Géraud Christophe Michel DUROC, duc de FRIOUL (1772-1813)

 

Le 22 mai 1813. COMBAT DE REICHENBACH-Markersdorf.

Battus le 21 à Würschen (Bautzen), les alliés se retiraient sur Görlitz, défendant opiniâtrement le terrain toutes les fois qu'ils en trouvaient la possibilité. Napoléon les suivait à l'avant-garde, et les attaquait vivement, dirigeant lui-même les moindres mouvements des troupes. Arrivé sur les hauteurs de Reichenbach, l'ennemi déploya de nombreux bataillons, et garnit son front d'une artillerie formidable. Notre avant-garde l'attaqua d'abord, mais ne put l'entamer avant l'arrivée de nouvelles troupes. Les généraux Lefebvre-Desnouettes et Colbert, commandant les lanciers polonais et les lanciers rouges de la Garde, exécutèrent d'heureuses et de brillantes charges sur la cavalerie de l'ennemi. Le général Latour-Maubourg, avec la cavalerie de l'armée, décida la retraite des alliés, qui, après avoir encore résisté en arrière de Reichenbach sur les hauteurs de Markersdorf, se replièrent sur Görlitz, et la nuit mit fin, de part et d'autre, à un combat meurtrier.

Dans une charge de cavalerie, le général de division Bruguière, dit Bruyère, officier de mérite, eut la jambe emportée, et mourut peu de temps après. 

Le 22 mai, qui avait vu périr le maréchal Lannes, enleva à Napoléon un ami plus cher encore que ne lui avait été le duc de Montebello. Vers les sept heures du soir, un des derniers boulets tirés par l'ennemi rasa de près le duc de Trévise, ouvrit le bas-ventre au général Duroc, et jeta roide mort le général du génie Kirgener. Le général Duroc ne survécut que douze heures à sa blessure. Napoléon fut le voir dans la maison où on l'avait porté, et lui fit ses derniers adieux.[1]

Le général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais de Napoléon, naquit à Pont-à-Mousson, département de la Meurthe, en 1772. Élève sous-lieutenant d'artillerie en 1792 et capitaine en 1795, il était aide-de-camp du général d'artillerie Lespinasse, en 1796, à l'armée d'Italie, lorsque Bonaparte, ayant reconnu en lui d'heureuses qualités, se l'attacha en qualité d'aide-de-camp. Duroc fut cité aux gorges de la Brenta, au passage de l'Isonzo et à la prise de Gradisca. Il suivit Bonaparte en Égypte, fut blessé au siège de Saint-Jean d'Acre, et revint en France avant le 18 brumaire. Ce fut à la suite de cette journée qu'il commença sa carrière diplomatique, dans laquelle il se distingua par une prudence' et une sagacité, qui, chez lui, devançaient l'âge. Le premier consul venait de renverser la république, il avait besoin de la paix pour consolider sa puissance nouvelle. Duroc fut envoyé à Berlin pour entretenir la cour de Prusse dans des sentiments d'amitié envers la France. Il était à Marengo, et peu de temps après il partit pour Vienne chargé de négociations; elles ne réussirent qu'après la bataille de Hohenlinden, qui amena la paix de Lunéville. A la même époque, il fut envoyé à Pétersbourg, pour renouer avec l'empereur Alexandre les liens d'amitié qui avaient uni son père, Paul Ier, au premier consul, et depuis il se montra négociateur habile dans plus d'une circonstance importante.

Aux qualités qui distinguent l'homme public, le général Duroc joignait toutes celles qui font aimer l'homme privé. Officier instruit, bon ami, d'un caractère modeste, doux et affable, il emporta les regrets de tous ses anciens compagnons d'armes, que l'élévation de sa fortune ne lui firent jamais ni méconnaître, ni oublier.

 [1] Voici la conversation entre Napoléon et le général Duroc, que rapporta le Bulletin sur le combat de Reichenbach; « Le duc serra la main de l'empereur, qu'il porta sur ses lèvres. « Toute ma vie, lui dit-il, a été consacrée à votre service, et je ne la regrette que par l'utilité dont elle pouvait vous être encore. — Duroc, il est une autre vie! C'est là que vous irez m'attendre, et que nous nous retrouverons un jour! — Oui, sire, mais ce sera dans trente ans, quand vous aurez triomphé de tous vos ennemis et réalisé toutes les espérances de notre patrie. J'ai vécu en honnête homme; je ne me reproche rien. Je laisse une fille. Votre Majesté lui servira de père. L'Empereur serrant la main du grand-maréchal, resta un quart d'heure dans le plus profond silence; le grand-maréchal le rompit : « Ah ! Sire, allez-vous-en ; cet aspect vous peine ! » L'empereur quitta le duc de Frioul sans pouvoir lui dire autre chose que ces mots : « Adieu donc, mon ami. »

Extrait de Éphémérides militaires depuis 1792 jusqu'en 1815, ou Anniversaires de la valeur française. Mai. par une société de militaires et de gens de lettres, 1818 Pillet aîné (Paris) 1818-1820.
Nous avons modernisé l'orthographe et les noms des lieux, ainsi que quelques autres éléments trop datés de l'époque.

 


Markersdorf. Lieu où fut mortellement touché le général Duroc.

 

La pierre marquant l'endroit où Duroc et Kirgener furent touchés par le même boulet, aux côtés de l'Empereur, à Markersdorf, le 22 mai 1813, lors de la poursuite après la bataille de Bautzen.

Autre vue du même endroit. La pierre est sous l'arbre du fond, à gauche de la route.

Le général du génie Kirgener fut tué sur le coup, mais Duroc fut emporté dans cette ferme de Hanspach (Hanspaches Gut) toute proche, où il agonisa jusqu'au lendemain. L'Empereur vint le visiter et fut très affecté.

Voici le bâtiment où Duroc est mort le 23 mai. Il s'agit de la pièce au rez-de-chaussée, à droite. A droite, une représentation de la viste de l'Empereur à son ami mourant.  Napoléon offrit une forte somme au curé du village pour faire ériger un monument digne de son ami, mais les alliés confisquèrent la somme.

1813 N 1996

 

 

 

 

À la mémoire du Grand-Maréchal du Palais DUROC

décédé le 23 mai vers 10 heures du matin des

suites de ses blessures reçues la veille.

Ceci fit qu'on dut attendre de longues années avant qu'un monument ne commémore le tragique incident.

 

Le corps de Duroc fut emmené à Görlitz et embaumé dans cette maison,Brüderstrasse 3.

 

Le Grand-Maréchal Duroc repose maintenant aux côtés de son ami, face à Bertrand.

 

Sa statue par Perron, rue de Rivoli.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Collection Hachette : Maréchaux d'Empire, Généraux et figures historiques (Collection de l'auteur)

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