CAMPAGNE D'EGYPTE DE 1798-1801

1798 - 1799 - 1800 - 1801

Ce qui précède 1799

1800

20 mars 1800 (29 ventôse an VIII) : BATAILLE D'HÉLIOPOLIS

4 avril 1800 (14 germinal an VIII): COMBAT DE CHOA-RA.

15 avril 1800 (14 germinal an VIII) : PRISE ET SAC DE BOULAC (seconde révolte du Caire). 

25 avril 1800 (5 floréal an VIII): PRISE DU CAIRE, APRÈS SON INSURRECTION.

14 juin 1800 (25 prairial an VIII) : MORT DU GÉNÉRAL KLEBER.

5 septembre 1800 (18 fructidor An VIII) : REDDITION DE MALTE.

 


Extrait de "Atlas der Schlachten, Treffen und Belagerungen aus der Kriege von 1792 bis 1815", Woerl et von Dürrich, Freiburg, 1860.


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Le 20 mars 1800 (29 ventôse an VIII) : BATAILLE D'HÉLIOPOLIS

Kleber à la bataille d'Héliopolis, bas-relief sur le socle de sa statue sur la place Kleber à Strasbourg.

Lorsque le général Bonaparte, commandant en chef l'armée française d'Orient, quitta l'Égypte pour retourner de sa personne en France (23 août 1799), il avait envoyé au grand vizir, commandant l'armée turque qui s'approchait de l'Égypte, une lettre contenant des ouvertures de négociations avec l'armée française. Près de trois mois après son départ, le commodore Sidney Smith, qui croisait depuis longtemps sur les côtes d'Égypte, écrivit au général Kleber, auquel Bonaparte avait remis le commandement de l'armée, pour le prévenir qu'aucune négociation ne pouvait avoir lieu sans le concours de l'Angleterre et de la Russie, d'après le traité d'alliance conclu entre ces trois puissances. Il se qualifiait dans sa lettre de ministre plénipotentiaire de S. M. britannique près la Sublime Porte, et offrait d'entamer, à ce titre, des relations officielles avec le nouveau général en chef de l'armée d'Orient.

Kleber, qui ne se voyait pas sans quelque inquiétude à la tête d'une armée pour ainsi dire abandonnée sur des plages lointaines, dont les forces diminuaient chaque jour, et avec laquelle il ne pouvait plus espérer de se maintenir avec succès contre les innombrables ennemis qui le menaçaient de tous côtés; Kleber, disons-nous, n'hésita pas à accepter les ouvertures du commodore anglais, qui fit connaître que le ministre de Russie et le grand-vizir étaient consentants aux négociations. Sidney Smith ajoutait en outre que les conférences auraient lieu à bord de son vaisseau le Tigre, et qu'à cet effet il allait se rendre devant Alexandrie.

Les plénipotentiaires français, le général Desaix et M. Poussielgue, administrateur de l'armée, étant arrivés à bord du Tigre, le 31 décembre, convinrent d'abord du libre passage, pour le retour en France, des blessés , des membres de la commission des sciences et des arts, et conclurent un armistice pendant la durée des conférences; puis on aborda la grande question de l'évacuation de l'Égypte. L'ordre de Kleber aux plénipotentiaires était de traiter à toutes conditions : « Pourvu », disait-il, « que l'honneur de la France et de l'armée ne fût point compromis. »

Après de longues contestations qui sont hors de notre sujet, la convention d'évacuation fut conclue à El Arich, le 24 janvier 1800, et approuvée par le général Kleber. Elle portait, en substance, que l'armée française évacuerait l'Égypte dans trois mois, et remettrait d'abord à l'armée turque toutes les places ou forts qu'elle occupait dans la Haute-Égypte et sur la rive orientale du Nil; qu'elle s'embarquerait sur des vaisseaux fournis par la Porte, par divers transports dont l'ordre serait fixé selon les règlements maritimes de l'Angleterre; qu'il lui serait délivré, tant de la part de la Porte que des cours alliées, c'est-à- dire celles de la Grande-Bretagne et de Russie, les passeports, sauf-conduits et convois nécessaires pour assurer son retour en France. La Porte et ses alliés s'engageaient aussi, pour surcroît de précaution, à n'inquiéter nullement l'armée française jusqu'à son retour sur le continent de la France. Après la ratification du général Kleber, la convention devait être religieusement observée de part et d'autre; elle le fut en effet, mais seulement de la part des Français.

Rien ne manquait aux formalités observées dans cette convention, que la signature de Sidney-Smith; bien qu'il eût fait les premières ouvertures, qu'il se fût qualifié de plénipotentiaire près la Porte-Ottomane, que les conférences se fussent tenues sur son propre vaisseau, qu'il eût lui-même posé les premières bases du traité, que lui seul, pour les trois cours alliées, en eût discuté les divers articles et réglé les détails avec les plénipotentiaires français ; bien qu'enfin la loyauté d'un homme d'honneur dût l'obliger à sanctionner son propre ouvrage, le commodore s'excusa sous différents prétextes d'apposer sa signature à un acte qu'il savait bien, sans doute, que n'approuverait point son machiavélique gouvernement. Hommes d'honneur, les plénipotentiaires français ne soupçonnèrent point la mauvaise foi dont ils étaient la dupe: pressés d'ailleurs par Kleber de traiter à telles conditions que ce fût, ils n'insistèrent point sur la signature de Sidney-Smith; et l'astucieuse diplomatie prévalut encore une fois impunément sur la droiture et la justice.

Dès que le grand-vizir eut ratifié la convention d'El Arich, le général Kleber se rendit d'Alexandrie au Caire pour en accélérer l'exécution, en ce qui concernait l'armée française. Les forts de Katieh , Salahieh, Belbeis , ceux de la Haute-Égypte, la ville de Damiette, le fort de Lesbeh, furent successivement remis aux troupes turques. Déjà le grand-vizir avec son armée était arrivé à Belbeis, à quatre lieues du Caire, et devait occuper, deux jours après, la citadelle et les forts de cette capitale de l'Égypte , lorsque Kleber, vers le milieu du mois de mars, reçut de Sidney-Smith une lettre datée de l'île de Chypre, dans laquelle ce commodore l'informait que l'amiral Keith, commandant en chef de la flotte anglaise dans la Méditerranée, avait reçu des ordres qui s'opposaient à l'exécution immédiate du traité d'El Arich. Deux jours après, un officier anglais vint au quartier-général français, porteur d'une lettre de l'amiral Keith lui-même. Il annonçait que son gouvernement ne consentait à aucune capitulation, que dans le cas où l'armée française mettrait bas les armes et se rendrait prisonnière de guerre; qu'en conséquence il retiendrait comme prise tout bâtiment ayant des officiers ou des troupes à bord, qui serait rencontré en mer par ses vaisseaux, muni de passeports accordés en vertu de la convention d'El Arich.

Cette indigne violation de la foi des traitée, devenue si célèbre à la honte éternelle du gouvernement britannique, avait été provoquée par un incident imprévu des parties belligérantes. Kleber, dont le plus ardent désir était de retourner en France, après le départ du général Bonaparte avait écrit au directoire français pour l'informer de la critique situation où se trouvait l'armée sous ses ordres; il entrait dans les plus grands détails sur la difficulté de se maintenir en Égypte, s'il ne recevait bientôt des secours de toute espèce. Cette importante lettre, où ce général s'était peut-être un peu trop laissé aller à l'impatience secrète de quitter l'Égypte, fut confiée au chevalier de Malte Barras ( cousin du directeur) , qui partit d'Alexandrie avec quelques officiers blessés. Parvenu jusqu'en vue des côtes de France, le bâtiment fut arrêté par une corvette anglaise. Barras, pour soustraire ses dépêches à l'ennemi, les renferma dans un mouchoir avec un boulet, et les jeta à la mer; mais la toile se trouvant trop fine, le poids du boulet la perça, et les dépêches ayant surnagé, les Anglais s'en saisirent. Le capitaine de la corvette les envoya à l'amiral Keith, qui, après en avoir pris connaissance, les adressa à son gouvernement. Nous venons de dire quelles furent les suites de cette capture.

Il est impossible de rendre l'effet que produisit la lecture de la missive de l'amiral anglais sur le franc et loyal Kleber. Il contraignit néanmoins son indignation devant l'envoyé, et lui dit avec calme: « Vous connaîtrez demain ma réponse. » Sa résolution était déjà prise de livrer bataille au vizir. Aussitôt qu'il eut reçu la lettre de Sidney-Smith, il s'était hâté d'appeler toutes ses troupes autour du Caire, et de réunir les munitions nécessaires à la reprise des hostilités. Il avait envoyé cette lettre au grand-vizir, en le prévenant que, si son armée dépassait Belbeis, il repousserait la force par la force. Le vizir, qui ne supposait pas les Français en état de soutenir le choc de ses nombreuses troupes, et nonobstant la lettre de Keith, dont on lui donna également connaissance, persista à exiger l'évacuation du Caire et des provinces du Delta, aux termes convenus par le traité d'El Arich. Il porta en même temps son armée en avant, et son avant-garde vint prendre position au village de Matarieh, à deux lieues du Caire.

Le général Kleber, qui connaissait les nobles sentiments des intrépides officiers et soldats sous ses ordres, n'hésita point à leur communiquer la lettre de l'amiral anglais. Il la fit imprimer ; elle portait en tête : PROCLAMATION, et il y ajouta seulement cette phrase laconique, modèle d'éloquence militaire : « Soldats, on ne répond à une telle insolence que par des victoires ; préparez-vous à combattre ! »  L'armée, indignée, poussa un cri de guerre unanime. Le même jour, Kleber convoqua tous les officiers-généraux en conseil de guerre, et ne leur présentant d'autres pièces que la lettre de Keith et le plan de la bataille qu'il se proposait de livrer aux Turcs : « Citoyens généraux, leur dit-il, vous avez lu cette lettre; elle vous dicte votre devoir et le mien. Voici notre situation: les Anglais nous refusent le passage, après que leurs plénipotentiaires en sont convenus; les Ottomans, auxquels nous avons déjà livré le pays, veulent que nous achevions de l'évacuer, conformément au traité. Il faut vaincre ces derniers les seuls que nous puissions atteindre; je compte sur votre zèle et la confiance que vous inspirez aux troupes. Voici mon plan de bataille. »

Aucune délibération ne suivit de si nobles ouvertures, car chaque membre du conseil partageait les désirs de son général en chef, de venger l'injure faite à l'armée.

Dans la nuit du 19 au 20 mars, Kleber, accompagné de son état-major, se rendit dans la plaine de Qoubbeh, où déjà se trouvait une partie des troupes, l'autre, arrivant successivement , se forma en bataille. La clarté du ciel, toujours serein dans ces climats, suffisait pour que les mouvement s'exécutassent avec ordre; mais elle n'était pas assez grande pour que l'ennemi pût les apercevoir. En parcourant les rangs, le général en chef put remarquer toute la confiance et la gaîté du soldat, présage assuré de la victoire.

La ligne de bataille était formée de quatre grands carrés; ceux de droite étaient sous les ordres du général Friant, et ceux de gauche obéissaient au général Regnier. L'artillerie fut placée dans les intervalles d'un carré à l'autre; la cavalerie, en colonne, occupait l'intervalle au centre, commandée par le général Leclerc, et soutenue par le régiment des dromadaires; quelques bataillons et de l'artillerie étaient en réserve. Le général Belliard commandait le carré de droite, et le général Donzelot le carré de gauche de la division Friant; les généraux Robin et Lagrange commandaient les deux carrés de la division Reynier; l'artillerie était dirigée par le général Songis, et le génie par le général Samson. L'armée française, ainsi disposée, comptait à peu près dix-huit mille hommes.

L'avant-garde ennemie, aux ordres de Nassif Pacha, était retranchée dans le village de Matarieh (bâti sur les ruines de l'ancienne Héliopolis) ; plus loin, était le camp du grand-vizir, entre les villages d'El Khanka et d'Abouzabel, occupant un espace considérable, dans un ordre de bataille impossible à décrire. D'après tous les rapports, l'armée ottomane était forte de soixante à quatre-vingt mille hommes.

Carte de la bataille d'Héliopolis. Attention, le nord est à gauche.

Le 20 mars, à trois heures du matin, l'armée française s'ébranla, et à la pointe du jour arriva sur l'avant-garde ennemie: le général Regnier devant Matarieh, le général Friant entre les ruines d'Héliopolis et le village d'El  Marck.

Pendant que ce mouvement s'exécutait, le général Kleber aperçut une très-forte colonne de cavalerie et d'infanterie turque, qui, après un grand détour dans les terres, marchait dans la direction du Caire; il la fit charger par la cavalerie française: la mêlée fut vive, l'ennemi prit la fuite, mais n'en continua pas moins son mouvement primitif, seulement il parcourut un plus grand arc. Kleber, qui n'avait laissé qu'un faible détachement au Caire, sentit bien tout le danger d'un pareil mouvement; mais dans l'impossibilité de dégarnir sa ligne de bataille, déjà si faible, il ne put s'y opposer plus efficacement.

La division Reynier, chargée de l'attaque de Matarieh, s'avance sous le boulet et la mitraille vers les retranchements élevés autour de ce village. A son approche, les janissaires qui les défendaient se précipitent à l'arme blanche sur les Français; mais ils sont si rudement accueillis qu'un grand nombre périrent, et le reste s'enfuit dans les redoutes. Nos troupes franchissent les fossés, pénètrent dans le village, font un carnage épouvantable, et poursuivent dans la plaine au-delà les débris de cette avant-garde, qui, tombant sous le feu de la division Friant, et sabrés par la cavalerie du général Leclerc, sont entièrement détruits.

Le vizir, voyant son avant-garde si vigoureusement attaquée, sortit de son camp avec le gros de l'armée, et s'avança pour la secourir ; mais il était trop tard, et il prit position sur les hauteurs entre les deux villages de Serikhaurt et d’El Marek. Kleber ordonna au général Regnier de se porter rapidement sur la droite de l'ennemi, et d'attaquer Sérikhaurt. Pendant ce teins, le général Friant repoussait les tirailleurs ennemis, les chassait du bois d'El Marek, et canonnait sur le village.

Dans ce moment, les Turcs, réunissant en un seul faisceau, selon leur coutume, tous les drapeaux de la ligne, se portent en masse, agglomérés sans ordre, sur le carré du général Belliard qui, les laissant approcher à demi-portée de mitraille, les écrase de son feu. Les osmanlis, aux premières décharges, s'étaient séparés en petits pelotons ; ne pouvant toutefois se maintenir sous un feu aussi bien nourri que dirigé, ils prennent la fuite, et sont poursuivis par notre infanterie qui, ne voulant tirer qu'à bout portant, ne brûle pas une seule amorce. Les profondes crevasses occasionnées, comme il arrive toujours en ce pays, par les chaleurs après la retraite des eaux, empêchèrent notre cavalerie d'arriver à temps pour poursuivre les fuyards.

Dans ce moment, le vizir, qui était au village d'El Marek, fit avancer toute sa cavalerie, qui se divisant en plusieurs groupes entoura les Français de tous côtés; mais comme nos carrés faisaient face et feu sur tous les points, cette cavalerie ne tenta pas de charge sérieuse. Intimidé par l'insuccès de cette attaque et le mouvement offensif de l'armée française, qui avançait toujours en combattant, le vizir s'enfuit précipitamment vers son camp d'El Khanka. Nassif-Pacha, au lieu de suivre le vizir à la tête d'un corps de cavalerie , fit un détour sur la lisière du désert, et fut joindre au Caire le détachement de Turcs qui au commencement de la bataille s'était dirigé vers cette ville.

Le vizir, voulant se donner le temps de prendre quelque repos à El Khanka, envoya proposer au chef de l'armée française de cesser les hostilités pour reprendre les négociations. Kleber lui fit dire qu'il lui portait lui-même sa réponse dans son camp; et, en effet, ses troupes arrivaient rapidement sur ce village. Les Turcs, épouvantés, ne résistent plus; ils fuient dans une déroute complète, abandonnant leur camp, qu'ils n'ont pas le temps de lever.  

Avant le coucher du soleil, les Français étaient en possession du camp ennemi, où sous les tentes ils prirent le premier repos de la journée : depuis vingt-quatre heures, on n’avait pu leur distribuer que de l’eau-de-vie ; mais ils se dédommagèrent de leurs privations dans ce camp, qu'ils trouvèrent approvisionné de vivres de toutes espèces.

Pendant la nuit, le canon s'étant fait entendre dans la direction du Caire, Kleber jugea que les corps ennemis qui pendant et après la bataille avaient filé sur la droite attaquaient cette ville: en attendant qu'il pût y marcher lui-même il y envoya la division Lagrange, et le 21 au matin il continua sa poursuite sur l'armée vaincue. Le même jour, arrivé devant Belbeis, il attaqua cette place, défendue par huit cents Turcs, qui se rendirent le lendemain. Ce jour-là, les généraux Friant et Donzelot furent détachés avec cinq bataillons et deux escadrons pour secourir le Caire.

Cependant la retraite de l'armée turque paraissait s'être ralentie, et son arrière-garde opposait une plus vive résistance. Cette circonstance et divers rapports firent croire au général Kleber que le vizir, ayant-rallié ses troupes, se préparait à tenter encore la fortune à Salahieh, où il avait établi son premier camp avant de se porter sur Belbeis et le Caire. L'armée française, disposée à une nouvelle bataille, se mettait en marche sur Salahieh, le 24 au matin, lorsque plusieurs habitants de cette ville, venus à sa rencontre, annoncèrent que la veille, à trois heures après midi, le grand-vizir était monté à cheval, avait pris la fuite à travers le désert, conservant à peine cinq cents hommes d'escorte, et que dans la plus horrible confusion les Turcs avaient abandonné leur camp, leur artillerie et leurs bagages.

Les Français hâtèrent leur marche et trouvèrent en effet le camp ennemi, occupant trois quarts de lieue carrée, dans le plus grand désordre : l'artillerie, les tentes, les vivres, une multitude de caisses remplies de riches vêlements et de parfums, une quantité considérable de selles et de harnois de chevaux, plus de quarante mille fers à cheval, douze litières dorées et sculptées, un grand nombre d'ameublements de prix; tout y était pêle-mêle. Les Arabes, selon leur usage, s'étaient rassemblés à la nouvelle de la marche offensive des Turcs pour tomber sur les vaincus: une partie pillait le camp à l'arrivée des Français, qui les forcèrent de s'éloigner; les autres suivaient les débris de l'armée turque et les harcelaient pour leur arracher quelques dépouilles. L'armée française se reposa à Salahieh: seulement le général Leclerc avec la cavalerie poursuivit l'ennemi jusqu'au pont d'El Kasneh. Des hauteurs de ce village il aperçut les Arabes qui dépouillaient les traînards: jugeant l'affaire en bonne main (dit le général Kleber dans son rapport), le général Leclerc revint à Salahieh.

Kleber arrêta là sa poursuite. Il envoya alors des détachements pour reprendre les diverses places livrées aux Turcs d'après le traité d'El  Arich: et avec les troupes aux ordres du général Belliard et trois régiments de cavalerie, il retourna au Caire, qu'il trouva dans le plus affreux désordre. Nous avons vu, au 25 avril , quelle fut l'héroïque résistance d'une poignée de Français contre d'innombrables ennemis, et les suites de la révolte des habitants de cette ville.

Telle fut la célèbre bataille d'Héliopolis. La perfidie anglaise qui l'avait provoquée coûta à l'empire ottoman plus de cinquante mille hommes tués dans la bataille et les combats qui l'avaient suivie, massacrés par les Arabes, ou morts plus misérablement dans le désert. Ainsi cette armée si nombreuse, qui devait exterminer jusqu'au dernier Français, fut elle-même victime du machiavélisme anglais, toujours si ardent à fomenter chez les autres les troubles et les calamités dont il espère recueillir les profits sans en courir les risques.

Après la reddition du Caire, le général Kleber s'appliqua à calmer l'effervescence des Égyptiens, qu'avait excitée l'approche de l'armée turque. Il fit alliance avec Mourad Bey , qui resta fidèle à l'armée française jusqu'à sa mort. Il régularisa l'administration des provinces, dont la tranquillité ne fut plus troublée; et l'Égypte entière jouissait de la plus profonde paix, lorsque le poignard d'un assassin (14 juin), aiguisé par les proclamations du grand-vizir, décida du sort de l'armée française mieux que la déloyauté anglaise et les armées turques réunies. Il est à croire cependant que si le général Menou, qui succéda par ancienneté de grade au général Kleber, eût eu quelques-unes des qualités de son prédécesseur ou la confiance de l'armée, les Français qui occupèrent encore un an le sol égyptien s'y seraient maintenus beaucoup plus longtemps; mais Menou accumula sottise sur sottise, indisposa les habitants par des vexations inutiles, introduisit la discorde dans les rangs de l'armée, détruisit l'administration sans laquelle il ne pouvait subsister, et nécessita enfin l'évacuation définitive de l'Égypte. Les Anglais, qui se rappelaient la leçon d'Héliopolis, craignirent de s'exposer à une seconde qui prolongerait encore plus longtemps le séjour des Français. Ils tenaient d'autant plus à ne point replacer l'armée française entre le combat et le déshonneur, que cette fois une armée anglaise, venue en Égypte, aurait payé elle-même la mauvaise foi de son gouvernement. Une seconde négociation, sur les mêmes bases que celle d'El Arich, fut entamée ,et d'après sa teneur l'armée française fut transportée en France avec armes et bagages (2 septembre 1801). 

 

Sa statue sur la place éponyme à Strasbourg.

Sans oublier ce très bon ouvrage :

Le 4 avril 1800 (14 germinal an VIII) : COMBAT DE CHOA-RA.

Lors de la rupture du traité d'El-Arich, une insurrection générale contre les Français éclata dans toute l'Égypte. La victoire d'Héliopolis , en détruisant ou dispersant l'armée turque, permit au général Kléber d'envoyer des détachements de son armée sur tous les points insurgés.

Le général Belliard, avec douze cents hommes, se porta sur Damiette, dans le Delta, qui, lors de son insurrection, avait brûlé les effigies des généraux Bonaparte et Kléber. Au village de Choà-ra, près Damiette, il rencontra un corps de douze mille hommes, composé d'insurgés et de Turcs. Accoutumé à ne pas compter les ennemis, le général Belliard fond sur eux, et en moins d'une demi-heure de combat, il les met en fuite, les disperse, et leur prend dix pièces de canon. Le lendemain, il entra dans Damiette. 
 

Le 5 avril 1800 (15 germinal an VIII). Le lendemain du combat de Choà-ra, le général Belliard entra dans Damiette, et s'empara du fort de Lesbeth.

Le 5 avril 1800 (15 germinal an VIII). Le général Valentin bat les Mamelouks à Mahalet-el-Kebyr, et prend la ville.   

 

Le 8 avril 1800 (18 germinal an VIII). Occupation de Rosette par les Anglais et les Turcs. Les Français, en trop petit nombre pour défendre la ville se retirent au fort de Rahmanieh.

 

Le 15 avril 1800 (14 germinal an VIII) : PRISE ET SAC DE BOULAC (seconde révolte du Caire).

La bataille d'Héliopolis avait détruit l'armée turque, et calmé l'effervescence que sa présence avait fait naître en Égypte. Toutes les villes révoltées s'étaient soumises à l'armée française; le Caire et Boulac seuls étaient encore en insurrection.

A peine la bataille d'Héliopolis était-elle commencée, que ces deux villes, voisines l'une de l'autre, s'étaient révoltées, excitées par Égypte des partis d'Osmanlis et de Mamelouks fuyant le combat, et qui publiaient que les Français avaient été écrasés.

Les habitants de Boulac, armés de fusils et de sabres, s'étaient portés contre le fort Camin situé près la porte d'Esbekieh au Caire. Mais, canonnés à mitraille par ce fort, ils furent obligés de se retirer, et se contentèrent d'interdire l'entrée de leur ville aux Français, et de tirer sur eux aussitôt qu'ils en approchaient.

Ceux-ci, trop faibles pour rien entreprendre contre cette ville, et résistant à peine aux attaques des habitants du Caire, se tenaient enfermés dans les forts, attendant avec impatience des nouvelles de l'armée.

Le général Kleber, vainqueur à Héliopolis, marcha sur le Caire et Boulac. Affaibli par les nombreux détachements qu'il avait été obligé d'envoyer dans toute la Basse-Égypte révoltée, et manquant de munitions, il ne put d'abord faire d'attaque sérieuse contre ces deux villes, et se contenta de négocier, mais infructueusement. Cependant le général Belliard étant arrivé au Caire le 13 avril, après son expédition de Damiette, un convoi de munitions étant venu de Rosette à l'armée, Kleber résolut d'employer la force pour réduire Boulac.

La reddition de cette ville était importante pour accélérer celle du Caire, dont les habitants nous croyaient trop faibles pour oser seulement le tenter.

En conséquence, le 14 avril, elle fut sommée de se rendre pour la troisième fois. On lui promit l'oubli du passé et le pardon le plus absolu pour prix de sa soumission. Mais prenant cet acte d'humanité pour de la faiblesse, les habitants rejetèrent cette proposition, voulant , disaient-ils, suivre l'exemple du Caire, et se défendre jusqu'à la mort.

Les Français avaient besoin du Caire; ils ne pouvaient par conséquent le détruire. Boulac n'était pas indispensable, il fut condamné. Le 15, à la pointe du jour, le général Friant, avec les troupes sous son commandement et l'artillerie légère du général Belliard, fit cerner cette ville, et essaya, en la bombardant vivement, de l'amener à se soumettre avant de la livrer aux horreurs d'une prise de vive force; mais cette tentative fut inutile. Les habitants ,retranchés dans leurs maisons et derrière leurs barricades, tiraient sans relâche sur nos troupes, et défendaient vigoureusement les approches de leur ville.

Alors le canon bat en brèche, le pas de charge se fait entendre, les soldats s'élancent à-la-fois sur tous les retranchements; la plupart sont emportés d'assaut; dans les autres on entre par la brèche. L'ennemi se défend avec acharnement. Chaque maison est pour eux une nouvelle citadelle que le feu seul peut réduire. Toutes celles que les soldats ne peuvent forcer sont aussitôt embrasées. Les cris de fureur et de désespoir se font entendre de toutes parts. Au milieu de ce désordre, un nouveau pardon est proposé, par les Français, à ce peuple furieux qui le rejette encore.

Le sac recommence, le sang coule de nouveau, et les flammes dévorent la plus grande partie de cette ville infortunée, enfin les chefs de chaque corporation viennent implorer la clémence des vainqueurs. Ils se rendent près du général Friant et font leur soumission. Aussitôt le carnage s'arrête, l'ordre se rétablit, le pardon est proclamé, et les mêmes soldats qui venaient de livrer aux flammes cette malheureuse cité, d'égorger la moitié de ses habitants , lorsqu'en eux ils trouvaient des ennemis, arrêtent l'incendie, portent des secours à leurs victimes, et ne voient plus en elles que des malheureux. 

 

Le 21 avril 1800 (1er floréal an VIII) : Prise de Suez sur les Anglais, qui s'y étaient établis, sous prétexte de le défendre contre les Français; le général Lambert s'en empare, et les chasse.

 

Le 25 avril 1800 (5 floréal an VIII) : PRISE DU CAIRE, APRÈS SON INSURRECTION.

Le jour où Kleber gagnait la bataille d'Héliopolis (20 mars), le peuple du Caire s'était porté en masse hors des murs de la ville, attendant avec inquiétude l'issue de la bataille. Il vit arriver, successivement, Nasif Pacha, Osman Effendy, Kiâyâ-Bey, l'un des personnages les plus importants de l'empire ottoman, Ibrahim-Bey et tous les chefs de l'ancien gouvernement , excepté Mourad Bey. Tous ces officiers, fuyant la bataille, suivis de douze mille cavaliers turcs ou Mamelouks, et de plus de huit mille habitants des villages, qui s'étaient armés, annoncèrent que les Français avaient été taillés en pièces par l'armée du Vizir ; qu'ils venaient prendre possession du Caire au nom du sultan Selim, et ils célébraient par des chants le triomphe de ses armes sur les infidèles.

Cette multitude armée, qui s'était échappée du champ de bataille par un grand détour, fut accueillie avec enthousiasme par les habitants, et dès lors l'insurrection contre les Français devint générale. Trois cents hommes seulement , sous les ordres de l'adjudant-général Duranteau, avaient été laissés au Caire par Kleber, lorsqu'il en partit pour marcher à la rencontre de l'armée du Vizir. Une centaine était placée dans les petits forts Dupuy et Camin, autour de la ville, et deux cents occupaient la maison du quartier-général dans l'intérieur , sur la place Ezbekieh. Le premier soin du cruel Nasif Pacha, en entrant dans le Caire, fut de se porter au quartier des Européens, et là il fit massacrer, sans distinction d'âge ni de sexe, tous ceux qui furent trouvés, malgré les sauf-conduits que le Vizir leur avait donnés. Leurs corps, mutilés, éprouvèrent toutes sortes d'outrages, et furent ensuite jetés dans le canal ; leurs maisons, pillées, devinrent la proie des flammes.

Nasif Pacha fit saisir également Mustapha Aga, chef de la police sous le gouvernement français, et le fit empaler au milieu de la populace ivre de joie.

On vit alors ce que l'imagination la plus exaltée n'eût pu concevoir, ce que même l'Arioste, dans ses gigantesques et fantastiques écarts, n'a pas cru devoir avancer : neuf hommes, neuf Français, résistant avec succès à plus de soixante mille furieux, et leur ravissant leurs armes.

Huit soldats de la 13e demi-brigade, commandés par le sergent Klane, se trouvaient de garde auprès de Mustapha; ils veulent d'abord le défendre, mais ne pouvant y réussir, ils osent tenter de se faire jour à travers cette innombrable multitude. Ils marchent serrés les uns contre les autres en faisant feu alternativement. Chaque coup de fusil fait tomber un ennemi; la foule s'écarte et fait avancer une pièce de canon; Klane et ses compagnons se précipitent dessus, s'en emparent avant qu'elle ait tiré et l'amènent. Cependant trois d'entre eux sont blessés et tombent. Seulement alors la pièce de canon est abandonnée, les blessés sont placés sur les bras de leurs camarades, et ce groupe d'une valeur si extraordinaire, combattant sans cesse, traverse cette ville immense. Toujours poursuivis, ces braves gens arrivent près du fort Dupuy, et là, enfin, ils échappent à la rage de leurs ennemis, étonnés et furieux de tant d'intrépidité. (Ce fait est attesté par les pièces officielles de l'expédition d'Égypte; par l'histoire de cette expédition du général Mathieu Dumas ; par celle de M. Martin, et par tous ceux qui ont écrit sur cette guerre.)

Nasif Pacha, informé que deux cents Français étaient dans la ville, se porta sur la place Ezbekieh avec toute sa troupe et une partie des habitants armés, pensant qu'il en aurait aussi bon marché que des malheureux négociants qu'il venait d'assassiner. Son erreur fut de courte durée: le brave adjudant-général Duranteau avait rangé en bataille, devant le quartier- général, ses deux cents hommes, composés de grenadiers et de guides à pied. Aussitôt que cette multitude parut, il la fit accueillir par une vive fusillade, et, tombant sur elle à la baïonnette, il la disperse en un clin d'œil, et jonche la place de cadavres. Effrayé d'une réception aussi périlleuse, l'ennemi n'ose plus se présenter ouvertement, et commence à garnir les maisons voisines, afin de tirer plus sûrement sur les Français. Ceux-ci profitent alors de ce moment de relâche pour se fortifier avec des palmiers coupés dans le jardin du quartier-général ; ils établissent des retranchements et une batterie de canons devant le poste qu'ils occupent. Persuadés que l'armée , dont ils ne reçoivent pas de nouvelles, est détruite comme l'annoncent les Turcs, et n'espérant point de secours; bien convaincus qu'il n'y a point de capitulation à attendre de pareils ennemis, ils se préparent à mourir, mais à vendre chèrement leur vie.

Pendant deux jours, Nasif Pacha attaque incessamment et de tous les côtés le quartier-général. Pendant deux jours les deux cents hommes qui le défendent repoussent les attaques multipliées de plus de quarante mille ennemis; enfin, le troisième jour à midi, parut une colonne de troupes françaises, commandée par le général Lagrange. Nasif Pacha veut d'abord s'opposer à son entrée; mais, repoussé, il rentre dans la ville et se retranche dans les quartiers occupés par ses troupes, tandis que Lagrange marche sur le quartier-général et y prend position. Il délivre ainsi de leurs angoisses les deux cents Français qu'il renfermait, et double leur joie en leur apprenant la victoire d'Héliopolis.

Le général Friant arriva deux jours après avec cinq bataillons, et pour dégager le quartier- général, serré de trop près par les Turcs, il les repoussa au loin sur tous les points. Mais les succès mêmes qu'il obtint lui firent connaître combien il serait difficile de pénétrer dans la ville. De quelque part qu'on s'y présentât, on avait trouvé dans toutes les rues, et, pour ainsi dire, à chaque pas, des barricades en maçonnerie de douze pieds d'élévation, et à deux rangs de créneaux; les appartements et terrasses des maisons voisines étaient occupes par les Osmanlis, qui s'y défendaient avec la plus grande opiniâtreté. Les chefs de brigades Maugras et Courroux furent blessés dans les attaques de ces retranchements. Ce dernier officier, qui mourut de sa blessure, était de la plus grande espérance.

Telle était la position du Caire, le 27 mars, lorsque le général Kleber y arriva. Ce général , avare du sang des soldats, vit qu'une attaque de vive force lui ferait éprouver trop de pertes, et, après avoir cerné la ville, il tenta les voies d'accommodement.

Il employa tous les moyens pour faire connaître la vérité aux habitants; ceux-ci, qui ne pouvaient s'imaginer qu'un Grand Vizir eût été battu, résistaient à toutes les preuves qu'on leur en donnait, lorsque les officiers turcs, qui ne pouvaient douter de la vérité des rapports du général français, demandèrent à capituler. On régla aussitôt les conditions ; mais ceux des habitants qui avaient pris le plus de part aux massacres, craignant de rester exposés à la vengeance des Français, soulevèrent de nouveau la populace, qui fit tant, par ses cris et ses menaces, que la capitulation ne fût point exécutée, et les hostilités recommencèrent. Si Kleber eût voulu incendier la ville, il en eût facilement chassé les ennemis; mais le Caire, par ses ressources et sa position, lui était trop nécessaire pour qu'il employât un pareil moyen. Cependant, avant de réduire le Caire par la force, il voulut essayer si la prise de Boulac n'influerait pas sur les dispositions des habitants de cette première ville. Boulac fut saccagée; mais le Caire persista dans sa résistance.

Les habitants armés, au nombre de quarante mille, joints aux Turcs et aux Mamelouks, déployaient une activité que le fanatisme seul peut donner. Ils avaient déterré vingt pièces de canon, enfouies depuis longtemps ; ils avaient établi des fabriques de poudre, forgé des boulets avec le fer des mosquées , les marteaux et outils des artisans, qui s'empressaient de les offrir. Ils ramassaient nos bombes, nos boulets, pour nous les renvoyer. Comme ces projectiles ne se trouvaient pas du calibre de leurs pièces, ils entreprirent de fondre des mortiers et des canons, et, chose extraordinaire dans ce pays, ils y réussirent. Du haut des minarets de cette ville immense, les imans, par leurs chants et leurs prières, soutenaient l'ardeur du peuple et lui promettaient la victoire. La destruction les atteignait déjà.

Enfin, fatigué d'une attente vaine, le général Kleber ordonna l'attaque pour le 18 avril au soir.

Les Turcs, retranchés dans la maison de Swittié Fatmé, qui flanquait leur gauche, resserraient de très près le quartier-général, sur la place Ezbekieh ; elle fut minée, et l'explosion devait être le signal du combat. A l'entrée de la nuit, l'effet fut tel qu'on l'avait désiré, la maison s'engloutit, et ensevelit sous ses ruines les nombreux Osmanlis qui la défendaient.

Le combat s'engage alors de toutes parts

Le général Friant, ayant sous ses ordres le général Donzelot, dirigeait l'attaque de droite, composée des 61e, 75e et 88e demi-brigades. Le général Belliard commandait le centre, ayant sous ses ordres l'adjudant-général Duranteau , qui s'était si vaillamment défendu, et les 21e légère et 25e de Ligne. Le général Reynier, avec des détachements des 22e légère, 19e, 13e et 85e de Ligne, attaquaient en même temps la gauche.

Partout on se bat avec acharnement; on s'avance fort avant dans la ville; on force les maisons, et on pénètre dans les rez-de-chaussée. Les Turcs coupent l'escalier, et se défendent au premier étage. On arrive jusqu'à eux, ils coupent encore les communications, et se retirent sur les terrasses, du haut desquels les vainqueurs, qui les y ont poursuivi, les précipitent. On incendie les maisons qu'on ne peut forcer; la mort plane sur cette malheureuse cite, et fait couler des flots de sang. Une pièce de canon, placée sur une tour par l'ennemi , tirant sur nous à mitraille, nous faisait éprouver de grandes pertes. La 3e compagnie de carabiniers de la 22e légère reçoit l'ordre de s'en emparer. Cette compagnie court de terrasse en terrasse; toujours combattant, elle arrive à la tour, l'escalade, et la pièce tonne contre les Osmanlis. Nasif Pacha, et Hassan Bey, à la tête de Mamelouks, rencontrés au débouché d'une rue, sont obligés d'abandonner leurs chevaux et de se sauver dans des maisons voisines, par où ils parviennent à s'échapper.

Le jour fit cesser le combat. Quatre cents. maisons avaient été incendiées pendant cette nuit de carnage ; les rues étaient couvertes de cadavres d'hommes et de chevaux; l'abattement avait succédé à la fureur parmi les habitants insurgés, et l'horreur de leur position leur inspira autant de découragement qu'ils avaient eu d'exaltation avant le combat.

Le général Belliard, qui pendant toute l'action s'était trouvé dans le plus fort de la mêlée, y fut dangereusement blessé d'une balle dans le côté. Le chef de brigade Brun, commandant la 12e, y fut aussi blessé, et le chef de bataillon Mastin reçut un coup de poignard en enlevant un retranchement ennemi.

Voyant qu'une plus longue résistance entraînerait leur entière extermination, les chefs de la ville et des Osmanlis proposèrent un accommodement au général Kleber, qui l'accepta. Plusieurs jours furent employés à régler les articles de la capitulation. Les chefs des Turcs élevaient encore trop haut leurs prétentions ; mais, enfin, il fut convenu que les Osmanlis, Mamelouks et insurgés étrangers au Caire sortiraient de la ville, escortés par les troupes françaises jusqu'à Salahieh, aux bords du désert, et qu'un pardon général serait accordé aux habitants du Caire, sauf à eux à payer une forte contribution.

L'évacuation de la ville se fit le 25 au matin, et les troupes françaises, après un siège de vingt-huit jours, occupèrent dès ce moment tous les postes et tous les points, comme avant la bataille d'Héliopolis.

L'Égypte était donc encore une fois soumise, et l'armée française, que les Anglais, en refusant de reconnaître le traité d'El-Arick, avaient forcée à remporter la victoire d'Héliopolis , put enfin jouir de quelque repos, acheté par tant et de si glorieux travaux.

Ce fut pendant le siège du Caire que le général Kleber fit un traité avec Mourad Bey. L'estime des vers militaires communes aux Français et aux Mamelouks, l'adversité, et son admiration pour les grandes vertus du général Kleber, avaient rapproché de nous cet ancien maître de l'Égypte. Voici les seules conditions qu'il demanda, et qu'il obtint du général français :

« Vous déclarerez aux Français », dit-il à Osman-Batdissi-Bey, chargé par lui de la négociation, « que je m'unis à eux, aujourd'hui, parce qu'ils m'ont mis dans l'impossibilité de continuer la guerre. Je demande à m'établir dans une partie de l'Égypte, afin que s'ils la quittent je m'empare, avec les forces qu'ils me fourniront, d'un pays qui m'appartient, et qu'eux seuls peuvent m'enlever. Je jure d'unir mon sort au leur jusqu'à cette époque, et je serai fidèle à mes conventions. » 

Aussitôt après l'échange du traité, Mourad Bey envoya des subsistances au camp français ; et son influence n'ayant pu porter les habitants du Caire à se soumettre, il proposa à Kleber d'incendier la ville lui-même, et envoya à cet effet des barques chargées de roseaux et de soufre. Heureusement pour le Caire, un général ennemi fut plus humain que son ancien maître.

Mourad Bey fut toujours fidèle à ses engagements, et ne s'en crut point dégagé par la mort de Kleber. Malgré leurs revers, il fut inébranlable dans son attachement pour les Français ; à l'époque où le général Belliard fut menacé dans le Caire par l'armée du grand Vizir et celle des Anglais, il allait se mettre en marche pour le joindre et combattre à ses côtés, lorsque la peste qui ravageait aussi le Caire, l'atteignit à Benisouef, où il mourut le 22 avril 1801. Ses Mamelouks, inconsolables de sa perte, brisèrent ses armes sur sa tombe, déclarant qu'après lui aucun d'eux n'était digne de les porter.

Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en plaçant ici le portrait que fait le général Mathieu Dumas de cet homme célèbre dans l'Orient par sa force, son courage et quelques vertus remarquables : « Ce n'était point un homme extraordinaire; il possédait éminemment les vertus et les défauts qui tiennent au degré de civilisation où les Mamelouks sont parvenus. Livré à toute l'impétuosité de ses passions, son premier mouvement était terrible, le second l'entraînait souvent dans un excès contraire. Doué par la nature de cet ascendant qui appelle certains hommes à déterminer les autres, il avait l'instinct du gouvernement sans en connaître les ressorts; également prodigue et rapace , il donnait tout à ses amis, et pressurait ensuite les peuples pour subvenir à ses propres besoins. Joignez à ces traits généraux une force de corps extraordinaire, une bravoure à toute épreuve, et une constance dans le malheur, qui, au milieu des crises fréquentes de sa vie agitée, ne l'a jamais abandonné. »   

 

Le 14 juin 1800 (25 prairial an VIII) : MORT DU GÉNÉRAL KLEBER.

Quoique Kleber ne soit pas mort sur le champ de bataille, sa perte a été une trop grande calamité pour l'armée française, pour que nous ne nous croyions pas obligés de placer dans nos Éphémérides l'anniversaire de la mort de ce général célèbre.

Le même jour où le général Desaix, arrivant d'Égypte, terminait ses jours sur le champ de bataille de Marengo, le général Kleber tombait au Caire sous le fer d'un assassin.

La bataille d'Héliopolis (20 mars 1800);  en détruisant l'armée turque, avait prouvé aux Anglais que la violation des traités les plus sacrés n'était pas toujours sans danger. L'insurrection de l'Égypte, que l'approche de cette armée avait fomentée, était apaisée. Le peuple égyptien, qui, peu de temps avant cette bataille, croyait certaine la perte des Français, tout étonné de voir un grand-Vizir battu et chassé, se soumit alors, les regardant désormais comme les maîtres absolus d'un pays dont aucune puissance humaine ne pouvait plus les forcer à sortir. Dès ce moment, la position de l'armée devint meilleure. Hors le danger des Arabes, un Français pouvait parcourir le pays sans inquiétude, et plusieurs négociants en empruntaient l'habit pour faire leur voyage avec sûreté. Le général Kleber ayant ainsi, par son courage et ses talents, rétabli partout l'ordre et la tranquillité, résolut de se fixer dans le pays d'une manière stable, et de mettre ses opérations en rapport avec le gouvernement français: dès lors tous ses efforts tendirent à faire fleurir la colonie qu'il allait fonder. Ce fut dans ce moment que le poignard d'un fanatique, en arrêtant le cours d'une carrière toute glorieuse, trancha du même coup les destinées de la nouvelle colonie égyptienne.

Le grand Vizir , en quittant l'Égypte, avait par d'atroces proclamations excité tous les musulmans à venger leur religion en assassinant le chef de l'armée française. Il les avait invités à exécuter l'acte méritoire recommandé par le Coran, le combat sacré, par lequel tout musulman qui tue un infidèle se met dans la voie du salut, et obtient les faveurs du prophète.

Un ancien aga des janissaires, en exil à Jérusalem , conçut le projet de rentrer en grâce en servant la haine de son maître. Il choisit à cet effet un jeune homme de vingt-quatre ans, en pèlerinage dans cette ville , qui déjà s'était fait remarquer par son exaltation religieuse. A ses principes superstitieux, Souleyman-el-Alepi joignait une tendresse extrême pour son père, marchand de beurre à Alep. L'aga employa habilement ces deux moyens de séduction pour arriver à son but. Lié d'amitié avec le gouverneur d'Alep, il l'engagea à imposer au père du jeune homme une amende assez forte pour que, ne pouvant la payer, il restât en prison tant qu'il serait insolvable. Agissant alors sur le cœur et l'imagination du jeune dévot, il lui offrit une somme d'argent suffisante pour tirer son père de prison, n'eut pas de peine à lui persuader que Dieu et son prophète l'appelaient en Égypte pour immoler le chef des infidèles, oppresseurs de l'islamisme, et que le combat sacré devait lui ouvrir les portes du paradis. Animé par le double sentiment de l'amour filial et de la religion, Souleyman partit pour le Caire, où il arriva le 14 mai. Il se retira dans la grande mosquée, fit part de ses projets aux quatre cheiks qui la desservaient, et auxquels il avait été recommandé par les imans de Jérusalem. Pendant un mois, il se prépara au meurtre affreux qu'il allait commettre par des prières, des invocations, et, persuadé enfin qu'il était l'instrument de Dieu et son vengeur, il s'introduisit le 14 juin dans les jardins du palais qu'habitait le général Kleber , se cacha dans une citerne, et attendit l'instant favorable à son horrible sacrifice. Ii,

Vers deux heures après midi, Kleber, seulement accompagné de l'architecte Protain, avec lequel il allait visiter quelques constructions qui s'exécutaient dans les jardins, suivait une longue terrasse. Souleyman l'aperçoit, arrive à lui sans être aperçu, et le frappe d'un coup de poignard dans l'aine gauche. Blessé mortellement, Kleber n'a que le temps de crier: « A moi, je suis blessé », et il tombe baigné dans son sang. M. Protain, qui n'avait qu'une légère canne à la main, veut défendre son général; mais, atteint lui-même de plusieurs coups de poignard, il tombe sans connaissance. L'assassin retourne alors à sa première victime , qui respirait encore, et achève de lui ôter la vie. Entendant alors quelque bruit, il s'échappe en fuyant précipitamment dans les jardins.

Ainsi périt le général Kleber, dit un de nos brillants écrivains militaires (général Mathieu Dumas) , vrai modèle des guerriers, auquel la nature n'avait refusé aucune des qualités du général d'armée ; elles étaient relevées par tous les avantages physiques, une haute stature (II avait près de six pieds), une belle figure un regard fier, doux et pénétrant. Dans la vigueur de l'âge, il avait une expérience consommée de toutes les choses de la guerre, un tact sûr, un discernement admirable, et son courage ardent ne  s'égarait jamais jusqu'à la témérité. Il avait aussi l'esprit fin et délié : on en peut juger par l'anecdote suivante. Après une affaire en Allemagne un officier général autrichien, qui avait été fait prisonnier, soupait chez Kleber, où se trouvaient plusieurs officiers français. La conversation s'engagea sur les qualités qui distinguaient le plus les deux armées belligérantes. Le général prisonnier accordait aux Français la supériorité dans l'attaque, mais il se-récriait bien haut sur les grands talents que montraient les Autrichiens dans. les retraites, et affirmait que les premiers n'atteindraient jamais le point de perfection auquel les derniers' étaient parvenus. « C'est tout simple: cela tient à l'habitude », répond Kléber avec une maligne simplicité.)

Il emporta dans la tombe les regrets de toute l'armée, ceux même que le respect peut inspirer à des peuples conquis, et l'estime des ennemis. Ceux-ci honorèrent sa mémoire par de justes éloges; et quand sa dépouille mortelle fut transportée en France, le canon des Anglais et des Turcs répondit au canon français aux mêmes lieux où César donna des larmes à la mémoire de Pompée.

Jean-Baptiste Kleber naquit en 1760, à Strasbourg , de parents peu fortunés, mais honnêtes. Dans sa jeunesse il étudia les mathématiques et l'architecture, et à seize ans vint à Paris se perfectionner à l'école de Chalgrin. Quelque temps après, des étrangers auxquels il avait rendu service en prenant parti pour eux dans une dispute, le firent recevoir à l'école militaire de Munich. Ses progrès furent si rapides, que, huit mois après, un des professeurs étant mort, le jeune Kleber demanda la place vacante.

Pour toute réponse on mit l'écolier présomptueux en prison. Le général de Kaunitz, fils du premier ministre de l'empereur, étant venu visiter l'école militaire de Munich, fut frappé de la riche taille et de l'air martial de Kleber; satisfait de ses réponses, des plans et des desseins du jeune homme, le général autrichien lui donna une sous-lieutenance dans son régiment. Après avoir servi huit ans dans l'armée autrichienne, Kleber donna sa démission, revint à Strasbourg, fut nommé inspecteur des bâtiments publics en Alsace, resta six ans dans ce nouvel emploi, et, à la révolution il devint adjudant-major dans le 3e bataillon du Haut-Rhin. Nommé commandant de ce bataillon, il commença à se faire connaître au siège de Mayence, dans la défense de cette place en 1793, et y fut promu au grade d'adjudant- général. Peu de temps après, nommé général de brigade, il partit pour la Vendée avec cette célèbre garnison de Mayence qui couvrit de ses cadavres et de ceux des Vendéens les champs de ces malheureuses contrées. Ce fut au combat de Torfou que Kleber, blessé grièvement, et soutenant la retraite avec son arrière-garde contre les Vendéens, dit à Schouardin, commandant du bataillon des chasseurs de Saône-et-Loire, en lui indiquant un pont à défendre : « Commandant, faites vous tuer là. » — « Oui, mon général », répondit Schouardin, qui, par sa mort héroïque, assura le salut de ses camarades.

Rappelé, et exilé à Chateaubriant par le Comité de salut public, pour avoir accordé la vie à quatre mille prisonniers vendéens, bientôt ses talents le rendent nécessaires, et il va à l'armée du Nord servir comme général de division, sous les ordres de Jourdan. Aux différentes dates de nos Éphémérides nous le verrons ,soit à l'armée de Sambre-et-Meuse, soit à celle du Rhin, parcourir une carrière aussi brillante que savante. Après la retraite de cette dernière sur la rive gauche du Rhin, à la fin de 1795, Kleber, aigri par quelques injustices, demanda et obtint sa retraite. Il vint se fixer près de Paris, où il s'occupait à rédiger des Mémoires sur ses campagnes, lorsqu'il fut porté sur les listes de proscription du 18 fructidor , comme partisan du royalisme. Cependant il était trop franchement républicain pour être atteint par cette mesure rigoureuse; aussi il se disculpa facilement de l'accusation, qu'il ne devait qu'à un ennemi, et resta libre. Ayant repris du service, il suivit Bonaparte en Égypte, et fut celui de nos généraux qui fit le plus pour la gloire et le salut de l'armée française en Orient. Nous croyons satisfaire la curiosité de nos lecteurs en donnant ici quelques détails sur le supplice que subit l'assassin du général Kleber, saisi quelques instants après l'assassinat. (Ils sont tirés de L'Histoire de l'expédition d'Égypte, par M. Martin.) 

Souleyman après avoir avoué son crime, fut condamné à avoir le poing brûlé, à être empalé, et abandonné vif sur le pal jusqu'à ce que les oiseaux de proie eussent dévoré son corps. Les cheiks qui lui avaient donné asile furent aussi condamnés à avoir la tête tranchée. L'exécution commença par les cheiks; elle se fit sous les yeux de Souleyman, qui donna à ce spectacle toute l'attention et le sang-froid d'un homme soutenu par une grande fermeté de caractère. On procéda ensuite au brûlement de son poignet. Pendant cette douloureuse opération, il ne proféra aucune plainte; on ne remarqua même aucune altération dans les traits de sa figure. Tout à coup un morceau de bois enflammé, se détachant du foyer, vint tomber sur son coude; il poussa un grand cri et demanda qu'on lui ôtât ce surcroît de douleur. L'exécuteur lui dit avec ironie: « Quoi! un homme aussi brave que toi craint une légère douleur! qu'est-elle auprès de celle que tu éprouves depuis un quart d'heure dit-il, sache que tu n'es pas digne de m'adresser la parole; fais ton devoir en silence; la douleur dont je me plains n'était point dans la sentence que mes juges ont prononcée. » Après que son poing fut brûlé, l'exécuteur le coucha à terre sur le ventre, et lui fit, avec un couteau, une large incision dans le fondement ; approchant ensuite le bout du pal de cette ouverture, il l'enfonça dans le corps à grands coupa de maillet. Lorsqu'il sentit le bois arrivé au sternum, il lui lia les bras et les jambes, l'éleva en l'air, et fixa le pied du pal dans un trou pratiqué à cet effet. Ce malheureux n'avait, pendant cet affreux supplice, proféré aucune parole; lorsqu'il fut élevé, il promena ses regards sur tous les assistants, et prononça à haute voix la profession de foi des musulmans: « La ilah el Allah,Mouhamrned rasoul Allah. (Il n'y a d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète.) » Il récita ensuite quelques versets du Coran et demanda à boire. Un soldat allait lui rendre ce dernier service lorsque l'exécuteur l'en empêcha, parce que, disait-il, cela le ferait mourir sur le champ. Souleyman vécut encore quatre heures, et aurait peut-être vécu davantage si le soldat de garde, après que tout le monde fut parti, n'eût eu pitié de ses souffrances. Il lui donna à boire, et le malheureux mourut à l'instant même.

Ainsi fut consommé et expié ce crime atroce, qui était moins celui d'un jeune fanatique que celui du premier ministre d'un gouvernement barbare.  

 

Le 5 septembre 1800 (18 fructidor An VIII) : REDDITION DE MALTE.

Le gouvernement français n'avait retiré de la conquête de l'île de Malte (13 juin) aucun des avantages qu'il s'en était promis. Ce brillant début de la guerre d'Orient, qui frappa d'étonnement toutes les puissances maritimes, fut pour l'Angleterre un nouveau motif d'augmenter ses forces navales dans la Méditerranée ; d'y poursuivre jusqu'à leur entière destruction les faibles restes de la marine française, encore redoutable dans ces parages, et de s'emparer de cette clef des mers et du commerce du Levant.

Lorsque le général Bonaparte quitta Malte et fit voile pour l'Égypte, il laissa dans l'île le général Vaubois avec quatre mille hommes; mais cette faible garnison, insuffisante pour occuper tous les points défensibles, était nécessaire seulement pour la défense de la place; et ne pouvant contenir une population de cent mille âmes qui s'était insurgée, elle fut obligée de s'y renfermer.

Échappés au désastre d'Aboukir (1er août), les contre-amiraux Villeneuve et Decrès, ramenant deux vaisseaux et trois frégates, venaient d'entrer dans le port de Malte, lorsque vers la fin du mois d'août 1798 une escadre portugaise se présenta pour en former le blocus. Bientôt deux escadres, anglaise et napolitaine, vinrent se joindre à la première, et le blocus fut complet. Les habitants de l'extérieur et de l'intérieur de la place tentèrent plusieurs fois, par toutes sortes de machinations, de la livrer aux Anglais et d'en égorger la garnison, mais toujours infructueusement. Le 18 février 1800, le contre-amiral Pérée, parti de Toulon avec un convoi chargé de trois mille hommes et d'une quantité considérable de munitions de guerre et de bouche, était parvenu dans le canal , à la vue de Malte, lorsqu'attaqué par l'amiral Nelson, il fut blessé mortellement, et le convoi tomba au pouvoir de l'ennemi.

Le général Vaubois tint encore jusqu'au mois de septembre ; mais enfin, après avoir fait d'inutiles tentatives pour faire passer en France des avis sur sa position désespérée, n'espérant plus être secouru, ayant perdu plus de la moitié de la garnison, et n'ayant qu'un quart de ration à donner par jour aux troupes qui lui restaient, il capitula le 5 septembre 1800, après deux ans d'un blocus rigoureux; la garnison sortit avec les honneurs de la guerre, et fut conduite à Marseille. 

 

1801

 

 

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