Campagne de 1809

 

Le 23 avril 1809 : 2ème bataille de RATISBONNE (en allemand Regensburg)

Vaincu à Eckmühl, le prince Charles se retirait sur la rive gauche du Danube, par Ratisbonne. Napoléon s'y porta le 23 au matin. L'infanterie autrichienne avait déjà passé le fleuve, la cavalerie seule était encore sur la rive droite, couvrait la ville et paraissait vouloir la défendre. Attaquée par la division Gudin, chargée à trois reprises par la cavalerie des généraux Nansouty et Saint-Sulpice, sabrée et dispersée, elle rentre précipitamment dans la ville et passe le Danube. Cependant le prince Charles, qui voulait avoir le temps de faire sa retraite, place six régiments dans la ville et leur ordonne de la défendre. Ratisbonne, enveloppé d'une enceinte, défendue par un fossé et une contrescarpe, pouvait résister tout le temps nécessaire aux projets du général autrichien. Le général français, qui ne veut pas laisser à l'ennemi le temps de se reconnaître, tente une prise de vive force. En conséquence, il fait battre en brèche, malgré la mitraille et la mousqueterie qui partent de la ville; on apporte de tous côtés, des maisons et villages voisins, des échelles, des planches, et tout ce qui peut favoriser un assaut; le duc de Montebello découvre une issue dans un fossé, y mène un bataillon qui, descendant par des échelles et sous le feu de l'ennemi, arrive à une poterne, la brise et pénètre dans la ville. D'autres troupes s'y introduisent; tout ce qui résiste est tué, et les Autrichiens, pressés de toutes parts, sont obligés de capituler. Huit mille hommes mettent bas les armes, la retraite de l'ennemi est si précipitée qu'il n'a pas le temps de détruire le pont; le duc d'Auerstaedt le passe et poursuit le prince Charles jusqu'aux frontières de la Bohême.

Le général Bellegarde, avec son corps d'armée, n'avait encore pris part à aucune affaire; il venait de Bohême et n'arriva devant Ratisbonne que pour voir prendre cette ville; il suivit aussitôt le mouvement rétrograde de toute l'armée autrichienne.

Ainsi fut vengé l'affront fait à nos armes, deux jours auparavant dans cette même ville.

Le désordre, parmi les Autrichiens, était tel, qu'ils laissèrent dans Ratisbonne la plupart des prisonniers du 65e régiment, qui dès lors furent délivrés. Le colonel Coutard[1], par une ruse, avait su soustraire l'aigle de son régiment aux recherches de l'ennemi; il le conserva, et le présenta à Napoléon à la fin de l'action.

Pour la première fois de sa vie, Napoléon fut atteint par les coups ennemis. Une balle vint frapper son étrier et lui occasionna une légère contusion.

Il passa une revue des troupes devant Ratisbonne, donna de l'avancement, des décorations, des baronnies, des dotations, et par une proclamation adressée à l'armée, il lui annonça que dans ces divers combats elle avait fait cinquante mille prisonniers, pris cent pièces de canon, quarante drapeaux, trois équipages de pont, trois mille voitures de bagages attelées, et toutes les caisses militaires des régiments autrichiens; il lui promettait de nouveaux succès, et lui annonçait qu'avant un mois elle serait à Vienne. Pour cette fois encore, il lui tint parole.

Si l'on a bien suivi les différentes attaques faites par Napoléon dans ces cinq jours de combats , on se convaincra qu'encore, en cette occasion, il suivit sa manœuvre favorite, qui presque toujours lui a réussi; c'est-à-dire que, rassemblant ses plus grosses masses dans des positions resserrées et centrales pour porter de plus grands coups, et ensuite attaquant successivement avec ces principales masses chaque partie morcelée des ennemis déjà battus , afin de les séparer de plus en plus, il rendait inutile leur grand nombre, occupant d'ailleurs une trop grande étendue de terrain. Nous aurons plus d'une fois, dans le cours de cet ouvrage, l'occasion de remarquer de semblables manœuvres. Sans doute, pour les exécuter, il fallait avoir de bonnes troupes, et réussir dans la première attaque sous peine d'être enveloppé ; mais Napoléon commandait à des Français : il pouvait tout entreprendre.


[1] En 1818 lieutenant-général, commandant un département.

Forces en présence

Alliés  

37 000 hommes
 

Pertes
1 500-2 000 hommes 
 

Autriche
26 000 hommes

Pertes
6 000 morts, blessés ou prisonniers
 
   

 

Premier Bulletin de la Grande Armée

Ratisbonne, le 24 avril 1809.

Tandis que la bataille d'Abensberg et le combat de Landshut avaient des résultats si importans, le prince Charles se réunissait avec le corps de Bohême, commandé par le général Kollowrath, et obtenait à Ratisbonne un faible succès.
Mille hommes du soixante-cinquième, qui avaient été laissés pour garder le pont de Ratisbonne, ne reçurent point l'ordre de se retirer.
Cernés par l'armée autrichienne, ces braves ayant épuisé leurs cartouches, furent obligés de se rendre.
Cet événement fut sensible à l'empereur; il jura que dans les vingt-quatre heures le sang autrichien coulerait dans Ratisbonne, pour venger cet affront fait à ses armes.
Dans le même temps, les ducs d'Auerstaedt et de Dantzick tenaient en échec les corps de Rosemberg, de Hohenzollern et de Liechtenstein.
Il n'y avait pas de temps à perdre.
Le 22 au matin, l'empereur se mit en marche de Landshut avec les deux divisions du duc de Montebello, le corps du duc de Rivoli, les divisions de cuirassiers Nansouty et Saint-Sulpice et la division wurtembergeoise.
A deux heures après-midi, il arriva vis-à-vis Eckmülh, où les quatre corps de l'armée autrichienne, formant cent dix mille hommes, étaient en position sous le commandement de l'archiduc Charles.
Le duc de Montebello déborda l'ennemi par la gauche avec la division Gudin. Au premier signal, les ducs d'Auerstaedt et de Dantzick, et la division de cavalerie légère du général Montbrun, débouchèrent.
On vit alors un des plus beaux spectacles qu'aient offerts la guerre.
Cent dix mille ennemis attaqués sur tous les points, tournés par leur gauche, et successivement dépostés de toutes leurs positions.
Le détail des événemens militaires serait trop long; il suffit de dire que, mis en pleine déroute, l'ennemi a perdu la plus grande partie de ses canons et un grand nombre de prisonniers; que le dixième d'infanterie légère, de la division Saint-Hilaire, se couvrit de gloire en débouchant sur l'ennemi, et que les Autrichiens, débusqués du bois qui couvre Ratisbonne, furent jetés dans la plaine et coupés par la cavalerie.
Le sénateur général de division Demont eut un cheval tué sous lui.
La cavalerie autrichienne, forte et nombreuse, se présenta pour protéger la retraite de son infanterie; la division Saint-Sulpice sur la droite, la division Nansouty sur la gauche, l'abordèrent; la ligne de hussards et de cuirassiers ennemis fut mise en déroute.
Plus de trois cents cuirassiers autrichiens furent faits prisonniers.
La nuit commençait; nos cuirassiers continuèrent leur marche sur Ratisbonne.
La division Nansouty rencontra une colonne ennemie qui se sauvait, la chargea et la fit prisonnière; elle était composée de trois bataillons hongrois de quinze cents hommes.
La division Saint-Sulpice chargea un autre carré dans lequel faillit être pris le prince Charles, qui ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Cette colonne fut également enfoncée et prise. L'obscurité obligea enfin à s'arrêter.
Dans cette bataille d'Eckmülh, il n'y eut que la moitié à peu près des troupes françaises engagée.
Poussée l'épée dans les reins, l'armée ennemie continua de défiler toute la nuit par morceaux et dans la plus épouvantable déroute.
Tous ses blessés, la plus grande partie de son artillerie, quinze drapeaux et vingt mille prisonniers sont tombés en notre pouvoir. Les cuirassiers se sont, comme à l'ordinaire, couverts de gloire.


Le palais Residenz à Landshut, Alte stadt 79, où Napoléon revint loger le 26 avril 1809.


Vue intérieure.

 

 

Suite Le 03 mai 1809 : COMBAT D'EBELSBERG

La bande sonore de ma conférence consacrée à la campagne de 1809 est en ligne : vous pouvez la télécharger au format MP3 : Conférence1809

Sachez aussi que je suis prêt à rééditer la conférence pour les associations qui seraient intéressées. Il suffit de me contacter.

 

 

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