le maréchal n'était plus soldat. Son courage, ses vertus premières l'avaient élevé très haut, hors de la foule ; les honneurs, les dignités, la fortune, l'y avaient replongé. Il eût pu laisser un nom cher à la France; elle réprouvera la mémoire d'un défectionnaire lors de nos grands revers. Du resté, il a dû sa conduitemoins à son cœur qu'à son peu de lumière et à son entourage. Augereau avait de l'habileté, du courage; il était aimé du soldat et heureux dans ses opérations.
Du testament de Napoléon (art. 6)
« Les deux issues si malheureuses des invasions de la France, lorsqu'elle avait encore tant de ressources, sont dues aux trahisons de Marmont, AUGEREAU, Talleyrand et de Lafayette. Je leur pardonne. Puisse la postérité française leur pardonner comme moi! »

Toutefois Napoléon ajoutait que c'est Augereau surtout qui décida de la journée de Castiglione, et que quelques torts que l'empereur eût à lui reprocher par la suite, le souvenir de ce grand service national lui demeura constamment présent et triompha de tout.

ÉTATS DE SERVICE D'AUGEREAU (CHARLES-PIERRE-FRANÇOIS), DUC DE CASTIGLIONE, NÉ LE 21 OCTOBRE 1757, A PARIS (SEINE)

GRADES, CORPS ET DESTINATION

A servi dans le régiment de Clark, en 1774, jusqu'en1776; passé dans les dragons d'Artois, en 1776; passé en Prusse, 1777 ; adjudant-major dans la légion germanique, 1791 ; capitaine au 11e régiment de hussards, 26 juin 1793; adjudant-général, 27 septembre 1793; général de division, 25 décembre 1793; commandant la 17e division militaire, 8 août 1797 ; général en chef des armées de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle, 23 septembre 1797; de l'armée du Rhin, 9 décembre 1797; commandant la 10e division militaire, 29 janvier 1798 ; membre du Corps législatif, en 1799; général en chef de l'armée de Batavie, 28 décembre 1799 ; général en chef du camp de Bayonne, en août 1804 , et du camp de Brest, en janvier 1804; maréchal de l'Empire, 19 mai 1804; commandant le 7e corps de la Grande Armée, en 1805; commandant en chef en Catalogne, 1e 1er juin 1809, et l'armée de Lyon, en 1814; commandant la 14e division militaire en 1814. Décédé le 12 juin 1816.

 

CAMPAGNES

Armée des Pyrénées-Orientales, des côtes de la Rochelle, de la Vendée, d'Italie, de Sambre­et-Meuse, du Rhin et de Batavie, du camp de Brest, de la Grande Armée, d'Espagne, de la Grande Armée.

 

DÉCORATIONS

 

ORDRE DE LA LÉGION D'HONNEUR

Chevalier, 16 octobre '1803; grand-officier, 14 juin 1804; grand-croix, 2 février 1805.

 

ORDRES ÉTRANGERS

Espagne : Charles III, grand-croix, 25 juin 1805.

 

ADDITIONS AUX SERVICES ET DÉCORATIONS

Chef de la 15e cohorte de la Légion d'honneur, 1805; duc de Castiglione, 1808 ; pair de France, 1814 ; chevalier de Saint-Louis, 1814.

 


Texte : d'après De  Beauregard, Gérard, Les Maréchaux de Napoléon, Mame, Tours, s.d. (1900).

 


Collection Hachette : Maréchaux d'Empire, Généraux et figures historiques (Collection de l'auteur)

Retour à la page MARÉCHAUX

Retour à la page d'accueil