CAMPAGNE DE 1800

 

3 décembre 1800 : bataille de Hohenlinden

 

La bataille de Marengo avait provoqué la  convention d'Alexandrie (14 juin 1800) et celle de Parsdorf (15 juillet 1800) entre les armées autrichiennes et les armées françaises d'Italie et d'Allemagne. Ces deux armistices conclus par les puissances belligérantes dans le dessein de négocier un accommodement définitif n'ayant point eu un résultat aussi prompt qu'on l'avait d'abord espéré, ils furent prolongés de quarante-cinq jours, à dater du 30 septembre, et un congrès ouvert à Lunéville pour le rétablissement de la paix. Bonaparte, alors Premier consul de la République française, voulait que l'Autriche traitât séparément et sans la participation de l'Angleterre. Le cabinet de Vienne, que les revers essuyés par ses armées dans la dernière campagne avaient intimidé, eût accédé sans peine à cette proposition, si les traités qui la liaient à cette puissance le lui eussent permis ; mais il s'était engagé à n'entrer dans aucun arrangement particulier avec la France avant le mois de février 1801, et la crainte de ne point recevoir les subsides considérables qui lui étaient encore dus le retenait dans l'alliance de l'Angleterre, malgré son penchant à s'en détacher. Pour lever cet obstacle, Bonaparte consentit à traiter aussi avec le cabinet de Saint-James, à condition que celui-ci, préalablement et comme gage de sa bonne foi, conclurait un armistice naval, ainsi qu'il en existait un sur le continent. Ce n'était pas là le compte de ce cabinet, qui voulait bien paraître ne point s'opposer à la paix générale, mais dont tous les efforts étaient dirigés vers la continuation de la guerre contre la France. Aussi le projet de l'armistice naval ne fut-il pas accepté. Dès lors le Premier consul refusa d'admettre au congrès l'envoyé anglais. L'Autriche ne voulant pas traiter isolé ment, les négociations furent rompues. L'ordre fut aussitôt expédié aux généraux com mandant nos armées d'Allemagne et d'Italie de dénoncer l'armistice et de commencer les hostilités le 26 novembre.

A cette époque, les troupes que la République française avait sur pied s'élevaient à deux cent vingt mille hommes. Le général Brune commandait l'armée d'Italie ; le général Macdonald, avec quinze mille hommes, pénétrait en Suisse dans le dessein d'entrer dans le Tyrol et de couvrir le flanc gauche de l'armée d'Italie et le flanc droit de celle du Rhin. Celle-ci, aux ordres du général Moreau, occupait la Bavière, et était postée entre l'Inn et l'Iser ; le général Augereau, avec un corps gallo-batave de seize mille hommes, se portait sur le Main, afin de couvrir le flanc gauche de l'armée du Rhin.

Les armées autrichiennes comptaient à peu près quarante mille hommes de plus que les armées françaises. Le feld-maréchal de Bellegarde, commandant l'armée d'Italie, occupait le nord de ce pays derrière la ligne du Mincio ; vingt-cinq mille hommes, sous le marquis de Chasteler, occupaient le Tyrol ; la grande armée impériale, commandée par le jeune archiduc Jean, sous les yeux et par les conseils du général Lauer, était la plus nombreuse ; elle occupait la rive droite de l'Inn, depuis Kufstein jusqu'à Passau ; elle avait fortifié l'étendue de son front et établi plusieurs têtes de pont sur cette rivière encaissée, et dont les bords- escarpés sont très propres à la défense. Un corps de vingt mille hommes, détaché sous les ordres du général Klenau, et grossi parles levées de Bohême, devait agir sur la gauche du Danube, et était opposé à celui du général Sainte-Suzanne détaché de la gauche du général Moreau; en f1n le général Simbschen, avec sept à huit mille hommes, réunis à quinze mille hommes de milices levées dans le palatinat par le baron d'Albini, observait l'armée gallo-batave et se liait avec le corps de Klenau.

Le 13 novembre, l'armistice fut dénoncé aux avant-postes des deux armées entre l'Inn et l'Iser. Le général Dessolles, qui commandait l'armée française par intérim, pendant que Moreau était rentré en France auprès de sa famille, pendant l’armistice, donna les ordres de rassemblement, et le général Moreau, qui arriva à son quartier général à Augsbourg le 22 novembre, six jours avant la reprise des hostilités, trouva ses divisions en mouvement pour se porter sur la ligne de l'Inn.

Les Autrichiens étant maîtres des passages à cause de la forte domination de la rive droite, depuis Wasserburg jusqu'à Passau, il était difficile de pénétrer leurs desseins et de .juger s'ils prendraient l'offensive, ou se borneraient à défendre le passage. Ce dernier parti était le plus vraisemblable, et le général Dessolles, qui en avait calculé tous les avantages, les exposant au général Moreau au moment de son arrivée, lui fit apercevoir les difficultés qu'il aurait à vaincre si l'ennemi s'obstinait à conserver cette ligne de défense en s'appuyant au Tyrol.

Le général Moreau, dans l'intention d'obliger le général ennemi à découvrir son dessein et pour connaître quelles forces il avait jetées sur la rive gauche, résolut de porter son armée sur l'Inn. Le 28 novembre, il fit replier sur toutes les routes les avant-postes autrichiens; le 29, il poussa par sa droite et son centre jusque sur les bords de l'Inn, et trouva peu de résistance; le 30, son aile gauche, après un combat très-vif, parvint à déloger du village de Dorfen un corps ennemi qui parais sait vouloir gagner le flanc gauche de l'armée française et se lier avec le corps du général Klenau, qui marchait sur Landshut, menaçant ainsi de lui couper ses communications avec Munich. A la fin de la journée, cette aile gauche prit position sur les hauteurs d'Ampfing, vis-à-vis Mühldorf, où l'ennemi avait une tête de pont.

L'archiduc Jean, cependant, au lieu de suivre les conseils que lui dictait la prudence, de se maintenir dans la forte position qu'il occupait, et d'y attendre quelque occasion favorable d'attaquer avec certitude son ennemi, se laissa éblouir par le faux brillant d'un projet qui souriait à sa jeunesse inexpérimentée et que ne sut ou ne put lui faire abandonner son vieux conseiller Lauer. Se fiant à sa supériorité numérique, ce prince se hâta, dès le début de la campagne, de prendre l'offensive. Séduit par les succès de ces grands mouvements, de ces marches hardies par lesquelles les Français avaient souvent déconcerté les plans de leurs ennemis, il voulait envelopper l'armée du général Moreau, et pendant qu'il l'attaquerait de front entre l'Iser et l'Inn, lui faire couper sa retraite sur Munich par le corps du général Klenau, et sur Augsbourg par celui du général Hiller, débouchant du Tyrol par la vallée du Lech. L'archiduc portait d'autant plus d'activité à l'exécution de ce plan gigantesque et trop au-des sus de ses forces, que le conseil aulique le pressait de porter un coup décisif dès l'ouverture de la campagne. S'abandonnant donc témérairement à cette espérance, il fit passer la majeure partie de son armée par les ponts de Mühldorf et de Krayburg sur la rive gauche de l'Inn, dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre. Le mouvement de l'ennemi, dans la journée du 30 novembre, indiqua clairement au général Moreau que son plan était l'attaque du flanc gauche de l'armée française. Il vit aussitôt quel parti il pouvait tirer de cette manœuvre, et tous ses soins tendirent dès-lors à achever de détacher l'armée autrichienne du Tyrol, auquel elle s'appuyait ; à l'attirer sur un terrain coupé, boisé, favorable aux manœuvres qu'il méditait, et sur lequel la supériorité de la cavalerie autrichienne et d'une nombreuse artillerie ne pourrait l'emporter sur celle de l'excellente infanterie française.

Le terrain que choisit le général français, pour livrer bataille à son ennemi, fut la forêt de Hohenlinden, point central entre le cours de l'Inn et celui de l'Iser, à sept lieues de distance de l'une et de l'autre rivières, et à hauteur de Munich. Ce terrain, occupé pendant l'armistice par les troupes françaises, avait été soigneusement reconnu par le général Moreau et son chef d'état-major. Cette forêt a six à sept lieues d'étendue parallèle ment aux deux rivières, et une lieue et demie de profondeur. Deux chaussées seulement la traversent ; l'une va à Mühldorf et l'autre à Wasserburg. On ne trouve entre ces deux routes que des chemins vicinaux de communication pour les coupes de bois, et qui sont presque impraticables en hiver. Depuis Mühldorf jusqu'à Hohenlinden, le pays est montueux, tourmenté, coupé par des ruisseaux, parsemé de bouquets de bois, et ce n'est qu'a près avoir traversé la forêt et dépassé le hameau, de Hohenlinden qu'on entre dans la belle plaine qui s'étend jusqu'aux bords de l'Iser. Cette configuration du terrain forme un long et étroit défilé, dans lequel Moreau espéra engager son présomptueux ennemi.

Le 1er décembre, à la pointe du jour, l'archiduc déploya dans la plaine d'Ampfing les plus fortes masses de son armée, qui avaient passé l'Inn à Mühldorf, et attaqua impétueusement notre aile gauche, que commandait le général Grenier. Dans le même temps une autre colonne passait cette rivière à Krayburg, cherchant à couper la gauche du centre. Le général Grenier soutint le combat pendant cinq heures sans être rompu ; mais toute l'armée ennemie ayant passé la rivière, et un corps de douze mille hommes qui marchait sans combattre se dirigeant pour tourner notre gauche, le général Moreau fit replier cette aile, et se rapprocha de Hohenlinden.

Le succès de cette journée, qui fut tout en tier pour les Autrichiens, leur inspira une grande confiance. Ils crurent à cause de la grande étendue de la ligne de bataille, et de Ia présence du général en chef, avoir combattu non pas seulement trois divisions, mais toute l’armée française. Cette confiance, qui leur fut si funeste, s'accrut encore le lendemain par la continuation de la retraite des divisions françaises, .que Moreau fit rentrer dans les positions qu'elles occupaient à la rupture de l'armistice; celle-là même où il souhaitait le plus d'engager une affaire générale. Voici comment il disposa ses troupes dans la journée du 2 décembre, pour profiter des fautes de son ennemi.

L'aile gauche, sous le général Grenier, appuyait sa droite à Hohenlinden, sa gauche à Hartoffen, couvrant les débouchés de l'Issen et Munich ; position défensive parfaitement masquée, et dont l'abord était partout difficile. Elle eut l'ordre de se borner à s'y main tenir jusqu'au moment où le général en chef lui donnerait lui-même l'ordre d'attaquer ; la réserve de cavalerie fut mise à la disposition du général Grenier, et envoya une brigade à Herding, pour éclairer la marche du général Kienmayer, qui avec douze mille hommes débouchait de Dorfen et menaçait Munich. Le corps du général Sainte-Suzanne ayant repassé le Danube, se porta sur Freysingen pour arrêter le corps du général Klenau, qui avait déjà dépassé Landshut. La division du centre, sous les ordres du général Grouchy, appuyait sa gauche à Hohenlinden, et s'étendait en coupant la chaussée le long de la lisière du bois, dans la grande éclaircie qu'on trouve en sortant du défilé. A la droite d'Hohenlinden, près d'Ebensberg, sur la route de Munich à Wasserburg, était la division Richepanse. A sa droite, un peu plus en arrière, se trouvait la division Decaen. Le général Lecourbe, commandant l'aile droite, s'était rapproché de la division Decaen, et occupait Helfendorf et Rosenheim.

Le mouvement des principales forces de l'ennemi, décidément dirigé sur Munich par la chaussée de Mühldorf, à travers la forêt de Hohenlinden, et ceux des corps détachés de son aile droite, indiquant l'effort qu'il méditait de faire contre la gauche de l'armée française, le général Moreau donna l'ordre au général Richepanse de se mettre en marche à la pointe du jour, et de se porter à travers la forêt par Saint-Christophe sur Mattenpot, pour tomber sur les derrières de l'armée autrichienne lorsqu'elle serait engagée dans le défilé. Le général Decaen reçut l'ordre de suivre le mouvement du général Richepanse, et le général Lecourbe de venir remplacer le général Decaen, afin d'observer la chaussée de Wasserburg.

 

Vue du champ de bataille de Hohenlinden entre Kronacker et Hohenlinden.

Monument de la bataille de Hohenlinden, inauguré en 1998.  Les trois premiers  piliers symbolisent les nations belligérantes, la Bavière, l'Autriche et la France. Le dernier représente la population entre Danube et Inn, qui souffrit de la guerre. Les poutres transversales qui  reposent sur les piliers représentent l'espoir d'un avenir pacifique qui unira les peuples d'Europe. La stèle en granit rouge de Finlande représente le sang versé, et les thuyas, à gauche, les troupes françaises montant à l'assaut .

La Bataille de Hohenlinden, par Henri-Frédéric Schopin
Source :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Bataille_de_Hohenlinden.jpg

Le 3 décembre, l'armée autrichienne pour suivit sa marche sur trois colonnes, et dans un ordre tel que la plus parfaite sécurité et la certitude de ne rencontrer aucun obstacle sérieux auraient pu le déterminer. La colonne du centre, où se trouvait le gros de l'armée ennemie et l'archiduc, marchait directement par la grande route sur Hohenlinden, l'infanterie en tête, le grand parc d'artillerie ensuite, sans intervalle, et toute la réserve de cavalerie fermait la marche. La colonne de gauche était dirigée par Saint-Christophe, pour gagner la chaussée de Wasserburg. La colonne de droite se portait sur Burgrain, vers notre aile gauche. L'archiduc supposait que l'ensemble de ce grand mouvement aurait déjà contraint les Français d'évacuer Munich, et qu'il ne les trouverait que sur la ligne du Lech.

Cette espérance fut promptement déçue. Les colonnes autrichiennes, mises en mouvement deux heures avant le jour, ne rencontrèrent d'abord en entrant dans la forêt aucun autre obstacle que celui des chemins dégradés par le mauvais temps. La neige, tombant à gros flocons, retardait la marche et rendait incertaine la direction des corps qui ne suivaient pas la grande route.

Vers huit heures les avant-postes de la division Grandjean, sur la grande route, furent repliés, et bientôt après le corps du général Grouchy fut attaqué sur son front et par son flanc droit, appuyé au bois qui longe parallèlement la plaine. L'archiduc ne croyant avoir affaire qu'à une division d'arrière-garde, voulut profiter de la supériorité de ses forces sur ce point, pour l'enfoncer du premier choc. Toute son infanterie arrivant, ne pouvant se déployer, se serrait en masse, et ne pouvait presque point agir dans ce long dé filé où l'artillerie était déjà engagée, et n'avait sur ses flancs aucune issue.

Le premier effort fut dirigé sur le front du corps du général Grouchy. Le général de bri gade Bonnet, avec la 108e demi-brigade, le soutint longtemps avec une inébranlable fermeté ; son brave chef Marcognet fut grièvement blessé et prisonnier. Les Autrichiens commençaient cependant à gagner du terrain, lorsque les généraux Grouchy et Grandjean, à la tête d'un bataillon de la 46e, firent une charge si vigoureuse, qu'ils culbutèrent, après une sanglante mêlée, tout ce qui avait dé bouché du bois, y pénétrèrent et rétablirent le combat. Les rangs étant rompus par les arbres et les inégalités du terrain, on se battit longtemps corps à corps. L'avantage resta aux Français, qui firent beaucoup de prisonniers, parmi lesquels se trouvait le général Spanocchi, conduisant cette attaque.

Dans le même temps, l'aile droite de l'en nemi débouchait en face de notre aile gauche. Le général Grenier là fit aborder de front par la division du général Ney, L'impulsion fut si vive qu'en un instant plus de mille prisonniers et dix pièces de canon tombèrent entre les mains de cette division.

A sept heures du malin, le général Richepanse avait quitté avec sa division le village d'Ebersberg, et se dirigeait sur Mattenpot pour attaquer sur ses derrières la colonne du centre, engagée dans le défilé où elle était re foulée par le général Grouchy. Il marchait à la tête de ses troupes à travers bois, par des chemins affreux, dont les guides ne pouvaient même reconnaître la direction, parce que la neige, qui tombait comme par nuée, effaçait toutes les traces, et ne permettait pas de dé mêler les objets à dix pas devant soi. La moitié de la division (les 8e, 48e de ligne et le 1er de chasseurs à cheval) avait dépassé le village de Saint- Christophe, lorsque la colonne autrichienne de gauche, qui marchait pour gagner la chaussée de Wasserburg, rencontra cette division française, l'attaqua par le flanc et la coupa à peu près par le centre. Le général Drouet, qui commandait la seconde brigade, se trouva séparé de la première, arrêté et forcé de se mettre en bataille ; la fusillade s'engagea vivement. Richepanse, décidé à atteindre avec le peu de forces qui lui restaient le but de l'opération qui lui était con f1ée, ne s'en laissa pas détourner ; et pour suivant sa marche, il ordonna au général Drouet d'occuper fortement l'ennemi jusqu'à ce que le général Decaen, déjà parti d'Ebersberg, arrivât pour le dégager. Belle résolution dans la circonstance la plus difficile ! s'écrie le lieutenant-général comte Mathieu Dumas, dont nous avons extrait cette relation. Admirable exemple de fidélité dans l'exécution des ordres du général en chef !

Le général Richepanse arriva enfin au village de Mattenpot, avec sa petite colonne, à peine forte de cinq mille hommes, et six pièces d'artillerie, qu'il n'avait pu faire suivre qu'en surmontant les plus grandes difficultés. En débouchant par l'éclaircie ou petite plaine de Mattenpot, il fut arrêté par huit escadrons de cuirassiers, qui marchant à la suite de l'artillerie autrichienne allaient à leur tour s'engager dans le funeste défilé. La colonne française, reçue vigoureusement par huit pièces d'artillerie, qui, placées sur la route, tiraient à mitraille, ne put débusquer cette Cavalerie. Voyant le nombre d'ennemis s'accroître à chaque instant, et dans l'incertitude si le général Drouet avait pu se dégager et le suivre, Richepanse renonça à déboucher sur la route, et se détermina à se jeter en masse  dans le défilé, à travers bois, pour porter le désordre sur les derrières de l'ennemi. Cette manœuvre fut exécutée avec la rapidité de la foudre. Le général Walter, avec la 8e demi-brigade, se dirigea vers la forêt de Hohenlinden, contint les huit escadrons, leur faisant tête et combattant en arrière-garde, pendant que le général Richepanse, à la tête de la 48e pénétra dans la forêt.

Le canon du combat de Mattenpot avait déjà, mais trop tard, attiré l'attention de l'archiduc, qui avec une réserve de grenadiers hongrois marchait à la suite du parc. Il re broussa chemin pour venir défendre l'entrée de la forêt. Plusieurs décharges à mitraille et la mousqueterie des tirailleurs répandues dans le bois ne firent qu'accélérer le mouvement des Français. Trois bataillons de grenadiers hongrois, réunis en colonne serrée, barrant la chaussée, s'avancèrent au pas de charge. Dans ce moment décisif, Richepanse en se retournant vers les braves qui le suivaient, leur dit : « Grenadiers de la 48e, que dites-vous de ces hommes-là ? — Général, ils sont morts », s'écrient-ils, et croisant la baïonnette, ils se précipitèrent sur l'ennemi. Le choc fut terrible, les Hongrois furent culbutés, et l'impulsion une fois donnée, la colonne française renversa toutes les masses qui lui furent successivement opposées.

Ceci se passait au moment même où le général Ney enfonçait, à la sortie du défilé, vers Hohenlinden, les bataillons qui tentaient de s'y maintenir. On vit alors cette énorme colonne, pressée de toutes parts dans le défilé, tourbillonner, rompre ses rangs, et se précipiter en désordre, dans la forêt. Les fuyards, poursuivis à travers les sapins, rencontraient partout la mort, et ne trouvaient de salut que dans la générosité du vainqueur. Quatre-vingts pièces d'artillerie furent abandonnées sur la chaussée, couverte de cadavres, de blessés, de chevaux épouvantés, d'armes et de débris de toute espèce. Ce fut au milieu de cette scène de carnage que les troupes des généraux Ney et Richepanse se reconnurent, et annoncèrent par leurs cris de victoire que la réunion était opérée. Richepanse revint aussitôt sur ses pas pour soutenir le général Walter, fortement engagé avec la cavalerie ennemie du côté de Mattenpot : il le rencontra grièvement blessé et porté par ses soldats. La brigade du général Drouet, dégagée par le général Decaen, rejoignit alors la première brigade. Le général Richepanse, après avoir bordé avec son infanterie les deux côtés de la forêt à l'entrée du défilé, déboucha sur la si le général Drouet avait pu se dégager et le suivre, Richepanse renonça à déboucher sur la route, et se détermina à se jeter en masse chaussée avec sa cavalerie, et poursuivit celle de l'ennemi, qui se retira précipitamment sur Mühldorf.

Le général Decaen, après avoir dégagé le général Drouet, laissa le général Knessewitz, commandant la légion polonaise, pour contenir entre Saint-Christophe et Mattenpot la colonne de gauche autrichienne, qui s'avançait vers la chaussée de Wasserburg, et avec le reste de sa division il marcha à travers bois, se réunit au général Grouchy au fort de la mêlée, et concourut à achever la déroute.

A deux heures après midi, le général Moreau avait gagné la bataille : sa belle manœuvre avait complètement réussi. Le centre de l'armée autrichienne était entièrement en dé route ; mais les ailes combattaient avec acharnement. Elles se trouvaient tellement avancées à plus de deux lieues de distance en deçà et au-delà de la chaussée, et la confusion était si grande, que les généraux qui les commandaient ne pouvant connaître encore, à cause de l'épaisseur de la forêt, l'événement arrivé dans le défilé, s'obstinaient à exécuter les premiers ordres qu'ils avaient reçus : ils se maintenaient dans leurs positions.

Le général Grenier, avec les divisions d'infanterie Legrand et Bastoul, la cavalerie sous le général d'Hautpoul et une brigade de réserve de la division Ney, soutenait l'effort de la colonne de droite ennemie, et du corps de Kienmayer, qui s'étaient réunis. Dès qu'il fut informé de la défaite du centre, il reprit l'offensive. Les positions autrichiennes furent prises et reprises plusieurs fois. Le général Legrand parvint à repousser les troupes qui lui étaient opposées. Le général Bonnet, de la division Bastoul, fit quinze cents prisonniers, et prit six pièces de canon. Enfin une dernière charge de cette division, dans laquelle le général Bastoul fut grièvement blessé, soutenue par les brigades de cavalerie Fauconet et Joba, enfonça l'ennemi, qui abandonna le champ de bataille le plus obstinément disputé.

Dans le même temps, à notre droite, le général Decaen combattait à la fois contre les troupes qui cherchaient à gagner la chaussée de Wasserburg, et contre les débris de la colonne du centre, qui tentaient de se rallier à celles-là. Le général Knessewitz, qu'il avait laissé en position à Saint-Christophe, avait soutenu toute la journée le combat le plus inégal. Il allait être enfin accablé, quand le général Durutte, qui venait de faire mettre bas les armes à neuf cents Autrichiens ralliés, attaqua le corps aux prises avec le général polonais, et décida sa retraite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GENERAL
J.V. MOREAU

In der Post zu Hohenlinden logierte in Spät-
sommer des Jahres 1800 General en Chef Moreau.
Am 20. September unterzeichneten in diesem
Haus Moreau und Graf von Lehrbach den Waffen-
Stillstand zwischen Frankreich und Österreich,
an dessen Ende die Schlacht von Hohenlinden
am 1. 2. und 3. Dezember 1800 den zweiten
Koalitionskrieg zugunsten Frankreichs entschied.
12000 Opfer forderte die Schlacht unter den
beteilligten Armeen Bayerns, Frankreichs und
Österreichs.  Die Zivilbevölkerung litt in
diesem Kreige unbeschreibliche Not.
J.M. 1997.

 


A la fin de l'été de l'année 1800, le général en chef Moreau logea à l'auberge de la Poste de Hohelinden.  Le 20 septembre, Moreau et le comte von Lehrbach signèrent dans cette maison l'armistice entre la France et l'Autriche, à la fin duquel la bataille de Hohenlinden, du 1er au 3 décembre 1800, décida de la fin des guerres de la deuxième coalition en faveur de la France.  Les armées bavaroise, autrichienne et française perdirent 12000 hommes dans la bataille.  La population civile souffrit d'une manière indescriptible dans cette guerre.

J.M. 1997

Ainsi se termina cette célèbre bataille. Elle fut complètement gagnée, dit le général Mathieu Dumas, par l'exécution la plus vigoureuse et la plus littérale du plan prémédité ; exemple rare, dans les fastes militaires. A quatre heures du soir, onze mille prisonniers, dont cent soixante-dix-neuf officiers, les généraux Deroy et Spanocchi, cent pièces de canon, étaient entre les mains des Français. L'ennemi perdit encore près de six mille hommes restés sur le champ de bataille. Ces résultats eussent encore été plus considérables, si la plus longue nuit d'hiver et la rigueur de la saison n'eussent favorisé la retraite précipitée de tant de corps rompus. Dans la nuit, un grand nombre de soldats autrichiens, égarés et prêts à périr de faim, jetèrent leurs armes et vinrent aux bivouacs des vainqueurs se rendre prisonniers. La perte des Français fut à peu près de deux mille cinq cents tués ou blessés.

L'éclatant succès de cette bataille, qui ne devait rien au hasard, plaça le général Moreau au premier rang des grands généraux du siècle ; sa réputation avait commencé à briller en 1796 par la sagesse de sa retraite à travers la forêt Noire; cette dernière campagne qu'il fit à la tête des armées françaises la consolida et fera longtemps vivre son nom dans la postérité.

Le soir de la bataille, Moreau reçut les félicitations de ses généraux; il n'y répondit qu'en leur attribuant la plus grande part de la gloire de cette journée. Il les chargea de témoigner sa reconnaissance aux troupes dont la valeur les avait si bien secondés. Il répéta souvent que l'armée devait la victoire à l'intrépidité du général Richepanse, qui le premier la décida en prenant et exécutant deux fois la plus hardie résolution ; aux belles manœuvres du général Grenier ; à l'ardeur des attaques conduites par les généraux Ne y, Grouchy, Bonnet, Bastoul, Grandjean, Decaen, et à l'imperturbable constance de la légion polonaise, qui, sous les ordres du général Knessewitz, combattait sous ses yeux pour la première fois. Aussi modeste que généreux, il ne laissa éclater sa joie que par ces paroles : « Mes amis, vous avez conquis » la paix ! oui, c'est la paix, la paix que nous » venons de conclure !»

Si la paix ne fut pas le résultat immédiat de la journée de Hohenlinden, du moins est-il vrai que ce coup porté à l'Autriche fut décisif. L'archiduc Jean, qui avait manqué d'être pris dans la déroute du centre de son armée, se hâta de repasser l'Inn à Mühldorf et Krayburg. Le 12 décembre, toute l'armée française avait passé cette rivière. Le 25, son avant-garde n'était qu'à deux journées de Vienne, lorsque l'empereur François, pour éviter la prise de sa capitale, conclut à Steyer un armistice qui ne fut signé qu'après qu'il eut consenti à traiter de la paix sans la coopération de l'Angleterre. Les négociations entamées à Lunéville furent reprises, et le 9 février suivant la paix fut conclue entre l'Autriche, la France et ses alliés.

Extrait de Éphémérides militaires depuis 1792 jusqu'en 1815, ou Anniversaires de la valeur française. Décembre. par une société de militaires et de gens de lettres, 1818 Pillet aîné (Paris) 1818-1820. (par Albenas, Louis-Eugène d')
Nous avons modernisé l'orthographe et les noms des lieux, ainsi que quelques autres éléments trop datés de l'époque. Nous avons également fait quelques ajouts.

 

 

 

Hauptstrasse 6 à Hohenlinden, auberge de la Poste, où le général Moreau établit son QG.

Cartes : Johnston, Alex. Keith, Atlas to Alison's History of Europe, William Blackwood and Sons, Edinburgh and London,  1848 et 1850.

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