L
ouis-Gabriel Suchet

(1770-1811-1826)

maréchal de l'Empire
duc d'Albufera

Suchet en Lieutenant-Colonel au 4e Bataillon de l'Ardèche en 1792, par V.N. Raverat.

   

I. - L'HOMME ET SON CARACTÈRE1

Les grands yeux francs de Suchet, son nez fini sa bouche souriante; où paraissait à peine une nuance de dédain, ses traits réguliers, sa taille avantageuse et ses manières pleines d'aisance faisaient de lui l'une des plus nobles figures de l'Empire, comme aussi l'une des plus aimables.

Son esprit d'à-propos, sa conversation, son humeur avaient quelque chose de gracieux et d'attirant qui l'avaient rendu l'idole de ses soldats. Il avait en effet obtenu de ceux qu'il commandait mieux que la crainte et plus que l'obéissance : on l'aimait et on avait plaisir à le suivre.

Aussi, sa seule présence parmi les troupes constituait la première et la meilleure garantie du succès. Sa seule vue dans les marches de jour et le son de sa voix dans les marches de nuit eussent mené les hommes au bout du monde. Une telle popularité, et de si bon aloi, explique suffisamment l'éclat de ses victoires et la douceur des souvenirs qu'il a laissés partout.

Au surplus, il avait toutes les qualités de l'homme de guerre accompli. On connaissait sa valeur intrépide, son audace que rien ne démontait, son activité prodigieuse; mais ce qui était moins visible; quoique aussi réel, c'était la sûreté de son coup d'œil, sa puissance de réflexion et de combinaison qui conduisait sa bravoure, bien loin de lui être sacrifiée.

De même, on ne donnera jamais trop de louanges non seulement à sa probité matérielle, mais encore à sa faculté merveilleuse d'utiliser au mieux des besoins communs et de la gloire nationale les ressources considérables qui tombaient en son pouvoir. Bien près de cent millions lui sont passés par les mains dans sa campagne espagnole ; des richesses de toutes sortes ont été conquises par lui ou livrées à sa libre disposition. Par ses soins, il a été rendu de tout un compte scrupuleux, et la preuve aussi glorieuse que touchante de sa modération et de son humanité se trouve dans les regrets unanimes manifestés par les Espagnols au moment de sa mort.

Or, aux yeux de ce peuple, il n'était après tout que l'ennemi et l'envahisseur. On juge du prestige de ses vertus, en considérant qu'elles ont suffi à faire oublier ces deux tristes qualités à la nation la plus ombrageuse et la plus indépendante de la terre.

 

II. - SON ORIGINE ET SA JEUNESSE

Louis-Gabriel Suchet est né à Lyon le 2 mars 1770. Son père, qui était négociant en soie, tenait dans la ville une place considérable, tant par les charges municipales qu'il avait occupées que par les améliorations qu'il avait introduites dans la fabrication des étoffes de soie.

Le futur maréchal est vraisemblablement né au 13, rue de la Mignonne, à Lyon. S'il n'est pas né ici, il est en revanche très vraisemblable qu'il ait passé ici une partie de sa jeunesse. Il a fait ses études à l’institution Reydelet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ICI NAQUIT
LE MARÉCHAL SUCHET
1770-1826
HÉROS DE L’EMPIRE
ET GASTRONOME

La plaque sur le mur qui entoure la propriété. Je dois avouer avoir étét surpris de la mention "gastronome". Il a pourtant de bien plus grand titres de gloire !

Voici son acte de naissance, que nous devons à M Contant :

Louis Gabriel fils de sieur jean pierre Suchet negociant et de
Demoiselle Marie anne Jacquier sa femme, né aujourd'hui Rue
Pizay a été baptisé par moy vicaire soussigné ce douzième
mars mil sept cent septante, ont été parrain sieur Louis
Jacquier ---- son ayeul maternel et marraine Demoiselle
Gabrielle Roze Demoiselle qui ont signé
Gabrielle Roze            Louis Jacquier
Jean Pierre Suchet         
Marianne Amoni (?)             jacquier Roybon
Marie jacquier  Marie          Roybon (?) Coret vicaire
A. L. Jacquier fils Jacquier fils ainé .... Jacquier

                                                                                                      (source A.D. 69)

Selon d'autres sources, (oeuvre du docteur Lorion parue en 1924, il serait né dans la rue Pizay.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jeune Suchet, après avoir achevé ses études au collège Sainte-Barbe de Lyon, entra dans la manufacture paternelle et se mit, lui aussi, à étudier la manipulation de la soie.

Mais la Révolution, à son début, lui tourna la tête comme à bien d'autres. Il laissa là les métiers et l'industrie pour s'enrôler dans le 4e bataillon des volontaires de l'Ardèche, dont il fut élu chef. Sa première mission dut lui paraître singulièrement pénible, car elle consistait à aller châtier le village de Bédoin, qui s'était révolté contre la République. Il y apporta du moins tous les tempéraments compatibles avec sa consigne.

Passé ensuite au siège de Toulon, il y rencontra Bonaparte eut la gloire d'y capturer le général en chef anglais O'Hara.

 

La chapelle de Faveyrolles, près de laquelle, le 30 novembre 1793, le général Bonaparte repoussa une attaque anglaise.
Au cours de l'action, le général Charles O’Hara fut fait prisonnier, par le général Bonaparte, selon la plaque apposée le 25 novembre 2001 par le Souvenir Napoléonien, par Suchet, selon d'autres sources. La chapelle se trouve actuellement Route de la Cordeille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPELLE DE FAVEYROLLES, OLLIOULES
LORS DU SIÈGE DE TOULON, LE 30 NOVEMBRE 1793,
À QUELQUES PAS, AU NORD EST DE CET EMPLACEMENT
BONAPARTE REPOUSSE UNE SORTIE DE L’ENNEMI VENANT DE MALBOUSQUET
ET FAIT PRISONNIER LE GÉNÉRAL ANGLAIS O’HARA.

 

 


L'emplacement des combats. Ici fut capturé le général O'Hara.
 

En 1794, il fut envoyé avec son bataillon à l'armée d'Italie, où il servit sous Laharpe. Il fit toute la campagne de Piémont en 1795 et se distingua particulièrement à Loano en s'emparant des hauteurs du mont Calvo, d'où il chassa les Autrichiens après leur avoir pris trois drapeaux.

Il figure ensuite dans l'avant-garde de Masséna et participe avec lui aux combats de Dego, de Lodi, de Rivoli, de Castiglione, de Trente, de Bassano, d'Arcole et de Cerca, où il prend trois canons et est sérieusement blessé. Bientôt revenu, il se bat encore à la Piave, à Bellune, au Tagliamento et au col de Tarvis. Dans cette dernière affaire, son impétueux élan décida du succès et mit les Impériaux en pleine déroute.

Pour reconnaître tant de vaillance, Massena envoya Suchet porter au général en chef les drapeaux conquis à la fin de la campagne. Blessé, en avril 1797, à Neumark, il fut, sur le champ de bataille même, nommé chef de brigade.

Sa nouvelle blessure ne l'empêcha point de passer en Helvétie, où il se devint chef d'état-major de Brune, et où il coopéra à la prise de Berne et de Fribourg. Aussi eut-il de nouveau l'honneur de porter les drapeaux pris, mais cette fois au Directoire, qui le nomma général de brigade. Suchet n'ayant pas fait partie de l'expédition d'Égypte, Brune le réclama pour chef d'état-major à l'armée d'Italie, et, peu après remplacé par Joubert, le lui laissa en la même qualité.

L'influence du jeune général se fit aussitôt sentir par le rétablissement de la discipline et le règlement à l'armée de son arriéré de solde. Il eut même à ce sujet d'assez graves démêlés avec les commissaires civils chargés de la régularisation des contributions de guerre. Ceux-ci voulaient qu'on envoyât à Paris les sommes perçues, et Suchet entendait s'en servir pour payer ses troupes, il dut aller se justifier devant le Directoire, ce qu'il fit sans peine ; après quoi, il partit pour l'armée du Danube, puis une seconde fois pour l'armée d'Helvétie, que commandait alors Massena.

Il s'y fit remarquer par de savantes et heureuses manœuvres dans les glaces du Saint-Gothard, dont la hardiesse et le succès firent dire à Massena : « Je savais bien que Suchet se tirerait de là. »

Joubert l'ayant redemandé en Italie, Suchet alla le rejoindre et assista à la fatale bataille de Novi, dont il atténua du moins l'effet désastreux en ralliant les troupes après la mort du général en chef, qui venait d'être tué.

Massena, qui allait s'enfermer dans Gênes, emmena avec lui Suchet, lui donna à commander le centre de l'armée et lui fournit ainsi l'occasion de se couvrir de gloire.

Suchet, avec six mille hommes, pressé par les généraux Mélas et Elnitz, dut rétrograder jusqu'au Var devant des forces plusieurs fois supérieures. Là, il établit une solide tête de pont, d'où trois fois les ennemis tentèrent de le déloger et d'où trois fois ils furent eux-mêmes durement repoussés.

Malgré tant de bravoure, il eût fallu céder peut-être au nombre, lorsque Mélas, apprenant que le premier consul venait d'arriver en Italie avec une armée qu'on ne soupçonnait pas, courut au-devant de celui-ci, laissant Elnitz seul aux prises avec le jeune général français. Suchet profita aussitôt de l'occasion et fondit sur son adversaire avec tant de promptitude et d'emportement, qu'il lui prit des canons, des drapeaux et quinze mille prisonniers. Le ministre Carnot l'en félicita dans une lettre pompeuse où il était dit:

« La République entière avait les yeux sur ce nouveau passage des Thermopyles. Vous avez été non moins, brave, mais plus heureux que les Spartiates. »

Après Marengo, Suchet alla prendre possession de Gênes, et son esprit de conciliation eut un tel ascendant, que les habitants, d'abord très montés contre les Français, finirent par les supporter, puis par les aimer comme des concitoyens.

Quand la paix de Lunéville eut été signée, la division Suchet lut envoyée au camp de Boulogne, et lui-même chargé de l'inspection des troupes du midi et de l'ouest de la France.

 

 

III - SA CARRIÈRE SOUS L'EMPIRE ET SA MORT

Le nouvel Empereur nomma Suchet grand officier de la Légion d'honneur et gouverneur du château de Laeken, près de Bruxelles.

1805
A la tête d'une division, dans la campagne de 1805, il parut avec éclat à Ulm, à Hollabrünn, à Austerlitz, et fut nommé grand-croix de la Légion d'honneur.

1806
A Iéna, il joua un grand rôle et prit vingt-huit canons; à Pultusk, la division Suchet, unie à la cavalerie de Becker, soutint le choc de quarante mille Russes avec un si bel entrain, que Bennigsen crut avoir devant lui toute l'armée française. Un éclat d'obus atteignit Suchet à Eylau, mais sans lui faire grand mal, car, après la paix de Tilsitt, il put aller occuper la Silésie, où son administration fut aussi douce que régulière.

1808-1809
En 1808, Napoléon le désigna pour aller en Espagne avec le 5e corps, et appuyer le siège de Saragosse ; mais avant de partir pour cette campagne mémorable, qui devait dignement couronner sa gloire, Suchet avait épousé Mlle d'Anthoine de Saint-Joseph, fille du maire de Marseille et parente de Mlles Clary, devenues reines toutes deux, ayant épousé, l'une Joseph Bonaparte, l'autre Bernadotte.

Le 10 mai 1809, il fut définitivement nommé général en chef de l'armée d'Aragon, et il alla prendre le commandement de ses vingt mille hommes dans des conditions assez peu encourageantes. « Mal payés, mal nourris, mal vêtus, ils se sentaient, dit Suchet lui-même dans ses Mémoires, dégradés à leurs propres yeux. »

Envoyé en Espagne, il y connaîtra, à l'opposé de la plupart de ses collègues, une grande réussite, tant sur le plan militaire que du point de vue de l'administration des régions sous son autorité.

Le nombre de ses victoires en Espagne est impressionnant : Saragosse, Lerida, Tortose, Tarragone, Valence… Il sera le seul maréchal de cette horrible guerre, si funeste à ce malheureux pays et à l'Empire, à y connaître autant de succès. Comme l'a dit l'Empereur : "Si j'avais eu deux Suchet de plus, j'aurais pu conquérir le pays."

Or, sans parler de ses succès purement guerriers, il dut ramener l'ordre et l'espoir parmi cette armée oui toutes les nationalités se coudoyaient dans le plus extraordinaire mélange. Il la fit vivre, la paya, la vêtit, et cela sans accabler les populations dont il occupait le territoire. C'est pourquoi, si l'on éprouve une juste admiration pour ses manœuvres et ses victoires, il faut se garder d'oublier qu'il comprit, avec autant de tact que de bonheur, ce que Xénophon appelle l'économie, c'est-à-dire la manière dont il faut pourvoir aux besoins d'une armée, préparer les vivres, prévenir des maladies, songer à la santé des soldats, fortifier leur corps par de fréquents exercices, exciter parmi eux l'émulation, savoir se faire obéir, se faire estimer, se faire aimer des troupes. »

Le 15 juin 1809, après s'être appuyé à Saragosse, il attendit le général anglais Blake au village de Maria et lui infligea une complète défaite. Trois jours après, à Belchite, ayant fait pointer deux pièces d'artillerie légère sur le parc d'artillerie ennemi, le tir s'effectua avec une si merveilleuse précision, que plusieurs caissons sautèrent, jetant le désordre parmi les Espagnols, qui furent aussitôt dispersés.

18/08/1809 combat de Belchite
Le 18 juin1809, le 3e corps de Suchet (environ 12.000 fantassins, 1000 cavaliers et 12  pièces) defait les troupes  espagnoles de Blake (environ 11.000 fantassins, 870 cavaliers et 9  pièces). Les Espagnols paniquent après l'explosion d'un caisson de munitions, qui se communique à plusieurs autres.  les Français ont 200 pertes, les Espagnols,  2000 !  en outre, ils perdent la totalité de leur artillerie, un emblème et 20  chariot de munitions.


Champ de bataille de Belchite


 


 


Du point de vue de l'histoire militaire, Belchite est peut-être mieux connu pour les combats qui s'y déroulèrent au cours de la guerre civile espagnole.
L'ancien village a d'ailleurs été entièrement préservé en ruines, comme il était à la fin des combats. Un nouveau village a été construit un peu plus loin.

 

La situation de nos armées, qui jusque-là n'était pas fort brillante, en fut heureusement modifiée : les Espagnols durent en effet renoncer à leur plan de couper les Français des Pyrénées et de les isoler de la Péninsule, à la merci d'une nation irritée.

Ranimé par de tels avantages, qui avaient ramené l'abondance parmi ses troupes, Suchet continua vivement la campagne et, après une inutile incursion du côté de Valence, vint mettre le siège devant Lerida. En dépit des arrogants refus de l'officier qui y commandait, la ville fut prise le 14 mai 1810, et le fort de Mequinenza le 8 juin. Napoléon lui fit alors expédier l'ordre de prendre Tortose, dont la situation à l'embouchure de l'Elbe avait une grande importance ; et Tortose, à son tour, capitula le 2 janvier 1811, à la suite d'un trait d'audace incroyable. Suchet s'était avancé avec quelques officiers et grenadiers vers les sentinelles du château et leur avait annoncé la fin des hostilités. Les portes s'étaient ouvertes, la petite troupe avait pénétré et était parvenue près du gouverneur, pendant que les canons des remparts encore chargés étaient prêts à vomir la mitraille sur les assaillants.

La prise de Tarragone, où il fallut ouvrir neuf brèches, et où il se produisit un affreux carnage en dépit des efforts de Suchet pour contenir ses soldats, ne fut pas moins glorieuse. Elle valut à l'habile général le bâton de général d'Empire (8 juillet 1811).

Le 29 octobre, il remporta sur Blake et O'Donnel la victoire de Sagonte, et Valence fut prise enfin le 11 janvier 1812. Napoléon reconnut, l'année suivante, tant de services par le titre de duc d'Albufera.

Au cours de la campagne d'Espagne, l'armée d'Aragon, que commandait Suchet, s'empara de trois mille huit cent quatre-vingt-seize officiers, soixante-dix-huit mille deux cent cinq soldats, quatre-vingt-quatorze drapeaux, et mille quatre cent quinze bouches à feu, sans compter près de cent millions en numéraire.

Cependant les revers étaient venus. Suchet délivra encore et démantela Tarragone, que les Anglais étaient revenus assiéger ; mais, en 1813, ayant remplacé Bessières, tué à Lützen, comme colonel-général de la Garde impériale, il dut conduire vingt mille hommes vers les Pyrénées afin de couvrir la frontière contre l'invasion menaçante des Anglo-Espagnols. Il voulut du moins demeurer aussi longtemps que possible dans cette péninsule qu'il avait tant contribué à conserver. Lors des revers de 1813 et 1814, il réussit à maintenir l'ordre dans la région de Barcelone et, mieux encore, il réussit à empêcher toute invasion des Pyrénées-Orientales jusqu'à la fin de l'Empire. Il ne participe donc pas renversement de l'Empereur.

Il y resta jusqu'au dernier moment, et il eut l'occasion de voir le roi Ferdinand, qui, échappé de Valençay, regagnait son royaume. Il le traita avec les plus grands égards et lui facilita le passage vers l'armée espagnole.

Le duc d'Albufera fut très affecté de la chute de Napoléon ; pourtant, lorsqu'il n'y eut plus à douter de la catastrophe, il adhéra au gouvernement de Louis XVIII, qui le nomma pair de France et l'envoya commander à Toulouse, puis à Strasbourg.

1815
Au retour de Napoléon, il ne fut pas parmi les plus pressés de saluer l'étoile rallumée. Il ne vint à Paris que dix jours après l'arrivée de l'Empereur, qui le chargea de couvrir Lyon et de défendre les Alpes. Il commande l'armée des Alpes, avec laquelle il envahit la Savoie. Il est même aux portes de Genève, au moment où lui parviennent la triste nouvelle de la deuxième abdication. Les événements allaient si vite et la coalition était si forte, qu'après quelques succès il dut rétrograder. Il obtint du moins pour Lyon une capitulation honorable.

Louis XVIII, réinstallé sur le trône, ne lui pardonna pas d'abord d'avoir servi sous les Cent Jours. Suchet fut rayé de la liste des pairs et compris dans l'ordonnance de proscription du 24 juillet 1815.

Ses titres et charges lui furent rendus en 1819; mais, contre toute attente, on ne lui confia pas la direction de la campagne espagnole de 1823. Il vécut dès lors dans la retraite, à Saint-Just près de Vernon.
Il meurt "littéralement de faim, faute de pouvoir s'alimenter"1 le 3 janvier 1826, à 16h28, dans son château de Saint-Joseph, près de Marseille et sera enterré au cimetière du Père-Lachaise (39ème division, chemin Masséna).
En fait, il est mort d'un cancer généralisé à partir de l'estomac ou du foie.2

Quand on connaît les horreurs de la Guerre d'Espagne, il suffit de mentionner que ce pays envoya une délégation à son enterrement, pour se rendre compte à quel point son comportement et son administration furent justes.

Sa ville natale lui érigea place Tholozan une belle statue, malheureusement détruite suite aux réquisitions ennemies sous l'occupation.

IV. — JUGEMENT DE NAPOLÉON

Après le retour de l'île d'Elbe :

« Maréchal Suchet, vous avez beaucoup grandi depuis que nous ne nous sommes vus. Soyez le bienvenu; vous apportez la gloire ; vous apportez tout ce que les héros donnent à leurs contemporains sur la terre. »

D'après Mme Campan :

«  Napoléon disait que s'il avait eu deux maréchaux comme Suchet en Espagne, non seulement il aurait conquis la péninsule, mais il l'aurait conservée. Son esprit juste, conciliant, administratif, son tact militaire et sa bravoure lui avaient fait obtenir des succès inouïs. Il est fâcheux, disait-il, que des souverains ne puissent pas improviser des hommes comme celui-là. »

A Sainte-Hélène :

« Suchet était quelqu'un chez qui l'esprit et le caractère s'étaient accrus à surprendre... Quel est le plus habile général français ? Cela est difficile à dire, mais il me semble que c'est Suchet : Suchet, Clauzel et Gérard sont, à mon avis, les meilleurs généraux français. »

 

ÉTATS DE SERVICE DE LOUIS-GABRIEL SUCHET
DUC D'ALBUFERA, NÉ LE 2 MARS 1770, A LYON (RHÔNE)

GRADES, CORPS ET DESTINATIONS

Chef de bataillon à la 18e demi-brigade, 20 septembre 1793 ; chef de brigade provisoire, nommé pour action d'éclat, 28 octobre 1797 ; confirmé, dans ce grade, 23 mars 1798 ; général de brigade, 23 mars 1798; a conservé le commandement de la 18e demi-brigade, 20 mars 1798; employé en Helvétie dans son grade de général de brigade, 2 décembre 1798; passé à l'armée de Mayence, 21 février 1799 ; général de division, 10 juillet 1799 ; chef d'état-major de l'armée d'Italie, 10 juillet 1799; lieutenant du général en chef de cette armée, 8 mars 1800; inspecteur général d'infanterie, 21 juillet 1801; commandant la 4e division du camp de Saint-Omer, 27 octobre 1803; commandant la 4e division du 4e corps de la Grande Armée, septembre 1805 ; commandant en chef le 5e corps, août 1807 ; commandant la 1ère division du 5e corps d'armée d'Espagne, en octobre 1808 ; commandant en chef le 3e corps (devenu armée d'Aragon), avril 1809; maréchal de l'Empire, 8 juillet 1811; colonel général de la Garde, 18 novembre 1813; commandant l'armée d'Aragon et de Catalogne, novembre 1813; commandant l'armée du Midi, 22 avril 1814; gouverneur de la 19e division militaire, 21 juin 1814; gouverneur de la 5e division militaire, 30 novembre 1814; chargé d'une mission dans les 9e et 10e divisions militaires, 15 avril 1815 ; commandant en chef le 7e corps d'observation, mai 1814 ; privé du gouvernement de la 5e division militaire, 27 décembre 1815. Décédé le 3 janvier 1826.

 

CAMPAGNES

Au siège de Lyon, aux armées d'Italie, de Suisse, de Mayence et d'Italie, au camp de Saint-Omer, à la Grande Armée, aux armées d'Espagne et des Alpes.

BLESSURES ET ACTIONS D'ÉCLAT Blessé d'un coup de feu à l'armée d'Italie.

DÉCORATIONS

ORDRE DE LA LÉGION D'HONNEUR

Chevalier, 11 décembre 1803; grand-officier, 14 juin 1804; grand-croix, 8 février 1806.

ORDRES ÉTRANGERS

- Saxe : Saint-Henri, commandeur, 6 janvier 1810.
- Autriche : Couronne de Fer, chevalier, 20 mars 1820.

ADDITION AUX SERVICES ET DÉCORATIONS

Comte, 1808 ; duc d'Albufera, 1813; pair de France, 1814; commandeur de Saint-Louis, 1814; chevalier du Saint-Esprit, 1820.

 

 

Le maréchal Suchet aurait également dû avoir sa statue, par Fayard, dans une des niches du Louvre, rue de Rivoli. Mais la statue ne fut pas réalisée avant la Grande Guerre, et le programme fut abandonné après la victoire.

Son buste au château de Versailles.                                   


Texte : d'après De  Beauregard, Gérard, Les Maréchaux de Napoléon, Mame, Tours, s.d. (1900).

1. Bernard Bergerot, Le maréchal Suchet, Tallandier, 1986. On parle aussi de "langueur" et d'une "longue maladie".
2. Frédéric Hulot, Le maréchal Suchet, Pygmalion, 2009.

 


Collection Hachette : Maréchaux d'Empire, Généraux et figures historiques (Collection de l'auteur)

 

 

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