CAMPAGNE D'EGYPTE DE 1798-1801
1798
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COMPOSITION DE L'ARMEE D'ORIENT 19 mai 1798 (30 floréal An VI) : appareillage de la flotte 13 Juin 1798 (25 prairial An VI) : Conquête de Malte et séjour sur l'Île jusqu'au 18 juin 1er juillet 1798 (13 messidor an VI) : débarquement en Égypte, plage du marabout 2 juillet 1798 (14 messidor an VI) : prise d'Alexandrie 6 - 10 juillet 1798 (18-22 messidor an VI) : l'armée est à damanhour 7 juillet 1798 (19 messidor An VI) : PRISE DE ROSETTE. 10 juillet 1798 (22 Messidor An VI) : MARCHE A TRAVERS LE DESERT ET COMBAT DE RAMANIEH. 13 JuIllet 1798 (25 messidor an VI) : combat de Chebreiss (ou Chobrâkhyt) 21 juillet 1798 (3 thermidor an VI) : bataille des pyramides 22-24 juillet 1798 (4-6 thermidor an VI) : entrée au Caire 1er août 1798 (14 thermidor an VI) : bataille navale d'aboukir 5 août 1798 (18 thermidor an VI) : COMBAT D'EL KHANKA 10 août 1798 (23 thermidor An VI) : COMBAT DE MAUSOURAH. 11 août 1798 (24 thermidor An VI) : COMBAT DE SALAHIEH. 12 août 1798 (25 thermidor An VI) : COMBAT ET PRISE DE REMERIEH. 16 septembre 1798 (30 fructidor An VI) : COMBAT DE SCHOUARA. 17 septembre 1798 (1er jour complémentaire An VI) : COMBAT DE DJÉMYLÈH. 28 septembre 1798 (7 vendémiaire An VII) : COMBAT DE MIT-EL-HAROUN. 7 octobre 1798 (16 vendémiaire An VII) : BATAILLE DE SEDIMAN. 21 octobre 1798 : insurrection du Caire 9 novembre 1798 (19 brumaire An VII ) : COMBAT DE FAYOUM.
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COMPOSITION DE L'ARMEE D'ORIENT Voici le nom des généraux et des demi-brigades qui faisaient partie de l'armée d'Orient: GÉNÉRAUX DE TERRE. Andréossy, Baraguay-d'Hilliers, Belliard, Berthier, Bon, Caffarelli , Davout, Damas, Desaix, Dufalgua, Dugua, Dumas, Dumuy, Dupuy, Friant, Fugières, Kléber, Lannes, Lanusse, Leclerc, Menou, Murât, Rampon, Reynier, Vaubois, Vaux, Verdier, Vial, Zayonchek. GÉNÉRAUX DE MER. Blanquet-Duchayla, Brueys, Decrest, Ganteaume, Villeneuve. DEMI-BRIGADES D’INFANTERIE. Infanterie de ligne. Les 9e, 13e,
18e, 25e, 32e, 61e, 69e,
76e, 85e, 88e. CAVALERIE Hussards : les 7e, 22e Dragons : les 13e, 14e,15e, 18e, 20e. Un régiment des guides du général en chef. Un bataillon d'artillerie à cheval. Les 2e et 5e compagnies de mineurs. Un bataillon de sapeurs. La force des troupes de terre était de 23.000 hommes, et celle des troupes de mer de 10,000 hommes. |
19 mai 1798
(30 floréal An VI)
: appareillage de la flotte
13 Juin 1798 (25 prairial An VI) : Conquête de Malte et séjour sur l'Île jusqu'au 18 juin
Nous avons vu, aux Éphémérides du mois d'avril (le 2), quels furent les motifs qui firent entreprendre l'expédition d'Égypte. Sous le prétexte d'une descente en Angleterre, le directoire réussit à porter l'attention publique sur les côtes de l'Océan; et, à l'abri de cette opinion généralement répandue, il prépara dans la Méditerranée avec le plus grand secret la flotte qui devait porter en Afrique le général et l'armée qui lui faisaient ombrage, Le général Bonaparte, fatigué de l'espèce d'obscurité dans laquelle il vivait à Paris après le traité de Campo-Formio, obscurité peu convenable au caractère du conquérant de l'Italie, avait accepté le commandement de l'armée d'Orient. L'expédition projetée devait étonner l'Europe par sa hardiesse, et par conséquent attirer tous les regards sur son chef; c'en était assez pour décider celui qui, voulant toujours rester en vue, avait besoin de fixer l'attention par quelque chose d'extraordinaire. D'ailleurs ses victoires l'avaient déconsidéré dans l'esprit du Directoire ; et en quittant la France il parvenait à se soustraire à son autorité jalouse et soupçonneuse.
Tout était prêt pour l'expédition; le général Bonaparte partit de Paris vers le milieu de mai1798, et arriva à Toulon. La flotte était composée de quinze vaisseaux de ligne, quatorze frégates, une vingtaine de flûtes ou de corvettes, et de près de quatre cents bâtiments de transport disséminés dans les ports de TouIon, de Genèse, de Civita-Vecchia et de la Corse. Elle portait trente-six mille hommes des meilleures troupes de la République. Presque tous les généraux, officiers et soldats, avaient pris part à la brillante campagne d'Italie, et suivaient avec confiance le chef qui les avait menés si souvent à la victoire. Aux moyens propres à la conquête, le gouvernement avait ajouté tous ceux qui sont nécessaires à rétablissement d'une florissante colonie. Des savants, des gens de lettres distingués, des artistes habiles faisaient aussi partie de l'expédition, et allaient partager la gloire et les dangers de cette grande entreprise.
En arrivant à sa nouvelle armée, le général Bonaparte lui adressa la proclamation suivante :
« Soldats, Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de sièges; il vous reste à faire la guerre maritime.
Les légions romaines que vous avez quelquefois imitées , mais pas encore égalées, combattaient Carthage tour à tour sur cette même mer et aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que constamment elles furent braves, patientes à supporter la fatigue, disciplinées et unies entre elles.
Soldats, l'Europe a les yeux sur vous, vous avez de grandes destinées à remplir, des batailles à livrer, des fatigues à vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la prospérité de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre gloire.
Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis; souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns des autres.
Le génie de la liberté., qui a rendu dès sa naissance ta république l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations les plus lointaines. »
Le 19 mai, la flotte sortie de Toulon fit voile vers l'est, rallia successivement les divisions sorties de Gènes, de Civita-Vecchia et de l'île de Corse. Le 10 juin elle parut devant l'île de Malte.
Sept mille hommes, une nombreuse artillerie, tout ce que la nature et l'art peuvent créer de fortifications redoutables, défendaient la ville de Malte, l'une des plus fortes de l'Europe, et devant laquelle échouèrent en 1565 toutes les forces de Soliman; mais le grand-maître de l'ordre, Ferdinand de Hompesch , n'était pas un Jean de la Valette, et ses chevaliers ressemblaient trop à leur grand-maître pour s'illustrer par une glorieuse résistance. Le général français fit demander la permission d'entrer dans le port, et de faire de l'eau dans les divers mouillages de l'île; elle lui fut refusée. Cette demande de Bonaparte n'était qu'un prétexte; car la prise de l'île de Malte était comprise dans le succès espéré de l'expédition. Sa position importante pour le commerce du Levant rendait sa possession nécessaire à la France, pour s'assurer de la navigation exclusive dans la Méditerranée, dont les Anglais étaient à la veille de s'emparer. Elle assurait d'ailleurs les communications indispensables entre l'armée expéditionnaire et la France. Ces motifs en avaient déterminé l'attaque, que le gouvernement justifia en publiant les secours que l'ordre avait donné aux ennemis de la République, un traité conclu avec Paul Ier, et la déclaration du grand-maître, portant qu'il ne pouvait ni ne voulait reconnaître la République française, ni aucun des actes du gouvernement relatifs aux propriétés de l'ordre en France.
Le débarquement fut ordonné et s'exécuta aussitôt. Les généraux Lannes et Marmont descendirent sous le canon de la place vis-à-vis la tête de Saint-Paul. Le général Belliard, avec la 21e demi-brigade, attaqua les batteries et les forts qui défendent la rade et le mouillage de Marsa-Siroco, et s'en empara rapidement. Le général Baraguay-d'Hilliers se rendit maître de tout le midi de l'île. Les Maltais, surpris et effrayés d'une attaque aussi vive qu'inattendue, se réfugièrent en désordre dans la ville. Le 11 au soir elle était complétement investie et serrée de très-près. Pendant les journées du 10 et du 11, le feu de la place avait été assez soutenu ; mais le 12 au matin, le général Bonaparte ayant proposé une capitulation, le grand-maître en accepta les préliminaires ; elle fut définitivement conclue le 13 à bord du vaisseau l'Orient. Le même jour, l'armée française prit possession de la ville et de toutes ses dépendances.
La capitulation portait que l'île de Malte, avec toute sa marine, ses magasins, les trésors et les propriétés de l'ordre, serait remise au pouvoir des Français; que le grand-maître jouirait en Allemagne, sa vie durant, d'une pension de 600,000 francs; que les chevaliers rentreraient dans leur patrie respective , et que les Français recevraient une pension de 700 à 1000 francs.
Après avoir laissé une garnison de quatre mille hommes dans l'île, sous les ordres du général Vaubois, le général en chef mit à la voile le 20 juin, ne voulant pas, par un plus long retard, donner le temps à la flotte anglaise de venir s'opposer à son approche de l'Égypte. Cette flotte, composée de vingt-quatre vaisseaux de ligne, et commandée par l'amiral Saint-Vincent, bloquait le port de Cadix, et pouvait à chaque instant paraître dans ces parages. Nous verrons, aux Éphémérides de juillet, comment elle fut trompée sur la marche de l'armée française, et comment elle ne parut en vue de l'Égypte que lorsque le débarquement fut effectué.
1er juillet 1798 (13 messidor an VI) : débarquement en Égypte, plage du marabout

Débarquement dans l'anse du Marabout.
Après la prise de Malte (13 juin), l'armée française mit à la voile et continua sa route directement vers l'est. L'amiral anglais Saint- Vincent, qui bloquait le port de Cadix avec vingt-quatre vaisseaux de ligne, ayant été instruit par son gouvernement des projets de la France, détacha l'amiral Nelson avec treize vaisseaux de ligne et un brick, afin de poursuivre la flatte française et de s'attacher surtout à détruire le convoi. Nelson entra donc dans la Méditerranée, mais n'arriva devant Toulon que quinze jours après que la flotte en était partie. Il côtoya la rivière de Gènes et l'Italie jusqu'à Naples, où il apprit enfin que les Français, après s'être emparés de Malte, se dirigeaient sur l'Égypte. L'amiral anglais ne se croyant pas en état d'attaquer son ennemi ; résolut d'arriver avant lui en Égypte afin d'en prévenir les habitants et de multiplier, par tous les moyens, les obstacles que les Français devaient trouver dans leur débarquement. Sachant donc qu'ils suivaient la direction de l'est, il prit lui-même une direction perpendiculaire, longea la côte de Barbarie, et arriva à Alexandrie le 27 juin. Il envoya aussitôt un avis au commandant turc, pour lui faire connaître le danger qui le menaçait, et demanda en même temps de le laisser entrer dans le port pour faire eau et vivres, lui promettant d'unir ses forces à celles des Turcs pour combattre les Français.
Les habitants, prévenus depuis quelques jours par des bâtiments de commerce, prirent l'alarme à la vue de l'escadre anglaise, et crurent que c'était la flotte française qui, pour les tromper, prenait le pavillon anglais. Ils regardèrent la demande qui leur était faite comme une ruse de guerre, et ils refusèrent eau, vivres et l'entrée du port. Nelson ayant manqué ainsi son but, et cependant voulant éviter un combat en pleine mer avec la flotte française, prit la résolution de s'éloigner afin d'attendre que l'armée de terre, dont le nom seul amortissait le courage de ses marins, fut débarquée, pour n'avoir ensuite affaire qu'à l'armée navale, qui ne lui inspirait pas les mêmes craintes. Il partit donc d'Alexandrie le 30 juin, et se dirigea sur Alexandrette.
L'armée française parut devant Alexandrie le 1er juillet, à la pointe du jour. Le général en chef ayant envoyé chercher le consul français, apprit de lui l'apparition de l'escadre anglaise, et craignant à tout instant de la voir reparaître, il ordonna le débarquement, qui s'effectua malgré une mer très houleuse, à une lieue et demie de la ville, près du Marabout. Au moment où le général Bonaparte touchait terre, on signala comme ennemi un bâtiment qui paraissait à l'ouest; dans un moment d'inquiétude il s'écria: « Fortune, m'abandonnerais-tu? Encore quatre jours, et tout est sauvé! » Mais ses craintes cessèrent bientôt, lorsqu'on reconnut que ce bâtiment était la frégate la Justice, qui arrivait de Malte.
Le débarquement s'effectua sans obstacle, et nos troupes ne furent inquiétées que par quelques bédouins qui, rôdant autour de nos pelotons, pillaient et massacraient tout ce qui s'écartait du corps d'armée
Al Kornish, plage du Marabout, à environ 12 km à l’ouest du
centre d’Alexandrie, près du Santon Sidi-el-Palibri, lieu célèbre où l’armée
d’Orient, commandée par le général Bonaparte, débarque le 1er juillet 1798. (31°
8'14.58"N 29°49'19.40"E)
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Autre vue de la plage où tout a commencé... et fini !

Emplacement approximatif du Marabout.
2 juillet 1798 (14 messidor an VI) : prise d'Alexandrie

Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von
1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.
Le 2 juillet, à la pointe du jour, les troupes déjà débarquées se portèrent sur Alexandrie en trois colonnes. La division du général Bon tenait la droite, celle de Kleber le centre, et la division Menou la gauche. Le général de brigade Marmont de la division Bon, avec la 4e demi-brigade légère , attaqua la porte de Rosette, par où il entra dans l'enceinte de la ville des Arabes, après l'avoir enfoncée à coups de hache. La division conduite par Kleber monta à l'assaut presque en face de la colonne de Pompée, et pénétra dans la ville. Ce général y fut blessé dangereusement d'une balle à la tête, et marqua ainsi de son sang ses premiers pas sur une terre où il devait périr deux ans après. Le général Menou, qui avait attaqué le château triangulaire situé sur le bord du Port-Vieux, entra également dans la place, où il fut blessé d'un coup de feu à la cuisse. Chassé de l'enceinte des Arabes, l'ennemi se retira dans la nouvelle ville et dans le phare. Chaque maison était pour lui une citadelle, d'où il nous tuait beaucoup de monde ; mais enfin, avant la fin de la journée, les troupes turques renfermées dans les forts ayant capitulé, la ville se rendit à discrétion, et la tranquillité se rétablit.
Au moment même de son arrivée devant Alexandrie, le général Bonaparte avait fait remettre aux autorités de la ville une lettre pour le pacha du Caire, dans laquelle il lui disait « que le directoire exécutif de la république française avait plusieurs fois réclamé de la Sublime-Porte le châtiment des beys de Mamelouks, qui accablaient d'avanies les commerçants français; que la Sublime-Porte ayant répondu que non-seulement elle n'autorisait pas dans leurs injustices les beys, gens capricieux et avides, mais qu'encore elle leur retirait sa protection, la République française s'était décidée à envoyer une puissante armée pour mettre fin au brigandage des beys d'Égypte; qu'elle ne venait point pour porter aucune atteinte au Coran ni aux droits du Sultan; et qu'elle l'engageait, lui pacha, à faire cause commune avec elle contre les ennemis de la Sublime-Porte et des Français. »
Le lendemain de la prise d'Alexandrie, il rétablit dans ses fonctions le gouverneur turc de cette ville, après lui avoir fait prêter serment de fidélité à la République française, et il fit publier la proclamation suivante:
« Depuis trop longtemps les beys qui gouvernent l'Égypte insultent à la nation française, et couvrent les négociants d'avanies; l'heure de leur châtiment est arrivée. Depuis trop longtemps ce ramassis d'esclaves achetés dans le Caucase et la Géorgie tyrannise la plus belle partie du monde; mais Dieu, de qui tout dépend, a ordonné que leur empire finît.
Peuples de l'Égypte, on vous dira que je viens pour détruire la religion, ne le croyez pas ; répondez que je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte, plus que les Mamelouks, Dieu, son prophète et le Coran.
Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu: la sagesse, les talents et les vertus mettent seuls de la différence entre eux.
Or quelle sagesse, quels talents, quelles vertus distinguent les Mamelouks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie aimable et douce ?
Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux Mamelouks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison? Tout cela appartient aux Mamelouks.
Si l'Égypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que Dieu leur en a fait; mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple. Tous les Égyptiens sont appelés à gérer toutes les places. Que les plus sages, les plus instruits, les plus vertueux gouvernent, et le peuple sera heureux.
Il y avait jadis, parmi vous, de grandes villes, de grands canaux, un grand commerce. Qui a tout détruit, si ce n'est l'avarice, les injustices et la tyrannie des Mamelouks.
Qadhys, Cheikhs, Imans, Chorbadgys, dites au peuple que nous sommes aussi de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce pas nous qui avons été, dans tous les temps, les amis. du grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses desseins. ) et l'ennemi de ses ennemis? Les Mamelouks, au contraire , ne se sont-ils pas toujours révoltés contre l'autorité du grand-seigneur, qu'ils méconnaissent encore? ils ne font que leurs caprices.
Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! ils prospéreront dans leur fortune et leur rang! Heureux ceux qui seront neutres ; ils auront le temps de nous connaître, et ils se rangeront avec nous.
Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui s'armeront pour les Mamelouks et combattront contre nous; il n'y aura pas d'espérance pour eux; ils périront ! »

Luc Marc, La belle histoire de l'Union française, 1956.

Rue Amoud-el-Saouâri, colonne de Pompée. Elle est
située au centre ville, sur une hauteur,. En 1798, la ville, peuplée de sept
mille habitants, était réduite à la presqu’île de Pharos. La colonne se trouvait
alors en dehors du mur d’enceinte.
D’après les mémorialistes de l’époque, les soldats morts à l’assaut de la ville
sont enterrés à proximité et le général Bonaparte ordonne que leurs noms soient
gravés sur le socle de la colonne, mais aucune inscription ne figure sur ce
monument. (31°10'56.91"N 29°53'47.02"E)
Les fouilles n’ont révélé aucune sépulture de 1798. Il y a peut-être confusion
avec le cimetière situé au nord de la colonne.
6 - 10 juillet 1798 (18-22 messidor an VI) : l'armée est à damanhour
Au cours de ce séjour, le général de brigade Mireur est tué, officiellement, massacré le 9 juillet 1798 en essayant un cheval qu’il venait d’acheter. Il existe des témoignages selon lesquels il se serait suicidé, après s’être senti humilié par Bonaparte, qui lui avait retiré son commandement pour insubordination. https://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/NIQUE-V2-CHAMPOLLION-2022.pdf
Le 7 juillet 1798 (19 messidor An VI) : PRISE DE ROSETTE.
Le général Dugua, après la prise d'Alexandrie (2 juillet), marcha avec sa division sur Rosette par le bord de la mer, et s'en empara sans coup férir le 7 juillet.
10 juillet 1798 (22 Messidor An VI) : MARCHE A TRAVERS LE DESERT ET COMBAT DE RAMANIEH.
Après la prise d'Alexandrie (2 juillet), pendant que le général Dugua se portait sur Rosete par le bord de la mer (7 juillet), une flottille organisée d'après les ordres du général Bonaparte et commandée par le chef de division Perrée, se rendit par mer à Rosette, et remonta le Nil pour porter les provisions et munitions nécessaires, tandis que le reste de l'armée française se mit en marche pour le Caire, capitale de la Haute-Égypte, à travers le désert.
Le 7 juillet commença, dans les ardeurs de la canicule, sur des sables enflammés, sous un ciel d'airain, la marche la plus pénible que jamais armée française ait entreprise. Pendant trois jours nos soldats éprouvèrent tout ce que la soif la plus ardente peut faire endurer de tourments. L'air brûlant qu'ils respiraient desséchait leurs poumons, et les malheureux, dans l'impossibilité où ils étaient de trouver un peu d'eau, succombaient à la fatigue et mouraient dans un supplice horrible, ou sous le fer des Arabes qui suivaient et harcelaient l'armée.
Arrivé au hameau d'El-Ouah, on ne trouva qu'un puits qui ne contenait même qu'une boue fétide, c'était le temps de la plus grande baisse du Nil, et il n'y avait plus d'eau dans ce puits.
Quelques paysans qui habitaient une douzaine de huttes composant ce hameau, cachaient avec grand soin l'eau qu'ils destinaient à leurs familles. Malgré leurs souffrances, malgré leur désespoir, nos soldats respectèrent leur asile et payèrent au poids de l'or cette eau bienfaisante qui seule pouvait les arracher à la mort. Ils donnèrent jusqu'à six francs pour une petite bouteille. Ceux qui ne pouvaient faire cette dépense ,plutôt que de s'emparer de l'eau de vive force, continuaient à souffrir, et quelques instants après tombaient morts desséchés. Admirable discipline, caractère sublime de soldats que dans ces derniers temps on a tant calomniés !
Vers la fin du troisième jour on arriva à Birket, qui n'est qu'un ramassis de huttes de terre servant de repaire aux Arabes fellahs. On aperçut une citerne, la seule qui existait, et on y courut. Un homme y descendit; du fond de ce trou qui était prêt à devenir un tombeau commun, il prononça ce cri de mort : « Il n’y a pas d'eau ». A l'instant tous les visages s'obscurcirent d'une sombre terreur; chacun crut toucher à son heure dernière. Ce nouvel incident excita encore davantage l'altération du sang, il s'échauffa et le supplice s'accrut par l'imagination. Un soldat vit succomber un de ses camarades; inquiet, il regardait autour de lui et épiait le moment où il ne serait point vu pour égorger son ami et se désaltérer dans son sang. Mais il était observé et il ne put exécuter son horrible dessein. Il avoua depuis ce crime d'intention, qui n'était cependant pas celui de son naturel.
Les domestiques du général Reynier étaient parvenus, avec beaucoup de peine, à recueillir dans un vase, du fond de la citerne, un peu de boue liquide. A l'instant où ce général portait le vase à sa bouche un soldat qui l'aperçut courut à lui l'œil étincelant, la rage dans le cœur, et lui dit : « Général, je sais le respect que je vous dois; mais vous tenez la vie dans vos mains, et je meurs. » Il arracha le vase et aspira avidement l'humidité qu'il contenait.
Au supplice d'une soif dévorante vint aussi se joindre celui de la faim. Excédés de fatigue, les soldats, pour alléger le poids qu'ils portaient, avaient jeté leur biscuit dès le commencement de la marche, et bientôt ils n'eurent plus rien à manger. Les blés ne manquaient pas, l'armée entière couchait sur des tas de grains; mais on n'avait ni moulins, ni moyens de fabrication, et on ne pouvait trouver une once de pain.
Enfin, après des souffrances inouïes, l'armée arriva à Ramanieh, sur le Nil. Là, on rencontra pour la première fois les Mamelouks, au nombre de huit cents, ils cernèrent d'abord la division du général Desaix, qui formait l'avant garde; mais, bientôt attaqués sérieusement, ils prirent la fuite et se retirèrent sur le gros de leur armée, qui, commandée par Mourad-Bey, s'avançait pour combattre les Français.
L'armée française aperçut alors le Nil. Que de bénédictions, que de saluts reçut ce fleuve bienfaisant. Bientôt les eaux sont couvertes de nos soldats, qui puisent dans son sein une nouvelle vie, et savourent à longs traits une jouissance qu'ils ne connaissaient pas, et qu'ils ont si chèrement achetée.
13 JuIllet 1798 (25 messidor an VI) : combat de Chebreiss (ou Chobrâkhyt)
Le combat de Ramanieh n'était que le prélude d'une affaire plus sérieuse entre l'armée française et celle des Mamelouks, dont le corps battu le 10 juillet n'était que l'avant-garde.
Comme nous l'avons dit au 10 juillet, pendant que l'armée allait à travers le désert d'Alexandrie au Caire, une flottille commandée par le chef de division Pérée remontait le Nil et devait se tenir toujours à portée de l'armée de terre. Mais la flottille, peu maîtresse de ses mouvements dans un fleuve dont la navigation était inconnue, dépassa la gauche de l'armée d'une lieue et se trouva le 13 juillet en présence de la flottille que les Mamelouks avaient aussi sur le Nil. Attaquée en même temps par les troupes qui montaient cette flottille et par les troupes qui étaient sur la rive du fleuve, la nôtre eut beaucoup à souffrir. Déjà l'ennemi s'était- Égypte emparé de trois de nos chaloupes canonnières et d'une demi-galère, lorsque le chef de division Pérée, quoique blessé sérieusement au bras, parvint par son intrépidité à reprendre les bâtiments que nous avions perdus et à mettre le feu à l'amiral ennemi. Le général Andréossy commandait l'artillerie de la flottille. Les savants Monge et Bertholet, qui s'y trouvaient, montrèrent pendant toute la durée de l'action un sang-froid et un courage à toute épreuve.
Cependant les Mamelouks, instruits de l'approche de l'armée de terre, cessent le combat sur le Nil et se placent rapidement en bataille, au nombre de deux mille, au village de Chebreiss, leur droite appuyée au Nil et soutenue par huit ou dix grosses chaloupes canonnières et plusieurs batteries élevées sur le rivage. Cette courageuse milice, montée sur les meilleurs chevaux du monde, armée de sabres dont aucune arme européenne n'égale la bonté, couverte d'or et d'argent, attendait impatiemment le combat , espérant vaincre facilement ces soldats français qui ne leur paraissaient mériter que du mépris.
Le général Bonaparte, qui n'avait avec lui que deux cents chevaux, faibles et harassés des fatigues de la mer et des marches dans le désert, sentit qu'il ne pouvait les opposer à la cavalerie africaine, et devinant aussitôt la manière de vaincre les Mamelouks, il ne compta que sur son infanterie.
En conséquence, il disposa ses cinq divisions chacune formant un carré en échelons, se flanquant entre elles ayant leurs bagages au centre, l'artillerie placée aux angles et dans les intervalles des carrés. La ligne de bataille, ainsi placée, s'appuyait par ses deux ailes à deux villages dans lesquels on jeta un grand nombre de tirailleurs, et par des feux croisés opposait un invincible obstacle aux charges impétueuses, mais désunies, des Mamelouks.
Cette impatiente cavalerie inonda bientôt toute la plaine, et Mourad-Bey, débordant nos ailes, chercha de tous côtés sur nos flancs et nos derrières le point faible pour pénétrer dans les carrés et renverser ces murs de fer et de feu. On les laisse approcher jusqu'à la portée de la mitraille, et l'artillerie se démasquant alors, les disperse et couvre la terre de cadavres d'hommes et de chevaux. Ces hommes remplis de courage, mais ignorants des plus simples manœuvres, ne forment plus une masse; les uns continuent leur charge dans la même direction et sont tués à bout portant par la mousqueterie; d'autres, parvenant isolément à tourner les façades des carrés, viennent se ruer sur nos baïonnettes et sont tous massacrés.
Enfin Mourad-Bey, après avoir vu moissonner ses plus braves Mamelouks, abandonne le champ de bataille, couvert de plus de trois cents des siens, et se retire vers le Caire.
Le succès de la bataille ou plutôt du combat de Chebreiss, eut une grande influence sur les habitants de l'Égypte, qui, d'après l'opinion des Mamelouks, croyaient les Français incapables de résister à cette milice. Dès ce moment ils furent moins disposés à la résistance, et portèrent vers l'armée française la confiance que jusque là ils avaient eu dans la puissance des Mamelouks. Ceux-ci même commencèrent à sentir quelque terreur des Français, et le général Bonaparte, en donnant à son armée, par une heureuse innovation, la force et la masse impénétrable de la phalange macédonienne, lui inspira une telle assurance qu'on put dès lors regarder comme assurée la conquête de l'Égypte.
21 juillet 1798 (3 Thermidor An VI) : bataille des pyramides


Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von
1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.
Après le combat de Chebreiss (13 juillet), l'armée française avait continué sa marche sur le Caire, en remontant le Nil. Si la soif ne faisait plus souffrir nos soldats, l'excessive chaleur et la faim les tyrannisaient d'une manière cruelle. Les vinages- étaient abandonnés, les paysans avaient tout emporté, et l'on couchait sur des tas de blé, sans pouvoir obtenir un morceau de pain, faute de teTIl4et de moyens de moudre. C'était heureusement le temps de la récolte des melons d'eau connus sous le nom de pastèques ; ce fruit, à la fois rafraîchissant et nourrissant, et très commun dans la Basse-Égypte, fut pendant huit jours la seule nourriture de l'armée.
Enfin, après avoir été en butte pendant huit jours aux fatigues les plus insupportables, l'armée aperçut les pyramides le 2 juillet au soir, et apprit que Mourad-Bey ayant réuni les beys de l'Égypte, six mille Mamelouks et trente pièces d'artillerie dans son camp d'Embabeh, vis-à-vis le Caire et sur la rive gauche du Nil, attendait les Français. Le 21 au matin, l'armée marcha à la rencontre des Mamelouks , et à trois heures après midi elle replia leurs avant- postes jusque dans leur camp. Malgré les fatigues des jours précédents et celles de la journée, le général Bonaparte rangea aussitôt ses divisions en ordre de bataille. Ses dispositions furent les mêmes qu'à Chebreiss, c'est-à-dire que toutes les divisions formèrent des carrés, s'échelonnant et se flanquant réciproquement; elles se placèrent en demi-cercle autour du camp des Mamelouks, de manière que ce camp se trouvait au centre, et le Nil en formait le diamètre. A la vue des pyramides et de la ville du Caire, nos soldats, oubliant leurs fatigues, avaient, par acclamation, salué ces masses indestructibles par lesquelles les hommes semblent avoir défié le temps. Le général Bonaparte passe dans tous les rangs, et par une de ces courtes, et énergiques harangues dont il connaissait si bien Ie secret, il excite encore leur imagination déjà exaltée: «Soldats, leur dit-il, du haut de ces monuments, quarante siècles vous contemplent ! » L’armée répond par un cri de victoire et s’ébranle aussitôt.
Les Mamelouks préviennent ce mouvement ; ils fondent sur les deux divisions Desaix et Reynier, qui s'avançaient entre Gizeh et Embabeh. Celles-ci s’arrêtent et ne font usage de leurs feu qu'à demi-portée de la mitraille et de la mousqueterie. Les Mamelouks, à la tête desquels est Mourad Bey, s’acharnent en vain à rompre ces murailles de feu, ces remparts de baïonnettes ; soit en les tournant, soit en les attaquant de front; ils sont obligés de se retirer dans le plus grand désordre et la plaine reste jonchée des cadavres de ces intrépides cavaliers et de leurs brillantes dépouilles.
Pendant que ces charges s'exécutaient contre notre droite, le général Bonaparte dirigeait sur les retranchement du village d'Embaheh, où était restée une partie des Mamelouks, la division Bon, et celle du général Menou (Blessé à la prise d'Alexandrie et resté dans cette ville), commandée par le général Vial, afin de les tourner par la gauche. Les Mamelouks sortent au galop, et causent d'abord quelque dommage au carré sous les ordres du général Rampon; mais bientôt repoussés dans leur camp, les Français y entrent pêle-mêle avec eux, et en font une horrible boucherie. Une partie se jeta dans le Nil pour se sauver à la nage ; mais contraints de passer sous le feu d'un bataillon de carabiniers, rangé sur la rive, ils furent presque tous tués et noyés.
Mourad-Bey, battu, s'enfuit dans la Haute-Égypte, et fut poursuivi le jour même par la division Desaix jusqu'à Gizeh au-delà du Caire, à l'entrée de la grande vallée du Nil ; Ibrahim-Bey, qui était resté avec un corps de Mamelouks sur la rive droite, voyant la défaite de Mourad, se retira précipitamment vers le désert de Syrie, abandonnant ainsi le Caire à lai discrétion des Français, qui en prirent possession le lendemain, 22 juillet.
A la bataille des Pyramides, les Mamelouks eurent deux mille tués ou blessés, et laissèrent. en notre pouvoir quatre cents chameaux et toute leur artillerie. Notre perte fut de trente hommes tués et cent vingt blessés.

Cliquez pour agrandir. On aperçoit les pyramides au centre droit de la photo, à
l'horizon.
La bataille dite des Pyramides, livrée contre les mamelouks le 21 juillet 1798,
se déroule en réalité à une dizaine de kilomètres au nord-ouest du Caire, entre
Embabeh et Guizeh, villages de la rive gauche du Nil.
Il y a 13 km entre les deux, mais le site est actuellement malheureusement
intégralement construit. En raison de leur taille, elles étaient visibles du
champ de bataille. On aura la meilleure vue sur ce qui fut le champ de bataille
à partir des hauteurs du côté de Al Ahram, Al-Mokattam Street. (30° 1'0.41"N
31°16'28.07"E)
Le général Bonaparte et sa suite visitent les pyramides et le Sphinx le 19
septembre 1798. Une autre excursion fut organisée par le général Kléber le 5
janvier 1799.
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1er août 1798 (14 thermidor An VI) : bataille navale d'aboukir


La baie d'Aboukir sur GoogleEarth. On notera le fort et l'Île Nelson.
Après le débarquement de l'armée de terre et la prise d'Alexandrie (2 juillet), au moment où le général Bonaparte se mettait en marche vers le Caire, il ordonna à l'amiral Brueys d'aller mouiller avec l'escadre dans la rade d'Aboukir, à neuf lieues Est d'Alexandrie. Les vaisseaux de ligne ne pouvant, sans quelque danger, mouiller dans le port de cette ville, on n'y laissa que les transports et les bâtiments de guerre qui, tirant moins d'eau, pouvaient y rester en sûreté. L'amiral avait ordre de se rendre à Corfou avec les vaisseaux de ligne dans le cas où, attaqué par des forces supérieures, il ne pourrait se défendre embossé dans la rade d'Aboukir. L'escadre vint donc mouiller à Aboukir le 5 juillet. Elle était composée des vaisseaux l’Orient, de 120 canons ; le Guillaume Tell, de 80; le Tonnant, de 80; le Franklin, de 74 ; l’Aquilon, de 74; le Généreux, de 74.; le Mercure, de 74;l'Heureux , de 74; le Guerrier, de 74 ; le Timoléon, de 74; le Peuple souverain, de 74; le Conquérant, de 74 ; le Spartiate, de 74; de quatre frégates et de quelques bricks qui ne prirent point part au combat et s'éloignèrent. Brueys la plaça sur une seule ligne, en s'approchant aussi près de terre que les bancs de sable le lui permettaient, et laissa, entre chacun de ses vaisseaux un intervalle de quatre-vingts brasses. Quelques batteries insuffisantes et trop éloignées pour pouvoir flanquer efficacement là ligne d'embossage, furent élevées sur le rivage, et l'amiral français se croyant certain de n'avoir laissé, entre la tête de sa ligne et la terre, que l'espace nécessaire aux manœuvres d'appareillage ,s'endormit imprudemment dans la position qu'il venait de prendre.

Battle of the Nile, August 1st 1798, par Nicholas Pocock. (National
Maritime Museum)
La côte est à droite, donc la vue est prise du nord-ouest vers le sud-est.
Nous avons vu, au 2 juillet, que l'amiral Nelson, malgré sa vigilance, n'avait appris que très tard la direction de l'armée française; qu'arrivé devant Alexandrie avant elle, et n'ayant pu entrer dans cette ville par suite de la méprise des Turcs, qui prirent son escadre pour la flotte française, il avait quitté ces parages pour tâcher de rencontrer celle-ci et de l'observer dans sa route* L'amiral anglais, après avoir par-
couru dans ce dessein les côtes de la Morée et tout l'Archipel, n'ayant rien appris et manquant d'eau et de vivres, fut contraint de revenir sur les côtes de la Sicile, où le roi de Naples, malgré qu'il fût en paix avec la république , lui fit fournir tout ce qui lui était nécessaire. Après avoir employé quelques jours à son ravitaillement dans le port de Syracuse, il remit à la voile, et de nouveau se dirigea vers l'Égypte avec treize vaisseaux de 74, un de 5o, et un brick. Si le roi de Naples, fidèle aux traités, n'eût point fourni des vivres à Nelson, celui-ci était obligé d'aller à Gibraltar, et dès lors c'en était fait de la grande réputation que s'est acquise depuis l'amiral anglais. Dès qu'on eut appris en Angleterre qu'il était revenu sur ses pas sans avoir trouvé la flotte française, un cri général de mécontentement s'éleva contre lui; son remplacement et sa mise en jugement furent vivement réclamés, et l'amirauté fut fortement blâmée d'avoir mis à la tête d'une aussi importante expédition un contre-amiral trop nouvellement promu. Si Nelson eût poussé jusqu'à Gibraltar, les ordres contre lui eussent eu le temps d'arriver , et probablement il eût été perdu. Le manque de foi du roi de Naples le mit à même de recommencer sans retard ses recherches, et l'événement l'ayant rétabli dans l'opinion de ses compatriotes, au lieu de châtiments, les honneurs et les dignités lui furent prodigués.
Le 1er août, à midi, Nelson arriva en vue d'Alexandrie et fit voile aussitôt vers Aboukir.

Vue actuelle sur la baie d'Aboukir à partir de la route côtière vers Rachid
(Rosette)
On notera, à gauche, la ville, en face, le port et le fort, à droite, l'Île
Nelson.
Cliquez pour agrandir.
L'escadre française était à l'ancre, rangée comme nous l'avons dit plus haut. Un conseil, assemblé par Brueys, décida, sur la proposition de l'amiral, qu'elle combattrait dans cette position plutôt que de mettre à la voile et d'aborder l'ennemi, libre de tous ses mouvement. Ce parti eût peut-être été bon si l'amiral français n'avait pas commis la faute de trop éloigner ses vaisseaux les uns des autres, de manière à laisser le passage à plusieurs vaisseaux de front dans les intervalles, et si, d'ailleurs, l'ennemi n'eût pu passer entre la terre et l'escadre, comme on le supposait impossible. Une autre circonstance vint encore aggraver la défavorable position de notre escadre: depuis près d'un mois qu'elle était embossée, la nécessité de se procurer de l'eau avait contraint de débarquer souvent une partie des marins pour en aller chercher; le jour où les Anglais parurent, la moitié des équipages était à terre, et malgré l'ordre qui fut donné sur-le-champ, un très-petit nombre d'hommes eurent le temps de revenir à bord; de sorte que, pendant tout le combat, le service ne se fit sur nos vaisseaux que difficilement.
Autant l'amiral anglais avait pu craindre de combattre l'escadre française lorsque les troupes de terre étaient encore à son bord, autant il dut être satisfait de la trouver montée seulement par ses équipages; il ne laissa donc point échapper une aussi belle occasion. Dès qu'il eut reconnu sa mauvaise position, il s'avança sur elle toutes voiles au vent. Par une manœuvre audacieuse, on vit alors la moitié des vaisseaux anglais se porter vers la tête de notre ligne pour franchir l'espace qui la séparait de la côte, et se placer entre elle et la terre. Une djerme - petit bâtiment à l'usage des pays qui bordent la Méditerranée - montée par des pilotes du pays, dirigeait leur marche. Cette manœuvre de l'ennemi était pour lui des plus dangereuses, car, s'engageant ainsi aussi près de terre, il risquait de perdre plusieurs de ses vaisseaux dans cette passe difficile, et s'exposait en outre à être cerné par un mouvement demi-circulaire que pouvait faire la queue de notre armée. Les mauvaises dispositions de l'amiral Brueys et le manque d'ensemble dans les manœuvres secondèrent la hardiesse des Anglais.
Il est assez singulier que cette courageuse et habile manœuvre des Anglais, qui leur assura la victoire, ne fut point exécutée par l'ordre de Nelson. On trouve dans la vie de cet amiral, publiée à Londres, et dans les journaux anglais du temps, qu'il ne fit aucun signal qui l'indiquât, et que seulement il avait donné pour instruction à ses capitaines de se former de la manière qu'ils trouveraient la plus convenable, pourvu toutefois qu'ils pussent se soutenir mutuellement. On y voit également que c'est au capitaine Foley, commandant le HMS Goliath, qui suivait le HMS Culloden, et qui servit de guide aux autres vaisseaux, que l'amiral anglais dut la manœuvre qui lui donna la victoire.
A cinq heures du soir, le HMS Culloden, essaya de passer entre la côte et le vaisseau le Guerrier, qui fermait la tête de la ligne française ; il échoua. Cinq autres vaisseaux suivirent, firent un plus grand détour, passèrent, dès les premières bordées coulèrent la frégate la Sérieuse, qui se trouvait en arrière de notre ligne, et vinrent attaquer aussitôt l'avant-garde et le centre de l'armée française.
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brueys d'aigalliers (François-Paul, comte de) Vice-Amiral Tué à Aboukir__1799 (sic) |
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Soit que la chaleur de l'action ou la position de l'ennemi ne le permît point, on négligea de faire savoir à l'escadre la mort de son amiral , de sorte que le combat continua avec le même acharnement, mais pas avec plus d'ensemble , ni plus de bonheur. Le contre-amiral Blanquet-Duchayla, commandant l'avant-garde, montait le Franklin et devait succéder à Brueys dans le commandement général; mais il fut bientôt lui-même dangereusement blessé.
Pendant que nos vaisseaux, privés de leurs amiraux, ne se battaient qu'avec plus d'ardeur, les vaisseaux anglais profitant de la supériorité numérique que leur manœuvre leur avait donnée, groupés autour d'eux, les couvraient d'une grêle de boulets. L'amiral anglais avait été blessé à la tête ; quoique la blessure ne fût que superficielle, il quitta le pont du HMS Vanguard, et pendant tout le temps que dura le combat il resta dans l'entrepont à vaquer aux détails de sa correspondance.
Vers les neuf heures, les vaisseaux de notre avant-garde, écrasés par le feu de l'ennemi, démâtés et désemparés en entier, furent contraints d'amener. Les vaisseaux vainqueurs se portèrent alors sur le centre et l'arrière-garde, et le feu ne devint que plus violent.
Quelques moments après la mort de l'amiral Brueys, une pièce de bois enflammée tomba sur un des baquets d'huile et de peinture qu'on avait laissés par mégarde sur la dunette de l'Orient - Le jour de l'attaque des Anglais, on était occupe à peindre l'Orient - ; cette huile s'enflamma et répandit le feu à grands flots sur cette partie du vaisseau. A l'instant les flammes s'élevèrent, dévorant tout avec rapidité; les peintures encore fraîches, dont tous les bois étaient empreints, fournirent un aliment à ce terrible incendie, qui s'étendit aussitôt sur le gaillard de l'avant. Ce fut en vain que l'équipage chercha à éteindre le feu; il ne pût y parvenir, et la mâture fut bientôt embrasée. Malgré l'horrible danger qui les environnait, les braves marins qui montaient ce vaisseau ne songeaient qu'à combattre. Chassés du premier pont par les flammes, ils se retirèrent dans la batterie de trente-six et envoyèrent encore quelques bordées aux Anglais; mais enfin, quand le feu eut dévoré toute la partie supérieure et qu'il les atteignit dans cette dernière retraite, ils se jetèrent à la mer par les sabords, cherchant à gagner la terre à la nage ou à la faveur des nombreux débris qui couvraient les flots. Le chef d'état-major de l'escadre, Ganteaume, fut assez heureux pour se sauver à l'aide d'un canot. Le capitaine de pavillon Casabianca avait été dangereusement blessé. Son fils, garde-marine, âgé de dix ans, et d'une grande espérance, avait toujours combattu près de lui. Lorsque les flammes forcèrent les restes de l'équipage à abandonner le vaisseau, plusieurs matelots voulurent en vain emmener cet enfant avec eux. « Sauvez-vous, mes amis, s'écria cette jeune etintéressante victime de l'amour filial, vous pouvez encore être utiles à la patrie ; pour moi, je ne quitte pas mon père."

Battle of the Nile, August 1st 1798, par Thomas Whitcombe (National
Maritime Museum), in James Jenkin's Naval Achievements of Great Britain from
the Year 1793 to 1817 (1817)
Cependant il était près de onze heures; le terrible moment de l'explosion approchait. Le feu gagne la sainte-barbe, et, se communiquant aux poudres, fait sauter à une immense hauteur cette masse énorme avec environ cinq cents hommes qui se trouvaient encore dessus. La détonation fut terrible; à son bruit effrayant, à la subite clarté de la flamme qui semblait s'être élevée jusqu'au ciel, succéda une profonde obscurité et le silence le plus sinistre. Il n'était interrompu que par le bruit que faisaient en tombant d'une hauteur prodigieuse, les mâts; les canons, les hommes et les débris de toute espèce qui, dans leur chute, menaçaient d'écraser ou d'incendier les vaisseaux sur lesquels ils pouvaient tomber.
Au moment où le feu se manifesta à bord de l'Orient, les Anglais, craignant pour eux-mêmes, s'étaient éloignés et avaient réuni tous leurs efforts sur le Franklin et le Tonnant. L'explosion de l'amiral français frappa de stupeur les deux escadres, et pendant un quart d'heure le feu cessa des deux côtés; mais l'ennemi, délivré du danger de la communication du feu, et ne voulant rien perdre de ses avantages, recommença bientôt le combat. Le Franklin, sur lequel le feu avait pris quatre fois, entouré par cinq vaisseaux anglais, résistait courageusement à une aussi violente attaque. Il avait perdu les deux tiers de son équipage, les mats étaient abattus, presque tous les canons démontés. Le contre-amiral Duchayla, que sa blessure privait de la vue, revenu à lui, était remonté sur le pont, et encourageait encore nos marins. On vint lui. dire qu'il ne restait plus que trois canons capables de faire feu. « Tirez toujours, s'écria le brave amiral, notre dernier canon peut être funeste à l'ennemi ! » Il fallut cependant se. rendre; les restes de l'équipage, harassés de fatigue, ne pouvaient plus même s'opposer à la tentative que faisaient les Anglais de monter à l'abordage. Le Mercure, l'Heureux et le Tonnant, attaqués aussi, avaient été obligés de couper leurs câbles pour éviter que leur position, rapprochée de l'Orient, ne leur devînt funeste; les deux premiers s'échouèrent. Après la prise du Franklin, le capitaine Dupetit-Thouars, commandant le Tonnant, se trouva entouré de la presque totalité de l'escadre ennemie. Ce marin, aussi distingué par ses talents que par son courage, ne pouvant plus espérer la victoire, voulut du moins périr avec gloire. Il sut communiquer à ses braves compagnons la valeur qui l'animait, et, au milieu d'une grêle de boulets, on n'entendait sur son bord que les cris mille fois répétés de « Vive la République ! » Malgré leur nombre, les Anglais redoutaient ce vaisseau, qui ne démentit point son nom, et n'osaient tenter l'abordage. Dupetit-Thouars eut un bras emporté; on voulait l'enlever; mais, comme Brueys, il ne le permit pas, et resta sur son banc de quart. Quelques instants après, un autre boulet lui enleva les deux cuisses ; alors seulement on put l'arracher à son poste, et ce noble tronc mutilé, ne poussant pas une plainte, ne fit entendre que ces paroles pleines de vaillance : « Braves marins, équipage du Tonnant, ne vous rendez jamais ! »

Battle of the Nile, August 1st 1798, par Thomas Whitcombe, 1816.
(National Maritime Museum)
L’explosion de l’Orient. Impressionnées par l'événement, les deux flottes
cessent un moment le combat pour observer la scène.

Autre vue actuelle sur la baie d'Aboukir à partir de la route côtière vers
Rachid (Rosette)
Cliquez pour agrandir.
L'officier qui prit le commandement après lui s'appelait Belliard. Digne successeur de Dupetit-Thouars, il se défendit encore longtemps avec la même opiniâtreté; mais criblé de boulets , et toute la mâture étant à bas, le vaisseau ne fut plus retenu, et courant à la dérive se jeta à la côte.
La résistance héroïque du Tonnant, qui dura jusqu'à trois heures du matin, empêcha les trois derniers vaisseaux de la ligne française et deux frégates d'être attaqués trop vivement. Jusqu'à six heures du matin, l'amiral Nelson, dont les vaisseaux avaient beaucoup souffert pendant le terrible combat de la nuit, se hâta de faire ragréer ceux qui étaient le moins désemparés, afin de les envoyer contre l'arrière-garde française ; mais le contre-amiral Villeneuve, qui n'avait été que faiblement maltraité, leva l'ancre, appareilla, et ayant rallié au Guillaume Tell qu'il montait le Généreux et les frégates la Justice et la Diane, qui portait le contre-amiral Decrès, il fit voile pour Malte.
Les Anglais avaient tellement été maltraités qu'ils ne purent seulement envoyer deux vaisseaux à la poursuite de Villeneuve. L'amiral anglais employa les journées du 2 et du 3 à réduire les vaisseaux échoués qui se défendaient encore avec acharnement, et resta enfin maître du champ de bataille et de dix vaisseaux; mais il fut obligé d'en brûler ou couler quatre, mis hors de service par le feu qu'ils avaient soutenu. Les Anglais restèrent dans la baie d'Aboukir quelques jours à se remâter, et partirent ensuite pour Gibraltar, emmenant avec eux les six vaisseaux qu'ils avaient pris.
Le blâme général, qui avait d'abord accusé Nelson, se changea en louanges outrées. En récompense de sa victoire, divers souverains le comblèrent d'honneurs et de décorations. Le roi d'Angleterre lui donna le titre de baron du Nil, et une pension de 50.000 fr., réversible sur ses descendants. Le grand seigneur même, qui à cette époque se liguait avec l'Angleterre et la Russie contre la France, envoya à l'amiral anglais une superbe pelisse de la valeur de 25.000 fr., et une aigrette en diamants valant près de 100,000 fr., que le sultan avait ôtée de son propre turban. Il n'est pas venu à notre connaissance que le capitaine Foley qui, d'après ce que nous avons dit ci-dessus, conçut et dirigea la manœuvre qui acquit tant de gloire à Nelson, fut autrement célébré et reçut dans cette occasion quelque récompense.
Les suites de la bataille navale d'Aboukir furent encore plus dangereuses pour la France sous les rapports de sa politique extérieure que sous les rapports militaires et particuliers à l'expédition d'Égypte. L'Angleterre profita habilement de ce succès pour décider contre la république des ennemis nouveaux qui n'avaient encore osé se déclarer. Les Russes ayant traité par son entremise avec la Porte, purent disposer de nombreuses troupes et les envoyer jusqu'en Italie et en Suisse se réunir aux Autrichiens contre nos valeureuses phalanges; et le grand seigneur lui-même, que l'occupation d'une de ses provinces par l'armée française avait déjà indisposé, fit cause commune avec la coalition.
Le général Bonaparte venait de repousser Ibrahim Bey au-delà de Salahieh, et retournait au Caire, lorsqu'il reçut le rapport du général Kléber, qui, d'Alexandrie, lui apprenait la catastrophe d'Aboukir ne laissa paraître aucune émotion à la lecture de la lettre ; et, après l'avoir achevée, il s'écria avec le plus grand sang-froid : « Nous n'avons plus de flotte, eh bien, il faut rester dans ce pays, ou en sortir grands comme les anciens. » Sans plus tarder, il annonça ce malheur à l'armée comme un événement ordinaire. Le calme de sa physionomie, l'enthousiasme qu'il mettait dans tous ses discours, en s'efforçant de faire voir aux soldats la gloire qu'ils étaient dans la nécessité d'acquérir pour se soustraire à ce revers, gagnèrent tous les esprits, et ces braves Français, quoique séparés de l'Europe par une vaste mer, se sentirent néanmoins assez, forts pour se suffire à eux-mêmes, achever leurs desseins, fonder et défendre un nouvel empire.
5 août 1798 (18 thermidor an VI) : COMBAT D'EL KHANKA
Après la prise du Caire (22 juillet), la division du général Regnier se mit à la poursuite d'Ibrahim Bey. Attaqué au village d'El Khanka par une nuée d'Arabes soulevés par les Mamelouks, ce général les battit et les dispersa après en avoir tué un grand nombre.
10 août 1798 (23 thermidor An VI) : COMBAT DE MAUSOURAH.
Après la prise du Caire (22 juillet), le général Vial avait été envoyé à Damiette avec quelques troupes pour occuper cette ville et celles environnantes. Une compagnie d'infanterie et soixante dragons qu’il avait postés à Mausourah furent attaqués le 10 août par quatre mille Arabes. Après une vive résistance, cette poignée d'hommes, qui s'étaient d'abord retranchée dans une maison, n'espérant pas pouvoir repousser cette multitude d'ennemis, s'ouvrit un passage à la baïonnette, traversa le Nil sur un bateau, et se retira sur la rive droite vers le Caire, où elle fut soutenue par le général Dugua, que le général Bonaparte envoyait de Salahieh.
11 août 1798 (24 thermidor An VI) : COMBAT DE SALAHIEH.
Après la bataille des Pyramides (21 juillet), Ibrahim Bey, resté spectateur du combat avec ses Mamelouks sur la rive droite du Nil, tandis que Mourad Bey combattait sur la rive gauche, abandonna le Caire et se retira sur Belbeis, vers la Syrie. Le général Bonaparte voulant l'éloigner de la capitale de l'Égypte, marcha à lui dans les premiers jours d'août avec la cavalerie du général Murat et les troupes aux ordres des généraux Regnier, Dugua et Lannes. Le 9 août, dans leur marche sur Belbeis, les Français rencontrèrent une partie de la caravane qui, tous les ans partant du Caire pour la Mecque, va dans cette ville, soit pour affaires de commerce, soit pour y faire ses dévotions sur le tombeau de Mahomet. Alors de retour, celle-ci approchait du Caire lorsqu'elle fut attaquée et dispersée par les Arabes. Ceux - ci emmenaient dans le désert leur riche prise, lorsqu'ils furent atteints par notre cavalerie, et forcés d'abandonner la plus grande partie de leur butin. Le général en chef fit rendre aux Égypte marchands et aux pèlerins tout ce qui avait été repris aux Arabes, et leur donna une escorte pour les conduire au Caire.
Au-delà de Belbeis, nos troupes trouvèrent l'autre partie de la caravane, qui était parvenue- à joindre l'arrière-garde d'Ibrahim Bey, lorsqu'elle avait été attaquée par les Arabes. A l'approche des Français, les Mamelouks qui l'escortaient prirent la fuite. Les marchands et pèlerins s'étant joints alors à ceux qui déjà marchaient vers le Caire, arrivèrent dans cette ville sans autres accident, protégés par l'escorte française.
Le 11 août, notre cavalerie, qui se composait de trois cents chevaux, atteignit au-delà de Salahieh quatre cents Mamelouks qui couvraient la retraite d'Ibrahim, ses bagages et ses trésors, que l'on apercevait se dirigeant vers le désert de Syrie. Quoique notre infanterie ne fût point encore à hauteur de la cavalerie, le général Bonaparte fit charger l'arrière-garde ennemie. Les Mamelouks se retirèrent d'abord, et laissèrent entre les mains des Français cinquante chameaux et deux pièces de canon; mais se reportant bientôt en avant, ils tombèrent avec impétuosité sur nos trois cents cavaliers. La mêlée fut terrible. Généraux, officiers et soldait se battirent pendant quelques instants corps à corps. Mais enfin l'adresse l'emporta-sur le nombre et les Mamelouks furent contraints de se retirer, laissant sur le champ de bataille une cinquantaine des leurs. Les Français perdirent un égal nombre de cavaliers.
Non seulement les Arabes, mais encore les Mamelouks avaient dévalisé les marchands de la caravane; de sorte que nos soldats s'emparaient des dépouilles des morts, trouvèrent sur eux de grandes richesses. Les cachemires surtout affluaient dans le camp français et nos soldats s'en servaient même pour envelopper les choses les plus grossières. Ibrahim Bey s'étant enfoncé en Syrie, le général Bonaparte retourna au Caire. Ce fut au moment où il se dirigeait sur cette ville, le surlendemain du combat de Salahieh, qu'il apprit le désastre de notre flotte à Aboukir.
12 août 1798 (25 thermidor An VI) : COMBAT ET PRISE DE REMERIEH.
Le général Fugières, envoyé, après la prise du Caire (22 juillet), pour gouverner une des provinces du Delta, arriva le 12 août devant la ville de Remerieh, qu'il trouva fermée par les habitants en armes et disposés à se défendre. Les ayant fait sommer en vain, il pénétra dans la ville de vive force, et parvint à s'en rendre maître après un combat long et sanglant , dans lequel périrent près de quatre cents habitants.
16 septembre 1798 (30 fructidor An VI) : COMBAT DE SCHOUARA.
Les Arabes de la province de Charqieh s'étaient réunis au nombre de quinze cents. Ayant fait une attaque sur Damiette, ils furent repoussés par le général Vial, qui y commandait. Ce général les poursuivit par terre jusqu'au village de Schouara avec quatre cents hommes, tandis que le général Andréossi, avec une flottille remontait le Nil, et débarquant sur la rive droite, prenait en flanc l'ennemi, déjà culbuté par les troupes de terre. Les Arabes, mis en fuite, perdirent trois cents hommes, deux pièces de canon et trois étendards. La perte des Français ne fut que de quelques hommes.
17 septembre 1798 (1er jour complémentaire An VI) : COMBAT DE DJÉMYLÈH.
Le général Dugua envoya, le 17 septembre, le général Damas avec un bataillon de la 75e reconnaître le canal d'Achmoùn, et soumettre les villages qui refusaient obéissance. Arrivé au village de Djémylèh, un parti d'Arabes, réuni aux fellahs ou habitants, attaqua nos troupes. Les dispositions furent bientôt faites et l'ennemi repoussé. Le chef de bataillon du génie Cazalès fut cité pour s'être particulièrement distingué dans cette occasion
28 septembre 1798 (7 vendémiaire An VII) : COMBAT DE MIT-EL-HAROUN.
Les Arabes occupaient le village de Mit-el-Haroun, environné de tous côtés par l'inondation ; ils s'y croyaient en sûreté et infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs brigandages. Les généraux Murat et Lanusse les y attaquèrent le 28 septembre, et les dispersèrent après leur avoir tué deux à trois cents hommes. Leurs troupeaux, leurs chameaux et tous leurs effets devinrent le partage des vainqueurs, qui poursuivirent les fuyards pendant cinq lieues, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture.
7 octobre 1798 (16 vendémiaire An VII) : BATAILLE DE SEDIMAN.
Après la bataille des Pyramides (21 juillet), Mourad Bey s'était retiré avec ses Mamelouks dans la Haute-Égypte, où il occupait la riche province du Fayoum. Non inquiété par les Français pendant un mois, il n'était cependant point resté dans l'inaction, et avait rallié à lui un grand nombre de Mamelouks et d'Arabes, dont il avait formé un rassemblement considérable autour du village de Behnessé, sur le canal de ce nom, qui porte ses eaux dans la province du Fayoum.
Le général Desaix, instruit de ces mouvements, partit avec sa division de la province de Gizeh, près du Caire, le 25 août, pour se rendre dans la Haute-Égypte, et remonta le Nil sur une flottille composée de deux demi-galères et six avisos. Arrivé à Benissouèf le 31, il se porta par une marche forcée à Behnessé, sur le canal de Jussef, mais Mourad Bey évacua à son approche, et les Français s'emparèrent de quatorze barques chargées de bagages, de tentes et de quatre pièces de canon. Desaix rejoignit alors le Nil pour combattre Hassan Bey, qui venait protéger la flottille de Mourad; mais à son approche, Hassan s'enfuit vers Syout, et rejoignit Mourad Bey dans le Fayoum.
Le général Desaix descendit et s'établit à Tarout-el-Cherif, origine du canal de Jussef, pour concentrer tous ses moyens, et fondre sur les Mamelouks réunis. Il arriva par le canal jusqu'à Manzoura, sur le bord du désert, à deux lieues de la position qu'occupait Mourad Bey. Là, il apprit que ce redoutable chef des Mamelouks était campé au village de Sediman, avec un corps de cinq mille cavaliers, de sept à huit mille fantassins, et qu'il se disposait à lui livrer bataille. Quoique Desaix n'eût pas avec lui au-delà de deux mille hommes d'infanterie, il n'hésita pas à prévenir son ennemi. Le 5 et le 6 octobre, diverses escarmouches eurent lieu, toutes à l'avantage des Français. Le 7, Desaix s'avança sur Sediman, où Mourad se retranchait avec son infanterie. Il disposa sa division, composée des 21e légère, 61e et 88e de Ligne, en un seul grand carré, dont il flanqua les deux angles de face, de deux autres petits carrés de deux cents hommes chacun.
Pour arriver aux Mamelouks, il fallait traverser un bas-fonds; à peine nos troupes furent-elles descendues dans cette position désavantageuse, que les Mamelouks, saisissant ce moment favorable, fondirent sur elles de toutes parts, au son d'une musique barbare, et poussant d'horribles cris. Desaix ordonne aux soldats de la 21e de faire feu: « A vingt pas seulement, général; nous ne tirerons pas avant », répondirent ces braves. Deux pièces d'artillerie légère, placées à la hâte en batterie, et la mousqueterie, éloignèrent promptement les Mamelouks du front du grand carré; mais ils se jetèrent aussitôt avec furie sur les deux petits des carrés aux angles. Celui de droite, commandé par le capitaine Valette, de la 21e, laisse approcher à dix pas cette multitude d'ennemis, fait feu sur elle, et croise aussitôt la baïonnette. Quoiqu'un grand nombre des leurs soient atteints, les Mamelouks arrivent jusque sur nos baïonnettes; plusieurs chevaux en sont éventrés; mais le carré est encore impénétrable. Furieux de la résistance qu'ils éprouvent d'une poignée d'hommes, et de l'impuissance où ils sont de l'enfoncer, les plus braves de ces intrépides cavaliers se jettent en désespérés dans les rangs du carré, où ils expirent après avoir vainement employé à leur défense les armes dont ils sont couverts: leur carabine, leurs javelots, leur lance, leur sabre et leurs pistolets; ils tachent du moins de vendre chèrement leur vie, et tuent plusieurs de nos soldats dans l'intérieur même du carré. Cependant la troupe du capitaine Vallet courait les plus grands dangers, lorsqu'elle fut enfin dégagée par la mitraille et la mousqueterie du grand carré, et vint se réunir au corps principal.
Pendant que la moitié des Mamelouks attaquait ainsi le carré de droite, celui de gauche, commandé par les capitaines Sacrost de la 21e, et Geoffroy de la 61e, était vivement assailli par l'autre moitié; mais le feu de ce carré ayant été mieux nourri et mieux dirigé que celui du premier, les Mamelouks ne poussèrent point à fond leur charge, et vinrent se rabattre sur le côté du grand carré, formé de la 88e. Leurs efforts furent encore ici infructueux, et notre feu les éloigna de nouveau. Le chef de la 88e, Couroux, fut blessé dans cette charge a l'épaule droite. Desaix s'avança alors rapidement pour attaquer le gros de l'armée ennemie, retranché à Sediman. Mourad Bey démasqua quatre pièces d'artillerie placées sur une hauteur, dont le feu fit d'abord un grand ravage parmi nos troupes; mais ni la mitraille, ni de nouvelles charges de toute la cavalerie ne purent arrêter l'intrépide carré, qui, marchant au pas de charge, la baïonnette en avant, chassa ou culbuta tout ce qui s'opposait à son mouvement. Le capitaine Rapp, aide de camp du général Desaix, à la tête de nos tirailleurs, s'empara des quatre pièces ennemies; et les Mamelouks, désespérant enfin de vaincre d'aussi valeureuses troupes, s'enfuirent dans le plus grand désordre. Mourad Bey se réfugia dans le désert, seul asile qu'il lui restât contre l'activité et le courage français.
Depuis son arrivée en Égypte, l'armée française n'avait point livré de combat ni aussi difficile ni aussi opiniâtre. Le résultat de cette brillante victoire fut la séparation des Arabes d'avec les Mamelouks, et l'occupation de la fertile province du Fayoum, où le général Desaix alla s'établir, et reposer ses troupes de leurs longues et glorieuses fatigues.
Outre les officiers que nous avons déjà cités, le général Desaix désigna pour s'être particulièrement distingués : le général Friant, qui déjà avait acquis de la réputation en Italie et en Allemagne, et qui depuis a fourni une brillante carrière dans nos armées; le chef de la 21e légère, Robin ; les chefs de bataillon Eppler et Morand, l'adjudant-général Donzelot et le sergent Geromme, de la 22e demi-brigade.

21 octobre 1798 (30 vendémiaire An VII) : insurrection du Caire
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La Citadelle du Caire
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La citadelle du Caire, trois vues du côté ouest, vers la ville, donc où étaient disposés les canons qui ont tiré sur la ville.
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Autres vues sur la citadelle du Caire, d'autres côtés.
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Mosquée Al-Azhar
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Nafak Al-Azhar, Mosquée
Al-Azhar. Quartier est du Caire, à environ mille cinq cents mètres au sud de la
citadelle. Cette vaste mosquée, construite en l’an 971, sert de refuge à la
population et aux émeutiers lors de la révolte 21 et 22 octobre 1798. Elle
reçoit des boulets tirés de la citadelle et est envahie par les troupes
françaises.
(30° 2'44.65"N 31°15'44.93"E)
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Mosquée Sultan Hassan

Place Salah-el-Din, mosquée Sultan Hassan. Le mur faisant face à la citadelle présente les nombreux impacts de projectiles qui ont été tirés de là, lors de l’émeute du Caire, le 21 octobre 1798. (30° 1'55.06"N 31°15'24.29"E)
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Les connaisseurs ne manqueront pas de tirer le parallèle avec la cathédrale de Ciudad Rodrigo. |
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Mosquée Al-Rifa'i et madrasa des mosquées Sultan Hassan et Al-Rifa'i

Sidi El Refaei Street, Mosquée Al-Rifa'i et madrasa des mosquées Sultan Hassan et Al-Rifa'i, juste à côté, au nord-est de la mosquée précédente. Ce bâtiment présente également de nombreux impacts de boulets tirés de la citadelle.
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Place Dupuy, à Toulouse, située entre la cathédrale Saint-Étienne et la salle de spectacles (anciennes halles aux grains), colonne en bronze élevée à la mémoire de Dominique Dupuy, chef de la 32e demi-brigade de ligne qui se distingue en Italie et en Égypte. Nommé provisoirement général de brigade et gouverneur du Caire, il est mortellement blessé lors de la révolte de la ville le 21 octobre 1798. Aux quatre angles du monument sont disposés des griffons en bronze.
Un médaillon représente le général, signé de Griffoul-Dorval.
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À
DUPUY
ET
AUX BRAVES
DE
LA 32E DEMI-BRIGADE
MORTS AUX CHAMP D’HONNEUR
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ARMÉE D’ORIENT
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Paroles de Bonaparte.
Le 9 novembre 1798 (19 brumaire An VII ) : COMBAT DE FAYOUM.
Depuis la bataille de Sediman (7 octobre) Desaix n'avait point été inquiété dans la province de Fayoum, où sa division était cantonnée. Cependant, le 9 novembre, cinq cents Mamelouks , avec un pareil nombre d'Arabes à cheval, et deux mille fellahs à pied, qui s'étaient joints à eux, voulant profiter d'une tournée que ce général faisait alors dans le pays pour châtier quelques villages rebelles, se portèrent tout à coup sur la ville de Fayoum, dans laquelle il n'était resté que deux cent cinquante hommes pour garder un pareil nombre de malades. Déjà l'ennemi, ayant fait replier quelques petits postes, entrait dans la ville en poussant de grands cris, lorsque le chef de bataillon Eppler, de la 21e légère, se présente à lui avec deux cents hommes, l'attaque, le culbute, le met en fuite. Tous ceux qui avaient pénétré dans la ville furent tués à coups de baïonnettes, les autres disparurent dans le désert, laissant deux cents morts sur le champ de bataille. Les Français n'eurent que quatre hommes tués et quinze blessés.
suite 1799