Bon-Adrien JANNOT de MONCEY (1754-1804-1842), duc de Conegliano (2ème partie)

MONCEY (1ère partie)

III - SA CARRIÈRE SOUS L'EMPIRE (suite)

Toutefois, la plus belle page peut-être de la vie du duc de Conegliano reste à écrire.

En 1814, au moment de partir pour sa célèbre campagne de France, Napoléon le nomma commandant général de la garde nationale de Paris en lui disant : « C'est à vous et au courage de la garde nationale que je confie l'impératrice et le roi de Rome. »

Prenant son rôle au sérieux et ne considérant pas la fidélité comme un instrument flexible de politique, il organisa la défense de la capitale et, jusqu'au dernier moment, défendit Paris contre les alliés. Le monument élevé sur la place Clichy rendra justement immortelle sa valeureuse résistance à cet endroit même.

Mais déjà chacun tirait de son côté ou courait vers les vainqueurs. Abandonné, trahi, écrasé, Moncey rassembla ses troupes aux Champs-Élysées et les mena à Napoléon retiré à Fontainebleau.

 

Moncey, ce n'est bien sûr pas que la Gendarmerie, c'est aussi l'ultime et désespérée défense de Paris en 1814, à la barrière de Clichy.

 

 

La Barrière de Clichy, par Horace Vernet. On remarquera la similitude avec le bas-relief du monument.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bon_Adrien_Jeannot_de_Moncey

 

Lui aussi alors se rallia aux Bourbons, mais avec cette noble excuse au moins d'avoir payé de sa personne et tenté l'impossible pour garder son trône à l'empereur.

Il jura fidélité à Louis XVIII, et l'on n'ose, en vérité, lui reprocher d'avoir voulu respecter ce serment lors du retour de Napoléon. D’ailleurs on prêtait alors tant de serments ; et les circonstances étaient si peu de nature à les faire respecter, qu'il faut avoir en pareille matière toutes les indulgences  et ne jeter la pierre qu'à bon escient. Or il paraît indubitable que le maréchal Moncey ne fut jamais guidé que par ce qu'il crut être l'honneur et la droiture. Napoléon ne s'y trompa point, et le reçut en grâce précisément parce qu'il avait voulu rester fidèle à Louis XVIII.

 

IV - SA CARRIÈRE après L'EMPIRE ET SA MORT

En tout cas, il y perdit, lors de la seconde restauration, la pairie que lui avait donnée la première.

A cette époque se place sa superbe protestation contre le procès  de Ney et son refus de le présider, comme l'y obligeait sa qualité de doyen des maréchaux. La lettre qu'on a lue plus haut, et dont le style est à la fois si fier et si grand dans sa simplicité , exaspéra l'entourage  de Louis XVIII, et voici la réponse qu'y fit te prince imprudent , à peine réinstallé sur son trône :
« Considérant que le refus de M. le maréchal Moncey ne peut être attribué qu'à un esprit de résistance et d'indiscipline d'autant plus coupable, qu'on devait attendre du rang éminent qu'il occupe dans l'armée et des principes de subordination que, dans sa longue carrière, il a dû apprendre à respecter, une attitude tout opposée ;
« Nous avons résolu de lui appliquer la peine portée par l'article 6 de la loi du 13 brumaire an V, contre tout officier qui, sans excuse valable, refuse de siéger dans le conseil de guerre où il est appelé :
« A ces causes : Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
« ART. Ier. - M. le maréchal Moncey est destitué, il subira une peine de trois années d'emprisonnement.
« Donné à Paris, le 29 août 1815. »

D'après ces ordres royaux, le maréchal devait être enfermé à Ham; mais l'on va voir l'amusante façon dont fut exécutée cette odieuse et sotte ordonnance.

Les Prussiens occupaient encore le château, et le colonel déclara qu'il n'était pas là pour garder les prisonniers du roi. Le maréchal, respectueux cette fois de sa consigne, loua à ses frais une maison près du fort et s'y enferma de lui-même. Pleins d'admiration pour cette soumission et cette grandeur d'âme, les, ennemis cantonnés au château l'accablèrent de prévenances, et chaque jour la musique prussienne vint jouer sous ses fenêtres pour lui faire honneur. La chose finit en comédie. Le roi, qui ne manquait pas d'esprit, le rétablit dans ses titres et dignités le 14 juillet 1816, et lui rendit la pairie le 5 mars 1819.

Lors de la guerre d'Espagne en 1823, le maréchal Moncey fut désigné pour commander en chef le 4e corps, et l'invasion de la Catalogne lui fut confiée. Il eut à lutter contre le meilleur des généraux espagnols, Espoz y Mina. « Il prouva, dit M. Jadin, dans cette campagne qui se termina par la reddition de Barcelone, Tarragone et Hostalrich, que le doyen des maréchaux de France n'avait rien perdu de sa vigueur. »

Il succéda au maréchal Jourdan comme gouverneur des Invalides en 1834, et l'on raconte que, lors du retour des cendres de son ancien maître, quand le corps de Napoléon vint prendre sa place sous la fameuse coupole, le 15 décembre 1840, il se fit porter dans le chœur de l'église afin de rendre un dernier hommage à l'auguste dépouille.

Il s'éteignit aux Invalides le 20 avril 1842, âgé de quatre-vingt-huit ans, de maladie ou simplement de vieillesse.

 

Gouverneur des Invalides à la fin de sa carrière, il est logique que le maréchal Moncey repose dans la crypte des Gouverneurs. Voici sa plaque commémorative dans l'église Saint-Louis.

Bon Adrien Jannot de Moncey

duc de Conegliano

 

 

né à Palisse (Doubs)

 le 31 juillet 1754,

volontaire

en 1768,

commandant en chef

l'armée des Pyrénées occidentales

en 1794,

contraint d'Espagne à la paix,

maréchal de France,

17 mai 1804;

pair de France,

gouverneurs des Invalides

en Xbre 1833,

décédé à l'hôtel des Invalides
20 avril 1842.

 

qu'il repose en paix !

 

On trouve à Paris une autre statue de Moncey, par Desruelles, rue de Rivoli.


Le grand Gendarme semble bien frileux, comparé à ses collègues !

IV. — JUGEMENT DE NAPOLÉON

L'empereur, après sa chute, n'a guère parlé de Moncey. Un long éloge ne lui a pas paru nécessaire, et il en a dit simplement un mot qui, dans son esprit, embrassait bien des mérites et supposait bien des vertus. Ce mot, la postérité n'aura garde de l'oublier, et toujours elle redira après Napoléon, quand sera prononcé le nom du maréchal Moncey, duc de Conegliano :
« C'était un honnête homme ! »

ÉTATS DE SERVICE DE BON-ADRIEN JEANNOT DE MONCEY
DUC DE CONEGLIANO, NÉ LE 31 JUILLET 1754, A PAUSE (DOUBS)

GRADES, CORPS ET DESTINATIONS
Volontaire au régiment de Champagne-infanterie, en 1768; gendarme en la compagnie des Anglais, 18 avril 1774 ; sous-lieutenant au corps d'infanterie de Nassau-Siegen, 16 août 1779 ; lieutenant en deuxième , 20 août 1782 ; lieutenant en premier au même corps , devenu Montréal , 1er juillet 1785 ; au 5e bataillon de chasseurs , 1er juin 1788 ; capitaine , 1er avril 1791 ; chef de bataillon, 26 juin 1793 ; général de brigade , nommé par le représentant près l'armée des Pyrénées occidentales, 18 février 1794 ; général de division, 9 juin 1794 ; commandant en chef de l'armée des Pyrénées occidentales , 17 août 1794 ; commandant 11e division militaire, 15 septembre 1795 ; admis au traitement de réforme , 26 octobre 1797 ; remis en activité , 20 septembre 1799 ; membre d'un conseil d'officiers généraux , 15 novembre 1799 ; commandant la 12e division militaire , 30 novembre 1799 ; commandant la 10e division militaire, 3 décembre 1799 ; lieutenant du général en chef de l'armée du Rhin , 24 mars 1800 ; employé en Helvétie par le général en chef, avril 1800 ; passé à l'armée de réserve, mai 1800 ; lieutenant-général commandant le corps des troupes françaises dans la République cisalpine, 1er juillet 1801 employé à l'armée du Midi comme général de division, septembre 1801 ; premier inspecteur général de gendarmerie, 3 décembre 1801 ; maréchal de l'Empire, 19 mai 1804 ; commandant le corps d'observation des côtes de l'Océan, 16 décembre 1807, devenu 3e corps d'armée d'Espagne, octobre 1808 ; commandant l'armée de la Tête de Flandre , en 1809 ; inspecteur des cohortes des gardes nationales, dans les 12e, 13e, 14e et 15e divisions militaires, en 1812 ; commandant en chef de l'armée de réserve des Pyrénées , 16 novembre 1813 ; major-général de la garde nationale de Paris, 3 janvier 1814 ; destitué par ordonnance du 3 août 1815 ; rétabli conformément à une décision royale du 3 juillet 1816, dans la jouissance de son traitement, à compter du 1er décembre 1815 gouverneur de la 9e division militaire, du 5 avril 1820 au 15 novembre 1823 ; commandant en chef le 4e corps de l'armée des Pyrénées, 12 février 1823 ; gouverneur de l'Hôtel royal des Invalides, 17 décembre 1833. Mort en 1842.

CAMPAGNES
Aux armées des Pyrénées, du Rhin et d'Italie ; corps d'observation des côtes de l'Océan et d'Espagne ; armée de la Tête de Flandre ; armée de réserve des Pyrénées ; en Espagne.

BLESSURES ET ACTIONS D'ÉCLAT
Enlèvement de vive force du camp de Berdaritz, le 22 messidor an II ; enlèvement à la baïonnette des retranchements de l'ennemi de la vallée de Bastan, les 9, 10 et 12 thermidor an II ; prise de Fontarabie, le 14 thermidor an II; prise de la ville et citadelle de Saint-Sébastien et de deux cents bouches à feu, le 16 thermidor an II ; bataille de Villanova ; prise des fonderies d'Égury et d'Orbazette, évaluées trente-deux millions, le 26 vendémiaire an III ; prise de Bilbao et Vittoria , le 26 messidor an III ; attaque générale sur toute la ligne l'ennemi , forcé dans toutes ses positions, abandonne la Biscaye , se retire derrière l'Èbre les 27, 28 et 29 messidor an III, et accepte la paix.

DÉCORATIONS
ORDRES DE LA LÉGION D'HONNEUR

Chevalier, 2 octobre 1803 ; grand-officier, 14 juin 1804 ; grand-croix, 22 février 1805.
ORDRES ÉTRANGERS
- Espagne : Charles III, grand-croix, 25 juillet 1805.
- Autriche : Couronne de Fer, chevalier, 20 mars 1820.
- Russie : Saint-Wladimir, grand-cordon, 30 mars 1824. 

ADDITIONS AUX SERVICES ET DÉCORATIONS
Duc de Conegliano, 1808 ; pair de France, 1810 ; chevalier de l'ordre de Saint- Louis, 1810; chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, 1823.  


Texte : d'après de Beauregard, Gérard, Les Maréchaux de Napoléon, Mame, Tours, s.d. (1900).

N° 46. Le maréchal Bon Adrien Jeannot de Moncey, duc de Conegliano,1754-1842


Collection Hachette : Maréchaux d'Empire, Généraux et figures historiques (Collection de l'auteur)

 

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