Jean de Dieu* SOULT

(1769-1804-1851)

maréchal de l'Empire
duc de Dalmatie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Soult en sergent au 23e de Ligne en 1792.
Notons au passage l'ironie de la chose :  le dernier Maréchal Général de l'histoire de France est représenté ici... en Sous-Officier !

   

Un des meilleurs maréchaux de l'Empereur, un des plus capables. Ce n'est pas pour rien que celui-ci l'avait appelé "le meilleur manœuvrier d'Europe".

Jean de Dieu* Soult est né à Saint-Amans-la-Bastide, dans le Tarn, le 29 mars 1769.

Voici son acte de naissance (A.D. 81) : (merci à D. Contant !)

Jean de Dieu Soult du présent lieu fils du Sr Jean Soult no(tai)re Royal et de         
Dem(oise)lle Brigitte Degranié, mariés, a été baptisé dans notre église le vingt neuvième
de mars mil sept cent soixante neuf étant né le même jour.        Son parrain a été
le Sr Jean Pierre Degranié  son oncle soussigné et la marraine dem(oise)lle Marie-
Jeanne Huc signée                                                                                                     
Jean Pierre Degranié

                                                                                        M J Huc                   Boubal Curé

 

Il est donc de quelques mois l'aîné de l'Empereur. Bien plus tard, son village natal, auquel il resta toute sa longue vie très attaché, changera son nom en St-Amans-Soult, en son honneur.

1. — L'HOMME ET SON CARACTÈRE1

Avec son visage entièrement rasé, pâle, maigre et tôt ridé; avec son regard mélancolique et morne; avec ses longs cheveux plats, Soult ressemblait moins à un général qu'à un savant d'université ou à quelque clerc prématurément vieilli sur le grimoire, et changé en soldat par un étrange caprice du destin.

Il n'est pas besoin de dire qu'il avait de la bravoure, mais il manquait d'éclat et d'initiative.

Nul homme n'a été plus attaqué; bien peu ont été plus chaleureusement défendus; et ce fait de susciter autour de soi des passions contradictoires n'est pas du moins d'un homme ordinaire.

Il a obtenu de beaux succès, il a essuyé de notables revers; il a rendu de grands services à la patrie, il a donné le spectacle de palinodies lamentables : c'est assez dire qu'en effet toutes les opinions auront de quoi se satisfaire avec sa vie. Que si l'on tente d'établir une moyenne définitive et de la tirer de tant de témoignages, qui le plus souvent se combattent, on conclura que Soult fut un soldat de mérite, mais un homme de pauvre caractère.

« Le maréchal Soult, dit l'abbé de Montgaillard, n'eut jamais de caractère politique; il fut un habile exécuteur de manœuvres militaires, un intrépide athlète de bataille. Le goût des renommées du jour, le désir d'avantages utiles, de faveurs, d'argent, les flatteries des contemporains, l'amour des dépouilles des vaincus : tels sont les sentiments qui paraissent dominer dans l'âme de ce conducteur d'armée. »

Il est acquis, en tous cas, qu'il fut des plus empressés à tourner le dos à Napoléon malheureux, puis à revenir à lui avec la fortune, puis à le renier encore, enfin à s'accommoder de tous les régimes dont il croyait pouvoir attendre quelque chose.

 

ICI EST NÉ MR LE MARÉCHAL

GÉNÉRAL SOULT EN 1769

         Sa maison natale, 8 rue du Maréchal Soult, à St-Amans-Soult.

II. — SON ORIGINE ET SA JEUNESSE

Jean-de-Dieu Soult est né à Saint-Amans-la-Bastide, dans le Tarn, le 29 mars 1769. Il était fils d'un modeste notaire de campagne, qui lui fit faire de bonnes études, mais n'eut pas le loisir de les mener fort loin. En effet, dès 1785, à moins de seize ans, le jeune Soult s'engagea comme volontaire dans un régiment d'infanterie du roi.

Commence alors une des plus brillantes carrières militaires de l'histoire de France.

Il s'était engagé pour permettre à sa mère, veuve, de payer ses impôts avec sa prime d'engagement.

Le début de sa carrière fut laborieux, car il arriva non sans peine à devenir caporal. C'est seulement en 1790 que, passé dans le premier bataillon du Haut-Rhin, il y devint d'abord sous-officier, puis officier instructeur. Une fois en possession du grade d'adjudant-major, il quitta la ligne et entra dans l'état-major général des armées. La Révolution lui permet de devenir sous-lieutenant en 1792.  Il combatit à Fleurus. Il avança rapidement, et il était déjà chef de brigade lorsqu'il fit, comme chef d'état-major de Lefebvre, une brillante campagne sur la Moselle.

En 1796, il passa en Italie, commanda quelque temps à Turin, puis se vit enfermé dans Gênes avec Masséna. Il y fut blessé, pris, puis échangé, ce qui lui permit de revenir occuper son poste.

Envoyé à Naples, il se trouvait sous les murs de Tarente lorsque se produisit le 18 brumaire.

Comme Bonaparte, qui ne le connaissait point encore, était indécis sur le général à qui il confierait le quatrième commandement de la garde consulaire, Masséna lui dit :

« Je vous donne Soult pour un homme de tête et de cœur, au-dessus des forces duquel je ne connais rien. »

Il fut aussitôt rappelé, présenté au consul, dont il gagna vite la sympathie, et nommé colonel général des grenadiers de la garde.

Masséna, dans la campagne d'Italie, en 1800, lui confia le commandement de l'aile droite. Il s'y conduisit de la façon la plus brillante, et l'on cite ce trait du jeune général, enfermé dans un défilé par des forces supérieures, et se frayant un passage en criant :

« Les Français ne capitulent jamais tant qu'ils ont des baïonnettes. »

Il fut blessé trois fois dans cette campagne, et se fit prendre aux Deux-Frères sur le champ de bataille même. Il ne fut relâché qu'après Marengo. Lorsque Bonaparte organisa les trois camps de Boulogne, Soult fut, avec Ney et Davout, chargé de les diriger. Il avait celui du centre, et ses soldats étaient tenus sans cesse sur le qui-vive par sa propre activité.

« Je veux, avait-il dit au premier consul avant de partir, que quiconque n'est pas propre aux fatigues supportées par moi-même reste ici. Ceux que j'emmènerai seront à toute épreuve, prêts à la conquête du monde. »

Un tel langage était le meilleur moyen de conquérir l'estime de Bonaparte. Celui-ci l'accorda sans marchander à son précieux lieutenant, avec une foule d'honneurs et cent mille francs prélevés sur les fonds secrets de la police, qui lui furent versés le 21 février 1803. Par contre, son caractère cassant et hautain, sa froideur excessive, sans parler de son orgueil, le brouillèrent de ce moment avec Berthier et quelques autres, tandis que beaucoup s'attachaient à lui avec la plus grande sincérité.

« Ses amis, dit M. :Bégin, il les dut à l'esprit de justice, à la bienveillante indulgence, au dévouement qui le caractérisaient et au vif désir qu'il témoigna souvent de ne laisser aucun mérite réel sous le boisseau-. Ses ennemis provinrent de la franchise austère, des manières sèches, du ton brusque qu'il affectait, soit pour dérouter les solliciteurs, soit par le sentiment intime de sa valeur personnelle. »

Ce fut Soult qui prit l'initiative d'élever à Boulogne la fameuse colonne qu'on voit encore.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le buste de Soult par A.D. Eudes (1853), dans la "crypte" (ou salle du piédestal ou "salle des archives") de la colonne de la Grande Armée à Boulogne.

Soult présentant à l'Empereur le projet de colonne de la Grande Armée à Boulogne, sur le bas-relief  de ce monument. (œuvre de Théophile Bra, intitulée officiellement "Napoléon, agréant le plan de la colonne qui lui est présenté par le maréchal Soult").
Soult est entouré du général Bertrand et de l'amiral Bruix. L'amiral Rosamel y figure également, ainsi qu'à l'extrême droite, le mamelouk Roustan.
 

III. — SA CARRIÈRE SOUS L'EMPIRE

Soult fut le huitième sûr la liste des maréchaux d'Empire de la première promotion, et lorsque Napoléon prépara la grande campagne d'Autriche qu'Austerlitz devait couronner, Soult fut des premiers à en avoir la confidence, puis la direction.

Il quitta Boulogne, passa le Rhin à Spire, traversa, la Souabe et la Bavière, remporta la victoire d'lnsterdorff, et à la fin de novembre arriva clans la plaine d’Austerlitz.

Ce fut lui qui découvrit le lac Menit gelé, sur lequel manœuvrait toute une division de l'armée russe, et lui encore qui, en donnant l'ordre d'en rompre la glace à coups de canon, provoqua l'horrible catastrophe qui engloutit des milliers d'ennemis dans une immense noyade (sic)**, mais eut du moins l'avantage d'assurer le succès de l'armée française.

Aussi Napoléon put-il répondre à un général qui lui demandait des ordres :

« Allez les demander au maréchal Soult : c'est lui qui mène la bataille. »

De retour en France, il reprit, pour bien peu de temps, le commandement du camp de Boulogne ; car la campagne de Prusse le revit à Iéna, où il enfonça le centre des Prussiens, et à Eylau, où il annihila Benningsen. Après le traité de Tilsitt, il eut pour mission de délimiter les territoires respectifs de la Pologne et de la Prusse.

Il fut fait ensuite duc de Dalmatie, reçut une gratification de six cent mille francs sur les contributions imposées à la Prusse, et un revenu de soixante mille francs.

En 1808 éclata la guerre d'Espagne, où Soult joua le plus grand rôle. Tandis que Napoléon se dirigeait en personne sur Madrid, le duc de Dalmatie allait par Saint-André conquérir la Montana et les Asturies, pour de là gagner l'Estrémadure. Mais les Anglais, commandés par Moore, l'ayant attaqué, il se retira des rivages, puis revint brusquement et arrêta l'armée anglaise, qui tentait de couper Napoléon en marchant sur la Castille. L'empereur lui-même accourut et poursuivit Moore jusque sous les murs d'Astorga. Soult fut chargé de continuer la chasse, et il s'en acquitta si bien que Moore fut tué, son armée dispersée et contrainte de se rembarquer dans le plus grand désordre, tandis que le maréchal entrait dans la Corogne et dans le Ferrol.

Ce fut ensuite la marche triomphale sur le Portugal, qui ne s'arrêta qu'à  Oporto, où Soult fut un instant arrêté par soixante batteries et de nombreux bataillons anglais. Il força leurs lignes, les prit à revers et pénétra dans la ville.

Malheureusement les effroyables excès auxquels se livrèrent les troupes victorieuses n'étaient pas faits pour nous ramener l'opinion portugaise. Aussi les Anglais profitèrent-ils de la haine nationale, si justement excitée, pour se concentrer de nouveau, passer le Douro et fondre sur les troupes de Souk, qui n'eut que le temps de brûler bagages, artillerie et équipages pour voler au secours de la Galice et de Salamanque, menacées de très près par l'ennemi.

À cette époque, Soult fut hautement accusé d'avoir comploté de mettre sur sa propre tête la couronne de Bragance. Des conciliabules furent tenus, des proclamations même distribuées, et la chose alla si loin que le général Ricard, chef d'état-major dit maréchal, et le colonel Donnadieu furent arrêtés. Un aide de camp, mandé à Paris, fut interrogé, reconnut les faits, et Napoléon lui dit, en terminant une très vive réprimande Si vous aviez fait un pas de plus, je vous faisais fusiller. »

L'empereur toutefois se contenta de l'algarade et n'inquiéta pas le duc de Dalmatie, ne voulant pas risquer un scandaleux procès de haute trahison.

D'ailleurs Wellington venait d'entrer en scène, et le roi Joseph l'avait laissé approcher à trois étapes de Madrid, où s'était livrée la bataille indécise de Talavera de la Reina, dont personne ne sut profiter.

Soult, paraissant sur les derrières des Anglais, jeta dans leurs rangs un tel trouble, qu'ils s'enfuirent précipitamment. L'Espagne toutefois n'en était pas moins soulevée, et le moral du roi Joseph fort démonté. Le maréchal lui rendit le courage, et la victoire d'Ocaňa remit les choses en meilleur état.

En 1810, Soult force les défilés de la Sierra-Alorena, envahit l'Andalousie, prend Séville et contraint Wellington à débloquer Badajoz, Mais les Français perdaient ailleurs du terrain. L'armée du Portugal avait été battue aux Arapiles; Joseph Bonaparte avait quitté Madrid; Soult, débordé, dut lever le siège de Cadix et sortir d'Andalousie en août 1812, pour se replier sur Grenade et Valence.

Son armée, au surplus, était fort diminuée. Il en avait perdu l'élite, rappelée par Napoléon en vue de la campagne de Russie, et le maréchal commençait à considérer la partie comme irrémédiablement perdue lorsqu'il fut rappelé, en 1813, pour remplacer Bessières à la tête du 4e corps de la Grande Armée,

Il commanda le centre à Lützen et à Bautzen; mais la défaite de Vittoria, qui compromettait toutes nos conquêtes espagnoles, le fit renvoyer en toute hâte dans la Péninsule avec le titre de lieutenant-général du royaume et des pouvoirs illimités.

Il n'eut que la ressource de rallier à Bayonne les débris de l'armée d'Espagne. Les combats des 9, 10, 11, 12 décembre 1813 furent aussi meurtriers que peu décisifs, et tout n'était pas perdu encore lorsque Napoléon, écrasé à Leipzig et ayant à combattre l'invasion du territoire même de la France, retira encore des troupes à Soult pour les opposer à la grande coalition.

Le maréchal n'en fit pas moins des prodiges pour sauver le Midi, et il entreprit cette mémorable campagne, où avec des forces infimes il dut résister à de multiples attaques, venues de partout à la fois. Il se défendit bravement à Orthez, à Aire, à Vic-de-Bigorre, à Tarbes, et sa lente retraite eut pour couronnement la glorieuse bataille de Toulouse, où avec vingt mille hommes il battit soixante-dix mille Anglo-Espagnols. C'était le 10 avril 1814. Paris avait déjà capitulé, Napoléon abdiqué, que Soult avait l'honneur de se défendre encore eu défendant le territoire.

Dès le 19 avril, Soult reconnut Louis XVIII, qui le nomma chef de la troisième division militaire, grâce à l'appui du duc d'Angoulême, puis ministre de la guerre. Dans cette situation délicate, il lui fut impossible de contenter tout le monde, ballotté qu'il était entre ses anciens compagnons, qui l'adjuraient de défendre la vieille armée, et les nouveaux venus, pressés de monter à l'assaut des grades et dés fonctions. Il se fit, en effet, à ce moment beaucoup d'ennemis.

Au retour de l'île d.'Elbe, il lança une proclamation contre Napoléon, conçue en des termes inutilement injurieux, mais qui n'arrêta pas le revenant***. Il eut du moins la pudeur, sinon la prudence de se retirer dans son château de l'Étang, près de Saint-Cloud, lorsque l'empereur fut rentré aux Tuileries.

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Voici, quelques passages de ce factum, daté du 8 mars 1815 :
« Soldats, cet homme qui naguère abdiqua aux yeux de toute l'Europe un pouvoir usurpé dont-il avait fait un si fatal usage, Buonaparte est descendu sur le sol français qu'il ne devait plus revoir. Que veut-il ? La guerre civile. Que cherche-t-il? Des traîtres... Buonaparte nous méprise assez pour croire que nous pouvons abandonner un souverain légitime et bien-aimé, pour partager le sort d'un homme qui n'est plus qu'un aventurier. Il le croit, l'insensé et son dernier cycle de démence achève de le faire connaître !... »

 

Celui-ci, qui n'était pas en situation d'avoir des rancunes, l'envoya chercher, lui pardonna et en fit son major général, bienveillance dont le maréchal profita aussitôt pour se faire donner (ainsi que le prouve un rapport de Davout du 19 mai 1815) quatre-vingt mille francs, destinés à l'achat des chevaux et fourgons de son service personnel; vingt mille francs pour frais de poste et de courriers ; trois mille six cent cinquante francs par mois pour frais de bureau! Et cela à peine deux mois après son indigne proclamation! Il est vrai qu'il remboursa la dette en publiant, la veille de l'entrée en campagne, une nouvelle proclamation où, avec le cynisme le plus stupéfiant, il portait aux nues la fidélité à l'Empereur, en couvrant d'invectives les Bourbons fugitifs.

Les Cent-Jours le voient dans la fonction de Chef d'État-Major, à la place qu'avait occupée si efficacement Berthier tout au long de l'Empire. Ce ne sera pas vraiment une réussite pour lui.


Aa ferme du Caillou, son nom figurait sur la plaque commémorative - hélas retirée - portant les noms de tous ceux qui y étaient présents, les 17 et 18 juin 1815.

Contraste étrange : il se battit à Ligny et à Waterloo avec la plus brillante valeur; mais, après la défaite, il revint précipitamment à Paris, et, après la seconde capitulation, il suivit l'armée au delà de la Loire.

IV. — SA LONGUE CARRIÈRE après L'EMPIRE

Louis XVIII se montra cette fois de moins bonne composition. Inscrit le premier sur la liste de proscription du 24 juillet 1815, Soult se réfugia chez son ancien aide de camp, M. Brun de Villeret, fixé dans le Tarn, puis obtint des alliés d'être envoyé à Düsseldorf, d'où il ne revint qu'en janvier 1820 pour retrouver, à l'indignation générale, d'abord son bâton de maréchal, ensuite tout son arriéré de solde. Il devint pair de France en 1827.

Après la révolution de 1830, le maréchal se rallia avec enthousiasme à la dynastie nouvelle, qui en fut reconnaissante; car Louis-Philippe, dès le 18 novembre 1830, lui confia le portefeuille de la Guerre. On doit reconnaître qu'alors Soult s'appliqua à réorganiser l'armée et à lui donner une grande cohésion. D'utiles ordonnances ont signalé son administration. Il fit fortifier de nombreuses places, notamment Lyon et Paris, dont tout au moins le projet d'enceinte fut approuvé par lui. Son attitude fut très ferme dans les diverses émeutes qui éclatèrent durant les premières années du règne de Louis-Philippe, par exemple lors de l'enterrement du général Lamarque. On le vit à cette occasion accompagner le roi, en grande tenue, dans les quartiers où l'effervescence était la plus vive, et imposer à tous par son aspect,

Il devint président du conseil le 11 octobre 1831, et provoqua l'arrestation de la duchesse de Berry, venue en France dans le but de soulever les provinces de l'Ouest.

Envoyé à Londres eu 1838 pour représenter la France au couronnement de la jeune reine Victoria, il y déploya un faste royal, et le souvenir de sa gloire souleva les acclamations de ces mêmes Anglais qu'il avait jadis si souvent battus.

En 1847, Soult, devenu impopulaire, quitta le pouvoir. Le roi, en signe de sa haute reconnaissance pour ses services, le nomma maréchal général, titre que seuls avaient porté avant lui Turenne, Villars et Maurice de Saxe.

Le duc de Dalmatie fut encore le témoin inquiet de la révolution de 1848; mais il put voir le second Empire, sinon proclamé, au moins établi en fait, car il ne mourut que le 26 novembre 1851, vers 22h30, à peine 5 jours avant le coup d'Etat du 2 decembre, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, au château de Soult-Berg, près de Saint-Amans, dans le Tarn. Le 13 novembre, il était sorti dans son potager sans boutonner son pardessus. Le froid qu'il prit alors lui fut fatal.

Ou lui rendit de grands honneurs.

 

 

Le château de Soult-Berg, où il s'était retiré et où il est décédé. Il l'avait nommé ainsi en hommage à son épouse, Louise Berg.  En même temps, comme le château se trouve sur un colline, à la sortie du village, en direction de Béziers, c'est un jeu de mot, puisqu'il se trouve sur le "mont Soult".

 

                 

Le Maréchal a été inhumé dans la chapelle adossée au mur sud de l'église de Saint-Amans.

Les très belles armoiries qui ornent le dessus de la porte.

Et voici quelques photos exceptionnelles qui ont été fournies par JIEM. Un très grand merci à lui !

Tout autour du monument sont mentionnés les noms des batailles :

AUSTERLITZ IÉNA

LÜBECK

EYLAU HEILSBERG

????.

 

CAMPAGNES

ALLEMAGNE RUSSIE ITALIE POLOGNE

ESPAGNE PORTUGAL FRANCE

1792-1815

 

V. - JUGEMENT DE NAPOLÉON

Avant Austerlitz :

« Maréchal, je n'ai rien à vous ordonner, sinon de faire comme vous faites toujours. »

Après Austerlitz :

« Maréchal, vous vous êtes couvert de gloire aujourd'hui; vous avez surpassé ce que j'attendais de vous. Vous êtes un des premiers manœuvriers de l'Europe. »

A Sainte-Hélène :

« Soult avait ses défauts et ses qualités. Toute sa campagne du midi de la France est très belle; et ce qu'on aura de la peine à croire, c'est qu'avec son attitude et sa tenue qui indiquent un grand caractère, il n'était pas le maître dans son ménage. Quand j'appris à Dresde la défaite de Vittoria et la perte de toute l'Espagne, due à ce pauvre Joseph, dont les plans, les meures et les combinaisons n'étaient pas de noire temps, mais semblaient tenir bien plutôt d'un Soubise que de moi, je cherchai quelqu'un propre à réparer tant de désastres; je jetai les yeux sur 'Soult, qui était auprès de moi. Il était tout prêt, me disait-il ; mais il me suppliait de parler à sa femme, qui allait fortement s'y opposer. Je lui dis de me l'envoyer. Elle parut avec l'attitude hostile et le verbe haut, me disant que son mari ne retournerait certainement pas eu Espagne; qu'il avait déjà beaucoup fait, et méritait après tout du repos. « Madame, lui dis.-je, je ne vous ai pas mandée pour subir vos algarades. Je ne suis pas votre mari, moi, et si je l'étais ce serait encore tout de même. » Ce peu de paroles la confondit ; elle devint souple, obséquieuse, et ne s'occupa plus que de gagner quelques conditions. Je n'y pris seulement pas garde et me contentai de la féliciter de ce qu'elle savait entendre raison. « Dans les grandes crises, lui dis-je., madame, le lot des femmes est d'adoucir nos traverses. Retournez à votre mari et ne le tourmentez pas, »

A. propos de la proscription du maréchal par Louis XVIII, et de la trahison de la cause royale, qu'on lui attribuait durant les Cent-Jours :

« Soult est innocent. Il m'a même confessé qu'il avait pris un penchant réel pour le roi. L'autorité dont il jouissait sous celui-ci, disait-il, si différente de celle de mes ministres, était quelque chose de fort doux et l'avait tout à fait subjugué. »

 

Soult figure bien sûr dans la galerie des gloires militaires de la rue de Rivoli, à Paris (statue de Coutalpas).

ÉTATS DE- SERVICE

SOULT (JEAN-DE-DIEU) DUC DE DALMATIE, NÉ LE 29 MARS 1769, A SAINT-AMAND (TARN)

GRADES, CORPS ET DESTINATIONS

Soldat au 23 régiment d'infanterie, 16 avril 1785; caporal, 13 juin 1787 ; caporal-fourrier, 31 mars 1791; sergent, au 1er juillet 1791; instructeur, au 1er bataillon du Haut-Rhin, 17 janvier 1792 ; adjudant-major, 16 juillet 1792; capitaine, en août 1793 ; adjoint provisoire à l'état-major de l'armée de la Moselle, 19 novembre 1793; chef de bataillon, adjudant général provisoire, nommé par les représentants près l'armée de la Moselle, 7 février 1794; confirmé dans ce grade, 5 avril 1794; chef de brigade, adjudant général provisoire, nommé par les représentants près l'armée du Nord, mai 1794; général de brigade, 11 octobre 1794; général de division,

employé à l'armée du Danube, 21 avril 1799 ; passé à l'armée d'Italie, 13 décembre 1799; lieutenant du général en chef de l'armée d'Italie, 8 mars 1800 ; lieutenant du général en chef de l'armée du Midi, 13 février 1801 ; nommé l'un des quatre généraux 'commandant la garde des consuls, 5 mars 1802; commandant en chef le camp de Saint-Orner, en août 1803; maréchal de l'Empire, 19 mai 1804; commandant en chef le 40 corps de la Grande Armée, septembre 1805 ; commandant • en chef le 2e corps de l'armée d'Espagne, 9 novembre 1808; major général de l'armée d'Espagne, 26 septembre 1809; commandant en chef de l'armée du Midi en Espagne, 14 juillet 1810; lieutenant général commandant en chef les armées en Espagne et sur les Pyrénées, ter juillet 1813 ; gouverneur de la 13e division militaire, 21 juin '1814; ministre de la guerre, du 3 décembre 18'l4 au '12 mars 1815; major général, 9 mai 1815; compris dans l'article 2 de l'ordonnance du 24 juillet 1815 ; rayé de la liste des maréchaux de France, 27 décembre 1815 ; réintégré (avec rappel de traitement), 5 janvier 1820; président d'une commission créée pour examiner un projet d'ordonnance sur l'organisation du cadre des officiers généraux de l'armée jusqu'en novembre 1830, 30 septembre 1830; ministre de la guerre, du 17 novembre 1830 au 18 juillet 1834; ambassadeur extraordinaire à Londres, 25 avril 1838 ; président du conseil et ministre des affaires étrangères, du '12 mai 1837 au 20 février 1840 ; président du conseil el ministre de la guerre, du 29 octobre 1840 au 10 novembre 1.84r; président du conseil seulement jusqu'au 10 septembre 1847 ; maréchal général, 26 septembre 1847. Décédé à Soult-Berg, le 26 novembre 1851.

CAMPAGNES

Aux armées de la Moselle, du Nord, de Sambre-et-Meuse, d'Allemagne, d'Angleterre, de Mayence, du Danube, d'Italie et du Midi, camp de Saint-Omer, Grande Armée, en Espagne, en France, armée du Nord.

BLESSURES ET ACTIONS D'ÉCLAT.

Blessé au blocus de Gênes ; prise de Vibourg; combat en avant de Zurich ; affaire d'Altenkirchen ; passage de la Limmat; prise de Zurich ; combat de Glaris ; défense de Gênes ; bataille de Toulouse.

DÉCORATIONS
ORDRE DE LA LÉGION D'HONNEUR
Chevalier, 11 décembre 1803; grand-officier, 14 juin 1804; grand-croix, 2 février 1805.

ORDRES ÉTRANGERS
Bavière : Saint-Hubert, chevalier, 27 février 1806.
Belgique : Léopold, grand-croix, 2 janvier 1833.
Grèce : Sauveur, grand-croix, 26 septembre 1834.

ADDITIONS AUX SERVICES ET DÉCORATIONS
Duc de Dalmatie, 1808; commandeur de Saint-Louis, 1814; pair de France, 1815; chevalier du Saint-Esprit, 1825

 


Collection Hachette : Maréchaux d'Empire, Généraux et figures historiques (Collection de l'auteur)

* Mettons bien les choses au point : Soult ne s'est jamais prénommé Nicolas, comme certaines sources (même Six !) l'affirment.  Il suffit, pour vous en convaincre, de lire l'acte de naissance ci-dessus. Ce prénom lui a été attribué par des ennemis qui l'accusaient d'avoir voulu se faire couronner roi d'Espagne, car ce prénom avait à l'époque la connotation d' "affabulateur", de "fanfaron".  J'en donne pour exemple cette caricature royaliste de l'époque des Cent-Jours qui présente l'arrivée de "Nicolas Buonaparte" aux Tuileries, le 20 mars 1815.  Il ne viendrait pourtant à personne à l'esprit de prénommer l'Empereur... Nicolas !

Et encore d'autres exemples !


** On voit bien que les légendes ont la vie dure. On sait qu'on ne trouva presque aucun soldat ennemi noyé.

Bibliographie:

Nicole Gotteri, Soult, Maréchal d'Empire et Homme d'État, Éditions La Manufacture, 1991.


Texte : d'après De  Beauregard, Gérard, Les Maréchaux de Napoléon, Mame, Tours, s.d. (1900).

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