CAMPAGNE D'EGYPTE DE 1798-1801
Ce qui précède 1798
1799
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3 janvier 1799 (14 nivôse An VII) : COMBAT DE SOUAQUI. 22 janvier1799 (3 pluviôse An VII) : BATAILLE DE SAMHOUD. 9 février 1799 (21 pluviôse An VII) : PRISE DU FORT D'EL ARICH. 10 février 1799 (22 pluviôse An VII) : Départ du Caire pour campagne dite de Syrie Le 11 février 1799 (23 pluviôse An VII) : COMBAT DE SAMAHLA. 15 février 1799 (27 pluviôse An VII) : COMBAT D'EL ARICH. 17 février 1799 (29 pluviôse An VII) : COMBAT D'ABOUMANAH. 25 février 1799 (7 ventôse An VII) : prise de Gaza 7 mars 1799 (17 ventôse An VII) : prise de Jaffa 8 mars 1799 (18 ventôse An VII) : COMBATS DE COPTOS ET DE BENOUTH. 15 mars 1799 (25 ventôse An VII) : COMBAT DE QAQUOUN. 19 mars - 21 mai 1799 : siège de St-jean d'Acre 2 Avril 1799 (13 germinal an VII) : COMBAT DE BIR-EL-BARH. 16 avril 1799 (27 germinal An VII) : bataille du Mont-Thabor 27 avril 1799 (8 floréal an VII) : mort du général Caffarelli du Falga 8 mai 1799 (19 floréal an VII) : COMBAT ET INCENDIE DE DAMANHOUR. 16 mai 1799 (27 floréal an VII) : COMBAT DE SYENNE. 17-21 mai 1799 : levée du siège de Saint-Jean-d'Acre 18 mai 1799 (29 floréal an VII) : mort du Chef de Brigade Régier dit Boÿer 29 mai 1799 : PRISE DE COSSEÏR. 5 juin 1799 (17 prairial An VII) : COMBAT SUR LE CANAL DE MOEZ. 14 juin 1799 : rentrée au Caire 15 juillet 1799 : découverte de la pierre de Rosette par le capitaine du génie Pierre-François-Xavier Bouchard, membre correspondant de l'institut. 15 juillet 1799 ( 27 messidor an VII) : REDDITION DU FORT D'ABOUKIR et prise par les turcs. 25 juillet 1799 (7 thermidor an VII) : 1e Bataille terrestre d'Aboukir 2 août 1799 (15 thermidor An VII) : PRISE DU FORT D'ABOUKIR Par les français 11 août 1799 (24 thermidor An VII) : COMBAT DE SAMANHOUT. 14 août 1799 (27 thermidor An VII) : ATTAQUE DE COSSEIR. 22-23 août 1799 : embarquement de Bonaparte et de son état-major sur la frégate muiron 1er novembre 1799 (10 brumaire An VIII ) : COMBAT DE DAMIETTE.
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Le 3 janvier 1799 (14 nivôse An VII) : COMBAT DE SOUAQUI.
Le général Desaix, commandant l'armée française dans la Haute-Égypte, ayant appris qu'un rassemblement considérable d'Égyptiens, d'Arabes, de Mamelouks, se formait près de Souaqui, envoie pour le dissiper le général Davout à la tête de sa cavalerie. L'ennemi fut enfoncé du premier choc, mis en fuite, longtemps poursuivi à outrance, et perdit plus de huit cents hommes dans cette action.
Le 22 janvier1799 (3 pluviôse An VII) : BATAILLE DE SAMHOUD.
Toujours battu dans ses nombreuses attaques contre les Français, l'infatigable Mourad Bey se relevait promptement de ses défaites, et reparaissait sur le champ de bataille plus terrible que jamais. Le général Desaix, commandant les troupes françaises dans la Haute-Égypte, non moins actif, mais plus habile que ce redoutable chef de Mamelouks, ne lui laissait aucun repos, déjouait toutes ses entreprises, et le réduisait à ne trouver d'asile que dans le désert.
Le général français, instruit que Mourad Bey ayant reçu des renforts considérables que lui avaient fournis les beys voisins, les Arabes d'Yambo, les Nubiens, les Magrébins, et une partie des habitants de la Haute-Égypte s'armaient en sa faveur, marcha à sa rencontre, afin de le prévenir dans l'attaque qu'il méditait.
Le 22 janvier, à la pointe du jour, le chef de brigade Duplessis, commandant l'avant-garde française, rencontra celle de l'ennemi sous les murs de Sâmhoud; elles se chargèrent tour à tour, et bientôt les deux armées furent en présence. Desaix partage son infanterie en deux carrés égaux, et place sa cavalerie dans l'intervalle, formant elle-même un carré protégé et flanqué par le feu des deux autres. Le général Friant commandait le carré de droite, le général Belliard celui de gauche, et le général Davout la cavalerie. A peine ces dispositions étaient-elles prises, que toute l'armée ennemie s’ébranle, et son innombrable cavalerie cerne l'armée française. Une colonne d'infanterie d'Arabes d'Yambo se jette dans un grand canal, à sec dans ce moment, sur son flanc gauche, et l'incommode beaucoup par son feu. Desaix envoie ses aides de camp Rapp et Savary à la tête d'un escadron du 7e de hussards, charger cette colonne par le flanc, pendant que le capitaine Clément, commandant les carabiniers de la 21e légère, l'attaquerait dans le canal même. Cette manœuvre réussit complètement. Les Arabes, enfoncés, prirent la fuite, et découvrant Samhoud, ce village fut emporté. Le capitaine Rapp fut blessé dans cette attaque.
Cependant toute l'armée ennemie attaque à la fois : les Arabes se rallient et veulent reprendre Samhoud Il mais les intrépides carabiniers de la 21e font un feu si vif, et leur bravoure est si grande, que l'ennemi est forcé de se retirer après une perte considérable.
Dans ce moment les Mamelouks chargent le carré du général Friant, tandis que plusieurs colonnes d'infanterie se portent sur celui du général Belliard. Alors s'engagea un feu d'artillerie et de mousqueterie si terrible que les assaillants furent dispersés en un instant et contraints à rétrograder, laissant le terrain couvert de morts. Dans ce moment favorable, le général Davout charge le corps des Mam10uks que commandait Mourad Bey lui-même , et qui tenait encore bon. L'aspect de cette charge, qui déjà allait les atteindre, parut si redoutable aux Mamelouks, que cette brave milice, ordinairement si audacieuse, n'osa cependant pas l'attendre, et sa fuite fut le signal de la retraite générale de l'ennemi. Les Français le poursuivirent, l'épée dans les reins, pendant quatre lieues, et ne s'arrêtèrent qu'à la nuit.
Le lendemain et les jours suivants, le général Desaix continua de poursuivre à outrance l'armée ennemie. Mourad Bey et tous les beys qui l'accompagnaient, ayant perdu par la désertion et les combats presque toutes leurs troupes, exténués de fatigue, chaque jour au moment de tomber au pouvoir de l'armée française, n'eurent d'autre ressource pour leur échapper que d'abandonner la Haute-Égypte, et de se jeter dans l'affreux pays de Bribe, au-dessus des cataractes du Nil. Là, seulement finit l'ardente poursuite des Français-. Le général Desaix poussa un détachement jusqu'à l'île de Philae en Éthiopie, et dès lors tranquille fut possesseur de toute la Haute- Égypte, que Mourad -Bey. ne put inquiéter encore de quelque teins. C'était aussi à l'île de Philae que les Romains avaient posé les limites de leur empire et de leurs conquêtes.
Le 9 février 1799 (21 pluviôse An VII) : PRISE DU FORT D'EL ARICH.
L'avant - garde des troupes françaises qui d'Égypte marchaient vers la Syrie, composée des 9e, 75e et 85e demi-brigades, sous les ordres du général Régnier, attaque le fort d'El Arich, que défendaient les troupes du pacha de Syrie Djezzar. Les Français escaladent les remparts et pénètrent dans la ville malgré les balles, les pierres et les matières enflammées que les Syriens font pleuvoir des maisons où ils sont retranchés. L'ennemi est forcé dans tous ses retranchements, et se laisse massacrer plutôt que de se rendre.
10 février 1799 (22 pluviôse An VII) : Départ du Caire pour campagne dite de Syrie

Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von
1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.
Le 11 février 1799 (23 pluviôse An VII) : COMBAT DE SAMAHLA.
Le général Desaix, commandant les troupes françaises dans la Haute-Égypte , ayant appris que les Arabes d'Yambo, réunis aux débris de l'armée de Mourad Bey battue à Samhoud (22 janvier), se rassemblaient à Samahla, dans la direction de Cosseïr sur la mer Rouge, envoie contre eux le général Friant, qui les disperse et leur tue deux cents hommes.
Le 15 février 1799 (27 pluviôse An VII) : COMBAT D'EL ARICH.
Après la prise du fort d'El Arich (9 février), le général Regnier ayant été joint par la division du général Kleber, ces deux généraux attaquent dans la nuit du 14 au 15 février le camp d'Ibrahim Bey, qui, avec ses Mamelouks était accouru, mais trop tard, au secours de la garnison syrienne qui défendait le fort. L'ennemi est mis dans une déroute complète , chefs ou soldats, tous sont pris ou massacrés. Ibrahim s'échappa suivi seulement de quelques cavaliers; et ses chameaux, ses vivres, ses munitions, restèrent au pouvoir des Français.
Le 17 février 1799 (29 pluviôse An VII) : COMBAT D'ABOUMANAH.
Depuis la bataille de Samhoud (22 janvier) Mourad Bey n'avait plus reparu dans la Haute-Égypte, où les Français purent alors prendre quelque repos. Cependant, vers le milieu du mois de février, le général Friant, commandant une division des troupes sous les ordres du général Desaix, ayant été instruit qu'un corps d'Arabes, réunis par le chérif Hassan, avait établi son camp aux environs d'Aboumanah, marche à lui, l'attaque le 17 février, lui tue quatre cents hommes, et s'empare du camp et des approvisionnements qu'il renfermait. Les chefs de brigade Conroux et Silly, et le capitaine Petit se distinguèrent particulièrement dans cette action.
Le 25 février 1799 (7 ventôse An VII) : COMBAT DE GAZA.
L'armée française, sous les ordres du général Bonaparte, venait de quitter l'Égypte pour entrer en Syrie. Les Mamelouks, sous le commandement du bey Abdalla, se repliaient à son approche.
Le 25 février, ils sont atteints sur les hauteurs de Gaza et mis en fuite après plusieurs charges. La ville de Gaza ouvrit ses portes aux Français, qui se portèrent alors sur Jaffa.
Le 7 mars 1799 (17 ventôse An VII) : PRISE DE JAFFA.
Après avoir pacifié l'Égypte, autant qu'il dépendait de lui, le général Bonaparte, commandant l'armée française d'Orient, résolut de se porter en Syrie contre l'armée du pacha Djezzar, qui déjà s'était avancée jusqu'à El Arich. Laissant en conséquence la division Desaix dans la Haute-Égypte et d'autres troupes au Caire et à Alexandrie, il partit pour sa nouvelle expédition avec les divisions Kléber, Lannes, Reynier, Bon, et la cavalerie du général Murat.
Nous avons vu comment le fort d'El Arich et la ville de Gaza (15 et 25 février) tombèrent au pouvoir des Français. L'armée ennemie se retirant vers Jaffa, les Français se dirigèrent sur cette ville, devant laquelle ils arrivèrent le 3 mars. Les troupes syriennes s'étant renfermées précipitamment dans la place, les divisions Lannes et Bon en formèrent l'investissement le lendemain.
Cette ville, dont le sort devait être si terrible, n'était protégée que par une muraille sans fossé, et qui pouvait facilement être renversée à coups de canon; mais les troupes qu'elle renfermait et ses habitants qui prirent, aussi les armes, étaient exaltés par le fanatisme religieux ; et ils ne redoutèrent point le choc de l'armée française derrière un aussi faible rempart.
Dans la nuit du 4 au 5, on ouvrit la tranchée , on établit des batteries, qui furent perfectionnées sous le feu de l'artillerie ennemie pendant les journées des 5 et 6, et malgré deux sorties des assiégés. Le 7, à la pointe du jour, tout étant disposé pour battre en brèche, le général Bonaparte voulant éviter de perdre de ses troupes à l'attaque d'une bicoque, écrivit au commandant de Jaffa pour l'engager à ne pas attendre les suites de l'assaut. Abou- Saab, pour toute réponse, fit couper la tête au Turc, porteur du message. A sept heures du matin, les batteries commencèrent à battre en brèche sur une tour carrée qui dominait tout le front d'attaque et dont les murs paraissaient peu solides. En effet, à quatre heures du soir, le général Bonaparte, qui s'était rendu dans la tranchée, ayant jugé la brèche praticable, ordonna l'assaut. La 22e demi-brigade légère, suivie du général Rambeaud, de l'adjudant-général Netherwood, de l'officier du génie Vernois, des ouvriers d'artillerie et du génie, gravit la brèche sous le feu de quelques batteries de flanc qu'on n'avait pu encore éteindre. Un combat terrible s'engage sur les murs écroulés; le chef de la 22e, Lejeune, marchant à la tête de l'attaque, est tué, et l'ennemi fait de tels efforts que les assaillants sont au moment d'abandonner la brèche.
Dans le temps que les troupes de la division Lannes attaquant vigoureusement étaient vigoureusement contenues, celles de la division Bon avaient découvert une brèche déjà faite au mur d'enceinte, sur le bord de la mer. Profitant de ce que l'attention de la garnison était entièrement portée vers l'attaque de la tour carrée, elles s'introduisent dans la ville en renversant tout ce qui s'oppose à leur passage. La division Lannes, instruite de cet événement, redouble d'ardeur; elle culbute enfin l'ennemi , et bientôt celui -ci, refoulé dans l'intérieur de la ville, cerné, fusillé de tous côtés, est sommé de se rendre. Mais sourd à toutes propositions, il continue à se défendre avec le courage du désespoir. Alors commença l'épouvantable carnage des troupes de la garnison et des habitants, qui ne s'arrêta que lorsque de faibles débris réfugiés dans les mosquées consentirent à mettre bas les armes.
Dans ce désordre affreux, il fut impossible d'arrêter la fureur du soldat, de lui faire entendre la voix de la discipline et de l'humanité; la ville entière fut saccagée, et ne présenta plus que le hideux spectacle de tous les maux qu'enfante la guerre.
Mais les vainqueurs ne tardèrent pas à déplorer leur sanglante victoire: le lendemain du sac de Jaffa, ils furent attaqués de la peste. Quoique cette affreuse contagion régnât à cette époque sur les côtes de Syrie, les Français avaient su, jusque là, s'en garantir. Le pillage effréné auquel se livrèrent les soldats développa en un instant les miasmes délétères que renfermaient les objets enlevés chez les habitants; et la terrible maladie, se propageant avec rapidité, porta la consternation dans l'armée et frappa de terreur le courage le plus indompté. L'adjudant-général Grezieu en ressentit un tel effroi, que quittant sa tente il s'enferma dans une maison; et, pour éviter tout contact dangereux, il ne communiqua à l'extérieur que par une espèce de guichet. Tous ces soins furent insuffisants: son imagination terrorisée précipita sa perte ; vingt-quatre heures après il n'était plus. La mort de cet officier eut cela d'avantageux pour l'armée, que chacun voyant que toutes précautions étaient inutiles, se résigna, imitant le fatalisme des Turcs; le moral des soldats se raffermit, et dès lors le mal eut pour eux des suites moins funestes. Après être resté quelques jours à Jaffa, le général Bonaparte continua sa marche sur Saint-Jean-d'Acre, devant lequel son avant-garde était arrivée le 16 mars; le 19, la reconnaissance de la place ayant été faite, les attaques commencèrent et continuèrent chaque jour jusqu'au 21 mai, que les Français levèrent le siège.
Nous aurions désiré ne point entretenir nos lecteurs d'un acte dont gémit l'humanité, et qui, bien que commandé par l'impérieuse nécessité , n'en révolte pas moins tout cœur généreux ; mais l'inflexible vérité à laquelle nous nous sommes constamment soumis dans le cours de cet ouvrage ne nous permet point de le passer sous silence. Nous voulons parler du massacre des prisonniers de guerre après la prise de Jaffa.
Au moment où les Français allaient marcher sur Saint-Jean-d'Acre, ils avaient à combattre d'innombrables ennemis. L'armée syrienne paraissait disposée à résister vigoureusement dans cette place. L'armée naplousaine, vers Jérusalem, était difficilement contenue par la division Kleber; et de concert avec les armées des pachas de Damas et d'Alep, qui déjà s'approchaient, elle pouvait venir attaquer le flanc gauche de l'armée française. Celle-ci, trop peu nombreuse pour faire des détachements, devait donc, pour surcroît d'embarras, traîner à sa suite les prisonniers faits à Gaza et Jaffa : car on savait par expérience qu'on ne pouvait compter sur la parole de ces troupes, qui mettaient leur gloire à manquer de foi à des chrétiens; et leur rendre la liberté, c'était certainement augmenter d'autant les forces de l'ennemi, déjà trop disproportionnées. En outre, la rareté des subsistances, la difficulté de les faire venir à travers le désert , rendaient plus difficile le transport des prisonniers jusque devant Saint-Jean-d'Acre. Ne pouvant donc ni nourrir, ni rendre libres ces infortunés, sans compromettre également le salut de l'armée, on résolut de les faire périr avant de quitter Jaffa, pIus de deux mille hommes furent conduits sur le bord de la mer, cernés par de l'infanterie, et fusillés.
Jetons un voile funèbre sur les atroces extrémités auxquelles peut pousser le terrible fléau de la guerre; ses victimes ne sont pas seules à plaindre, car le sort des vainqueurs est souvent plus déplorable.
Le 8 mars 1799 (18 ventôse An VII) : COMBATS DE COPTOS ET DE BENOUTH.
Le général Desaix, commandant les troupes françaises dans la Haute-Égypte, instruit que Mourad Bey et tous les chefs Mamelouks, sortant encore une fois du désert, après avoir réuni des corps nombreux d'Arabes, de Nubiens et fellahs, se préparaient à marcher sur Syout, se hâta de les y prévenir et dirigea diverses colonnes pour empêcher la jonction des corps ennemis. Dans cette nouvelle expédition , le général français s'était fait suivre par une flottille sur le Nil, portant des vivres et des munitions; mais contrariée par les vents elle fut obligée de s'arrêter à la hauteur de Benouth. Le chérif Hassan, que la marche de Desaix empêchait de joindre Mourad Bey, ayant appris que la flottille française était livrée à ses propres forces, se hâta de se porter sur Benouth avec un corps de trois à quatre mille hommes. Les Arabes se précipitent dans le Nil et s'emparent successivement de tous les bâtiments de transport ; ils dirigent alors tous leurs efforts contre la djerme l'Italie, qui protégeait le convoi. Celle-ci, commandée par le capitaine Morandi, fait un feu terrible de mitraille qui longtemps éloigne les assaillants; mais le vent l'ayant jetée sur un banc de sable, l'ennemi l'aborde de tous les côtés, et le brave Morandi, pour ne pas tomber vivant aux mains de ces barbares, met lui-même le feu à la sainte-barbe, et fait sauter l'Italie et tous les Arabes qui déjà couvraient le pont.
Le général Belliard, informé des dangers que courait la flottille, s'était dirigé en toute hâte sur Benouth avec la 21e légère, forte seulement de sept à huit cents hommes; mais il était trop tard. Le 8 mars, il trouve près de Coptos l'avant-garde d'Hassan, qui venait à sa rencontre. Il forme aussitôt sa petite troupe en carré, flanqué seulement d'une pièce de trois et de quinze cavaliers, et soutient le premier choc de l'ennemi. Assaillant à son tour, il attaque les Arabes, les met en fuite, et franchissant plusieurs fossés et canaux dont ils défendent le passage, il arrive devant Benouth, où était réuni le gros des troupes d'Hassan.
L'attaque et la résistance furent également opiniâtres. Les Arabes, qui avaient débarqué l'artillerie et les munitions de la flottille, faisaient un feu terrible de mitraille auquel répondait faiblement la pièce de trois du général Belliard. Cependant l'habileté des manœuvres et l'intrépidité des assaillants l'emportèrent sur le nombre. L'ennemi, déposté de ses positions , chercha un refuge dans le village, se barricada dans les maisons et la -mosquée, et renouvela un feu très- meurtrier sur les Français.
Désespérant de forcer dans cette retraite d'aussi furieux ennemis, le général Belliard fit successivement mettre le feu à tous les bâtiments dans lesquels ils se défendaient, et bientôt le village ne fut plus qu'un monceau de cendres et de cadavres. Une seule maison était. encore debout, et quoique réduits à la dernière extrémité, les Arabes, le fusil à la main, le sabre ou le poignard dans les dents, et entièrement nus, disputaient avec acharnement chaque pièce de ce bâtiment, dont la cour était déjà au pouvoir du chef de brigade Eppler, à la tête des carabiniers de la 21e. On voyait au milieu d'eux le chérif Hassan, les animant de la voix et de son exemple. Poussés enfin dans les derniers réduits, ils y furent tous massacrés, et le chérif fut trouvé parmi les morts.
Douze cents Arabes périrent dans cette action; le nombre des blessés fut presque aussi considérable. Les vainqueurs n'eurent que trente-trois tués et une centaine de blessés. Toutefois cette perte fut bien compensée par la destruction de ce corps ennemi, la mort de son redoutable chef, et par le recouvrement de l'artillerie et de tous les bâti mens de la flottille , à l'exception de la djerme l'Italie. Cette journée, qui fit le plus grand honneur au général Belliard et à l'intrépide 21e légère, doit être placée au rang des plus glorieux événements de l'expédition d'Égypte.
Le 15 mars 1799 (25 ventôse An VII) : COMBAT DE QAQUOUN.
L'armée française, sous les ordres du général en chef Bonaparte, quittant l'Égypte pour l'expédition de Syrie, venait de s'éloigner de Jaffa (7 mars), et marchait sur Saint-Jean-d’Acre, lorsqu'elle fut instruite que les troupes syriennes d'Abdallah-Pacha, jointes à l'armée naplousaine, s'approchaient et menaçaient son flanc.
Le général Bonaparte se porta à la rencontre de l'ennemi, qu'il trouva sur les hauteurs de Qâquoun, s'appuyant aux montagnes de Naplouse. Les divisions Kleber et Bon, formées en carré, abordèrent la cavalerie d'Abdallah et la mirent en fuite. La division Lannes, opposée aux Naplousains, les mit aussi en déroute. Mais emportées par trop d'ardeur les troupes de cette division s'engagèrent imprudemment dans les défilés des montagnes; l'ennemi faisant volte-face força les Français à rétrograder jusque dans la plaine, et leur tua une soixantaine d'hommes, parmi lesquels se trouva le chef de brigade Barthélémy, de la 69e.
Maîtresse du champ de bataille, l'armée française n'étant plus inquiétée, se rapprocha de Saint-Jean d'Acre, et prit le lendemain position à Haïfa, au pied du mont Carmel.
19 mars - 21 mai 1799 : siège de St-jean d'Acre


Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von
1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.
Le 2 avril 1799 : COMBAT DE BIR-EL-BARH.
L'expédition de l'armée française en Égypte est, comme l'a dit un homme d'esprit , le roman de notre histoire militaire.
En lisant les prodiges enfantés par la valeur française, sur un sol illustré par tant de grands souvenirs, on se croit transporté au pays des fictions, et l'on s'étonne de trouver chaque jour près de soi un de ces valeureux capitaines qui, dans la patrie des Sésostris, ont reculé les bornes du possible.
La République française venait de conclure la paix avec l’Autriche à Campo-Formio, et le faible directoire, embarrassé d'une armée victorieuse , plus inquiet encore de l'ambition qu'il avait su démêler dans le chef de cette armée, projeta l'expédition d'Égypte pour se débarrasser de l'une et de l'autre.
Cette expédition, cependant, avait un but plus grand, plus avantageux pour la France. Ce but était de faire de l'Égypte une colonie française qui, par son climat et sa fertilité, nous eût amplement dédommagés de la perte de nos colonies dans l'Inde. Les vainqueurs de Montenotte, de Millesimo, d'Arcole, de Rivoli pouvaient seuls exécuter un pareil projet; mais, pour en obtenir le succès, il eût fallu être maître de la mer, pouvoir recruter et approvisionner une armée que ses triomphes mêmes devaient contribuer à détruire. L'Angleterre, effrayée du résultat que devait avoir pour elle la réussite du dessein du gouvernement français, fit tous ses efforts pour le traverser. N'ayant pu empêcher l'armée française de débarquer en Égypte, elle parvint à détruire notre flotte? et dès-lors ses inquiétudes cessèrent.
Des protestations d'amitié faites à Constantinople , des proclamations répandues en Égypte aussitôt après le débarquement de l'armée, annonçaient que les Français ne venaient en ce pays que pour rétablir l'autorité du sultan méconnue par les beys, chefs de Mamelouks, et pour arracher le peuple égyptien à la domination oppressive de cette milice sanguinaire.
L'existence des Mamelouks (le mot signifie « esclave militaire »), qui gouvernent l'Égypte si despotiquement, date de peu d'années avant la première expédition de Saint-Louis, en 1248. Douze mille jeunes gens achetés dans les marchés d'Asie par Malek-el- Kamel (Ce MaIeck-el-Kamel était fils de Maleck-el-Adel, frère de Saladin, dont la princesse Mathilde, sœur de Richard, roi d'Angleterre, devint éprise, et qu'elle eût épousé si Saladin eut consenti que son frère abjurât le mahométisme), souverain d'Égypte , et qu'il fit élever dans les exercices militaires, formèrent le noyau de cette milice; jamais les Mamelouks ne s'allièrent aux indigènes, pour lesquels ils professent le plus profond mépris; et ne se recrutant que d'hommes achetés et d'enfants nés dans leurs familles, ils ont toujours formé une nation à part dans la nation égyptienne. Bientôt ils donnèrent à l'Égypte des souverains pris parmi eux; mais, vaincus par Sélim Ier, empereur des Turcs, le trône passa de leur famille à celle des Osmanlis. Vers le milieu du siècle dernier, profitant de la faiblesse de la Porte-Ottomane, ils levèrent l'étendard de la révolte.
Ibrahim et après lui Ali Bey consolidèrent de nouveau la domination des Mamelouks. Le grand-seigneur, trop faible pour les réduire , se contenta du droit de suzeraineté sur l'Égypte, et il établit au Kaire un pacha turc, dont l'autorité illusoire se borna à percevoir sur les beys le miri, quand ceux-ci voulurent bien le payer.
A l'arrivée des Français en Égypte, ce pays était gouverné par vingt-quatre beys, qui, tous ennemis les uns des autres, et se faisant souvent la guerre, se réunirent contre l'ennemi commun. Mourad-Bey et Ibrahim-Bey, dont la puissance était la plus étendue, furent aussi nos plus dangereux ennemis.
Mourad-Bey, surtout, plus guerrier qu'Ibrahim, avait acquis une plus grande influence sur les beys; son intrépidité le rendait cher aux Mamelouks, auxquels il commandait presque exclusivement. Le courage fougueux de cette milice, soutenu par l'exemple de son chef ; son adresse à manier ses chevaux, ses armes; la rapidité de ses mouvements lui obtinrent d'abord quelques succès sur les Français, étonnes de cette façon de combattre, toute nouvelle pour eux.
Les peuples d'Europe se font la guerre de la même manière, avec les mêmes armes, par les mêmes manœuvres ; les opérations de l'armée française, en Égypte, ne ressemblaient à rien de connu. « Ce n'était pas une guerre, disait le général Desaix (Extrait d'une lettre du général Desaix au général Mathieu Dumas) ; c'était une chasse difficile, consistant à forcer avec la seule infanterie une cavalerie intrépide, ne combattant jamais qu'à sa fantaisie, ne pouvant qu'être surprise, mais jamais forcée de combattre; recrutée à tout instant par ses nombreux partisans et par quelques-unes des tribus arabes que déterminaient l'appât du butin et la facilité d'échapper au danger ; cachée dans d'immenses déserts où des fontaines et quelques pâturages lui permettaient de subsister, il était presque impossible d'obtenir des succès décisifs sur une pareille cavalerie. Ce ne fut que par des marches pénibles , une grande activité; ce ne fut qu'en créant des compagnies de dromadaires, chargées de porter de l'eau et des vivres, que l'on parvint à détruire un ennemi toujours étonnant par sa constance. Souvent surpris , battu et rejeté hors du territoire de l'Égypte, l'horrible faim le ramenait aussitôt trente ou quarante lieues au-dessous du point où on l'attendait. Jamais une poursuite ne fut moindre de 5oo ;et les Français en firent plus d'une. Cent fois, pendant la nuit, ils surprirent Mourad-Bey, et lui enlevèrent ses armes., ses chevaux, ses équipages; chaque fois, perdu dans l'immensité du désert, il se réorganisait à quelque temps de là. Le récit de la guerre des Français, surtout dans la Haute- Égypte, serait plutôt celui de leur excessive patience et de leurs souffrances, que celui de leurs combinaisons. »
Ce genre de guerre exigeait une grande prudence dans les entreprises et une hardiesse déterminée dans l'exécution. L'expérience donna aux généraux et soldats français la prudence nécessaire ; leur courage fit le reste.
Ils n'avaient eu d'abord à combattre que les Mamelouks et quelques tribus d’Arabes; mais bientôt le grand seigneur fit marcher une armée turque en Égypte : l'or des Anglais souleva toute la population de ce pays et celle de Syrie; les Arabes du désert, ceux de Yambo et de la Mecque vinrent se ruer sur nos carrés.
Dès lors, obligée de se multiplier pour résister à tant d'ennemis, l'armée française fut errante dans ces vastes déserts, comme ces mêmes ennemis qu'elle poursuivait chaque jour. Divisée en petits corps qui occupaient tous les points importants dans l'Égypte et la Syrie; elle était dans une activité permanente que nécessitait le soin de sa conservation.
Pendant que le général Bonaparte était en Syrie, le général Desaix, resté en Égypte pour contenir ce pays, faisait tous ses efforts pour dissiper les rassemblements d'ennemis qui incessamment se formaient autour de lui. Ayant appris que les Mamelouks déjà plusieurs fois dispersés, se réunissaient à la Kitahe, grande citerne et Caravanserail, pour de là marcher sur le Nil avec les Meckains, il résolut de les y attaquer.
Trois routes conduisaient à la Kitahe, celle de Byr-el-Bahr, de Nergady, et de Redisy. Desaix se porta de sa personne sur Byr-el-Bahr, fit marcher le général Belliard sur celle de Nergady, mais faute de force suffisantes il ne put faire occuper la route de Redisy.
Hassan et Osman-Bey, ayant appris Le mouvement du général Desaix, se portèrent en toute hâte sur Byr-el-Bahr, afin d'y prévenir les Français; mais Desaix y était déjà.
Le 2 avril, il les rencontra et les fit charger par sa cavalerie; les chemins trop difficiles n'avaient pas permis à son infanterie et à son artillerie d'arriver.
Jusques là, notre infanterie et notre artillerie eu les avaient causé de la terreur aux ennemis ; notre cavalerie, aussi .courageuse, mais moins habile que celle des Mamelouks, n'éait pas heureuse dans les combats qu'elle lirait ; à Byr-el-Bahr elle eut tout l'honneur le la victoire. Le colonel Duplessis, commandant le 7e de Hussards, se précipite tête baisée sur l'ennemi, et parvient à le rompre; mais emporté par son courage, il tomba percé le mille coups; sa mort mit de l'hésitation parmi ses hussards et les Mamelouks se rallièrent. Le 18e régiment de Dragons, imitant la belle charge du 7e de Hussards, fondit sur la cavalerie ennemie, et, après un combat opiniâtre, le mit dans le plus grand désordre, le chef d'escadron Bouvaquier, qui commandait ce régiment, paya de sa vie la gloire dont il venait se couvrir.
Hassan et Osman-Bey ne pouvant forcer le passage de Bir-el-Bahr, rétrogradèrent sur la Kitahe, laissant la route jonchée de cadavres de Meckains, de Mamelouks, de chameaux et de chevaux.
Le général Belliard les poursuivit, mais peu jaloux d'une seconde défaite, ils ne l'y attendirent pas, et par le défilé de Redisy ils s'enfuirent jusqu'à Sienne, ou pendant quelques temps ils se remirent de leurs fatigues et cessèrent de harceler nos troupes.
5 avril 1799 (16 germinal an VII) : Combat de Bardys. Le chef de brigade Morand bat les Mamelouks et les Arabes.
6 avril 1799 (17 germinal an VII) : Combat de Djirdjèh. Le chef de brigade Morand bat à nouveau les Mamelouks joints aux Arabes.
8 avril 1799 (19 germinal an VII) : Combat de Loubi, près de Nazareth. Le général Junot, trop faible pour résister à des nuées d'ennemis, se retire après un combat opiniâtre.
9 avril 1799 (20 germinal an VII) : Combat de Cana. Kléber repousse les Arabes.
10 avril 1799 (21 germinal an VII) : Combat de Thème. Le général Lasalle bat l'ennemi.
16 avril 1799 (27 germinal an VII) : bataille du Mont-Thabor

Le général Bonaparte assiégeait Saint-Jean d'Acre, et, sans succès, avait donné deux assauts au corps de la place, lorsqu'il apprit qu'une armée venant de Damas, sous les ordres de plusieurs pachas, et composée de Turcs, de Syriens, de Mamelouks, d'Arabes de toutes les tribus, et d'insurgés Naplousins, se rassemblait dans les montagnes de l'est, pour marcher au secours des assiégés.
Cette armée, disaient les habitants, était aussi nombreuse que les étoiles du ciel et les sables de la mer, et déjà s'avançait vers le Jourdain.
Pour s'assurer de ce qui se passait derrière lui, Bonaparte envoya le général Vial à Sour (ancienne Tyr), le général Murat à Saaffet (ancienne Béthulie), et le général Junot à Nazareth. Quelques jours après, il fit partir du camp devant Acre la division du général Kleber, pour soutenir le général Junot; mais, informé des progrès de l'ennemi, qui avait passé le Jourdain, il se porta lui-même sur le point attaqué avec la division du général Bon, laissant devant Acre le reste de J'armée.
Le général Kleber, après avoir chassé de Cana les avant-postes de l'armée des pachas qui s'était avancée jusque dans la plaine d'Esdrelon, tourna le mont Thabor, et se porta, le 16 avril, dans la plaine entre cette montagne et le Jourdain. Une nuée de cavalerie la couvrait. Jamais armée si nombreuse ne s'était présentée depuis l'entrée des Français en Égypte. L'infanterie occupait les hauteurs. Dès que la cavalerie aperçut les Français, elle les enveloppa et les chargea impétueusement.
Le général Kleber, sans s'étonner de cette multitude d'ennemis, forme en bataillon carré les deux mille hommes qui composent sa division , et, constamment, repousse toutes les charges de cette immense cavalerie. Ces hommes, remplis de courage, mais n'ayant aucune notion des plus simples manœuvres de guerre, se mouvant dans tous les sens, attaquant isolément, venaient se heurter contre nos baïonnettes , et tombaient amoncelés autour du terrible carré. Comme le roc battu de la tempête , cette poignée de Français, immobile au milieu de la vaste plaine, résistait aux chocs multipliés de ses innombrables ennemis. Attaqué tour à tour et simultanément par l'infanterie et la cavalerie, investi de toutes parts, le carré est inébranlable.
Cependant tous les coups portés par cette multitude assaillante ne sont pas perdus, depuis la pointe du jour un grand nombre de Français ont succombé, et la position de Kleber devient critique, s'il n'est bientôt secouru. Il est neuf heures; tout à coup, le canon se fait entendre sur le mont Thabor, et Bonaparte paraît à la tête de la division Bon. Il voit le danger que court Kleber, et fait aussitôt ses dispositions. Les généraux Vial et Rampon forment leurs troupes en bataillon carré, et, partant de deux points différents, marchent de manière à former avec la division Kleber un triangle dont l'ennemi occupait le centre.
Arrivés à portée de mitraille, ces deux carrés démasquent leur artillerie, et attaquent par derrière l'armée des pachas, que Kleber attaquait de front. L'ennemi résiste d'abord; mais, bientôt, écrasé par notre feu, saisi d'épouvante, il fuit dans le plus grand désordre. En un clin d'œil, cette armée, aussi nombreuse que les étoiles du ciel et les sables de la mer, assemblage bizarre de fantassins et de cavaliers de toutes les couleurs et de tous les pays, disparut en s'écoulant vers le Jourdain, laissant le, champ de bataille couvert de morts.
Le général Kleber poursuivit les vaincus jusqu'au Jourdain ; mais n'ayant pu les atteindre , il s'établit sur les bords du fleuve, et le reste de l'armée, libre de toute crainte d'une attaque sur ses derrières, revint prendre ses positions au camp d'Acre.
Telle fut l'issue de la bataille du mont Thabor en Palestine. Tel fut le sort de cette armée des pachas, ou de Damas, qui comptait quarante mille hommes, dont trente mille de cavalerie, et qui voulait exterminer notre armée; cinq mille Français la dispersèrent en une seule bataille, et la forcèrent à rentrer dans les montagnes d'où elle était sortie. Admirable effet de ce que peut le courage allié à une habile tactique.
La veille de la bataille du mont Thabor, le général Murat, manœuvrant sur le Jourdain pour couper la retraite à l'armée ennemie, avait mis son arrière-garde en déroute au pont d'Iacoub, et s'était emparé de leur camp. Le lendemain, le même général s'empara de Thabarijeh, où étaient tous les magasins de l'armée des pachas, et assura ainsi pour longtemps les subsistances de notre armée.
Le 18 avril 1799 (29 germinal an VII): Combat de Beny-à-Dy. Le général Davout bat les Mamelouks et les Arabes.
Le 20 avril 1799 (1er floréal an VII) : Combat d'Aboù-Djirdjéh. Le général Davout bat les Mamelouks et les Arabes.
27 avril 1799 (8 floréal an VII) : mort du général Caffarelli du Falga
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Versailles, salle des Batailles :
caffarelli dufalga (Louis-Marie-Joseph-Maximilien) Général de Division Tué à St-Jean d'Acre__1799
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4 mai 1799 (15 floréal an VII) : Canonnade de Suez.
Deux vaisseaux anglais s'approchent de Suez, occupé par nos troupes, et le canonnent ; mais nos batteries les forcent à s'éloigner.
Le 8 mai 1799 (19 floréal an VII) : COMBAT ET INCENDIE DE DAMANHOUR.
A tout ce que la force peut donner de moyens d'agression, les ennemis des Français en Égypte joignaient comme auxiliaires toutes les ressources du fanatisme pour porter à l'insurrection les peuples de ces contrées, courbés sous le joug de la plus grossière superstition. Vers la fin du mois d'avril, une scène fort étrange mit en révolte la province de Bahhyrèh. Un homme, venu du fond de l'Afrique , se dit l'ange El Mahdi, annoncé dans le Coran par Mahomet. Cet ange doit descendre du ciel, et l'imposteur prétend être descendu du ciel au milieu du désert. Il est nu comme l'ange El Mahdy, et il prodigue l'or qu'il a l'art de tenir caché. Tous les jours il trempe ses doigts dans du lait, se les passe sous les lèvres: c'est la seule nourriture qu'il paraît prendre. Deux cents Maghrébins arrivent quelques jours après comme par hasard, et se rangent sous ses ordres. Les Arabes croient aveuglément, et s'unissent aux Maghrébins. L'ange se porte alors sur Damanhour , surprend soixante hommes qu'on y avait laissés, et les égorge. Encouragé par ce premier succès, il exalte l'imagination des disciples. Il doit, en jetant un peu de poussière contre nos canons, empêcher la poudre de prendre., et faire tomber devant les vrais croyants les balles de nos fusils. Un grand nombre d1hommes attestent cent miracles de cette nature qu'il fait tous les jours.
Le général Lefebvre, avec quatre cents hommes, se porte au-devant de cette multitude de fanatiques. Il range sa troupe en bataillon carré, et tue pendant toute la journée ces insensés , qui se précipitent sur nos canons, ne pouvant revenir de leur prestige, malgré le carnage que la mitraille fait de leurs compagnons. Le lendemain 8 mai, le général Lanusse arrive à Damanhour ; les habitants , qui se sont joints aux soldats de l'envoyé divin, se défendent avec rage dans les rues, dans les maisons; enfin ils s'aperçoivent, mais trop tard, que Dieu ne fait plus de miracles: quinze cents sont passés au fil de l'épée. Damanhour, livré aux flammes, n'est. bientôt plus qu'un monceau de cendres, et l'ange El Mahdi, blessé de plusieurs coups, se cache au fond des déserts, encore environné de quelques partisans ; car dans les têtes fanatisées, il n'y a point d'organes par où la raison puisse pénétrer. Le 8 mai1799. Pendant que l'ange El Mahdi, malgré sa substance divine, était battu et blessé par de chétifs mortels, les Mamelouks, sous la conduite d'Elfy Bey, se portèrent sur Chargyèh. Le général Davout les attaqua, les battit et les força à rentrer dans le désert.
16 mai 1799 (27 floréal an VII) : COMBAT DE SYENNE.
Le capitaine Renaud, commandant deux cents hommes, est attaqué par quatre cents Mamelouks; il leur tue ou blesse une centaine d'hommes et les chasse dans le désert, au-dessus des cataractes.
17-21 mai 1799 : levée du siège de Saint-Jean-d'Acre
Ibrahim Bey, chassé d'Égypte par les armes françaises, s'était retiré en Syrie, chez le pacha de Saint-Jean d'Acre, Achmet Djezzar – Djezzar signifie boucher, surnom que ce pacha s'était acquis par ses cruautés -, d'où il entretenait sur la frontière des intelligences inquiétantes pour l'armée. Bonaparte fit inviter Djezzar à renvoyer Ibrahim, le menaçant de la guerre, s'il le refusait. Pour toute réponse, le pacha fit couper la tète au porteur de la lettre, réunit son armée, appela à son secours les pachas de Damas et d'Alep, et s'empara du fort d'El Arish. Le général français, voyant qu'il allait être attaqué en Égypte, préféra prendre l'initiative, et se prépara à marcher en Syrie. A cet effet, il réunit un corps de treize mille hommes, où commandaient les généraux Kleber, Damas, Verdier, Junot, Reignier, Lagrange, Lannes, Murat, Vaux, Robin, Rambeaux, Bon, Vial, Rampon , Caffarelli et Dommartin, et partit du Caire le 11 février 1799.
Plusieurs combats, dont nous rendrons compte aux époques où ils eurent lieu, furent livrés par l'armée d'expédition avant d'arriver devant Acre. Le fort El Arich fut repris, et Jaffa, assiégé, fut pris et saccagé. Le 16 mars, l'armée arriva devant Saint-Jean d'Acre. Le général Caffarelli fit la reconnaissance de la place, et l'on commença sur le champ les opérations du siège.
Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolémaïde, célèbre dans les temps des croisades, est une place de troisième ordre, sans fortifications régulières, et située sur le bord de la mer, qui la défend vers l'ouest. Djezzar Pacha y était renfermé, résolu de s'enterrer sous ses ruines. Deux vaisseaux anglais, commandés par le commodore Sidney Smith, étaient embossés sous ses murs, et canonnaient vivement l'armée française. Si la place eût été attaquée selon les principes de l'art, nul doute qu'elle ne fût bientôt tombée au pouvoir des Français; mais Bonaparte, accoutumé à brusquer la victoire en toute circonstance, s'imagina pouvoir réussir encore ici par le même moyen. Il se trompa; son imprudence et sa précipitation allaient suspendre le cours de ses succès, et faire éprouver un échec à sa gloire. Il n'avait, avec lui que trois pièces de douze; le contre-amiral Perrée devait sortir d' Alexandrie, et amener de l'artillerie de siège. Sans vouloir l'attendre, il fit construire à la hâte un mauvais chemin couvert, insuffisant pour couvrir les travailleurs, qui étaient obligés de s'y tenir courbés; établir un simple boyau de mine, et, sans s'assurer davantage qu'elle fût abordable, il fit battre en brèche une tour qui s'élevait sur un angle saillant vis-à-vis le camp de l'armée. Ce point se trouva être le plus fort de la place; et lorsque le 28 mars les grenadiers de la 69e demi-brigade se présentèrent à la brèche, qu'on avait jugée praticable, ils trouvèrent un fossé profond qu'on n'avait pas reconnu; la mine n'avait pas non plus fait d'effet sur les ouvrages; et lorsqu'au moyen d'échelles ils furent arrivés au pied de la brèche, elles se trouvèrent trop courtes. Cependant, irrités par les difficultés mêmes, nos soldats se hissent les uns sur les autres, et parviennent dans la tour, malgré le feu des assièges. Ils la trouvent abandonnée , et n'offrant d'issue nulle part. Lorsqu'ils délibéraient sur la conduite à tenir, une fougasse, placée sous le plancher de la tour, fit sauter ceux qui venaient de l'escalader. Tous y périrent.
Les Turcs et les Anglais qui, d'abord, n'avaient pas supposé que Saint-Jean d'Acre pût tenir longtemps, furent étonnés du peu de succès de nos attaques, et dès lors ils prirent toutes les mesures qui pouvaient paralyser nos efforts. L'anglais Smith fit servir les batteries de la place par les canonniers anglais, et le nommé Phélippeaux - Le même que nous avons vu au 5 avril faire révolter les habitants du Berri - ancien ingénieur français, dirigea la défense. Le 30 mars, les assiégés firent une sortie qui fut sans effet, et le 1er avril, les Français tentèrent un nouvel assaut, aussi infructueux que le premier.
Le siège de cette bicoque, que l'on avait cru emporter en peu de jours, traînait en longueur ; l'artillerie de siège n'arrivait pas; les munitions étaient épuisées, et les vivres commençaient à manquer. Les assiégés, voyant que nous mollissions dans nos attaques, en profilèrent pour détruire nos ouvrages et en élever d'autres. Ce fut à cette époque, qu'inquiété sur ses derrières, Bonaparte marcha contre l'armée des pachas. L'ayant dispersée au mont Thabor, il revint devant Saint-Jean-d'Acre reprendre les travaux du siège; mais déjà l'on pouvait prédire qu'il devait y échouer. Cependant un instant on crut à un heureux succès. L'amiral Perrée était arrivé avec quelques canons de siège: on les transporta aussitôt au camp, et on renouvela l'attaque sur la tour. Le général Caffarelli, dans cette attaque, reçut une balle au coude dans le chemin couvert qu'il avait construit; on lui fit l'amputation du bras, et il mourut quelques jours après.
Lorsque les pièces de gros calibre furent en batterie, on battit de nouveau en brèche avec une telle vivacité, que les munitions s'épuisèrent bientôt sans que pour cela la brèche devînt praticable. Les Turcs se battaient avec l'acharnement le plus opiniâtre, et nos troupes commençaient à sentir refroidir leur ardeur, rebutées par de si nombreuses et de si meurtrières attaques; on murmurait même déjà contre le général en chef, dont on accusait l'imprudence et la fortune , qui le trahissait pour la première fois.
Le 7 mai, une flotte turque, apportant des vivres et des troupes aux assiégés, parut en vue d'Acre. Bonaparte, qui avait reçu de la poudre de Gaza, ne voulant pas donner le temps aux Turcs de recevoir ce renfort, ordonna l'assaut pour la nuit même. Il fut terrible : généraux et soldats se jetèrent avec impétuosité dans les tranchées ennemies; un grand nombre y perdit la vie, mais on fit un carnage affreux de tous les Turcs qu'on y trouva, et une partie de nos troupes se logea sur les ruines de la tour, où elle combattit jusqu'au jour. On recommence alors le combat avec un nouvel acharnement; l'armée se précipite dans les fossés, et au pas de charge escalade la brèche; mais une seconde enceinte arrête tous ses efforts, deux cents grenadiers seulement, de la division Lannes, parviennent à pénétrer dans la ville, malgré une grêle de balles qui partaient de toutes les maisons; c'en était fait de Saint-Jean-d'Acre, si ces braves eussent été secourus. Mais tout-à-coup on entend un cri d'épouvante: sauve qui peut! nous sommes tournés, crie une voix ennemie (On a dit que ce furent Phélippeaux et Sidney Smith qui firent entendre ce cri). Ceux qui sont restés sur le remparts rétrogradent, entraînent dans le camp ceux qui les suivaient, et les deux cents grenadiers restent seuls au milieu de la ville. Ils savent qu'ils vont périr, mais ils veulent vendre chèrement leur vie. Ils gagnent une mosquée, s'y barricadent, et là ils soutiennent un siège. Mais Sidney Smith leur ayant fait sentir toute l'inutilité d'une pareille défense, ces braves gens, dignes d'un meilleur sort, se rendirent prisonniers des Anglais.
Les jours suivants, de nouvelles tentatives furent faites sur la place, mais inutilement; le dernier assaut, qui n'eut pas de résultats plus heureux, fut donné le 10 mai. Le colonel Venoux, de la 25e demi-brigade, allant à la brèche ; dit au général Murat : « Si Acre n'est pas pris ce soir, tu peux dire que Venoux est mort. » Acre ne fut pas pris et Venoux ne revint pas (Ces détails sont tirés de l'excellent ouvrage de M. Martin sur l'expédition d'Égypte et du recueil des pièces officielles).
Ce fut ce jour que les ennemis répandirent parmi nos troupes des proclamations signées du grand Vizir et de Sidney Smith, par lesquelles ils invitaient les Français à la désertion. A ces lâches propositions, une noble indignation éclata dans l'armée; elle voulait y répondre par un nouvel assaut, mais Bonaparte, à qui les attaques précédente savaient enfin démontre la faute qu'il avait commise de ne pas conduire ce siège avec plus d'art et de prudence, ne voulut pas s'exposer à faire de nouvelles pertes. Son armée était diminuée de moitié; il avait appris qu'une armée turque allait suivre le convoi entré dans Acre; l'armée des pachas, dispersée au mont Thabor, se réunissait de nouveau ; il résolut alors de lever le siège, et après avoir jeté à la mer la grosse artillerie, il effectua sa retraite sur l'Égypte le 21 mai, au milieu de la nuit.
C'est ainsi que se termina cette meurtrière expédition de Syrie, entreprise imprudemment., imprudemment conduite, et continuée avec une obstination déplorable. L'armée y déploya le plus héroïque courage, et l'échec qu'elle éprouva devant Saint-Jean-d'Acre n'est pas un de ses moindres titres de gloire. (On a dit que le général Bonaparte, ne pouvant amener ses blessés, les fit empoisonner avec de l'opium pour les soustraire à la mort affreuse que les Turcs allaient leur faire souffrir. Ce fait n'est pas assez prouvé pour qu'on puisse l'affirmer ; il a été même réfuté avec quelque vraisemblance. Dans l'alternative, et pour l'honneur de l'humanité, nous ne devons pas y ajouter foi. D'ailleurs, en supposant cette horrible idée à Bonaparte, qui cependant hors des champs de bataille ne se montra point sanguinaire, comment aurait-il pu trouver un exécuteur qui prît sur lui une aussi terrible responsabilité.
18 mai 1799 (19 floréal an VII) : mort du Chef de Brigade Régier dit Boÿer
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HAÏFA
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Monast%C3%A8re_Stella_Maris
Le 29 mai 1799 : PRISE DE COSSEÏR.
Le port de Cosseïr ,sur la mer Rouge, ouvrait depuis longtemps un passage aux Arabes de la Mecque et du Yambo, qui venaient, auxiliaires des Mamelouks, nous harceler sans cesse dans la Haute-Égypte. Les Anglais même avaient paru devant ce port, et leur influence sur les habitants de ces contrées pouvait nous y devenir dangereuse. Le général Belliard, connaissant toute l'importance de ce point, partit de Kéné, et prit possession de Cosseïr le 29 mai. Dès lors les Mamelouks et les Anglais en furent exclus. Les tribus arabes nous servirent avec le même zèle qu'elles avaient servi nos ennemis, et le schérif de la Mecque nous demanda protection pour son commerce.
Le 5 juin 1799 (17 prairial An VII) : COMBAT SUR LE CANAL DE MOEZ.
Après la prise et l'incendie de Damanhour, le général Lanusse poursuit l'Ange El-Mahdy et ses Moghrébyns; il les atteint, en tue un grand nombre, et les chasse de la province de Charqyèh.
14 juin 1799 : rentrée au Caire
Al Sikka Al Bidaa, rue Zein El Abedin (183), quartier nord-est de la ville, le Cimitero Latino (Nuovo) di Terra Santa (30° 3'26.20"N 31°17'51.26"E) conserve un imposant cénotaphe de granit rose. Auparavant, trois dalles de marbre portant les noms de Français morts durant l’expédition étaient fixées au mur derrière le cénotaphe. Le site a été profondément remanié par la construction d’un haut mur portant les noms des morts des deux guerres mondiales. Suite à cela, les trois dalles ont été posées au sol, à gauche, à droite et devant le cénotaphe. Lors de ce réagencement, les plaques de gauche et de droite ont été interverties, ce qui fait que l’ordre alphabétique n’est plus respecté. Même en ne considérant que les officiers et les savant, le monument est loin d’être complet. Le mémorial porte au total 82 noms. Sur le monument figurent 14 officiers généraux (1 sur la PC gauche, 13 sur la PC centrale, 0 sur celle de droite) ; 53 officiers supérieurs et subalternes (25 PCG, 1 PCC, 27 PCD) ; 9 sous-officiers et soldats (3 PCG, 0 PCC, 6 PCD) ; 6 civils (savants et autres) (5 PCG, 0 PCC, 1 PCD). Plus étonnant, huit noms mentionnés sont ceux de survivants et un est mort avant l’expédition ! Pour plus de détails, voyez le Guide Napoléon.

Le monument en 1935, tel qu'il se présentait avant les modifications d'après la seconde Guerre mondiale.
AUX
FRANÇAIS
MORTS POUR LA PATRIE
EXPÉDITION D’ÉGYPTE
1798-1801
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OFFICIERS ET SOLDATS |
GÉNÉRAL KLÉBER
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OFFICIERS ET SOLDATS |

Le monument de nos jours (photos 2025).
AUX
FRANÇAIS
MORTS POUR LA PATRIE
EXPÉDITION D’ÉGYPTE
1798-1801
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OFFICIERS ET SOLDATS |
GÉNÉRAL KLÉBER
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OFFICIERS ET SOLDATS |
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15 juillet 1799 : découverte de la
pierre de Rosette par le capitaine du génie Pierre-François-Xavier Bouchard,
membre correspondant de l'institut, sous les ordres du chef de bataillon du
génie d’Hautpoul

Le fort Jullien sur GoogleEarth. (31°26'22.36"N 30°23'22.23"E)
Le fort, appelé aujourd’hui Tabiet Rachid, est situé dans le petit village d’Izbat
Borg Rachid, à 5,5 km au N.-O. du centre de Rachid, au bord du Nil.
Elle est découverte lors de travaux de remise en état du Borg Rachid, baptisé fort Jullien – en souvenir du capitaine Thomas-Prosper Jullien, aide de camp du général Bonaparte, assassiné le 2 août 1798 avec son escorte par les habitants du village d’Alqam, alors qu’il portait l’ordre à l’amiral Brueys de lever l’ancre, ce qui aurait put éviter le désastre d’Aboukir. Le capitaine Jullien est mentionné sur le monument français du Caire. Transportée à Alexandrie pour être étudiée à l’Institut d’Égypte, puis et remise aux Anglais à la suite de la capitulation du 31 août 1801, elle est maintenant exposée au British Museum de Londres. Ce fort fut aussi le théâtre, en 1803 - donc après le départ des Français, de l’ultime résistance de Husrev Pacha contre Mehemet Ali et Osman Bey Bardissy.
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L'entrée du fort. |
Sur le mur extérieur, 40 m à gauche de l’entrée, 10 m derrière le monument avec 3 plaques en arabe qui rappelle la visite du président Moubarak à l’occasion de la restauration des monuments de Rachid, PC en arabe, français et anglais :
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CE FORT FUT CONSTRUIT SUR L’ORDRE
DONNÉ EN |
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La date (1472/1482) a été modifiée, de sorte que les deux dates sont apparentes. C’est bien Fort Jullien, avec 2 L, d’après l’officier, aucun rapport avec le saint.

L'intérieur du fort.

La pierre de Rosette fut découverte lors des travaux de remise en état du fort,
dans le bastion sud, à gauche en entrant. Voici l''endroit exact où fut déterrée
la pierre.
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Bastion sud du fort Jullien. La porte est à droite.
15 juillet 1799 ( 27 messidor an VII) : REDDITION DU FORT D'ABOUKIR et prise par les turcs.
Le général Bonaparte, après son expédition de Syrie, venait de partir du Caire pour marcher contre Mourad-Bey et ses Mamelouks, qui s'étaient avancés jusqu'aux pyramides de Gizeh, du côté du désert, lorsqu'il reçut d'Alexandrie l'avis qu'une flotte turque de cent voiles avait mouillé le 11 juillet dans la rade d'Aboukir (où périt notre flotte un an auparavant), et que dans le même moment un corps de trois mille Turcs étant débarqué avec de l'artillerie, attaquait la redoute et le fort d'Aboukir. Le général français donna aussitôt ses ordres pour que les troupes dispersées se réunissent, afin de s'opposer aux projets de l'ennemi; mais déjà il n'était plus temps.
Le 15 juillet, le fort et la redoute d'Aboukir furent attaqués à-la-fois par mer, et investis du côté de la terre par les troupes débarquées. Les trois cents Français qui composaient la garnison, commandés par les chefs de bataillon Godard et Vinache, jurèrent de s'ensevelir sous les ruines plutôt que de se rendre. Pendant toute la journée, ils se battirent avec un acharnement qui tenait du désespoir, et peut-être eussent-ils forcé les Turcs à discontinuer leur attaque, si un caisson qui renfermait les poudres n'eût fait explosion, vers les quatre heures du soir, dans la redoute. où commandait le chef de bataillon Godard, et ne l'eût ainsi privé de ses munitions. Les Turcs profitèrent aussitôt de cette circonstance et montèrent à l'assaut; les Français ne pouvant plus se défendre, la redoute fut prise, et tout ce qui s'y trouva fut égorgé.
La redoute prise, le fort n'avait plus de ressources, cependant il soutint encore un siège de deux jours, au bout desquels le chef de bataillon Vinache, qui n'avait avec lui que trente-cinq hommes, n'étant pas secouru, et commençant à être bombardé du côté de la mer, capitula et fut fait prisonnier.
L'armée turque n'éprouvant plus d'obstacle, débarqua en entier, et au lieu de marcher sans retard sur Alexandrie, dépourvue de troupes suffisantes, elle s'amusa à se retrancher. Cette nonchalance et cette inhabileté donnèrent le temps au général Bonaparte de rassembler ses forces, et de livrer la célèbre bataille d'Aboukir.
25 juillet 1799 (7 thermidor an VII) : bataille terrestre d'Aboukir

La bataille terrestre d'Aboukir. Attention à l'orientation de la carte.
Le général Bonaparte, à son retour de l'expédition de Syrie, était revenu au Caire, où il s'était occupé de pacifier le pays, toujours prêt à la révolte, et d'améliorer le système administratif établi depuis l'arrivée de l'armée française. Ayant appris dans les premiers jours de juillet 1799 que Mourad-Bey et ses Mamelouks, chassés de la province de Bahireh, s'avançaient vers les pyramides, il sortit du Caire avec un corps de troupes pour leur couper la retraite. Instruit le 14 qu'une flotte turque, annoncée depuis longtemps, avait enfin paru en vue d'Alexandrie , et débarqué dix-huit mille hommes dans la presqu'île d'Aboukir, il se mit en marche le 15 vers le point menacé, réunit toutes les troupes dont il put disposer, arriva le 23 à Alexandrie, et le lendemain il se porta sur Aboukir, dont le fort, comme nous l'avons vu au 15 juillet, était déjà occupé par les Turcs. Ceux-ci, après la prise de ce fort, au lieu de marcher sur Alexandrie, et de profiter de la faiblesse numérique de la garnison de cette ville pour s'en emparer, avaient employé tous leurs moments à se fortifier, et, agissant comme s'ils étaient moins venus pour chasser de l’Égypte la petite armée française disséminée sur une grande surface, que pour se garantir de ses attaques, ils avaient établi un camp retranché qui fermait la presqu’île très - étroite sur ce point, attendant leurs adversaires dans cette position.
Le général Bonaparte, qui ne voulait pas donner le temps aux habitants de l'Égypte de seconder ,par une insurrection qui paraissait prochaine, les projets des Mamelouks et des Turcs, se hâta de battre ceux-ci, bien convaincu que leur défaite entraînerait celle de leurs partisans. Le 25 juillet, à cinq heures du matin, les deux armées se trouvèrent en présence. Ainsi donc la fortune voulut que le sort de l’Égypte se décida sur ce même point d'Aboukir où, un an auparavant, les Français avaient essuyé un si grand désastre (1er août 1798, bataille navale d'Aboukir. )
A sept heures, l’ordre de l'attaque fut donné, et l' armée française s'ébranla. L'aile gauche, aux ordres des généraux Lanusse, Destaing et Fugières , composée des 18e et 32e demi-brigades, engagea le combat le long de la mer, et la première ligne des retranchements fut emportée avec une ardeur extrême. Les Turcs, poursuivis, se retirèrent dans la redoute prise le 15. La 18e voulut l'enlever d'assaut; mais ayant éprouvé une trop vive résistance, elle fut obligée de se replier pour mieux combiner ses attaques. Les Turcs sortent alors de la redoute et chargent la gauche des Français, qu'ils repoussent jusqu'au quartier-général.
Voyant sa ligne rompue, le général Bonaparte , au milieu de la mitraille, faisait tous ses efforts pour rétablir le combat. Un caisson, rempli de gargousses, prit feu à côté de lui, mais il n'en fut point blessé, et son habit seulement fut brûlé. De toutes parts on se battait avec acharnement, mais les Français avaient quitté l'offensive et la victoire paraissait pencher vers leurs ennemis, lorsque les Turcs, profitant de leur premier succès pour se livrer à un usage barbare établi dans les armées ottomanes, fournirent eux-mêmes à l'armée française le moyen de les vaincre.
Le général Murat, qui commandait la cavalerie et se trouvait au centre de l'armée, s'étant aperçu que les Turcs, sortis tous de la redoute à la poursuite de l'aile gauche des Français, séduits par l'appât de la récompense qui leur est promise, ne s'occupaient plus que de couper la tête des morts et des blessés, et laissaient par-là la redoute sans défense, profita aussitôt de cette faute. Il lança rapidement une partie de sa cavalerie entre la redoute et la mer, tandis que l'autre entra dans les retranchements ; et notre aile droite secondant son mouvement en attaquant la gauche de l'ennemi, la redoute fut enlevée.
Les Turcs se voyant ainsi coupés, voulurent rétrograder, mais ils se trouvèrent entre deux feux. La 18e et la 32e se rallièrent, et reprenant l'offensive, elles les acculèrent entre la mer et notre cavalerie. Le carnage fut horrible, et ces malheureux, ignorant jusqu'aux coutumes les plus simples de la guerre, ne pensèrent pas même à se rendre prisonniers. Peut-être aussi la haine qu'ils portent aux infidèles leur fit-elle préférer la mort. Ils furent tous massacrés ou poussés dans la mer, où la cavalerie les poursuivit encore jusqu'à ce qu'elle les vît tous noyés. Trois mille hommes y périrent. L'armée française s'avança alors sur la seconde position de l'ennemi. Le général Murât attaqua et força le village situé entre la redoute et le fort d'Aboukir. Le général Lannes aborda la seconde ligne, qui fut enfoncée avec plus de facilité encore que la première. Les 22eet 6ge demi-brigades ayant sauté dans les fossés, gravirent le parapet, emportèrent les retranchements, et tout fut culbuté. Le camp entier des Turcs devint la proie des soldats. Le général Murat pénétra lui-même jusqu'à la tente de Seid-Mustapha, pacha de Romélie, commandant l'armée turque , et courut à lui pour en faire son prisonnier. Celui-ci alla à sa rencontre, et à l'instant où le général français s'avançait pour l’arrêter, Mustapha lui tira un coup de pistolet dont la balle l'atteignit, au-dessous de la mâchoire inférieure, mais ne le blessa que légèrement. Murat, d'un coup de sabre, lui abattit une partie de la main, et l'ayant saisi aussitôt, il le fit conduire au quartier-général.
Les Turcs, ainsi enfoncés et dans le plus épouvantable désordre, coururent vers la mer, afin de joindre les embarcations que leur envoyait la flotte mouillée à une lieue et demie de la côte; mais ces embarcations, encore trop éloignées, ne purent les recevoir, et tous les fuyards se noyèrent. De toute cette armée qui devait faire la conquête de l'Égypte, il ne se sauva que trois mille hommes qui, s'étant retirés dans le fort d'Aboukir, se rendirent le 2 août suivant, et deux cents hommes qui furent pris avec Seid-Mustapha. Tout le reste périt, et le même rivage, où un an auparavant les flots avaient porté les cadavres français et anglais, fut couvert de ceux des musulmans.
Cette victoire coûta beaucoup de sang aux Français, qui eurent trois cents morts et un grand nombre de blessés. Parmi les premiers, on doit citer l'adjudant-général Leturcq, les chefs de brigade Duvivier et Crétin, et l'aide de camp du général Bonaparte, Guibert. Ces officiers, d'un grand mérite, avaient l'estime de l'armée, et elle ressentit vivement leur perte.
Le général Fugières eut le bras gauche emporté à la tête de la 18e demi-brigade. Sa blessure était si grave qu'il crut mourir (Le général Fugières ne mourut pas; on lui amputa le bras à l'omoplate , et il se rétablit quelque temps après). Le général Bonaparte l'étant allé voir, Fugières lui dit : « Général, vous envierez un jour mon sort ; je meurs au champ d'honneur. » Paroles que les événements ont rendues bien remarquables, et que peut-être depuis, pour son malheur, le prisonnier de Sainte-Hélène se sera rappelé plus d'une fois.
Le jour même de la bataille d'Aboukir, le siège fut mis devant le fort de ce nom, et le général Bonaparte retourna à Alexandrie, d'où il se rendit au Caire quelques jours après.
Lorsque le général Bonaparte s'éloigna du Caire pour marcher vers Aboukir; dans le but de prévenir, en tant qu'il serait en son pouvoir, une nouvelle insurrection, soit dans cette ville, soit dans les provinces, il écrivit au divan qui y était établi depuis l'arrivée des Français. La singularité de cette lettre nous engage à la rapporter ici.
« Au divan du Caire, choisi parmi les gens les plus sages, les plus instruits et les plus éclairés.
Que le salut du prophète soit avec eux !
Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître » qu'ayant parcouru le Bahireh pour y rétablir la tranquillité, nous avons accordé un pardon général à la province.
Quatre-vingts bâtiments petits et gros se sont présentés devant Alexandrie, et ont été mouiller à Aboukir, où ils commencent à débarquer. Je les laisse faire, parce que mon intention est, lorsqu'ils seront tous débarqués, de les attaquer, de tuer tout ce qui ne voudra pas se rendre, et de laisser la vie. aux autres pour les mener prisonniers, ce qui sera un beau spectacle pour la ville du Caire. Ce qui avait conduit cette flotte ici était l'espoir de se réunir aux Mamelouks et aux Arabes, pour piller et dévaster l'Égypte. Il y a sur cette flotte des Russes, qui ont en horreur ceux qui croient à l'unité de Dieu, parce que, selon leurs mensonges, ils croient qu'il y en a trois ; mais ils ne tarderont pas à voir que ce » n'est pas le nombre des dieux qui fait la force, et qu'il n'yen a qu'un seul, père de la victoire , clé- ment et miséricordieux, et qui, dans sa sagesse, a décidé que je viendrais en Égypte pour en chasser la face. Il donne par-là une marque de sa haute puissance; car ce que n'ont jamais pu faire ceux qui crurent à trois, nous l'avons fait, nous qui croyons qu'un seul gouverne la nature et l'univers.
Et quant aux musulmans qui pourraient se trouver avec eux, ils seront réprouvés, puisqu'ils se sont alliés, contre l'ordre du prophète, à des puissances infidèles et à des idolâtres. Ils ont donc perdu la protection qui leur aurait été accordée; ils périront misérablement. Le musulman qui est embarqué sur un bâtiment où est arborée la croix, celui qui tous les jours entend blasphémer contre le seul Dieu, est pire qu'un infidèle même.
Je désire que vous fassiez connaître ces choses aux différents divans de l'Égypte, afin que les malintentionnés ne troublent point la tranquillité des différents villages; car ils périraient comme Damanhour et tant d'autres qui ont, par leur mauvaise conduite, mérité ma vengeance.»


Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von
1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.
2 août 1799 (15 thermidor An VII) : PRISE DU FORT D'ABOUKIR par les Français.
Comme nous l'avons vu au 25 juillet, à la bataille d'Aboukir (un an après le combat naval), un corps de quatre mille Turcs s'était réfugié dans le fort de ce nom. Il était commandé par le fils du pacha Seïd Mustapha, fait prisonnier. Sommés le 26 de se rendre, ils refusèrent toute proposition, et il fallut élever des batteries et commencer un siège. Le général Lannes en fut d'abord chargé ; mais ayant été blessé le 28, le général Menou prit la direction des opérations.
Les Turcs, déterminés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, et manquant de vivres, firent sortir les femmes qu'ils avaient avec eux et les chevaux qu'ils ne pouvaient nourrir assez longtemps pour pouvoir les manger. Leur escadre tenta quelques efforts pour les secourir Des chaloupes étaient parvenues à débarquer du canon de gros calibre; mais à peine ces pièces furent-elles à terre qu'elles tombèrent entre les mains des Français; on en remarqua deux de bronze doré, que le roi d'Angleterre avait données au grand-seigneur; le général Bonaparte en fit présent à Murat, et voulut qu'on y gravât le nom de ce général. Voyant ses efforts infructueux, l'escadre reprit le large et abandonna les Turcs enfermés dans le fort à leur destinée.
Ceux-ci se voyant alors sans espérance de secours, tentèrent des sorties dans chacune desquelles ils ne perdirent pas moins de deux à trois cents hommes; ils furent même si vigoureusement repoussés dans l'une d'elles, que; jetés dans la mer, ils s'y noyèrent au nombre de quatre cents.
Enfin le fort, écrasé par les bombes, s'écroulait de toutes parts; seize cents hommes ensevelis sous ses ruines faisaient de ce lieu un horrible charnier. Les deux mille restant éprouvaient toutes les souffrances de la faim et de la soif lorsqu'ils se déterminèrent à implorer la clémence du vainqueur. Le 2 août, le fils du pacha sortit à la tête de cette troupe de spectres effroyables qui, jetant leurs armes çà et là, tombèrent aux genoux des Français.
Ainsi se termina cette grandé expédition des Turcs, qui devait anéantir l'armée française, ou tout au moins préparer les voies pour ce grand œuvre au grand-vizir qui, pour ne pas se compromettre, ne marchait qu'avec circonspection et timidité. Elle coûta à la Porte dix-huit mille hommes et beaucoup d'artillerie.
11 août 1799 (24 thermidor An VII) : COMBAT DE SAMANHOUT.
Le général Desaix ayant appris que Mourad Bey déboutant du désert s'avançait dans la Haute - Égypte avec ses Mamelouks, envoya contre lui le chef de brigade Morand, qui le força à, fuir de Siout. Atteint de nouveau à Samanhout le II août, il y fut surpris dans son camp. Un grand nombre de Mamelouks furent passés au fil de l'épée, et Mourad Bey lui-même ne dut son salut qu'à l'obscurité de la nuit, qui lui permit de se soustraire à la poursuite d'un détachement du 20e de dragons. Deux cents chameaux chargés de butin et cent chevaux harnachés restèrent au pouvoir des Français.
14 août 1799 (27 thermidor An VII) : ATTAQUE DE COSSEIR.
Pendant que le général Desaix, dans la Haute-Égypte, toujours à la piste de Mourad Bey, ne lui donnait ni paix ni trêve, et le chassant sans cesse des pays cultivés, ne lui laissait pour refuge que le désert, deux frégates anglaises, voulant faire une diversion favorable à ce chef des Mamelouks, vinrent attaquer la ville de Cosseir, port sur la mer Rouge, occupée par les Français depuis le 29 mai, époque à laquelle le général Belliard s'en était emparé ; elles parurent le 14 août, et depuis midi jusqu'au 17 à quatre heures du matin, elles ne cessèrent de canonner le fort et la ville.
Quatre fois les troupes qu'elles avaient à bord tentèrent de débarquer; mais le général Donzelot prit de si bonnes dispositions, et fut si vaillamment secondé par la 21e demi-brigade légère, que les Anglais, trop vigoureusement reçus, furent contraints de se retirer sur leurs frégates, sans se donner le temps de recueillir leurs blessés; ils laissèrent même à terre trois pièces de canon qu'ils avaient débarquées. Ayant ainsi échoué, les frégates cessèrent toute attaque et s'éloignèrent.
22-23 août 1799 (6 fructidor An VII) : embarquement de Bonaparte et de son état-major sur la frégate muiron

Après la bataille d’Aboukir et la prise du fort de ce nom (25 juillet et 2 août), le général Bonaparte s'étant mis en communication avec l'escadre anglaise pour l'échange de quelques prisonniers, apprit par les journaux que lui fournit celle-ci les événements qui se passaient en Europe, et l'état déplorable où se trouvait là France après les sanglantes défaites qu'elle avait éprouvées en Italie.
Un officier anglais fut envoyé par Sydney-Smith au général Bonaparte, sous le prétexte également de l'échange des prisonniers, mais dans le but réel de connaître l'esprit de l'armée française et des habitants. Cet envoyé, après avoir amené la conversation sur la situation intérieure de l'Égypte, demanda comment il était possible que les Français pussent s'accommoder de la société et des mœurs des Turcs. Le général en chef ne lui répondit rien d'abord, mais, au bout de quelque temps , il lui dit: « Vous devez bien vous ennuyer en mer, Messieurs, heureusement vous avez le plaisir de la pêche. Pêchez-vous beaucoup ?» L'Anglais vit bien qu'il était deviné, et cessa toutes questions du même genre que celles qu'il avait déjà faites.
Il paraît que depuis le siège de Saint-Jean d'Acre le général en chef de l'armée d'Égypte, avait renoncé aux brillantes espérances dont il s'était d'abord flatté, et qu'il soupirait vivement après un départ qu'il n'avait pu effectuer jusque là. Les nouvelles qu'il apprit alors, le décidèrent à profiter de la première occasion favorable pour quitter l'Égypte et retourner sur une terre où. il espérait, à la faveur.de sa renommée et des troubles publics ,jouer un plus brillant rôle.
Le 11 août, les Anglais quittèrent la croisière et se dirigèrent sur l'île de Chypre, dans le dessein de se munir de vivres, dont ils manquaient totalement. Le général Bonaparte, qui était retourné au Caire, en fut instruit le 17 août par le contre-amiral Ganteaume ; il résolut aussitôt son départ; mais comme il lui importait qu'aucun incident ne vînt l'empêcher , il garda son secret. Sous le prétexte de faire une tournée dans le Delta, qu'il ne connaissait pas, il quitta le Caire le 18 août, emmenant avec lui les généraux Berthier, Andréossy et deux cent cinquante guides, que commandait Bessières. Il prévint en même temps l'amiral Ganteaume de tout préparer pour le 4 août. Arrivé près d'Alexandrie, le soir de ce même jour, il fit mettre pied à terre à tout son monde, ordonna de lâcher les chevaux, de ne conserver que les armes, et annonça à sa troupe étonnée qu'elle allait le suivre et partir pour la France. Le général Menou, qui avait été appelé sur ce point, fut investi du commandement des trois provinces d'Alexandrie , de Rosette et de Bahireh, et chargé de remettre au général Kleber un paquet cacheté ,renfermant des instructions sur les opérations ultérieures en Égypte. L'embarquement s'effectua à dix heures du soir, et Ton mit à la voile le 23août, à la pointe du jour.
L'escadrille était composée de deux frégates, le Carrère, sur lequel était le chef de division Dumanoir avec les généraux Lannes, Murat et Marmont; et le Muiron, qui portait le général Bonaparte, son secrétaire Bourrienne et son aide-de-camp Lavalette, le contre-amiral Ganteaume, les généraux Berthier, Andréossy, et MM. Monge, Bertholet et Parceval-Grandmaison.
Après avoir mouillé quelques jours à Ajaccio en Corse, l'escadrille arriva sans fâcheuse rencontre à Fréjus, le 9 octobre 1799.

Napoléon Bonaparte rentrant en France grâce la frégate Muiron à l’issue de la
campagne d’Égypte, le 9 octobre 1799, par Louis Meijer.
Le 1er novembre 1799 (10 brumaire An VIII ) : COMBAT DE DAMIETTE.
Depuis la bataille d'Aboukir (25 juillet), l'armée turque, sous les ordres du grand vizir Jussuf Pacha, n'avait rien entrepris contre l'armée française en Égypte, et s'était tenue prudemment sur les frontières de la Syrie. Poussé cependant par les Anglais, qui lui avaient appris le départ du général Bonaparte (23 août), le Vizir se décida à un mouvement vers l'Égypte. Mais pour attirer sur un autre point que la frontière de Syrie les forces des Français, il envoya un corps de sept mille janissaires d'élite, sous le commandement de Seïd Ali Bey, tenter un débarquement sur la côte de Damiette.
Les janissaires, montés sur cinquante-trois bâtiments dirigés par le commodore Sidney Smith, débarquèrent à Damiette, à l'embouchure du Nil, le 1er novembre, et se retranchèrent aussitôt sur le rivage. Le général français Verdier, qui commandait à Damiette, n'avait sous ses ordres que mille hommes, formés de détachements de la 2e légère, de la 32e de ligne et du 18e de dragons. Ne voulant pas donner aux Turcs le temps de s'établir, il n'attendit pas les renforts que lui amenait le général Desaix. Sans avoir égard à la disproportion de ses forces, il marcha à eux sur le champ, les attaqua avec vigueur, passa plus de deux mille hommes à la baïonnette, fit huit cents prisonniers, enleva trente-deux étendards, cinq pièces de canon, tous les approvisionnements de l'ennemi, et le força à se rembarquer.
Ce glorieux fait d'armes ne coûta aux Français qu'une trentaine de tués et quatre-vingts blessés, au nombre desquels se trouva le chef de la 2e légère, Desnoyers, qui mourut bientôt après de ses blessures. Le général Kléber, commandant l'armée française depuis le départ du général Bonaparte, fut si satisfait de la conduite des troupes dans cette action, qu'il en fit l'objet d'un ordre du jour, et donna des armes d'honneur au général Verdier, à l'adjudant-général Devaux, au chef de brigade Darmagnac, au chef de bataillon Rutty, et au chef d'escadron Guyon du 18e de dragons.
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