Jean LANNES

(1769-1804-1809)

maréchal de l'Empire
duc de Montebello
prince de Sievers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lannes en Sous-Lieutenant au 2e Bataillon du Gers en 1792,
par P. Guérin.

 

 

I. - L'HOMME ET SON CARACTÈRE1

Lannes était un petit homme maigre, nerveux, leste et solide, Son visage, formé d'un masque rude et osseux, éclairé par deux petits yeux flamboyants et mobiles, donnait l'impression de la plus grande énergie. C'est à cette énergie, à cette endurance, à cette agilité qu'il doit son invraisemblable et prodigieuse fortune. Rien ne l'y destinait ; ses débuts eux-mêmes, dans la carrière des armes, ne l'annonçaient pas ; mais telle fut son opiniâtreté à la poursuivre, sa persévérance dans la bravoure et l’initiative, qu'il asservit la chance et força le destin.

Son intrépidité, qui l'avait fait surnommer l'Ajax français, était proverbiale dans l'armée. Sa mort, du reste, est la preuve que le voisinage du danger ne l'épouvantait point. Mais il n'était pas que brave; il avait aussi la décision qui rend audacieux à propos et la persistance dans l'action qui permet d'en recueillir tous les fruits. Napoléon, à coup sûr, en le perdant, perdit plus qu'un ami, et l'empereur lui-même ne se fit pas faute de convenir plus tard que la présence de Lannes eût pu changer bien des choses dans ce fatal concours de circonstances d'où résulta l'écroulement gigantesque de l'Empire.

Dans le particulier, Lannes était l'homme le plus simple, le plus modeste et le plus tendre du monde. On convenait même qu'il était « sauvage » à force de répugnance pour les grandes représentations de cour ; mais on rendait hommage à la délicatesse de son cœur.

Un trait, du reste, suffit à peindre ce foudre de guerre, devenu si doux après la bataille. M. Guillard, qui l'accompagna aux eaux de Saint-Sauveur après Iéna, raconte qu'entraîné par la causerie, le maréchal lui dit que sa mère était morte du coup que lui avait fait la fausse nouvelle de sa mort en Égypte; et Lannes ajoutait les larmes aux yeux :
« Quand je pense à ma mère, tout le bonheur dont, je jouis m'est à charge ; elle n'en est pas témoin ; elle eût été trop heureuse. »

Une fois cependant, ce grand cœur eut une faiblesse qu'on ne doit pas craindre de condamner. Marié avant sa haute fortune à une demoiselle Méric, de simple naissance comme lui, il lui imposa, lorsqu'il fut au plus brillant de sa splendeur, un humiliant divorce, pour épouser Mlle de Guéhéneuc, qui était de meilleure maison. Il manque même de l'excuse qu'invoqua Napoléon en pareille occurrence, car il avait un fils de son premier mariage. Pour comble, à la suite de manœuvres indignes d'un tel nom, on écarta cet enfant, comme adultérin, de la succession paternelle.

Lannes, il est vrai, ne saurait être rendu responsable de cette dernière bassesse, par la bonne raison qu'il était forcément mort lorsqu’elle put être commise, et cela ne doit point, empêcher de le considérer comme une des plus grandes figures parmi les maréchaux de Napoléon, comme un des plus fameux capitaines du XIXe siècle, si riche en gloires de toutes sortes.

II. - SON ORIGINE ET SA JEUNESSE

Jean Lannes naquit à Lectoure, le 11 avril 1769, et son père, assez pauvre, voulait en faire un prêtre ou un avocat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Lannes
marÉchal de France Duc de Montebello naquit dans cette maison
le 10 avril 1769
fÊtes du centenaire 31 mai 1909.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maison natale du maréchal Lannes, 18, rue Montebello à Lectoure (Gers, France). Auteur : Morburre
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Lectoure-maisonLannes.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lectoure, promenade du Bastion, statue de Lannes en marbre blanc par Jean-Pierre Cortot, érigée en 1934.

« Lectoure-StatueLannes » par MorburreTravail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Il faisait ses études, dans ce but, au collège de sa ville natale; mais le père, qui avait imprudemment engagé sa signature pour un fermier, fut entraîné dans la ruine de celui-ci et contraint de vendre son seul bien, une petite métairie qui faisait vivre la famille.

Le résultat fut, pour le jeune homme, non seulement l'interruption forcée de ses études, mais encore l'obligation de chercher du travail. Il entra comme apprenti chez un teinturier, et il s'y trouvait encore en 1792.

Alors la patrie réclamait le secours de tous pour sa défense ; le pays entier retentissait de ses appels éperdus. Lannes n'hésita pas et s'engagea dans le régiment des volontaires du Gers, où on le reconnut d'emblée comme sergent-major.

Ce fut l'armée des Pyrénées-Orientales qui fut le théâtre de ses premiers exploits. Sa bravoure le signala bien vite, et il était chef de brigade en 1795 quand, après le 9 thermidor, le conventionnel Aubry le fit destituer sous prétexte d' « incapacité ».

Libre de ses actions, il vint à Paris, où il entra en relations avec le jeune général Bonaparte, et le secours qu'il lui donna le 13 vendémiaire lui rendit l'estime de la Convention tout en l'attachant définitivement au futur empereur.

Aussi, lorsque Bonaparte fut mis à la tête de l'armée d'Italie, Lannes, s'étant empressé de le suivre, en obtint le commandement d'un régiment. Là encore, et cela sous les yeux d'un homme qui savait discerner le mérite, Lannes, par sa bravoure, obtint de remarquables succès à Millesimo, au passage du Pô, à Lodi, à Arcole. A Bassano, il accomplit un fait d'armes presque inouï : il venait de s'emparer d'un drapeau ennemi; tout à coup, douze cuirassiers autrichiens l'entourent et le pressent de si près que son cheval s'affaisse, frappé d'une balle. Lannes va être pris ou massacré. Alors, d'un élan furieux, il saute en croupe d'un des cuirassiers, l'étreint, lui fait vider les arçons et fond sur les autres soldats qu'il disperse, les laissant stupéfaits de cette audacieuse et rapide équipée.

13 avril 1796 : bataille de Millesimo

 
Vue sur Millesimo vers le nord, avec une Bormida particulièrement basse.


 Vue sur le vieux pont, à partir des positions sardes, les Français venant vers l'objectif.

10 mai 1796 (21 floréal an IV) : bataille du pont de Lodi

 

15-17 novembre 1796 (25 - 27 Brumaire an V) : Bataille d'Arcole

Le célèbre tableau d'Horace Vernet et le pont actuel, sous le même angle.


Le nouveau pont d'Arcole.

On le retrouve partout le même : à l'assaut de Pavie, il gagne le grade de général de brigade ; au siège de Mantoue, il s'empare à la baïonnette du faubourg Saint-Georges, et reçoit plusieurs blessures à Fombio, à Governolo.

Bonaparte le mit à la tête de son avant-garde lorsqu'il marcha sur Rome; d'un seul coup de main, Lannes enleva les remparts d'Imola qui, abritaient l'armée papale et où elle se croyait en complète sécurité. Le pape, à la suite de cette victoire, accepta la paix; Lannes eut l'honneur d'en préparer et d'en régler la conclusion.

A peine de retour de cette glorieuse campagne que venait de couronner le traité de Campo-Formio, Lannes fut désigné pour commander une division de l'armée d'Angleterre; mais la campagne d'Égypte s'organisa sur ces entrefaites, et Bonaparte, qui avait eu le loisir de l'apprécier, ne manqua pas de l'emmener avec lui.

Son ardeur et son activité ne se démentirent pas sur la terre des Pharaons. Dans chaque bataille, dans la moindre escarmouche, on le vit intervenir avec son ordinaire enthousiasme et s'engager avec cette assurance que le succès ne se lasse pas de sanctionner.

Lors de la bataille d'Aboukir, il se lance contre la Montagne de sable, sorte de forteresse où l'armée égyptienne est formidablement retranchée et garde toutes ses munitions. Il fait si bien qu'il en déloge l'ennemi avec une seule division et le renvoie du côté de Murat, qui avec sa cavalerie l'écrase et le jette à la mer.

De telles actions, un penchant naturel aussi sans doute, avaient établi entre Lannes et Bonaparte des relations de sympathie qui ne devaient plus se démentir. Ils revinrent ensemble vers Paris, à la conquête de ces brillantes destinées qu'ils pouvaient dès lors prévoir et qui n'allaient pas tarder à se préciser pour l'un comme pour l'autre.

Lannes était très résolument et très franchement républicain; mais Bonaparte avait acquis, à ses yeux, un si formidable prestige, ses actions étaient si hautes et si profitables à la république, que Lannes s'accoutumait insensiblement et sans y prendre garde à l'ambition croissante de son illustre compagnon.

Il eût arrêté tout autre brutalement et sans merci; il aida Bonaparte de toute son influence, croyant de bonne foi rendre, par son appui, un signalé service à la patrie.

C'est ainsi que le 18 brumaire, placé à la tête du quartier général des Tuileries en qualité de général de division, il seconda de tout son pouvoir le coup d'État de Bonaparte.

Lannes eut ensuite à remplir des fonctions plutôt politiques que guerrières, à la tête des 9° et 10e divisions militaires, en ce qu'il fut obligé de réduire au silence beaucoup de gens que la chute du gouvernement du Directoire et la formation du Consulat avaient fort mécontentés. Il s'en acquitta avec assez de modération, avec beaucoup de bonheur dans tous les cas, et sa récompense fut l'un des commandements' si enviés de la garde consulaire.

Au cours de la seconde campagne d'Italie, il dirigea l'avant-garde, se couvrit de gloire au combat de Montebello, et sa belle conduite durant toute la guerre lui valut un sabre d'honneur, ce qui était alors une des plus hautes récompenses que l'on pût décerner.

Peu de souvenirs de la bataille de Montebello et de la victoire du général Lannes dans ce village, si ce n'est cette plaque posée pour le bicentenaire sur la mairie, via Guiseppe Garibaldi 7 :

 

Traduction : «  Ici, le 9 juin 1800, l’armée française du Premier Consul Napoléon Bonaparte, sous le commandement du général Jean Lannes, écrasa les troupes autrichiennes et entra victorieusement dans le Piémont.  Cette victoire contribua aussi à donner le grand idéal de la Révolution française faire devenir en patrimoine de tous les peuples européens le grand idéal de la Révolution française. »

IN QUESTI LUOGHI
IL 9 GIUGNO 1800
L’ARMATA FRANCESE
DEL PRIMO CONSOLE
NAPOLEONE BONAPARTE
AL COMANDO DEL GENERALE
JEAN LANNES
SCONFIGGEVA
LE TRUPPE AUSTRIACHE
ED ENTRAVA
VITTORIOSA IN PIEMONTE
-----
ANCHE QUESTA VITTORIA
CONTRIBUI
A FAR DIVENTARE
PATRIMONIO DI TUTTI
I POPOLI EUROPEI
I GRANDI IDEALI
DELLA
RIVOLUZIONE FRANCESE

Il brilla moins comme diplomate que comme soldat, et ce n'est pas sans surprise qu'on voit Bonaparte l'envoyer, en 1801, en qualité de ministre plénipotentiaire à Lisbonne. Il montra dans cette mission un esprit dominant dont la cour portugaise fut justement blessée ; il alla même jusqu'à faire entrer dans le royaume des marchandises dont il refusa de payer les droits.

Le fait est que, poussée à bout, la régence de Lisbonne demanda et obtint le rappel du trop impérieux ambassadeur. A vrai dire, un tel échec n'avait rien de trop humiliant, car le seul dédain des formes l'avait manifestement provoqué.

 

III - SA CARRIÈRE SOUS L'EMPIRE ET SA MORT

Lannes ne pouvait manquer de recevoir des marques de la bienveillance de Napoléon devenu empereur. Il fut en effet compris dans la première promotion des maréchaux, fait duc de Montebello, grand officier de la Légion d'honneur et chef de la 9e cohorte de l'ordre.

Comme beaucoup d'autres maréchaux, Lannes achète un château en 1804. Son choix se porte sur celui de  Maisons-sur-Seine, maintenant.Maisons-Laffitte. Il fait réaliser des aménagements dans le parc et fait achever les travaux entamés par le comte d’Artois.

Le maréchal Lannes fit planter dans le parc des peupliers marquant l’emplacement des corps de troupe à Montebello !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vue du château de Maisons, côté cour.
Sa veuve revendit le château au banquier Laffitte en 1818.

 

Lors de la campagne d'Autriche, en 1805, il commandait l'avant-garde de la Grande-Armée, et se signala au combat de Wertingen ainsi qu'à la prise d'Ulm. Une charge de cavalerie menée par lui enleva la victoire d'Hollabrünn. A Austerlitz, où il commandait l'aile gauche, il eut deux aides de camp tués à ses côtés ; sa promptitude, son activité eurent d'ailleurs une grande part dans le gain de la bataille.

1806-07

La campagne de 1806-07, en Prusse, ne fut pas moins profitable à sa gloire. A Iéna, à Eylau, à Friedland., il se battit comme-un lion et mérita l'admiration générale.

1808

A l'armée d'Espagne, où il accompagna l'empereur, en 1808, il eut le commandement d'un corps d'armée, lors de la bataille de Tudela, dirigea brillamment le siège de Saragosse; après quoi il revint en France, où il se retira quelques mois dans son château de Maisons près de Paris, en attendant la campagne de 1809, qui devait lui être si fatale.

1809

Pour la campagne de 1809, Lannes est mis à la tête du 2e Corps de l'Armée d'Allemagne.

Le 22 avril 1809 : BATAILLE D'ECKMÜHL

A Eckmühl, Lannes perd son chef d'état-major, le général Cervoni, décapité par un boulet, au moment où il se trouve aux côtés de l'Empereur. Le lion de la victoire d'Eckmühl fut érigé à cet endroit.

       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GENERAL

CERVONI

gefallen

22.4.1809

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il fut enterré à moins de 2 km de là, à Unterdeggenbach.

La tombe du général Cervoni à Unterdeggenbach, à l'est d'Eckmühl.

L'archiduc Charles, que la Grande Armée avait délogé de Ratisbonne, s'était replié jusqu'en Bohême, où il avait rallié ses troupes pour les ramener au Danube en faisant un grand détour.

Napoléon, victorieux déjà, maître de Vienne, résolut de courir à sa rencontre et de l'écraser par une attaque prompte et décisive. Il fallait, pour exécuter ce plan, passer le Danube avec la plus grande diligence.

Comme le pont de Vienne avait été détruit, on choisit un endroit où le fleuve, séparé en trois bras, n'offre, pour chacun, qu'une médiocre largeur et se trouve parsemé d'îles, dont l'une, celle de Lobau, devait offrir un précieux point d'appui. On construisit un pont de bateaux, et le 19 mai, à la nuit tombante, l'armée française commença le passage en bon ordre, se déployant, sur la rive gauche, dans la vaste plaine de Marchfeld et s'appuyant sur les villages d'Aspern et d'Essling.

21-22/05/1809 : bataille d'Aspern-Essling


Bas-relief à Aspern

Au point du jour, trois divisions, environ trente mille hommes en tout, avaient déjà franchi le fleuve. Une terrible surprise les attendait. Les Autrichiens, rangés en bataille, leur présentaient une ligne immense de quatre-vingt mille combattants qui les enserraient de toutes parts. Par un hasard où plus d'un vit un sinistre présage, une crue presque instantanée du. Danube, jointe aux brûlots et aux troncs d'arbres que l'ennemi envoyait d'amont à- la dérive, ébranla si fort le pont, 'que les liens se rompirent; les bateaux entrechoqués furent entraînés dans le courant, et toute communication se trouva coupée entre la rive droite, où se trouvait encore le gros de l'armée, et la rive gauche, où les trois divisions étaient abandonnées aux coups d'un• formidable ennemi.

Ce fut un moment terrible, et la fortune de Napoléon fut bien près de sombrer à son tour dans cette catastrophe imprévue.

Durant deux jours, l'avant-garde ainsi isolée dut soutenir les plus furieux assauts afin d'éviter d'être jetée dans le fleuve. Comme les munitions allaient manquer, on en vint au corps à corps. Les grenadiers luttaient avec leurs baïonnettes, et seule les soutenait l'exaltation du désespoir.

Cependant, à force d'énergie et d'activité, on était parvenu à rétablir les ponts, et il faut lire dans les Mémoires du général de Marbot à quels prodiges d'héroïsme donna lieu cette extraordinaire entreprise.

Lorsque le passage fut redevenu praticable, Napoléon, qui voyait son avant-garde décimée, sur le point d'être presque entièrement détruite, donna l'ordre d'opérer la retraite, et Larmes eut pour mission de la favoriser.

Mais ce qui était facile à prévoir arriva. Le pont trop étroit, chargé d'innombrables blessés hors d'état de se soutenir, balayé par les batteries autrichiennes, n'offrait qu'une faible ressource aux milliers de soldats qui se hâtaient pour le franchir. On assista à des scènes indescriptibles : successivement tombèrent le général d'Espagne et, vers 6 heures du soir, sous les yeux mêmes de Lannes, le vieux général Pouzet, qui avait été en Italie le commandant du maréchal.

Lannes l'aimait avec tendresse, et son émotion fut telle en le voyant rouler de son cheval mortellement atteint, qu'il mit lui-même pied à terre afin de cacher ses larmes à ceux qui l'entouraient. Il était appuyé aux fontes de sa selle, une jambe croisée sur l'autre, lorsqu'un boulet de cinq l'atteignit en ricochant, et lui emporta une jambe. A son tour, le maréchal tomba sans connaissance.

De loin, Napoléon avait remarqué cette scène rapide, sans pourtant reconnaître, autrement que par les dorures de l'uniforme, l'importance du personnage qui venait d'être frappé.

« Qui est celui-là qui tombe là-bas?
-  Allez vous en informer, » dit-il froidement à un aide de camp.

Celui-ci partit au galop et revint sur-le-champ.

« Eh bien ? interrogea Napoléon.
- Sire, répliqua très troublé l'officier, c'est le maréchal Lannes !  

 

L'endroit tragique: au 99 de la Schlachthammerstrasse, près de l’angle avec la Langergarten Gasse, lieu probable où le maréchal Lannes fut blessé mortellement, le 22 mai 1809.

 

Certaines sources parlent cependant d'un autre endroit, ceci reste à examiner. Je vous donne ici une comparaison des deux endroits :

1.Schlachthammerstrasse 99, près de l’angle avec la Langergarten Gasse.

2. au bout de la Saltenstrasse.

L'empereur voulut se raidir contre sa propre émotion, mais ses traits contractés révélèrent assez à ceux qui le virent à cette minute qu'il était en proie au plus douloureux bouleversement.

Napoléon apprenant cette nouvelle, s'écria: « Il fallait que, dans cette journée, mon cœur fût frappé par un coup aussi sensible pour que je pusse m'abandonner à d'autres soins qu'à ceux de mon armée. »

C'est que, dans cette circonstance solennelle où Napoléon en personne reculait pour la première fois devant l'Europe attentive, la perte de Lannes était plus qu'un deuil intime : c'était une grande calamité publique ; c'était une force qui disparaissait au moment où les forces étaient le plus nécessaires; c'était un épais nuage qui passait devant l'étoile impériale.

D'Essling, en effet, datent vraiment les revers, et sans Wagram, qui ramena peu après la fortune, on eût pu dater de là le grand effondrement que consommèrent plus tard les désastres de Leipzig et de Waterloo.

L'empereur n'était point encore remis de la commotion d'une telle nouvelle lorsque douze grenadiers, portant le maréchal sur leurs fusils croisés avec des branches d'arbre, passèrent près de lui. Aussitôt Napoléon descendit de cheval, courut au blessé et, lui prenant la tête, lui dit d'une voix altérée :

« Lannes, me reconnais-tu? C'est moi; c'est Bonaparte. Ah! Tu nous seras conservé ! »

Le maréchal, que la perte de son sang avait épuisé, se souleva à peine et murmura :

« Adieu, je vais mourir... »

Autre version : le duc de Montebello, revenant de son évanouissement, lui dit: « Dans une heure vous aurez perdu celui qui meurt avec la gloire et la conviction d'avoir été et d'être votre meilleur ami. »

Une faiblesse le prit; il n'en put dire davantage.

La representation de la scène par le peintre Boutigny, que l'on peut admirer au musée des Beaux-Arts d'Arras.

Tandis que le funèbre cortège poursuivait sa route, en quête d'un chirurgien, Napoléon demeura plongé dans une sombre rêverie. Un ordre qu'on vint lui demander le tira de cette .distraction, et il s'en excusa en disant :

« Il fallait que, dans cette journée, mon cœur fut frappé par un coup aussi sensible pour que je pusse m'abandonner à d'autres soins qu'à ceux de mon armée. »

Le maréchal Lannes est mort dans à Kaiserebersdorf, à 5 km au sud-est de Vienne. Pour plus de détails sur sa mort, je vous recommande la lecture de cette page du magnifique site de Robert Ouvrard :  http://www.histoire-empire.org/essling/la_mort_de_lannes_01.htm



La maison au numéro 12 de la Mailergasse où il mourut, bien que fortement rénovée, existe encore.

Elle porte une plaque commémorative avec l'inscription :

In diesem Hause
starb am 31.5.1809
der bei Aspern schwerverwundete
Marschall
Jean Lannes
Herzog von Montebello

                            Bezirksmuseum
                                     Simmerung

A Kaiserebersdorf, où l'on porta Lannes dans la maison d'un brasseur, au milieu d'autres malheureux mutilés, il supporta héroïquement l'amputation de la cuisse droite qui fut reconnue absolument nécessaire. Mais le boulet avait brisé le genou gauche, et le chirurgien déclara qu'il fallait de même couper l'autre jambe. Le maréchal se refusa, avec la plus grande énergie, à cette seconde opération, en dépit des supplications qu'on lui fit à ce sujet. Il lui arriva même de repousser brutalement ceux qui avaient charge de lui donner leurs soins et de s'abandonner au plus furieux désespoir, en disant qu'il ne voulait pas quitter la vie à son âge.

Son cas n'était pas absolument inquiétant d'abord, mais une fièvre maligne survint qui l'abattit beaucoup, et dans le délire de laquelle il appelait sa femme et ses enfants avec des supplications déchirantes.

Il est donc fort naturel d'admettre -avec quelques historiens que, même revenu à la raison, Lannes dut tenir à Napoléon, au cours des nombreuses visites que lui fit celui-ci, des propos au moins désobligeants, car il le considérait à bon droit, sinon comme la cause, au moins comme l'occasion de son malheur.

En tous cas, les soins les plus dévoués de Larrey, d'Yvan, de Paillet, de Lannefranque et du célèbre docteur Franck, qu'on avait été tout exprès chercher à Vienne, ne purent triompher du mal. Après avoir été neuf jours entiers à la torture, le maréchal expira le 31 mai 1809, à peine âgé de quarante ans.

L'Empereur voulut qu'on embaumât son corps, et qu'on le rapportât à Paris, où de grands honneurs lui furent rendus.

Le duc de Montebello laissait une veuve et cinq enfants, dont la nombreuse descendance existe encore et joue un rôle important dans les affaires publiques.

Chose étonnante et très peu connue : c'est ce même jour, dans cette même ville de Vienne, que le grand compositeur Joseph Haydn mourut également !

 

 

La tombe de Haydn à Eisenstadt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lannes ne pouvait manquer de figurer parmi les officiers représentés dans les niches du Louvre, rue de Rivoli. Il s'agit d'une œuvre de Gabriel Vital-Dubray (1857).

 

Il fut inhumé au Panthéon lors d'une cérémonie grandiose le 6 juillet 1810, 1er anniversaire de la bataille de Wagram.

IENA
PULTUSK
FRIEDLAND
TUDELA-RATISBONNE
ESSLING

ARCOLE
ST-JEAN D'ACRE
MONTEBELLO
MARENGO
AUSTERLITZ

 

Cependant, son cœur fut déposé dans la chapelle familiale du cimetière de Montmartre (avenue de Montmorency).

ICI REPOSE LE CŒUR
DU MARÉCHAL LANNES, DUC DE MONTEBELLO

On notera, à gauche, la tombe de la famille du général Kirgener de Planta, tué en même temps et par le même boulet que le général Duroc, Grand Maréchal du Palais, aux côtés de l'Empereur à Markersdorf, le 22 mai 1813. Il n'est pas clair si celui-ci y repose également, mais c'est peu vraisemblable, car une stèle indique la tombe de Kirgener à gauche de l'entrée de la ferme où est mort Duroc.

 

Le maréchal Lannes a bien entendu son nom marqué sur les tables de bronze des Maréchaux et Généraux morts pour la France, dans la galerie des Batailles au château de Versailles.

 


Son buste par François Masson y figure également.

IV. — JUGEMENT DE NAPOLÉON

A Sainte-Hélène :

« Il n'est aucun de mes généraux dont je ne connaisse ce que j'appelle son tirant d'eau. Les uns en prennent jusqu'à la ceinture, d'autres jusqu'au menton ; enfin, d'autres jusque par-dessus la tête, et le nombre de ceux-là est bien petit.

« Chez Lannes, le courage l'emportait d'abord sur l'esprit; mais chez lui l'esprit montait chaque jour pour se mettre en équilibre. J'en faisais le plus grand cas. Il n'avait été longtemps qu'un sabreur, mais il était devenu de premier talent. Je l'avais pris pygmée, je l'ai perdu géant...

« Ce pauvre Lannes avait passé dans Vienne la nuit qui précéda la bataille où il périt. Il parut au combat sans avoir mangé et se battit tout le jour. Ce concours de circonstances avait causé sa perte. .11 lui eût fallu beaucoup de forces après sa blessure, et il n'y avait plus à remédier à celles qu'il avait perdues.

« On dit d'ordinaire qu'il est des blessures qui feraient préférer de perdre la vie; il en est bien peu. C'est au moment de quitter la vie qu'on s'y rattache de toutes ses forces. Lannes, le plus brave de tous les hommes, Lannes privé de ses deux jambes ne voulait pas mourir et s'irritait au point de me dire qu'on devrait pendre tous les chirurgiens qui venaient de manquer si brutalement à un maréchal; c'est qu'il venait d'ouïr les chirurgiens qui le soignaient se dire tout bas, sans croire être entendus, qu'il était impossible qu'il en revint.

« A chaque instant, ce malheureux me demandait. Il se cramponnait à moi de tout le reste de sa vie; il ne voulait que moi, ne pensait qu'à moi. Espèce d'instinct! Assurément, il aimait mieux sa femme et ses enfants que moi : il n'en parlait pourtant pds ; c'est qu'il n'en attendait rien. C'était lui qui les protégeait, tandis qu'au contraire, moi, j'étais son protecteur; j'étais pour lui quelque chose de vague, de supérieur ; j'étais sa Providence, il l'implorait!...

« On a répandu qu'il était mort en furieux, me maudissant, qu'il avait de l'éloignement pour moi : quelle absurdité! Lannes m'adorait, au contraire. C'était assurément un des hommes au monde, sur lesquels je pouvais le plus compter. Il est vrai que, dans son humeur fougueuse, il eût pu laisser échapper quelques paroles contre moi; mais il était homme à casser la tête de celui de qui il les aurait entendues.

« Certes, nous avons appris à ne jurer de rien. Toutefois je ne pense pas que, dans nos derniers temps de désastres, il eût été possible de le voir, comme tant d'autres, manquer au devoir, à la reconnaissance et à l'honneur.

« D'ailleurs, il est à croire qu'il n'aurait pas existé. Brave comme il l'était, il est indubitable qu'il se Mt fait tuer dans les derniers temps ou du moins qu'il eût été assez blessé pour .se trouver à l'écart, hors du centre de l'influence et des affaires. Enfin, s'il eût été disponible, il était de ces hommes à changer la face des affaires par son propre poids et sa propre influence.

 

ÉTATS DE SERVICE DE JEAN LANNES
DUC DE MONTEBELLO, NÉ LE 11 AVRIL 1769, A LECTOURE (GERS)

GRADES, CORPS ET DESTINATIONS

Sous-lieutenant au 2e bataillon du Gers, 20 juin 1792 ; lieutenant, 20 octobre 1793 ; capitaine, 21 octobre 1793; chef de brigade, 25 décembre 1793; général de brigade, 17 mars 1797; général de division, 10 mai 1799, chargé du commandement de Toulouse, 19 novembre 1799; commandant et inspecteur de la garde des consuls, 16 avril 1800; ambassadeur à Lisbonne, en 1802; maréchal de l'Empire, 19 mai 1804; commandant en chef du 4e corps des côtes de l'Océan, 22 mars 1805; commandant le 5e corps de l'armée en 1805; commandant l'armée de réserve en 1807; colonel général des Suisses, 13 septembre 1807; commandant' supérieur des 3e et 5e corps d'armée en Espagne, en 1809; et le 2e corps de la Grande Armée, en avril 1809. Mort à Vienne, des suites de blessures reçues à la bataille d'Essling, 31 mai 1809.

CAMPAGNES

Aux armées des Pyrénées-Orientales, d'Italie et d'Orient; sur les côtes ; à la Grande Armée.

BLESSURES ET ACTIONS D'ÉCLAT

Blessé grièvement à Saint-Jean-d'Acre, le 29 avril 1799, et à Aboukir, le 6 août suivant; a eu la cuisse emportée à la bataille d'Essling, le 22 mai 1809.

DÉCORATIONS

ORDRE DE LA LÉGION D'HONNEUR
Chevalier, 24 septembre 1803; grand-officier, 14 juin 1804 ; grand-croix, 2 février 1805.

ORDRES ÉTRANGERS
-
Brésil: Christ, grand-croix, 28 février 1806.
- Saxe: Saint-Henri, grand-croix, 26 septembre 1807.
- Russie : Saint-André, chevalier, 26 septembre 1807.

ADDITION AUX SERVICES ET DÉCORATIONS
Duc de Montebello, en 1808.

Chant de la Promotion Marechal Lannes  1993-1996 de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr.

Paroles:

D'Austerlitz à Essling, les éclats des combats...
Du Gascon déroutant l'ennemi sous ses pas,
Retentissent encore tandis que son image,
Se manifeste à nous en admirable hommage.

Refrain :
Ta jeunesse et ta fougue jadis t'ont consacré
Auprès de tes aînés en héros admiré
Puissions-nous aujourd'hui relever le flambeau
Qu'un boulet te vola au soir de la bataille
Sois garant de nos âmes, ô fier maréchal Lannes !

L'Empereur fit de toi un maréchal de France,
Duc de Montebello, nous voulons que tes armes,
D'Arcole à Aboukir, forgées par ta vaillance,
En signe de ralliement, anoblissent nos sabres.

Refrain

Plumes blanches attachées à ta fidélité,
À l'Empereur meurtri de te voir succomber,
Plumes rouges de ton sang qui par neuf fois coula
Pour donner à la France, la gloire de tes exploits.

Refrain

Que ton nom dans la nuit à nos âmes s'attache
Et baptise à jamais l'âme de nos panaches ;
Nos trois couleurs flottant aux hampes des drapeaux
Saluent ton ciel de gloire, pavoisent nos shakos.

Refrain

http://www.carnetdechants.fr/modules/news/article.php?storyid=155

https://youtu.be/WHQzq6spfE0


Texte : d'après de Beauregard, Gérard, Les Maréchaux de Napoléon, Mame, Tours, s.d. (1900).

La ville de Lectoure, dans le département du Gers, se glorifie d'avoir vu naître le maréchal Lannes ; il partit comme volontaire dans le département du Gers, lorsque les insolentes proclamations du duc de Brunswick appelèrent aux armes la jeunesse française. Nommé sergent-major, il devint bientôt officier, et s'étant souvent distingué à l'armée des Pyrénées orientales, il parvint rapidement au grade de chef de brigade. Réformé par un gouvernement qui punissait ses meilleurs défenseurs, il resta quelque temps sans emploi. Lorsque Bonaparte prit le commandement de l'armée d'Italie, Lannes fut se présenter à cette armée comme simple volontaire. Son mérite ne pouvait être méconnu: le nouveau général en chef l'employa comme adjudant-général. Nous l'avons vu aux batailles de Montenotte, de Millesimo, au combat de Dégo, justifier par sa bravoure le choix de Bonaparte, dont il devait devenir un des plus habiles lieutenants. Il passa le Pô le premier de l'armée, se distingua au combat de Fabio, et à Lodi il fut du nombre des intrépides généraux qui s'élancèrent sur le pont à la tête des troupes. Nommé général de brigade après la prise de Pavie, qui s'était révoltée et qu'il soumit le premier, il suivit l'armée au siège de Mantoue ; là, avec six cents grenadiers, il enlève à la baïonnette le faubourg Saint-Georges, défendu par de nombreux ennemis. Quoique blessé au combat de Governo, il ne quitta point l'armée; blessé de nouveau, mais plus sérieusement, devant Arcole, il était souffrant, étendu sur un lit, lorsqu'il apprend que le combat est terrible, et qu'on ne peut forcer le passage du pont; il sort de son lit malgré ses douloureuses blessures, il se précipite au milieu de la mitraille. Atteint d'une nouvelle blessure à la tête, il tombe sans connaissance. Rétabli, il marche avec le général Victor contre les troupes que la cour de Rome a levées contre nous; à la tête de la brigade, il enlève les retranchements ennemis près d'Imola, et s'empare de la ville. Il accompagna Bonaparte en Égypte; y fut nommé général de division; fit partie de l'expédition de Syrie; se distingua dans plusieurs combats; contribua principalement au succès de la bataille d'Aboukir. Blessé à la jambe à l'attaque du fort de ce nom, il revint en France; et lorsqu'au 18 brumaire le gouvernement changea, Lannes se montra un des plus zélés amis de Bonaparte. Dans la mémorable campagne de Marengo, le général Lannes commandait l'avant-garde: il franchit le premier de l'armée le Saint-Bernard, devenu à jamais célèbre par ce passage. Le premier il attaqua les Autrichiens. Aoste, Châtillon tombent devant lui. Il escalade la citadelle d'Ivrée. Arrivé sur les bords de la Chiusella, le corps qu'il commande emporte le passage de vive force, traversant la rivière sur le pont et à la nage. Il pénètre dans Pavie, en chasse les Autrichiens, et s'empare de leur artillerie. La bataille de Casteggio et de Montebello ajoutèrent à la réputation de bravoure du général Lannes celle de général habile. C'est en mémoire de cette journée glorieuse que le nom de Montebello devint inséparable de celui de Lannes. Sa conduite, à la bataille de Marengo, lui valut des éloges publics de la part du général en chef. Ce fut à cette occasion qu'il eut un sabre d'honneur. Cette récompense, qui enfantait de si brillants exploits parmi nos guerriers, allait bientôt être remplacée par une décoration nouvelle, qui devait donner des charmes à la mort même. Au retour de cette campagne, le général Lannes fut nommé à l'ambassade de Portugal. Créé maréchal d'empire, il commanda dans les campagnes d'Austerlitz, d'Iéna et de Friedland, et soutint dignement sa grande réputation. Ce fut pendant la pénible campagne de 1807, qu'avec une franchise dont il ne se départit jamais devant celui qui la souffrait impatiemment, il répondit à Napoléon, qui le questionnait sur la Pologne : Je pense que ce pays ne vaut pas le sang du dernier caporal de l'armée. Il commanda aussi en Espagne. Saragosse en ruines fut témoin de sa bouillante audace. La guerre d'Autriche, en 1809, fut sa dernière campagne. Il mourut comme il avait vécu, environné de gloire.

 

Extrait de Éphémérides militaires depuis 1792 jusqu'en 1815, ou Anniversaires de la valeur française. Mai. par une société de militaires et de gens de lettres, 1818 Pillet aîné (Paris) 1818-1820.

 


Collection Hachette : Maréchaux d'Empire, Généraux et figures historiques (Collection de l'auteur)

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