Laurent Gouvion Saint-Cyr

(1764-1812-1830)
marécHal de l'Empire
comte de l'Empire
Marquis de gouvion-saint-cyr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gouvion Saint-Cyr en Capitaine au 1er Bataillon de Chasseurs de Paris en 1792
par Georges Rouget.

   

I. - L'HOMME ET SON CARACTÈRE1

Tout dans Gouvion-Saint-Cyr apparaît calme et réfléchi. Son maintien était grave, sa taille haute et froide, solidement dressée, son visage agréable et régulier presque toujours impassible, ses yeux froids, son expression impénétrable.

Ces dehors étaient la fidèle représentation de son esprit. On ne l'a jamais vu faire éclater cette vaillance enflammée, cet emportement téméraire, à la fois imprudent et sublime, par qui tant d'autres étaient alors devenus fameux.

Brave, il l'était sans aucun doute et jusqu'à la plus héroïque intrépidité; mais il n'aimait pas l'élan fou des batailles, et ne jugeait pas à propos de faire vite, dans une bruyante mise en scène, ce qui se pouvait faire simplement et à loisir.

Saint-Cyr, dit le général Berthezène, ayant toujours soin d'être instruit des mouvements et des moyens d'attaque de son ennemi, ne les redoutait pas, parce que d'avance il avait calculé ses propres moyens de résistance.

Quant au soldat, plein de confiance en son chef, il se reposait entièrement sur lui et vivait sans inquiétude de l'avenir : Le marchai n'ordonne rien pour demain, disait-il, nous serons tranquilles. Cependant on ne voyait pas Saint-Cyr, au premier coup de fusil, traverser le camp au galop et se porter sur la ligne des vedettes ; au contraire, quand il paraissait devant les troupes, il allait froidement au pas. Il portait ses précautions à cet égard plus loin encore :
« - Messieurs, disait-il à ses aides de camp, n'ayez pas l'air effaré ; l'ennemi se sert de ses jambes pour arriver, n'allons pas plus vite que lui, nous arriverons assez tôt. Le soldat est inquiet, il est préoccupé quand il aperçoit un aide de camp passer comme l'éclair; il s'impatiente, il jure, et la discipline souffre, quand il se voit inutilement couvert de boue et de poussière. »

Gouvion-Saint-Cyr, grâce à ces précieuses facultés de réflexion et de méthode, excellait à la guerre de montagnes, toute faite, le plus souvent, de manœuvres et de combinaisons, de même que pour de grands mouvements, des retraites et tout ce qui réclamait de la prudence et de la précision il était sans rival.
« Avec lui, disait Moreau, je ne crains pas de perdre des batailles.

« La modération, dit le baron Gay de Vernon, son historien, était tellement son guide en toutes choses, qu'il semblait éviter l'excès même du bien, préférant les bonnes, les solides actions aux actions trop brillantes, qui frappent comme la foudre et s'éteignent comme elle, et plaçant peut-être fort au-dessus de la gloire de vaincre à outrance le mérite plus sûr de n'être jamais vaincu. »

On retrouve la trace de cette modération dans sa vie politique : on ne peut l'accuser de n’avoir trahi personne, mais il ne s'est jamais élevé non plus pour 'défendre le parti vaincu. A la guerre comme à la cour, il a subi avec une froide sérénité la marche désordonnée des événements, s'appliquant moins à les dominer qu'à en tirer le meilleur parti possible.

Il fut d'ailleurs un homme exact à remplir son devoir comme à y maintenir les autres ; s'il ne s'éleva pas jusqu'aux héroïques prouesses de ses compagnons, il eut du moins le notable mérite d'en rendre souvent l'exécution possible et les résultats profitables.

Gouvion-Saint-Cyr a laissé un assez bon nombre d'ouvrages qui sont, pour la plupart, des comptes rendus de ses campagnes, et où l'on trouve sur les grandes guerres de ce temps-là de précieux renseignements. On a aussi de lui des Mémoires, que la mort ne lui a pas permis d'achever, mais que ses notes ont permis de compléter.

 

II. — SON ORIGINE ET SA JEUNESSE

Laurent Gouvion Saint-Cyr est né à Toul le 13 avril 1764, rue de l'Ingressin, près du ruisseau du même nom. Plus tard, ajoutera à son nom celui de sa mère, Saint-Cyr, pour se distinguer des nombreux autres Gouvion. Sa naissance ne le destinait vraisemblablement pas à une brillante destinée, car son père, sans aucune fortune, était devenu simple tanneur, de boucher qu'il était auparavant.

Laurent Gouvion se crut la vocation artistique ; aussi, de très bonne heure, se livra-t-il à l'étude du dessin. Il l'apprenait et l'enseignait tout à la fois, et beaucoup de jeunes Lorrains en ont reçu, grâce à lui, les premières notions. On le vit même, suivant la grande tradition, partir pour l'Italie et la Sicile dans le plus modeste appareil, afin d'étudier sur place les monuments nombreux et magnifiques qu'on admire en ces pays.

Revenu en France, il s'établit à Paris en 1784 et travailla dans l'atelier du peintre Brenet. Mais l'art ne le nourrissant que fort mal, il imagina de se créer des ressources par d'autres moyens. Lié avec des comédiens, il voulut essayer de la scène, et on le vit débuter, à la salle Beaumarchais, dans Robert, chef de brigands. Ce fut lamentable. Très troublé, la voix altérée par l'émotion, il fut sifflé, et il racontait lui-même, au temps de sa fortune, qu'après tout il devait à ces sifflets la plus grande reconnaissance puisqu'il y avait gagné de devenir, au lieu d'un acteur médiocre, un maréchal de l'Empire.

Aux premières rumeurs de la Révolution, il se jeta résolument dans le courant, et l'on assure qu'il prit part à plusieurs insurrections de la capitale. Ce qui est avéré, c'est qu'il obtint un emploi dans l'état-major de la garde nationale. En septembre 1792, il s'enrôla dans le 1er bataillon de Chasseurs républicains de Paris, qui l'élirent capitaine, et il partit pour sa première campagne, sous Custine. Après la retraite de Mayence, il fut attaché à l'état-major général de l'armée, et il s'y maintint, tandis que les généraux, sacrifiés à la politique, se succédaient et disparaissaient avec une étrange rapidité.

C'est qu'il avait, pour le faire demeurer à cette place, le très grand avantage de connaître le dessin et était ainsi à même, par des relevés de positions, des croquis ou des tracés de plans, de rendre de grands services dans un état-major où les dessinateurs n'étaient pas nombreux. Il resta ainsi adjoint aux adjudants généraux sous Custine, Beauharnais, Landremont, Carlin et d'autres encore qu'on ne revit plus.

Il refusait d'ailleurs prudemment tous les grades qu'on lui offrait et qui, en le mettant en vue, n'eussent pas manqué de le compromettre. Pourtant comme cette résistance, en se prolongeant, eût fini par le rendre tout aussi suspect, il accepta presque coup sur coup le grade d'adjudant général, de général de brigade et, en juin 1794, de général de division.

Il figura, comme tel, dans les opérations de l'armée du Rhin, aux combats de Wissembourg et de Mayence, aux invasions du Palatinat et de l'Alsace, aux combats de Nothweiler, de Kaiserslautern, au débloquement de Landau et au passage de Kehl. Il lutta aussi contre l'armée de Condé à Biberach et fut de la campagne de Bavière, où s'illustra Moreau.

Après le 18 fructidor, qui enleva à Moreau le commandement de l'armée, Hoche devint général en chef, et lorsque la mort frappa si soudainement celui-ci, il indiqua Gouvion-Saint-Cyr comme son successeur. Le Directoire toutefois ne ratifia pas ce choix, et, après le traité de Campo-Formio, Gouvion-Saint-Cyr fut désigné pour participer à la grande expédition que l'on projetait contre l'Angleterre.

L'expédition ne se fit pas ; le jeune général reçut mission d'aller rétablir l'ordre dans l'armée qui occupait Rome et que les fautes de Berthier, aussi bien que les déprédations de Masséna, avaient poussée à la révolte. Conciliateur et avisé, il alla prendre ce difficile commandement, et la discipline se rétablit comme d'elle-même, sans qu'aucun châtiment n’eût été ordonné. Il fit même rendre gorge à beaucoup de fripons officiels qui s'étaient abattus sur la Ville éternelle comme sur une riche proie. On cite la restitution immédiate, exigée par lui, de diamants magnifiques portés dans un bal par les propres femmes des nouveaux consuls romains, diamants qui provenaient d'un ostensoir d'or inestimable, volé quelque temps auparavant à la famille Doria. Une telle fermeté n'alla pas sans protestations. Ses nombreux ennemis le desservirent si bien auprès du Directoire, qu'il fut rappelé et destitué.
Déjà il s'apprêtait à rentrer dans la vie privée, lorsque la nouvelle rupture avec l'Autriche lui procura un emploi. Il fut envoyé sur le Rhin, à la tête de l'aile gauche de l'armée commandée par Jourdan et qui devait combattre, en Souabe et en Bavière, contre les troupes nombreuses de l'archiduc Charles.

Il obtint quelques succès personnels, au moment même où le reste de l'armée essuyait l'échec de Stockach ; mais bientôt en désaccord avec Masséna, qui avait succédé à Jourdan, il demanda son rappel et fut envoyé à l'armée d'Italie que commandait alors si malheureusement Schérer.
Sa prudence, alliée à la plus réelle bravoure, sauva une partie de l'armée à la défaite de Novi ; puis, enfermé dans Gênes, il y commença la résistance qui valut tant de gloire à Masséna.

Au 18 brumaire, il ne cacha pas sa réprobation pour le coup d'État; mais Bonaparte, loin de lui garder rancune d'un éloignement qui était notoire, lui envoya un sabre d'honneur et un brevet de premier lieutenant de l'armée.

D'Italie, il retourna sur le Rhin pour rejoindre Moreau, qui y était redevenu général en chef. Il ne fut pas cette fois d'accord avec lui sur le plan de campagne à adopter, et il en vint à solliciter un congé qui lui fut accordé sur-le-champ (juin 1800).

Le premier consul, fidèle à sa tactique, lui fit l'accueil le plus cordial, le nomma conseiller d'État et lui donna le commandement de l'expédition qui allait s'ouvrir contre le Portugal. Le traité de Badajoz l'ayant rendue inutile, Gouvion-Saint-Cyr fut expédié comme ambassadeur à Madrid, sans d'ailleurs réussir beaucoup dans cette besogne diplomatique. Il fut ensuite question de l'envoyer à Berlin ; on le mit en fin de compte à la tête de l'expédition préparée contre le royaume de Naples (1803).

 

III. — SA CARRIÈRE SOUS L'EMPIRE

Il y eut quelque surprise, à la naissance de l'Empire, quand on eut l'assurance que Gouvion-Saint-Cyr ne figurait pas sur la liste des nouveaux maréchaux. La raison véritable en est fort simple. Lorsque le gouvernement avait fait prier toutes les autorités civiles et militaires d'envoyer leur adhésion au nouvel état de choses, un petit nombre s'étaient abstenus, et, parmi eux, le général de l'armée de Naples.

Napoléon en avait été vivement blessé, et il est assez naturel, après tout, qu'il n'ait pas conféré à un homme qui se proclamait adversaire ou opposant irréductible le plus haut honneur dont il disposât. Il n'est pas un régime qui ne l'eût imité en cela.

Pourtant le nouvel Empereur sut tempérer son ressentiment dans une certaine mesure, et, afin de bien marquer qu'il voulait être juste, en dépit de ses préventions personnelles, il nomma Gouvion-Saint-Cyr colonel-général des cuirassiers en 1804 et grand officier de la Légion d'honneur en 1805.

Celui-ci n'en fut pas moins privé de son commandement dans l'Italie méridionale, donné à Masséna en 1806, et il fut envoyé sur les côtes de la Manche, au camp de Boulogne, où, malgré le peu de chance de réussite, on avait toujours entretenu toute une armée et une nombreuse flottille.

C'était, sans aucun doute possible, une disgrâce; Gouvion-Saint-Cyr crut pouvoir protester contre l'ordre brutal qui lui avait substitué Masséna; mais on ne l'écouta point, et il fut mis dans la nécessité d'obéir. Comte de l'Empire en 1808.

Au commencement de 1809, alors que la guerre d'Espagne n'était pas, à beaucoup près, uniquement faite de succès, on l'envoya en Catalogne pour délivrer le général Duchesne, enfermé dans Barcelone. En conséquence, il quitta Perpignan avec un corps composé d'Italiens et de jeunes conscrits, prit Roses, battit les Espagnols à Cardelen, à Molinos del Rey, à Vals, et accomplit sa mission en débloquant Barcelone.

Là encore la sévérité impériale lui causa de cruels mécomptes. Desservi auprès d'un maître qui vraisemblablement ne devait pas écouter sans complaisance calomnier celui dont il se savait peu aimé, Gouvion-Saint-Cyr fut remplacé dans son commandement par Augereau.

Comme celui-ci, arrêté à Perpignan par une maladie vraie ou feinte, ne se hâtait pas d'arriver, au bout de 3 mois, Gouvion-Saint-Cyr commit  l'énorme erreur de quitter son poste et de rentrer en France. Ce fut, à la vérité, plutôt un coup de tête qu'une négligence; mais les résultats en furent très fâcheux. Le corps d'armée, livré à des subalternes sans talent ou effrayés de leur responsabilité, essuya plusieurs échecs ; Gouvion-Saint-Cyr, qu'on en accusa, non d'ailleurs sans quelque raison, fut privé de son traitement et mis aux arrêts dans ses terres.

Ce ne fut qu'en 1811 que Napoléon le rappela au conseil d'État et lui fit régler l'arriéré de ses appointements.

1812

Désigné en 1812 pour prendre part à la campagne de Russie, on lui donna une division dans le 6e corps (bavarois) commandé par Oudinot.

Le duc de Reggio ayant dû remettre son commandement par suite de ses blessures, Gouvion-Saint-Cyr en fut investi et gagna sur Wittgenstein la brillante victoire de Polotsk.

Blessé lui - même d'une balle au pied, hors d'état de se tenir à cheval, il s'était fait traîner dans une petite voiture jusqu'au centre de l'action. A un certain moment, un escadron de cosaques ayant rompu les lignes françaises arriva à bride abattue. Le général fut renversé et n'eut que le temps de cacher ses décorations sous les revers de sa redingote, tandis que les cosaques, passant sur lui sans le reconnaître et sans lui faire aucun mal, allaient plus loin se faire tailler en pièces par nos troupes remises en ordre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le général Gouvion-Saint-Cyr au bivouac de la bataille de Polotsk (par Horace Vernet).

Taciturne et discret, il se tient plutôt à l'écart et il lui arrive de s'isoler pour jouer du violon.
Pour ces raison, il est surnommé le "Hibou"par ses hommes.

17 - 18 août 1812 : 1ère bataille de Polotsk

Le lien vers la "galerie" de tous les panoramas : http://extrazoom.com/gallery/Polotsk.html

La première bataille de Polotsk, se déroule en deux temps les 17 et 18 août 1812 :
- les troupes russes commandées par Pierre Wittgenstein arrêtent l'avance vers Saint-Pétersbourg des troupes françaises menées par Nicolas-Charles Oudinot, puis par Gouvion Saint-Cyr ;
- celles-ci cependant repoussent énergiquement le lendemain la contre-offensive russe et se fixent solidement sur le fleuve Drina.

 

 

Rive nord de la Polota

 

 

Rive nord de la Polota

 

 

 

Rive sud de la Polota

 

 

Rive sud. Pont rouge sur la Polota.

 

 
La Polota, à l'est du pont rouge.

Napoléon, plein d'enthousiasme et vaincu dans ses plus fortes préventions, nomma Gouvion-Saint-Cyr maréchal de l'Empire le 27 août 1812.

18-19 octobre 1812 : 2ème bataille de Polotsk

Lors de la deuxième bataille de Polotsk qui eut lieu du 18 au 20 octobre 1812, les Russes commandés par le général Pierre Wittgenstein ont attaqué et défait l'armée franco-bavaroise commandée par le maréchal Laurent Gouvion-Saint-Cyr.

 

Grâce aux sages mesures prises par le nouveau maréchal, son corps souffrit moins que tout autre de la désastreuse retraite, et ses troupes réunies à celles de Victor sauvèrent l'empereur et le reste de l'armée au passage de la Bérésina.

"ICI L’ARMÉE DE NAPOLÉON
A FRANCHI LA BÉRÉZINA
26-29 NOVEMBRE 1812
HOMMAGE AUX SOLDATS QUI
DISPARURENT ALORS
                      
FERNAND BEAUCOUR
                              DIRECTEUR DU CENTRE
                     D’ÉTUDES NAPOLÉONIENNES
                                                               PARIS"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 16 novembre 1997 a été inauguré, à l’initiative du Centre d’études napoléoniennes, présidé par Fernand Beaucour, un monument commémoratif aux soldats de la Grande Armée, œuvre du sculpteur biélorusse Ivan Misko.
Il a été réalisé grâce à une souscription privée et se trouve au lieu dit « Brilevskoie Pole », en 54°18'50.06"N  28°21'5.67"E.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Passage de la Bérésina. — Les troupes de Gouvion-Saint-Cyr, réunies à celles de Victor, sauvèrent l'empereur et le reste de l'armée.
Illustration extraite de Les Maréchaux de Napoléon, par Gérard de Beauregard,  Mame, Tours, s.d. (1900)

 


Monument dit "Aux Suisses", en fait à tous les combattants qui n’eurent pas de linceul, c'est pourquoi le guerrier est représenté nu.
Il a été inauguré le 17 novembre 2002 et est l'œuvre des artistes Artimocich, Morozov et Novik.

 

En arrivant au gué de Studianka. A droite sur la photo, on discerne à droite le monument à Koutousov.
C'est ici que le génie construisit, sous le commandement du général Éblé, le premier pont, parfois appelé « pont d’aval », à l’artillerie, au train et à la cavalerie.

1813

Cependant la blessure de Gouvion-Saint-Cyr, compliquée d'une attaque de typhus, l'obligea à regagner promptement la France ; il ne revint à l'armée qu'en 1813, peu de temps avant Lützen. Il se disposait à prendre part à la bataille qu'on attendait, lorsque, sortant d'une entrevue avec Napoléon, il fut frappé d'apoplexie, tomba et se blessa à la tête. La perte de sang qui en résulta fut son salut. Il dut cependant se retirer des opérations jusqu'à la rupture des négociations de Prague.

Chargé alors, avec le 1er corps, de couvrir Dresde et Pirna, tandis que l'empereur lui-même courait en Silésie à la poursuite de Blücher, il se vit assailli tout à coup par toute l'armée coalisée, que commandaient en personne les trois monarques alliés.

Enfermé dans la ville, il y attendait que l'empereur vînt le délivrer; mais le sanglant échec de Leipzig lui enleva, là-dessus, toute espérance. Il n'en résolut pas moins de tenir jusqu'à la dernière extrémité. Les vivres, les munitions, tout vint à manquer; les épidémies arrivèrent après la famine, et le roi de Saxe ayant vivement protesté contre cette résistance inutile qui ruinait, sans aucun profit pour personne, sa capitale, le maréchal obtint du général autrichien Klenau une capitulation très honorable qui permettait aux troupes françaises de se retirer en France avec leurs drapeaux, leurs, armes et leurs bagages.

Alors se produisit un fait inouï dans l'histoire. Les souverains alliés refusèrent de ratifier la capitulation et mirent Gouvion-Saint-Cyr dans l'alternative de se rendre à merci ou de rentrer dans Dresde et d'y reprendre la situation qu'il y occupait lors de son départ. Le second terme de la proposition, par son caractère dérisoire, ne supportait pas l'examen. Il fallut donc se rendre, et le maréchal fut interné sur parole à Carlsbad, tandis que son armée était dispersée par toute l'Allemagne.

Il ne revint à Paris qu'après la chute de Napoléon. Louis XVIII l'avait, de lui-même, créé pair de France et chevalier de Saint-Louis, prévenance qui entraîna son adhésion immédiate au nouveau régime.

Du reste, sa vieille antipathie pour Napoléon avait rendu singulièrement facile la conversion de l'ancien jacobin. Aussi, lors du retour de l'empereur, essaya-t-il, jusqu'au dernier moment, de défendre la cause royale. Envoyé à Orléans et à Bourges, il tenta d'entraîner les troupes ; mais il était trop tard. Méconnu, menacé même par les soldats, il n'eut que le temps de gagner sa terre de Reverseaux.

Napoléon l'appela à Paris, mais il refusa de le servir et demeura en dehors des affaires jusqu'au retour de Louis XVIII.

IV. — SA CARRIÈRE après L'EMPIRE ET SA MORT

Le Roi, à peine revenu sur le trône, lui confia le ministère de la Guerre, ce qui n'était pas alors une tâche facile ni agréable, car il fallait sans cesse évoluer entre les royalistes impatients de conquérir des places ou des grades et les partis de la veille qui entendaient garder les leurs.

Gouvion-Saint-Cyr s'en tira à son honneur par quelques sages mesures, telles que la suppression de la maison militaire du roi, des lois sur l'avancement et le recrutement. Après le renvoi de Talleyrand et de Fouché, il dut se contenter du ministère de la marine. Ministre de la Guerre en 1818, il fut le grand réorganisateur de l'Armée française après les désastres de 1814 et 1815, pour se retirer définitivement en 1820, après l'assassinat du duc de Berry, dont on rendait les libéraux indirectement responsables.

Il vécut dès lors dans la retraite, malade de la goutte, attristé par la disgrâce des Bourbons, qui, venant après celle de Napoléon, semblait une fatalité attachée à sa vie. La publication de ses Mémoires l'occupa jusqu'à son dernier moment.

Il meurt d'une "attaque d'apoplexie" (hémorragie cérébrale ou AVC) à Hyères le 17 mars 1830, à ce qui est aujourd'hui le « Park Hotel », entre l'avenue de Belgique et l'avenue Jean-Jaurès


La façade du Parc Hôtel, du côté de l'avenue de Belgique...


... et du côté de l'avenue Jean-Jaurès.

Un panneau nous rappelle l'histoire de cette demeure, qui remonte à 1564.
Vendu comme Bien national à la Révolution, le domaine est morcelé.  Jean-Baptiste Filhe, ancien officier de cavalerie de Louis XVI, y fait construire plusieurs bâtiments au milieu d'un jardin riche de 18.000 orangers. Joséphine et Pauline y séjournèrent, cette dernière de novembre 1812 à février 1813.

En 1866, l’hôtel est complètement remanié. Propriété de la ville depuis 1934, le Park Hôtel accueille actuellement des associations, le Conservatoire national de Région, une galerie d'exposition et des services municipaux.

Le corps du Maréchal est ramené à Paris pour être enterré au cimetière du Père-Lachaise (38ème division, avenue des Acacias).

La très belle statue, malheureusement vandalisée quelques semaines après sa restauration, est de David d'Angers.

V. — JUGEMENT DE NAPOLÉON

Après la capitulation de Dresde :
«  Ce n'est pas pour m'ôter vingt à vingt-cinq mille soldats, dont les deux tiers seront, avant peu de temps, hors d'état de servir, que les alliés violent à notre égard le droit des gens ; c'est pour retenir Saint-Cyr prisonnier : il est le premier de nous pour la guerre défensive. Moi je suis leur supérieur pour l'attaque. 

ÉTATS DE SERVICE DE LAURENT GOUVION-SAINT-CYR
NÉ LE 13 AVRIL 1764, A TOUL (MEURTHE)

GRADES, CORPS ET DESTINATIONS

Volontaire au 1er bataillon de chasseurs de Paris, 1er septembre 1792 ; capitaine audit bataillon 1er novembre 1792 ; chef de bataillon, adjudant général, nommé par les représentants du peuple, près l'armée du. Rhin, 11 septembre 1793; chef de brigade, nommé par les mêmes, 10 janvier 1794; général de brigade, nommé par les mêmes, 10 juin 1794; général de division, 2 septembre 1794; employé à l'armée du Rhin, 2 septembre 1794; employé à l'armée du Rhin-et-Moselle, 13 Juin 1795 ; commandant l'armée de Rome, 6 mars 1798 ; suspendu de ses fonctions, 15 juillet 1798; remis en activité à l'armée de Mayence, 16 août 1798 ; employé à l'armée d'Italie, 14 mai 1799 ; employé à l'armée du Rhin, 17 décembre 1799 ; lieutenant du général en chef de cette armée (Moreau), 14 janvier 1800 ; conseiller d'État (section de la guerre), 22 septembre 1800 ; chargé de la direction, des armées française et espagnole, dans la guerre contre le Portugal, 4 février 1801 ; ambassadeur de France près la cour d'Espagne, 2 novembre 1801 ; lieutenant général, commandant en chef le corps d'observation du royaume de Naples, 14 mai 1803; grand-officier de l'Empire, colonel général des Cuirassiers, 6 juillet 1804; commandant en chef le 1er corps de réserve (camp de Boulogne), 15 décembre 1806 ; commandant en chef le 7e corps d'armée d'Espagne (armée de Catalogue), 17 août 1808 ; commandant en chef le corps bavarois (6e corps de la Grande Armée), 21 février 1.812 ; commandant en chef les 2e et 6e corps de la Grande Armée, 21 août 1812 ; maréchal de l'Empire, 27 août 1812 ; commandant en chef le 11e corps de la Grande Armée, 12 mars 1813 ; commandant en chef le 14e corps en Saxe, 4 août 1813; commandant en chef le corps d'armée sur la Loire, 19 mars 1815 ; ministre secrétaire d'État au département de la guerre, du 19 juillet au 2 septembre 1815; gouverneur de la 12e division militaire, 12 octobre 1815; gouverneur de la 5e division militaire, du 10 janvier 1816 au 12 août 1818 ; ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies, 23 juin 1817 ; ministre secrétaire d'État au département de la guerre, 12 septembre 1817 ; a quitté le portefeuille, le 19 novembre 1819. Décédé à Hyères, le 17 mars 1830.

CAMPAGNES
Aux armées du Rhin, d'Italie, de Portugal, de Naples ; au camp de Boulogne, en Espagne, en Russie, en Saxe ; fait prisonnier de guerre à Dresde ; rentré en France en 1814 ; à Orléans.

BLESSURES ET ACTIONS D'ÉCLAT
Blessé aux deux combats de Polotsk, le 17 août et le 28 octobre 1812 ; a reçu un sabre d'honneur et le brevet de premier lieutenant de l'armée, par arrêté du 2 octobre 1802.

DÉCORATIONS

ORDRE DE LA LÉGION D'HONNEUR
Chevalier, 2 octobre 1803; grand-officier; 14 juin 1804; grand-croix, 2 février 1805.

ADDITION AUX SERVICES ET DÉCORATIONS
Comte, 1808; pair de France, 1814; grand-croix de Saint-Louis, 1816; marquis, 1819.

 

 


Texte : d'après De  Beauregard, Gérard, Les Maréchaux de Napoléon, Mame, Tours, s.d. (1900).


Collection Hachette : Maréchaux d'Empire, Généraux et figures historiques (Collection de l'auteur)

Bibliographie:

Christiane d'Ainval, Gouvion Saint-Cyr, Soldat de l'An II, Maréchal de l'Empire, Réorganisateur de l'Armée, Édition Copernic, 1981.

Une nouvelle biographie est parue de la plume d'Yves Le Blond : Gouvion Saint-Cyr - Maréchal de l'Empire - Pour que vive la République, Éditions Normant à Nantes, 2008.

 

 

Retour à la page MARÉCHAUX

Retour à la page d'accueil